‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 2 sur 104 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DE LA PEIfTi'URE A HUILE. — OBSERVATIONS HISTO- RIQUES, CRITIQUES ET TECHNIQUES.

XoDs les auteurs qui ont eu occasion de parler de l'in- Tention de la peinture à huile ont répété , d'après une foule d'écrits, que Jean Yan-Eyck, dit Jean de Bruges, en a été TinTcnteur \ Mais', depiiislif fin du dix-huitième siècle , on a TU un grand nombre d'écrivains occupés à réfuter cette assertion; et personne n'hésite à croire aujourd'hui qu'un procédé aussi simple que celui qui consiste à broyer des couleurs dans une huile qui puisse sécher , procédé que pratiquent tous nos peintureurs de l'Europe et ceux de l'Amérique , a dû élre connu avant le quinzième siècle et dans toute l'antiquité. D'ailleurs plusieurs manuscrits antérieurs à Jean de Bruges , qui florissait vers l'an i4oo, le prouvent d'une manière incontestable. Il suffirait donc d'exhiber ces écrits pour terminer tous les débats à ce sujet.

En général , les artistes regardent comme une niaiserie cette controverse qui tend à assigner, soit k Yan-Eyck,

1 Eyck ( Jean Van- ) a été appelé Jean de Bruges parce ^o'il fît un long séjour dans cette ville. Il naquit 4 Maaseyck , ainsi que nous TaTôns indiqué dans la list« des peintres.

2 PROCÉDAS MATÉRIELS.

Flamand , soit à Golanlonio del Fiore » Napolitain , soit à tout autre» celte découverte prétendue; et Ils pensent tous que la chose , telle qu'on la conçoit Tulgairement , ne vaut pas la peine qu'on prend ordinairement dans toutes ces disputes d'érudition.

A l'époque de Jean de Bruges » on ne peignait qu'à l'œuf; on ne lustrait plus les couleurs arec la cire; l'art d'ailleurs languissait , et surtout la pratique matérielle de la peinture. On connaissait très-bien l'effet de l'huile, soit dans les couleurs , soit dans les mastics » soit lorsqu'elle était employée comme circumlinitio sur les corps, et comme gluten dans les dorures au feu , soit lorsqu'on l'appliquait sur les décors comme Uniment conserrateur et comme Ternis; mais on avait reconnu plusieurs inconyéniens dans l'emploi de ce gluten : sa lenteur à sécher, son peu de suc ou de ton , ou , si l'on veut , de diaphanéité dans son état sec et concret; car on comparait ce ton à celui des fraîches et brillantes peintures antiques , qui , dans ces tems , subsistaient encore. Enfin on n'usait point d'huile pour délayer les couleurs; on en recouvrait seulement quelques peintures à gomme, pour leur donner plus de force et les vernir par ce moyen.

Quelle découverte réelle put donc faire Yan-Eyck? La voici : Il trouva un moyen dessiccatif et conglutinatif ; il fit cuire ses huiles; et, comme le pensèrent très- justement Morelli et Lanzi , il sut en composer une mixture, qui donna aux couleurs du ton , du brillant, et qui permit de les parfondre admirablement. Ce perfectionnement , qui devint peu à peu usuel , fut appelé à juste titre une invention. Malgré tout , on a abandonné plus lard ce perfectionnement , et on le négligea même à la fin du

PEINTURE A HUILE. OBSERVAT. HISTOR. , etC. 3

quinzième siècle» On ne rencontre en effeC qu'un irèspelit nombre de peintures qui , comme celles de Van- Eyck, soient remarquables par cet émaillé, cette vigueur de ton et ce travail fin et parfondu , qui étaient probablement dus à quelque pratique particulière à cet artiste plus versé que ses contemporains dans la partie matérielle de son art. Après lui , on se contenta donc d'employer l'huile de noix ou de lin dans les couleurs; on s'occupa seulement de les rendre suflisamnient dessiccatires; mais la manière d^ajouter du suficin à l'huile et de l'employer ainsi fut généralement délaissée : on en perpétua l'usage seulement pour vernir les tableaux « ce qui devint funeste à plusieurs. Enfin on l'abandonna tout-à-fait , pour ne composer plus que des vernis tendres et faciles à enlever.

