DE LA PEINTURE A L'HUILE D'OLIVE SUR CIRE
Jr LBsiEURs artistes essayèrent à Paris , vers le commencement de ce siècle, à peindre d'après un nouveau procédé qui leur fut communiqué par M. Gastellan , qui , dans son voyage en Morée , acheta d'un grec , de l'île de Xante , un secret qui consiste à mêler les couleurs dans l'huile d'olive, et à les appliquer sur un subjectile préparé à la cire ou embu de cire. Ge grec ne donna pas entièrement
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son secret; et M. Gastellan fit plusieurs recherches pour suppléer aux communications trop laconiques de ce grec. On exécuta un assez grand nombre de tableaux par ce procédé , qui consistait h. employer une toile fine , bien imprégnée de cire , à user de couleurs broyées avec de l'huile d'olive pure, et à faire revenir la cire en avant et en dehors du tableau à l'aide du feu ; ce qui , en séchant la surface, permettait d'apposer les nouvelles couches nécessaires au fini de tout l'ouvrage.
Un des avantages qu'on remarqua dans ce procédé fut que les couleurs ne s'altéraient point avec le tems, qu'elles restaient sur la palette plusieurs semaines ou plusieurs mois sans se sécher; en sorte que l'on pouvait perfectionner aussi long-tems qu'on voulait le premier travail ou la première couche, ainsi que chaque couche ou retouche qu'on voulait apposer.
Cette découverte est fort intéressante ; mais comme elle était incomplète , on l'abandonna. Il ne faut pas s'en prendre aux artistes ; mais bien à ceux qui , chargés de protéger et de favoriser les innovations, lorsque le principe en est bon , ne veulent s'en déclarer protecteurs qu'à coup sûr , afin d'associer leur nom à des succès qui ont déjà de la publicité. Ces personnes influentes sont trèscirconspectes , lorsqu'elles ne sont pas bien sûres d'être applaudies elles-mêmes, subordonnant en ceci à l'intérêt de leur vanité l'intérêt du pays et de l'art qui leiïr est en quelque sorte confié.
Voici les inconvéniens qui ont arrêté les peintres qui employaient les couleurs à huile d'olive , huile qui , comme on sait, ne se sofidifie, pour ainsi dire, jamais; c'est que, comparées aux peintures à l'huile dessicalive,
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les couleurs fortes et brunes n'offraient point assez de transparence et de vigueur , et que le simple lustre de la cire frottée ne produisait point un vernis équivalent à celui des vernis ordinaires des tableaux. Cet inconvénient, l'état de mollesse de cette peinture, et même une certaine viscosité qui ne disparaissait qu'à la longue, détournèrent les artistes de ce procédé.
Ce procédé mérite d'être examiné avec l'expérience que peut suggérer la pratique de tous les autres procédés de l'art. La première observation qui se présente est relative au caractère physique et chimique de l'huile d'olive. Cette huile se dessèche-t-elle ou se volatilise-t-elle avec le tems ? Jaunit -elle en vieillissant et parvient-elle à un état solide et concret ? Y aurait-il un moyen de la solidifier sans en altérer le caractère incolore ? Les essais que j'ai faits m'ont convaincu que cette huile n'altère jamais les couleurs: j'ai lieu de croire qu'elle est volatile, puisque l'air et la chaleur en accélèrent la solidité; et qu'au bout de deux ans, toute la matière a acquis un peu de dureté. L'huile d'olive , supposée solide et concrète, aurait-elle la ténacité, la dureté nécessaire pour la conservation des couleurs et de toute la peinture ? Sa présence dans la cire est-elle nécessaire au résultat de cette espèce de procédé matériel , ou bien n'est-elle qu'un moyen de conduire, parfondre , mêler et apposer les couleurs , la cire faisant seule la fonction de gluten dans ce cas ? S'il en est ainsi , la fixité de l'huile d'olive est un inconvénient , puisqu'elle prolonge trop l'état de mollesse de toute la matière; mieux vaudrait employer en sa place une huile volatile , assez lente et assez ductile pour être maniée k l'aide du pinceau. Si l'huile d'olive est
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nécessaire comme gluten, et si sa présence embellit les couleurs , ne peut-on pas en diminuer la quantité , en remplaçant la quantité soustraite par la même quantité d'huile volatile ajoutée ?
Quant h l'état non cristallique de l'huile d'olive mêlée à la cire, état qui empêche la force et la transparence des tons , pourquoi n'associerait-on pas à ce gluten du copal ou de la résine-élémiP Qui empêche même d'associer une petite quantité d'huile dessicative de pavot ou de noix? Il résulterait de ce procédé ou de cette addition que les peintres ne se trouveraient plus embarrassés pour vernir leur tableau avec la cire, et que la surface serait assez solide pour supporter le frottement, qui est assez difficile dans le procédé connu jusqu'ici, vu la mollesse de la matière. Au reste , il faut user , dans ce cas , d'eau de cire , telle que nous l'avons indiqué en parlant de l'encaustique, page 625, vol. viii, et non de cire dissoute par l'alcali.
Il serait donc très-important de perfectionner ce procédé, surtout pour les peintures du dehors ,* car il est pénible de voir employer des moyens aussi imparfaits que ceux des peintres qui, aujourd'hui, par exemple, exécutent à Paris des enseignes qui , après un an , sont déjà flétries et obscures , et qui , après six ou sept ans sont abîmées sous le vernis. Des essais ont été faits dans les tems d'après ce procédé; exposés long-tems à l'air , à la pluie et au soleil, ils y ont très-bien résisté. Mais, ainsi que cela arrive, toutes les fois que les découvertes sont assujetties au jugement d'un tribunal non public , que le gouvernement consulte pour savoir s'il y a lieu à encouragement , tous ces essais sont restés sans résultat pour l'art, et l'on ne parle plus , à Paris , de peindre à huile d'olive,
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Il est à observer encore que l'emploi de ce procédé sur des enduits très-secs et propres à absorber suffisamment la cire , auraient beaucoup d'analogie avec le procédé à fresque , et offriraient l'avantage d'une plus grande solidité , de plus de magie et de force dans les teintes et les tons ; de plus de facilité dans l'exécution , et enfin d'une aussi grande durée. Mais, encore une fois, qui poursuivra ces recherches , qui les prescrira , les protégera ou les facilitera ?