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CHAPITRE

DES MOYENS DE DESSICATISEU ET DE Dl&PURER LÉS HUILES PROPRES A LA PEINTURE.

vJomiE il importe pour la commodité du peintre que les huiles mêlées aux couleurs ne soient pas trop lentes à sécher , et qu'il importe aussi qu'elles se sèchent complètement, on a cru devoir ajouter à leur caractère

1 Voy. le Dictionaaire de Tlnduttric, au mot huile.

MOYENS DB DfiSSIGATISBB LBS HUILES. qS.

dessicatif naturel , en leur faisant subir une certaine combinaison. On se sert fort mal à propos à ce sujet du mot dégraisser Us huiles » il conviendrait mieux d'adopter le moi dessicatiser. On emploie ordinairement» pour rendre dessicative une huile , ou Tébulition et la cuisson , ou le contact de certaines substances, telles que l'oxide de plomb demi* vitreux , appelé lithai^e, Tacétite de plomb ou le sel de saturne, le sulfate de zinc ou le vitriol blanc, etc. On emploie souvent aussi l'un et l'autre moyen. Quelques huiles exigent plus que les autres ce moyen auxiliaire de dessication; ainsi on doit distinguer les huiles dessicatisëes et les huiles naturellement dessicatives. Les peintres ont senti le besoin d'une huile très-dessicative pour certains cas» et qu'on pût ajouter à quelques couleurs mêlées à des huiles naturellement dessicatives» mais à un trop iàible degré; une huile enfin qui pût faire sécher les couleurs lorsqu'elles absorbent beaucoup d'huile ordinaire» telles sont les noirs» les laques» etc. Or ils ont adopté l'huile de lin particulièrement dessicatisée ou lithargirisée. C'est à cette huile de lin cuite » lithargirisée et préparée en particulier» qu'ils ont improprement donné le nom d'huile grasse pour la distinguer de l'huile ordinaire » soit de pavot (dite d'œillette) , soit de noix » soit de toute autre huile.

Nous allons examiner d'abord la préparation que l'on Tait sabir à l'huile de pavot» puis nous examinerons la préparation qu'on fait subir à l'huile de lin très-dessicatisée.

r)4 PBOGlÂDés KATéBlELS,

Moyen de dessicatiser et de dépurer t'huile de

pavoL

A deux livres d*huile de pavot ajoutez trois livres d'eau et une once de sulfate de zinc (vitriol blanc) ; mélangez et faites légèrement bouillir le tout jusqu'à Tévaporatioii de la moitié ou des deux tiers de Teau; versez ensuite tout ce mélange dans un grand entonnoir de verre. Lorsque la séparation de Thuile et de Feau est effectuée , laissez écouler l'eau par le bec de l'entonnoir. Au bout de quelques semaines , où à l'aide d'une légère chaleur , l'huile p ainsi préparée , se sépare du reste de l'eau , qui entraîne avec elle un certain mucilage dont l'extraction concourt à la limpidité de l'huile» mais qui, ainsi que nous le verrons , est peut-être nécessaire pour donner à l'huile un caractère de gluten et de vernis.

Moyen de dessicatiser l'huile de lin ou toute

autre.

Huile de lin une livre , litharge d'argent » céruse calcinée , terre d'ombre » talc en poudre , de chacune de ces subsl.ances bien sèches une demi-once; faire bouillir le tout dans un pot vernissé et neuf; enlever l'écume et retirer du feu le tout, lorsque cette écume ou cette mousse conunence à devenir rousse et à se raréfier \ On laisse

1 Quelques penonnes^ poar reconnaître ce degré de cuisson^ jettent dans l'huile loit des morceaux d'oignon , soit une croûte de pain , et fugent que l'huile est assez cuite lorsque l'un ou l'autre commence 4 roussir.

HOYBlfS DE DB881GATI8BB LBS HUILES. gS

ensuite reposer cette huile pour qu'elle 8*éclaircisse; on reconnaît que l'huile est assez dessicatisée , lorsqu'après un séjour de vingt-quatre heures dans un petit vase eu- ?ert on la trouve couverte d'une pellicule \

Plusieurs moyens dessicatifs analoguea à celui-ci ont été employés. Ainsi, en &isant bouillir de l'huile de lin avec un huitième de Utharge , ou avec de l'émail ou de l'azur en poudre » ou encore avec de la couperose blanche (sulfate de zinc) , ou encore avec du sel de satnrne (acétite de plomb) , on parviendra à rendre l'huile dessicative.