Quelques peintres cependant , tels que Gorrégio, Giorgione y Luini , et autres qui aimaient à exécuter leurs peintures sur des panneaux bien polis , surent ingénieusement ajouter l'efiet diaphane et crystallique du succin à leurs couleurs; mais ces exceptions sont rares, et depuis les Carracci y on se contenta de superposer beaucoup de glacis à huile simple, ce qui fit tant noircir les tableaux de cette école. Enfin , dans le xviii" siècle , on peignit dans toute l'Italie et dans toute la France en n'employant que l'huile de pavot» qui est moins riche en gluten que l'huile de lin. Souvent même on ajouta l'essence de térébenthine , qui liquéfie et divise les couleurs , et l'on tomba dans un coloris gris et farineux. Au commencement du XIX* siècle » époque où la peinture prit un nouvel essor , on pensa à exalter le coloris, on ajouta des mixtures résineuses dans les couleurs; plusieurs peintres en firent même un usage funeste. Enfin nous sommes à l'époque

4 PBOGÈDés MATÉRIELS.

OÙ l'on sent te besoin de couleurs fortes et de tons riches et transparens; mais si les huiles cuites , les résines , les pommades à retoucher y font parvenir momentanément , il reste à reconnaître quelle sera la durée de ces peintures. Il est donc essentiel que les artistes étudient sérienseme :i toutes ces questions. Mais que doit-on espérer à ce sujet dans des tems où la peinture s'apprend par singeries , et lorsqu'on suppose qu'il en doit être du matériel dans les écoles de peioture comme du matériel dans les collèges , où il est en effet fort inutile de faire apprendre aux écoliers la manière de composer la meilleure encre » l'art de bien choisir les plumes et de les bien tailler.

Comment peut-on supposer que les anciens n'aient eu aucune connaissance d'une peinture composée d'huile et de matières colorées^ ou , pour mieux dire, qu'ils n'aient point eu occasion de reconnaître la propriété qu'ont certaines huiles fixes de se sécher et de se durcir » eux qui mêlaient de l'huile de lin dans leur mortier pour en augmenter la dureté; eux qui , au dire de Yitruve et de Pline^ frottaient d'huile les murailles peintes de minium ? Il est presqu'absurde de douter que les peintres de l'antiquité , et surtout les peintres de décors grossiers , aient ignoré ce résultat* Mais 'comme tous les peintres avaient l'encaustique à leur disposition» ils se tinrent à cet excellent procédé. Yers le tems du moyen âge on dégrada l'encaustique; on la dégrada plus encore lors des écoles primitives : c'était donc une raison pour adopter la peinture à huile telle que Jean Yan-Eyck la pratiquait. Cependant le procédé avec l'huile fut reconnu vicieux par tous les observateurs; on rechercha donc fréquemment l'encaustique des anciens :

mais il reste à savoir si on l'adopterait , quand même on la

PEINTUBfi A HUILB. — OBSfiBFAT. HI8T0II. » etc* 5

retroayeraiU Si Ton eût proposé à Âpelle d'essayer les procédés de Yan-Eycky Âpelte eût souri de pitié. Comment ce savant artiste eût-il pu imiter par ce procédé la yariété des corps ? Gomment eût-il obtenu Téclat des effets naturels ? Gomment eût-il pu éviter cette monotonie de la peinture à huile? Quant à la Êicilité de revenir tout de suite sur une ébauche prompte à sécher et lorsqu'on le requiert , quant à la diaphanéité et la candeur des teintes , il est inutile de dire qu'Âpelle eût exigé ces premières conditions optiques et matérielles. Âpelle eût donc eu raison de rejeter un procédé contraire à son art» l'huile par ses effets étant tout opposée à rexcellence de Timitation ; mais quel motif plausible pourrait engager les peintres d'aujourd'hui à rejeter le procédé encaustique? Aucun; ils n'ont pour motif de leur refus que la routine et l'insouciance des critiques.

Une considération importante doit toujours s'associer aux conjectures qui ont rapport à l'ancienneté des peintures italiennes ou autres qu'on dit être exécutées à huile; c'est qu'il peut se taire que l'on prenne le change au sujet de tableaux peints à colle ou h l'œuf, puis recouverts, beaucoup plus tard » d'une couche d'huile simple ou d'une couche d'huile mêlée de résine. Parce que les chimistes reconnaissent la présence d'une huile fixe en analysant le matériel d'un tableau , il ne faut pas conclure inconsidérément que ce tableau a été exécuté avec des couleurs broyées avec de l'huile. Il peut se faipe seulement qu'on l'ait verni soit avec le gluten signalé dans Théophile, Eraclius» Gennini, etc.» soit avec tout autre gluten dont l'huile fait la base, soit même avec un frottis d'huile. Ces peintures sont, il est vrai, insolubles à

6 PROCÂD^S MATilRlËLS.

l'eau « et cette couche d'huile est incorporée en quelque sorte dans les couleurs par son adhérence ; mais ce résultat ne prouve point que l'auteur de ces tableaux ait pratiqué la peinture à huile.

