PES HCILES PROPRES A LA PEINTURE
Un « distingué , dans ces derniers tems , les huiles fixes des huiles volatiles : cette distinction est utile. Parmi les huiles fixes» il y en a qui se sèchent jusqu'à Tétat concret; il y en a aussi qui ne se sèchent que jusqu'à Fétat condensé et de figeuieat; d'autres enfin semblent deroir rester fluides pour toujours : la première de ces espèces est seule employée pour la peinture. Nous ne répéterons pas ce qui a été dit sur le caractère chimique des hniles , leur propriété de s'obscurcir et, de se carboniser; ici nous établirons seulement les difiérences qui doivent être remarquées entre oertaines huiles dont font usage les peintres.
L'huile de lin 9 à ce qu'il parait» est celle qui a été employée le jplus anciennement; les peintres italiens ont ensuite introduit l'usage de l'huile de noix : les Flamands et les Hollandais seuls ont continué à peindre avec l'huile de lin; enfin les Français surtout ont employé gteémlement l'huile de paT»t» dite aussi huile d'œillette , Ja seule pour ainsi dire dont on Aisse usage aujourd'hui pour les tableaux. Qudques peintres Mit essayé aussi d'autres huiles» dont nous parlerons tout à l'heure.
Nos peintres distinguent l'huile très-dessicative (appelée fort improprement huile grasse» puisqu'elle est» au
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contraire dégraÎMée au&u» ce qui la rend seulement plus épaisse) , et l'huile naturelle et non coite.
De l'huiU de lin.
L'huile de Un est la meilleure de toutes les huiles à peinture; la préférence accordée par les anciens à cette huile Tient à l'appui de notre assertioUf Elle est la meilleure pour deux raisons : la première, c'est qu'elle blanchit à l'air» même après son dessédi^ment, blanchiment qui n'a pas lieu dans l'huile de pavot; la seconde c'est qu'elle procure un gluten plus translucide dans l'état sec , el plus riche par conséquent que l'huile de pavot. C'est à raison de cette second^ qualité qu'on la choisit toujours lors* qu'on veut faire de l'huile cuite dessicative , dite hilKle grasse; laquelle porte» pour ainsi dire» avec elle son vernis. Ce choix prouverait encore qu'elle procure plutôt que toute autre la force, i'émaillé» le cristallique enfin, qui» pour l'imitation, est exigé dans certains tons et dans certaines teintes.
Il importe peu ici de déterminer la cause de celle qualité glutineuse et diaphane de l'huile de lin dans l'état desséché; cependant , s'il était vrai qu'elle dût cette qualité à la présence d'un certain mucilage ( c'est pour cela probablement que les teinturiers l'emploient quelquefois)» 0 ne conviendrait pas d'en séparer ce mucilage ou ce gommo-huileux par le séjour prolongé de "cette huile sur l'eau» mélange ou émulsîon imaginée pour mieux clarifier les huiles. Il convient plutôt de ne pas la mettre en contact avec l'ean » et de ne pas la dépouiller ainsi de ce principe gélatineux » qui en effet se dépose au fond des
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vases, lorsque ceux-<;i contiennent deFeaa sons l'huile de lin. Ces espèces de purification des huiles fixes propres à la peinture n'empêchent nullement la carbonisation , ni par conséquent Tobscurcissement jaunâtre des couleurs qu'on y incorpore.
L'huile de lin est extraite, par le feu , de la semence de lin; c'estde toutes les huiles celle qui demande le plus de chaleur pour son extraction : aussi est-elle plus ou moins colorée et plus ou moins épaisse.
La semence du lin contient un» petite amande qui donnerait une huile presque sans couleur, comme celle du pavot, si on pouvait l'extraire par le seul travail de la contusion et de l'expression; mais ce fruit est emprisonné dans une petite enveloppe très-solide , et surtout fort mucilâgineuse ; le mucilage y est même si abondant , qu'il absorberait la plus grande partie de l'huile pendant l'expression , si l'expérience n'avait indiqué la nécessité de le détruire par une assez forte torréfaction. Pendant cette torréfaction , il s'élève une vapeur ou fumée aqueuse trèsabondante, fournie par ce mucilage, qui se dessèche et qu'on détruit en partie. Lorsque la vapeur blanchâtre est remplacée par une espèce de fumée sèche et noirâtre , la torréfaction est à son terme , et on expose la pâte à la presse. On sent que cette opération préliminaire doit in* fluer sur les principes de l'huile, et en altérer la couleur; mais, après on peut exposer cette huile à la lumière du soleil, et elle devient absolument incolore.
L'huile de lin doit être amère au goût; celle qui provient de la Hollande est la meilleure ; celle de la Flandre est quelquefois mêlée d'huile de navette, ce qui peut provenir des vases qui ont contenu cette dernière; or l'huile
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de naTette ne se sèche que très-difficilement» et adhère très-mal aux subjectiles.
Les peintres d'Anvers ont souvent broyé leurs couleurs arec Thulle de lin très*rouge, dans la certitude où ils étaient qu'exposés à Tair leurs tableaux blanchiraient : ce procédé est préférable à l'emploi des huiles très-blanches d'abord , mais qui s'obscurcissent ensuite.