Voici une manière toute particulière pour atteindre ce but: elle a été inventée par M. Grandi. La Bibliothèque britannique» novembre 1807, n?* s85, dSG» en a fait mention. Ce procédé a été approuvé à Londres par la Société pour l'avancement des arts. Prenez des os de pieds de mouton» concassez- les» et faites-les bouillir dans l'eau pour les dé* barrasser de leur graisse; mettez-les ensuite dans un creuset» calcinez-les à feu ouvert, et broyez-les en poudre. Faîtes avec ces cendres^d'os pulvérisés et un peu d'eau une pâte consistante» que vous roulerez en forme de boule. Faites rougir cette boule dans le feu; plongez-la aussitôt» pendant une heure» dans une quantité d'huiie de lin crue et suffisante pour la couvrir. Quand tout est froid » versez l'huile dans des fioles» ajoutez-y un peu de cendres d'os, laissez reposer» et dans vingt quatre heures vous aurez de l'huile claire et prête à être mise en œuvre.

Le blanchiment des huiles est une condition fort dif-

1 Cette pelUcoIe te forme aussi sar les tas de couleurs; mais cet incooTéDient n'aurait pas lien , si l'on y introduisait une certaine quantité dtiuîie folatile de cire.

g6 PBOCÈoés MATÉRIELS.

férente de la dessication. Les peintres, ayant désiré n^employer que des huiles incolores, se sont occupés des moyens de les décolorer , et ils n*en ont pas trouvé d'autre que celui du contact de la lumière solaire. Aussi les voit-on exposer leur huile dans des bouteilles blanches et étroites , dans lesquelles ils ajoutent de Teau et quelques matières argileuses , secouant de tems en tems ce mélange» jusqu'à ce que l'huile ait perdu sa couleur; mais l'exposition de leurs tableaux à la lumière produirait le même effet. Us n'obtiennent donc , par ce procédé ou par celui qu'ils emploient en exposant au soleil, dans des vases plats de plomb , de l'huile versée jusqu'à la hauteur seulement d'une ou deux lignes » ils n'obtiennent » dis-je, qu'un degré d'épaisissement qui peut par fois les gêner. D'ailleurs il n'est pas sûr , je le répète » que la séparation et la perte du mucilage qui se combine avec l'eau et qu'entraînent les matières absorbantes , soient favorables au caractère glutineux que doit avoir l'huile employée pour la peinture.

Voici le procédé employé pour la purification des huiles, par M. Hermstaedt : ce procédé se trouve indiqué dans l'Esprit des Journaux. On mêle successivement un quart d'once d'huile dt vitriol avec six onces d'eau de rivière; on met ce mélange dans un vase de verre pouvant contenir deux litres, et l'on y verse une livre d'huile. On secoue fortement le vase pendant quelques minutes , jusqu'à ce que le mélange devienne laiteux; et l'on continue de secouer souvent pendant vingt-quatre heures : ensuite on bouche la bouteille , et on la laisse reposer pendant huit jours. Au bout de ce tems, on obtient une huile claire , presque sans goût et sans odeur , et propre à être

HOYfillS DB DfiSSlCATlSfiR LE» HUILES. 97

employée dans la cuisine et dans les arts mécaniques. Le flegme » séparé et coagulé par Thuile de vitriol , surnage dans Teau en forme de pellicules blanches , qu'on peut séparer et peser» en sorte qu*il est facile de déterminer assez exactement le degré de pureté de Thuile^

Maintenant offrons quelques réflexions sur Teffet chimique relatif à la dessication de l'huile , et laissons parler Tingry. c On a remarqué, dit-il, que les substances qui

• sont les plus propres à rendre les huiles siccatives soni

• précisément celles qui contiennent le plus d'oxigène « (base de Tair pur) , et qui sont les plus susceptibles de » Tabandonner en faveur de l'huile , avec laquelle elles

> sont en contact : c'est , en terme de chimie , le résultat M d'une aflinité réelle et élective. C'est ce qui a lieu par » l'emploi des oxides métalliques; ils abandonnent en (a- » veur de Thuile, l'oxigène qui leur ôte le brillant métal- » lique , et qui leur donne la forme pulvérulente : c'est

> une espèce de combustion. L'oxide, privé alors de cet

• oxigène , reprend sa première forme métallique ; c'est » ce qu'on remarque dans la partie restante d'une huile M rendue siccative par la litharge : il en est de même » lorsqu'on emploie le céruse , le blanc de plomb , le 1 massicot, les sels do plomb, etc. »

L'influence directe de l'oxigène , sous l'état de gaz et uni à l'acide muriatique, qui a avec l'oxigène une grande affinité , est accompagnée des mêmes effets. Tingry en fit l'expérience , en dirigeant dans un long tube très-étroit et rempli d'huile un courant très-ménagé de gaz acide muriatique oxigéné.