Si le secret de Jean de Bruges n'eût consisté que dans le mélange pur et simple des couleurs avec Thuile de lin ou de noix, Antonello de Messine ne se fût pas donné la peine de faire un long voyage jusqu'en Flandre , ni plusieurs démarches astucieuses pour surprendre ce secret à Yan- Eyck. Aujourd'hui le premier venu peut peindre à huile » s'il sait seulement qu'avec certaines couleurs il faut mêler de l'huile cuite, afin qu'elles se sèchent; mais il peindra mal et aura besoin de leçons , s'il ne sait pas qu'il faut des teintes glutineuses qui restent diaphanes dans l'état sec » etc. y et que l'addition des résines contribue à cet effet. Ce n'est pas le tems seulement qui a procuré , ainsi qu'on l'a dit, cet émaillé et cette diaphanéité qui distinguent les ouvrages de J. Van-Eyck, ainsi que cette dureté et ce poli qui firent de ses tableaux comme des espèces d'émaux presqu'indestructibles; c'est l'emploi ingénieux de certaines substances. Tel est le mérite de cet artiste comme novateur; or» sous ce rapport , on lui a de grandes obligations. En effet , outre les beaux exemples de coloris qu'il a laissés lui-même à ses émules et à ses successeurs» il a mis Giorgione, Tiziano et Gorrégio même sur la voie» et il leur a fourni les moyens matériels de produire ces teintes si puissantes et si énei^iques que nous admirons malgré leur obscurcissement. Ils n'en eussent donc jamais conçu ni laissé les types , sans l'aide des substances et des combinaisons dont Jean de Bruges a été le premier préparateur. Mais peu après on négligea , comme

PfillfTUBE A. HUILE. - — OBSERV AT. H18T0R. , etC 7

je Tai dit , ces heureuses et savantes combinaisons matérielles.

La difficulté de bien copier a?ec Thuile simple les tableaux de Tiziano, de Giorgiono , de Gorregio et de tant d'autres colorbtes, prouve évidemment qu'ils usaient eux-mêmes de procédés particuliers. Les réparateurs de tableaux en sont convaincus tous les jours lorsqu'ils sont obligés, dans le nettoiement qu'ils en font, de lutter avec les substances dures , cristallisées et presqu'inattaquables qui composent le matériel des tableaux de ces anciens maîtres. On remarque aussi , d'après les écrits sur la vie des anciens peintres» qu'ils s'occupèrent souvent de préparer des huiles et des vernis , et cela est dit positivement de Léonard de Vinci , qui peignit si proprement , si finement et si suavement ( voyez Vasari , Vie de Léonard de f^inci).

Je viens de dire que ce ne sont pas les années seulement , mais bien la présence des résines dures qui donne cet émail que nous remarquons sur certains tableaux faits à l'époque de Yan-Eyck; cette vérité n'a pas été sentie de la plupart des écrivains » et Félibien a pris le change lorsqu'il nous dit : f G'est par la même raison de cette

> grande union de couleurs que les excellons tableaux

• peints à huile » et qui sont faits il y a long-tems , parais-

• sent avec plus de force et de beauté » parce que toutes

■ les couleurs dont ils ont été peints , ont eu plus de loi-

> sir de se mêler , de se noyer , de se fondre les unes

> avec les autres , à mesure que ce qu'il y avait de plus

■ aqueux et de plus humide dans l'huile s'est évaporé. » U aurait mieux Ëiit de dire» parce que l'huile, en vieillissant » a voilé d'une teinte générale tout l'ouvrage.

8 PR0GÉDI&8 MATÉRIELS.

U reste, pour alimenter la curiosité des personnes qui ont le loisir de s'occuper de ces sortes de questions , à rechercher si Jean de Bruges a réellement trouvé seul les moyens de rendre ses huiles dessiccatiTes parla simple cuisson ou par l'addition des sels provenant du plomb. Quant au mérite qu'on lui attribuerait d'avoir ajouté » soit le succîn ou le copal, soit la térébenthine de Ghio» il est évident que les livres indiquaient avant lui cette addition. II resterait à rechercher encore si ce Jean Yan-Eyck de firuges aurait imaginé le premier der ne finir d'étendre ses couleu^ que lorsque les matières avaient acquis ce degré de conglutination qui est si propre à les rendre diaphanes» unies , ductiles et légères : procédé que tous les maîtres subséquens ont conservé , mais que plus tard , vers le xviii* siècle, on abandonna, et qui, malheureusement « tout favorable qu'il est à l'imitation , tend à faire altérer les couleurs. En elBfet la quantité d'huile est trop grande dans ce cas par rapport à la quantité de molécules colorées, lesquelles ne peuvent plus alors empêcher, par leur interposition , le ravage de cette huile destructrice , etc. C'est donc su^ ces points que doit reposer la question d'innovation introduite par Jean Van^Eyck : je laisse à d'autres ces recherches de curiosité.