Pour blanchir à l'air l'huile' de lin , il faut la préserver du contact de l'air , qui la rendrait visqueuse et la sécherait même; et» à cet effet, les vases de verre d'un trèspetit diamètre sont les meilleurs , tels que les fioles à sirop et les flacons plats. Elle blanchit plus ou moins promptement » selon l'épaisseur qu'elle présente à la lumière solaire , selon la durée de son exposition au soloil et selon Téclat du soleil lui-même; aussi le tems le plus propre est-il celui oii le soleil est dans sa force. Elle peut donc devenir facilement incolore; mais elle acquiert toujours un certain épaisissement » et cet épaisissement a souvent gêné les peintres. Voilà pourquoi les Hollandais et les Flamands l'ont souvent employée sans la décolorer à la lumière. Quelques-uns ont imaginé » dans ce cas , d'y ajouter de l'essence de térébenthine » pour lui restituer de la fluidité; mais ce liquide est dangereux ; l'huile volatile de cire serait bien préférable.
Huile de noix.
Cette huile est extraite de la noix par expression et sans feu , ou bien elle est extraite par le moyen du feu , et cela pour en augmenter le produit; celle du commerce est extraite par le feu , ce qui la rend plus dessicative» et
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par conséquent plus propre à la peinture ^ mais aussi ce procédé la rend très-colorée*
Tiugry recommande expresséqoent l'emploi de cette huile, à l'exclusion de toute autre, pour les peintures exposées à l'air , à la pluie » et surtout au soleil. Elle y prend du corps; l'huile de lin, au contraire, se détruit à l'air et se dissipe. D'où vient cette propriété de résister au soleil et à la pluie ? Ne serait-ce pas de ce que la dessication de l'huile de noix , étant plus lente que celle de l'huile de lin , elle n'arrire pas aussi promptement que cette dernière au point de se briser et de se calciner par la chaleur du soleil? Elle serait donc plus molle et moins cris*tallique. Comme l'huile de noix est plus blanche après l'extraction que l'huile de lin , les peintureurs croient qu'ils doivent la préférer à celle-ci pour les couleurs claires ; mais bientôt elle subit le sort des autres huiles, et s'obscurcit de même.
A-t-on essayé les huiles provenant des diverses espèces de noix? L'huile de la Butter^Not de TAmérique seraitelle, par exemple, dans la classe des huiles douces et onctueuses , ou serait-elle dessicative et préférable k celle des noix d*Europe ? Je l'ignore.
De l'hvik de pavoL
On a donné assez inutilement le nom d'huile d'œillette à^'huile de pavot. Ce nom provient peut-être du mot italien oglietto , diminutif du mot oglio , huile , et qui se prononce olietto, en sorte qu'il fiiudrait dire huile d'oliette et non huile d'œillet , eiq>re8aion tout à frit impro-
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pre; car , quoi qu'on ait dit à ce sujet , un pavot ne ressemble guère à un œillet.
L'huile de pavot est extraite par contusion et par ex* pression de la graine du paTot blanc et de celle du parot noir. Cette plante qui fournit Topium» mais dont la graine ou plutôt Thuile n'a rien de la qualité soporifique , est connue de tems immémorial dans les régions orientales où Ton en fait divers usageê. Nos connaissances exactes sur cette plante et sur les qualités de Thuile qu'elle recèle ne datent guère que du commencement du xvni* siècle.
Ses qualités sont la blancheur et sa facilité à se siccatiser avec le tems » non qu'elle soit d'ailleurs plus susceptible que d^autres d'une dessication ou d'une cristallisation par&ites : je pense le contraire; l'huile de lin lui est supérieure en ce point; mais on l'emploie aujourd'hui de préférence à cause de sa blancheur» et parce que l'huile de lin a besoin d'être décolorée à la luipière , et que celle de noix est plus lente à se sécher. Du reste elle est moins transparente, moins cristalUque que ces dernières dans l'état concret.
Indépendamment des huiles de lin, de noix et de pavot, il existe d'autres huiles fixes qui peuvent servir à la pein^ ture. L'huile de chènevis , l'huile de tournesol , l'huilo de faine, qui est le fruit" du hêtre, sont dessicatives; l'huile de chèncTls surtout a de très-bonnes qualités. Mais d'au» très huilea onctueuses ne sont point susceptibles d'une dessication complète; telles sont les Isuiles de noisettes, d'ainandes,ide navette» de colza, de ben , espèce de gland d'un arbre de l'Arabie; ces huiles, dis-je, qui d'ailleurs sont inodores et insipides, restent toujours fluides et sont
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employées à cet effet pour fiiciliter le jeu mécanique de certains rouages métalliques. Quant à l'huile d'olive , bien qu'elle ressemble à ces dernières par son caractère de fluidité permanente , elle doit être considérée à part , et nous en parlerons expressément au chapitre 594: De la Peinture à huile dColive sur cire.
Enfin une foule de graines peuvent fourmV des huiles bonnes pour la peinture; il reste à savoir si l'on a fait à ce sujet toutes les recherches que mérite l'importance de la question, et s'il n'existerait pas des huiles fixes qui, en se séchant » altéreraient moins les couleurs que ne le font les huiles employées jusqu'ici. On pourrait donc étudier les huiles extraites du froment, des pépin» de raisin S de la graine de ricin ou palma-K^hristi , etc. Cette dernière semble être d'ube nature particulière. (Voyez les recherches de MM. Bussy et Lecanu , Recueil <U$ «at;an« franger #. Décembre i8a6.)