Il employa aussi , dans les mêmes vues, l'eau sous l'état de neige , en mettant en contact intime les molécules de

(j8 PROCÉDÉS MATÉRIELS.

Thuile avec le gaz oxigéné contenu dans la neige; ce qui s'obtient par le procédé suivant : c Mélangez , avec de la » la neige bien formée, telle quantité d'huile que vous » voudrez; pétrissez-la bien dans une terrine avec une

• spatule ou autrement : mettez cette masse dans un rase I de terre cuite ou de porcelaine, et couvrez-le d'un linge 1 par propreté. Laissez ce mélange exposé au froid , et à 1 Tabri du soleil. Lorsque la température est adoucie, » intervalle qu'on peut supposer de deux mois à peu 1 près , la neige , qui se résout en eau , se sépare de 1 Thuile; et celle-ci , qui se sépare avec le tems , a acquis 1 la propriété siccative : cette qualité est augmentée en » raison du tems pendant lequel les deux substances sont

• restées en contact, i

On ne doit pas s'étonner , d'après ces effets , si de l'huile , exposée au soleil dans des vases de plomb , acquiert avec le tems la propriété siccative; le gaz oxigène, qui fait partie de l'air atmosphérique , ne tarde pas à la rancir par le développement d'un principe acide ; et cet effet serait plus prompt à l'aide d'un plus fort calorique que celui que procure le soleil ; mais il en altérerait la couleur.

Selon M. Thenard , toutes les huiles fixes , exposées à l'action de l'air , cèdent peu à peu une partie de leur hydrogène et de leur carbone à l'oxigène de ce fluide : elles s'épaisissent , et quelquefois se rancissent; d'autres se durcissent : telles sont les huiles que l'on a appelées siccatives.

Quelques chimistes ont prétendu que la couleur blanche de la peinture (oxide de plomb ou blanc de plomb ) s'altère par son contact atec l'huile : mais ne pourrait-on

MOYENS DE DESSICATISER LES HUILES. qq

pas dire au contraire que si Toxide de plomb redevient métal lorsqu'il abandonne i'oxigène, qui le constituait oxide, il kie deyraît être uni par conséquent qu'avec des huiles non susceptibles d'absorber l'oxigène de cet oxidé. Or les huiles dessicatives et déjà oxigénées étant dans ce cas » il semble qu'on ne doive rejeter , pour la peinture, que celles qui n'auraient pas reçu cette propriété à un assez haut degré; et que les autres , celles dont on Tait usage ordinairement pour peindre , ne doivent point opérer la revivification du plomb sur l'oxide de ce métal. Ainsi le beau blanc de plomb, uni à des huiles trèsblanches , mais non oxigénées , souvent ne conserve pas sa pureté et son éclat ; tandis que , mêlé avec des huiles dessicatisées et oxigénées , il reste sans altération. Cellesr ci ont donc subi à l'avance une carbonisation que l'huile naturelle ne doit subir que plus tard, mais sur le tableau. On peut faire une foule de r^isonnemens sur ce point; le plus simple de tous c'est que l'huilé altère les couleur», et que, moins on en met dans les couleurs, mieux elles se conservent : c'est pour cela que j'ai imaginé et employé, avec succès, le procédé par deux tiers d'huile seulement. ( Voy. le chap. SgS. )

Les annales des Arts , ton!i. vi , p. 69; tom. v , p. 273; tom. IX, p. 267 , etc. ^ offrent des receltes sur la puHfication des huiles; on y a recueilli les opinions de Thenard, de Gower et Collier, de Damart , etc. L'académie a proposé une question sur l'huile siccative. (Voy. le Magasin encyclopédique; juillet 181 3. )

Je terminerai par dne observation relative au peintre Creuse. Ce coloriste était dans l'usage de n'employer que le blanc qui avait long-tetds séjourné en masse au

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milieu de la yessie ; et il ne 8e servait que du cœur ou du centre , rejetant le reste. Aussi suspendait-il au plafond des vessies de blanc; et au bout d'un an ou plus, il les ouvrait pour en extraire le centre. L'emploi constant qu'il fit de l'outremer , a pu » indépendamment de cette précaution , contribuer à la fraîcheur assez remarquable de son coloris.

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