Quand nous ne posséderions aujourd'hui pour indice sur ce point que le manuscrit de Théophile , nous aurions assez de preuves relatives à cette prétendue innovation de Jean de Bruges. Cet ouvrage du moine Théophile est intitulé dans le manuscrit qu'on a possédé à Paris : De omni Scientiâ Pieturœ arti$. c II parait , dit M. Emeric » David , que l'autêur était né en Lombardie , et qu'il vi-^ > vait dans le x* ou le xi* siècle : c'est l'opinion de

PEIUTURE A HUILB. OBSERVAT. HI5T0R. , etC. 9

RaspjB 9 de Lessing et des éditeurs de la bibliothèque de Wolfenbuttlel , dans laquelle il se trouve un manuscrit pareil qui a été publié sous le titre de : Diversarutn Artium Sehedula (dans les Mém. d'Hist. et de Littér., tirés de la biblioth. du duc de Wolfenbuttlel. — Bruns* wick, 1781; 6"** partie 9 pag. 291 et suiv.) Un pareil manuscrit se trouve aussi à Cambridge.

» On trouve annexé à ce manuscrit que possède la Bibliothèque à Paris » un autre ouvrage d*un peintre italien qui vivait dans le même tems et qui se nomme Eraclius. Cet ouvrage» moins volumineux que celui de Théophile» est intitulé: De Coloribus eldcArtibusBomanarum. Il parle de la peinture à l'huile {de omnibus cûlaribui eum oUo distemperatis, Raspe a publié ce Traité d'après un manuscrit vraisemblablement incomplet ( voyez son ouvrage intitulé : A critical Essaj on ail PaifUing).

> On trouve aussi réuni dans le même volume manuscrit de la Bibliothèqile royale de Paris » un autre fragment intitulé : Alia tabula. Ce fragment parait être du même âge que ceux de Théophile et d'Eraclius. t Le même volume contient en outre d'autres écrits sur la peinture » mais moins anciens. ( Discours sur la Peinture moderne , pag. iSj et suiv. » 187 et suiv.). On peut consulter » sur le manuscrit de Théophile » ouvrage qui n'a pas été traduit en français » les Notes de M. Cicognara» insérées dans son ouvrage sur la* sculpture (voyez aussi le Journal des Savans; juillet 1782 , pag. 493» etc. » etc.).

Une bonne traduction française de ce livre de Théophile serait utile > ainsi que celle qu'on ferait du manus^

lO PROCàD^S MATBRIKLS.

crit ancien traduit par Muratori , de celui d'EracUijs , des livres de Cennino Cennini, et d'autres écrits enfin sur ces matières. M. Em. Dayid a traduit des fragmens de Théophile dans son Discours historique sur la Peinture moderne. M. Soehnée en a traduit aussi divers passages dans ses Recherches nouvelles sur les procédés de peinture des anciens. On en trouve encore un extrait traduit dans la Dissertation de M. Champoléon de Figeac surunDyptique du XIII* siècle. — Magas. Encyclop. , 1811.

Il est à remarquer qu'aucuns des écrivains qui avancent que Yan-Eycka inventé la peinture à huile ne s'expriment de manière à £iire croire qu'il savent ce qu'il disent. Ils parlent de cette découverte à peu près comme Pline parle des sept couches de couleurs dont Protogène couvrit son fameux tableau. Voici le narré d'un écrivain qui cependant était peintre , et qui voyagea en Flandre et résida en Italie. ( Descamp , Yies des Peintres flamands , hollandais » etc. ) »

t Jean Van-Eyck , dit -il , joignoit à la pratique de son

• art la culture des sciences , et se plaisait surtout à la 9 chimie. La découverte qu'elle lui procura fut celle d'un » vernis qtii, appliqué sur ses ouvrages» leur donnait plus

• de vivacité; mais il ne tarda pas à reconnaître les in- » convéniens de ce secret dont il s'était d'abord applaudi. » Le vernis ne se séchait pas lui-même , il fallait exposer » les tableaux au feu ou à la plus grande ardeur du so-

• leil. Un jour qu'il faisait sécher ainsi un ouvrage peint » sur bois , et qui lui avait donné beaucoup de peine , la

• chaleur fendit en deux le panneau. Le regret d'avoir

• perdu en un instant le fruit d'un long travail le fit re- » courir à de nouvelles opérations chimiques ; il recher-

PBINTCRB A HUILB. OBSERVAT. HISTOR. , etC. 1 1

cha si, par le moyen des huiles cuites, il ne pourrait pas parvenir à iaire sécher ses vernis sans le secours du soleil et du feu. Il se servit des huiles de noix et de lin qu'il savait être les plus sécatives; et , en les faisant cuire avec d'autres drogues , il composa un vernis beaucoup plus beau que le premier. De nouveaux essais lui apprirent que les couleurs se mêlent plus facilement avec Thuile qu'avec la colle ou le blanc d'œuf, dont il s'était servi jusques-là; qu'elles conservaient, en séchant , le même ton qu'elles avaient au moment du travail , et qu'elles avaient de l'éclat par elles-mêmes sans qu'il (ïtt nécessaire d'y ajouter un vernis. Tant d'avantages lui firent préférer sa nouvelle découverte à l'usage de la colle ou du blanc d'œuf , et la vivacité qu'elle prêtait à ses tableaux ajouta beaucoup à sa réputation. • Tous les écrivains ont ainsi répété ce qu'avaient dit Yasari, Yao-Mander, etc.

Je viens donc d'établir différemment qu'on ne l'a fait jusqu'ici la question relative à J. de Bruges , puisque je demande si J. de Bruges a perfectionné le premier la peinture à huile , et que je regarde comme absurde de demander aujourd'hui s'il en fut l'inventeur, mille preuves servant à repousser cette conjecture. Au surplus donnons en passant quelques autres preuves que celles des manuscrits antérieurs à ce J. de Bruges. Il faut d'abord faire remarquer le silence de l'auteur de l'épitaphe assez longue de Yan-Eyck, qu'on lit , selon Yan-Mander, dans l'église de St.-Donat, où Jean de Bruges fut enterré; celle de son frère Hubert, inhumé à St. -Jean de Gand, ne rap- I>elle aucune invention; il faut remarquer aussi le silence de plusieurs chroniqueurs qui n'eussent pas laissé échap-

12 PROCÉDÉS HATÉBIELS.

per l'historique de cette découverte. De plus on doit tenir compte des réclamations des Napolitains» des Bolonais» des Vénitiens et autres , qui prouvent qu'avant l'existence de Yan-Eyck on pratiquait chez eux la peinture à huile» et qui citent à l'appui de leurs réclamations des tableaux exécutés à huile, et d'une date bien antérieure à ce Jean de Bruges. Outre les réclamations des Italiens en faveur de Gollantooio» les Allemands exhibent aussi une peinture à huile, datée de 1297 » exécutée par Mutina » de Bohème : deux autres du xiv* siècle » exécutées par Wurmser» de Strasbourg] et par Théodoric» -de Prague; enfin partout on a refusé de considérer comme une découverte particulière à Jean de Bruges l'emploi de l'huile dans les couleurs. A ce sujet je rappellerai ce que j'ai dit plus haut » c'est qu'il semble important pour la question dont il s'agit de savoir si les prétendus tableaux à huile » antérieurs à Yan-Eyck , ont été exécutés avec des couleurs broyées avec l'huile» ou s'ils n'auraient pas été peints en détrempe ou à l'œuf» et puis recouverts d'huile superposée comme vernis. Au reste le livre de Théophile est suffisant pour convaincre de l'ancienneté de ce procédé.

Voici encore un des argumens les plus forts pour prouver que la peinture à huile était pratiquée en 1239. Henri III» roi d'Angleterre» donna l'ordre» cette année» de payer de son trésor à Odo» orfèvre» et à son fils Edward la somme de cent sept schillings et dix pences» pour de Thuile » du vernis » et pour les peintures des chambres de sa royale résidence à Westminster. (Voyez Raspe» pag. 5i » et Soehnée» pag. 17.) L'intéressant et trèsutile écrit de M. Soehnée devrait être le dernier ouvrage qu'on produisit sur cette futile question, c Je ne sache pas.

PEIKTUBB k HUILE. — OBSBBVAT. HISTOR. , etC. l3

dit-il dans sa note troisième , qu'aucun auteur moderne qui a écrit l'histoire de la peinture ait cité le passage suivant si remarquable de Aubertus Mirœus » dans sa Chronique Belge , à Tannée i4io :

c Joannes Eyckius et frater ejus Hubertus, pictores eximii , Brugis fièrent. Horum alter Joannes , oleo ex liniseminibusextuso» picturae colores primus miscuisse, atque aeternos, ut sic dicam, adversbs aevi injurîam reddidisse creditur. Praeclarum hoc inventum plerique ad annum i4io referunt : sed ante annum i4oo illud in Belgio saltem apud pictores quosdam in usu fuisse , convincunt vetustiores tabellse coloribus oleo mixtis depictae , atque in iis una , quae in templo Franciscanorum Lovanii spectatur, eu jus quidem auctor sire picter ann. i4oo notatur obîise. • — t Jean Eyckius et son frère Hubert sont d'excellens peintres qui brillent à Bruges. Jean passe pour être le premier qui ait mélangé les couleurs a?ec de Thuile de lin et les avoir rendues étemelles » pour ainsi dire , en les garantissant des injures du temps. La plupart placent cette belle invention dans l'année \/^\o; mais il est notoire qu'avant l'année ]4oo , elle a été connue et pratiquée par plusieurs peintres en Belgique. De plus anciens tableaux peints avec des couleurs à huile en font foi. On en remarque un principalelement , dans l'église des Franciscains à Louvain , qui porte l'année 1400» pour être celle de la mort de l'auteur. ■

t Houbraken » ajoute M. Sbehnée , a fait paraître une nouvelle édition de Yan-Mander ; n'ayant pas cette édition ious les yeux , j'ignore s'il y a inséré ce passage

l4 PROGÉDéS IIA.TÉR1BLS.

» pour la rectification de l'erreur. Je ne sais pas non plus, 1 par conséquent , si lui ou d'autres y ont répondu par » des argumens en faveur de Yan-Eyck ; j'avoue cepen- » dant que je n'en vois guère la possibilité. S'il est cons- » tant que l'auteur de ce tableau, qu'on voyait à Louvain, 9 est mort en i4oo , la cause de Van-Eyck et de ses dé- » fipnseurs est perdue sans ressource. •

Quant à l'ancienneté du vernis à l'huile et à l'ambre, elle est constatée aussi par plusieurs passages de Théophile, et particulièrement par le suivant, chap. 19 (de Glutinis vernitione) :

c Pone oleum lini in ollam novam parvulam et adde » gummi, quod vocatur fornis, minutissime tritum, quod » habet speciem lucidissimi thuris , sed cum frangitur , j> fulgorem clariorem reddit , etc. »

a Mettez de l'huile de lin dans un petit pot de terre » neuf ( M. Soehnée a oublié dans sa traduction le mot » parvulam , pttit , particularité fort essentielle selon » moi), et ajoutez-y de cette gomme appelée fornis, con- » cassée fort menue (autre particularité importante, qu'ex- » prime vaguement le même traducteur par bien triturée), » qui ressemble à l'encens le plus clair, mais qui, étant » brisée, à la cassure plus transparente et plus brillante. » Posez ce mélange sur les charbons et faites-le cuire » avec soin , sans toutefois le faire venir à ébullitîon , » jusqu'à ce qu'un tiers en soit dissous {consumaiur , 9 consumé, rend mal la pensée de Théophile) , et pre- » nez garde que le tout ne s'enflamme , ce qui est très- » dangereux, ce feu étant d'ailleurs fort difficile à étein- • dre. Toute peinture enduite de ce gluten sera d'un bel » éclat et durable par^dessus tout. » Voilà le vernis gras

PEINTURE A HUILE. OBSERVAT. HISTOR. , etC. l5

de DOS peintureursbien défini; Van-Eyck n'aura^t-ildonc pas eu la pensée d'y incorporer ses couleurs? L'émaillé, la transpartnce de ses peintures semblent le prouver; et remarquez bien que si quelques modernes , et entr'autres Canova , qui s'est beaucoup exercé à la peinture , ont vu jaunir leurs tableaux peints au vernis gras, c'est qu'il était mêlé de térébenthine^ tandis que celui de Théophile n'est composé que d*huiie de lin et de cette gomn^^ appelée fomis. Cette résine était-elle l'ambre, était-elle le copal ou une espèce d'encens? Cette question semble rester indécise; mais il est probable que^ dans cette antique composition, on avait préféré la i;ésine la moins susceptible de jaunir, la plus transparente et la plus dure en même tems.

M. Soehnée s'est attaché à démontrer que c Théophile , > qui, après la dénomination de gummi fornis, ajoute: » quod romane glassa dicitur, veut indiquer la résine a copal. Le mot copal , dit-il, est mexicain; depuis la 9 découverte de l'Amérique , on a désigné sous ce nom ■ une certaine gomme copal , de la même espèce que celle » que produit la Perse. > On sait que les Indiens brûlent le copal comme encens. Le même auteur explique aussi, d'une manière satisfaisante, comment les anciens ont donné indistinctement le nom d'encens au succin et au copal, et il cite divers passages où les auteurs disent, polir avec del'encen», représenter ou traiter avec l'encens, comme ils disaient : qui a brûlé cette figure, pour dire : qui a exécuté celte image encaustique? Au surplus, sans trop multiplier les recherches et sans suivre les analyses chimiques fiâtes sur les tableaux antérieurs à J. de Bruges, dont plusieurs peints à l'œuf ont seulement été vernis avec

l6 PnOGÉDéS MATÊniELS.

de Thulle , contentoDs-nous de ce qu'on lit dans le manuscrit composé avant l'an 900 , et que Muratori a publié. On trouve dans ce manuscrit qui a pour titre: AntiquitaU Italie. » tom. 11 , pag. 366 , article Compositlo Unei : l'indication d'un mélange d'une gomme avec l'huile de lin et une résine , l'auteur observant dans une note que l'huile de lin lineUon provient de la graine de lin.

Maint^ant voici la suite de la même question : Est-il probable que les anciens Grecs ou Romains aient connu la peinture à huile, et qu'ils l'aient rejetée à cause de ses imperfections ? Il existe un écrit qui tend exclusivement à prouver que la peinture à huile était connue et pratiquée du tems de l'empereur Marc-Aurèle. Je n'ai pas pu me procurer cet ouvrage de M. Galland. Presque tous les antiquaires adoptent cette conjecture; et plusieurs faits tendent à la convertir en certitude. Yitruve dit positivement que les murs colorés se lustraient avec de la cire punique , dans laquelle on mêlait un peu d'huile. Gomment imaginer d'ailleurs que l'huile, qui était si commune chez tous les peuples de l'antiquité » n'ait jamais servi à recouvrir des subjectileS » et n'ait jamais été » par suite de sa propriété dessiccative et translucide» employée comme gluten avec des substances colorantes? L'idée de l'oubli ou de l'ignorance d'un moyen si simple répugnera toujours aux personnes qui ont reconnu l'industrie et toutes les pratiques ingénieuses des Egyptiens 5 des Grecs et des Romains, c Certains procédés qu'emploient » les Indiens feraient soupçonner» dit M. dePaw (Rech. » philos, sur les Egyptiens et les Chinois ) , qu'ils ont eu » connaissance de la manière de peindre à huile > que les » Persans et les Egyptiens modernes n'ignorent pas non

PEINTURE A HUILE. OBSERVAT. HiSTOR. , clc. I 7

9 plus , au rapport de MM. Chardin et Maillet : comme 0 on doute qu'ils l'aient emprunte des Européens , cela 9 rend la découyerte de la peinture à huile beaucoup plus » problématique que bien des auteurs ne se l'imaginent, i» D'ailleurs ne peut- il pas se faire qu'ils aient rejeté l'emploi de l'huile dans les couleurs , en raison de sa courte durée et de sa facile altération ? En effet nous voyons tous les jours que les peintures extérieures faites à huile retournent promptement à l'état pulvérulent, lorsque le soleil en a desséché et brisé le mucilage; et l'on ne peut pas croire que les anciens , et surtout les Egyptiens qui aspiraient tant à rendre leurs ouvrages indestructibles » se fussent contentés de ce moyen. Quand nos tableaux à huile ont éprouvé les effets de trois siècles, ils sont fort près de leur ruine , si l'on ne les a pas entretenus et préservés de l'influence de l'air; et même après co tems, les plus sains ont presque tous besoin d'cire réparés , d'être nourris de gluten , d'être aplanis et fixés de nouveau; or cette durée, je le répète, n'aurait point convenu aux Egyptiens , ni même aux Romains qui avaient reconnu dans la cire une substance conservatrice, et pour ainsi dire impérissable.

Il y a une phrase remarquable , selon moi , dans le ma nuscrit de Théophile; il y est dit : « Je t'enseignerai (o B mon fils) ce que savent les Grecs dans l'art de choisir 9 et de mélanger les couleurs ; les Italiens, dans la fabri- > cation des vases , etc. » Si l'expression française , mé langer, rend bien celle de Toriginal , il est hors de doute que les Grecs connaissaient ce que Théophile enseigne , et par conséquent le mélange des couleurs avec l'huile. N'ayant pas sous les yeux ce manuscrit, je m'en tiens à

i8 PROCÉDÉS matIriels.

ces aperçus. Voici comment M. Emeric David traduit tout ce pa$iage de Théophile.

c 0 toi qui liras cet ouvrage» (dit-il dans l'introduction,) » qui que tu sois , ô mon cher fils , je ne te cacherai rien » de ce qu'il m'a été possible d'apprendre : je t'enseignerai f ce que savent les Grecs dans l'art de choisir et de mé- » langer les couleurs; les Italiens, dans la fahrication des » vases , dans l'art de dorer , dans celui de sculpter l'i- » voire et les pierres précieuses ; les Toscans , dans l'art 9 de nieller et celui de travailler l'ambre ; les Arabes , » dans la ciselure et les incrustations. Je te dirai ce que » pratique la France dans la fabrication des princtpaux » vitraux qui ornent ses fenêtres : l'industrieuse Germait nie dans l'emploi de l'or , de l'argent , du cuivre , du » fer, et dans l'art de sculpter le bois. Conserve , ô mon » cher, et transmets à tes disciples ces connaissances que » nous ont léguées nos anciens : nécessaires à l'ornement • des temples , elles sont l'héritage du seigneur. »

Prouvons maiittenant que tous les peuples de l'Orient rejettent la peinture à huile.

Depuis que les Européens ont transporté dans les trois autres parties du monde plusieurs de leurs arts industriels, on y pratique parfois la peinture à huile ; elle est en usage dans la Turquie et même dans la Chine; mais il est une chose certaine , c'est que ces peuples n'ont jamais voulu l'adopter pour leurs peintures fines; et l'on peut assurer qu'ils ne peignent à huile seule , que dans quelques cas fort rares. En effet les Chinois peignent à la gomme et aux résines; ils peignent beaucoup avec les vernis de leur pays; et ils n'y ajoutent jamais d'huile, même pour les peintures qu'ils exécutent sous glace, quoi*

PEIJf TURB A HUILE. OBSERVAT. HISTOR. , elC. I ^

qu'il semble que le ravage de l'huile doit être moins grand lorsque la peinture est ainsi garantie et fixée. Les Persans peignent à la gomme et au naphte. Les Turcs peignent h la gomme , au vernis résineux et principalement à l'œuf. Beaucoup de maisons de Gonstantinople sont peintes au jaune d'œuf » recouvert quelquefois de cire. Enfin, malgré cette grande découverte de Jean de Bruges » qui , depuis trois siècles , s'est répandue sur tout le globe» il n'y a que les Européens qui en fassent usage. Les Américains des Etats-Unis n'ont guère de goût , ainsi que je l'ai dit, pour les tableaux à huile qu'on leur envoie d'Europe , et une estampe anglaise coloriée leur fait abandonner volontiers les chefs-d'œuvre de nos vieux maîtres d'Italie ; mais on les 7 accoutumera peu à peu , et à force de muséums , de cabinets , de marchands de tableaux , d'exclamations et de traductions de nos livres sur les arts , ils finiront par avoir des Perrault qui vanteront le teint sans éclat de la peinture à huile.

Le frère jésuite Attiret» peintre » était fort embarrassé en 1755, pour plaire à l'empereur de la Chine Kien- Long 9 vu la répugnance de ce prince pour la peinture h huile et pour des ombres fortes qu'il appelait des taches; ce peintre fut donc réduit à employer la gouache et le lavis ^

L'auteur des Recherches sur les Egyptiens et les Chinois remarque c que si les Orientaux n'ont jamais voulu

> faire beaucoup usage de la peinture à huile , c'est que » d'abord leur climat est sans comparaison beaucoup

> moins humide que le nôtre; en second lieu, c'est qu'ils

1 Vojrcz le Joonial des Savaos; jain 1771 : Lettre de M. Amyor.

20 PROCÈDl^S MATÉRIELS.

9 veulent que les couleurs soient exlrémement vives; or » la détrempe ne les altère presque point » tandis que > l'huile les ternit sensiblement. Au reste , dit41 , les ar- » tistes de ces contrées ont connu , dès la plus haute an- » tiquité , de certaines pratiques qui passent quelquefois , » parmi nous , pour des inventions nouvelles. Mais, quant p à la préférence qu'ils donnent à d'autres glutens que » l'huile , elle vient de ce que ces mêmes glutens réu- » nissent les propriétés de l'huile , et procurent une vie B et un éclat bien supérieurs à tout ce que l'huile peut » donner. »

11 semble que, dès l'origine de la peinture à huile,on ait reconnu plusieurs de ses imperfections, et qu'on ait cherché à 7 remédier. Léonard de Vinci (ainsi que nous l'apprend Vasari dans trois passages différcns de la vie de ce peintre), Gioi^one, Jean de Bruges lui-même, et probablement beaucoup d'autres encore, remarquèrent dans la peinture à huile simple quelque chose de sourd et de terne; et ils y ajoutèrent probablement entre autres résines la belle térébenthine de Ghio , qu'on apportait de l'Archipel à Venise; mais ces résines, et surtout cette térébenthine, toute claire qu'elle est dans Tétatmou, et toute favorable qu'elle était d'ailleurs pour faciliter la fusion du succin , cette térébenthine, dis -je, ainsi que plusieurs autres résines s'obscurcissent. Les peintres de ces tems ne semblent avoir eu aucune idée de la lente carbonisation de l'huile et des résines, et Léonard de Vinci, par exemple, parle d'une certaine préparation à la poix et à l'huile cuite , A*oh résulterait nécessairement un composé d'une très-mauvaise espèce. 11 est à croire que Théophile et les moines de son tems étaient assez embar-

PBINTURB A HUILE. — OBSERVA.T. HISTOR. , etC. 21

rassés eux-mêmes pour retrouver la vraie peinture des Grecs : le silence de 'Théophile sur plusieurs points praticpies en offre assez la preuve.

Ainsi ce qui a préservé un grand nombre de ces anciennes peintures à huile » c'est l'usage de peindre sur détrempe et de finir souvent' au premier coup sur des dessous soigneusement ébauchés à l'œuf : c'est encore l'emploi des fonds d'or sur les préparations à huile, car cet or isolait la peinture que l'on appliquait dessus. Enfin ce qui achève de démontrer que la peinture à huile toute pure a été de tout tems recounue par les peintres pour un procédé fort imparfait , c'est qu'il n'y a pas de petits secrets, pas de recettes, de méthodes combinées qu'ils n'aient imaginés et essayés pour améliorer cette peinture; et ce sont ces diverses tentatives qui, tantôt vicieuses, ont flétri les couleurs , et qui , tantôt heureuses , ont servi plus ou moins à les conserver.

Si les plus anciens peintres à huile ont reconnu des inconvéniens dans cette peinture, avant même qu'ils aient pu reconnaître les effets de sa lente et interminable carbonisation , quelle méfiance ne doivent pas avoir d'elle les peintres d'aujourd'hui qui cherchent en vain , dans les teintes sombres et assourdies de Tiziano et de Giorgione, les raisons savantes de ces coloristes iameux ! Au reste dans ces tems les peintres préparaient eux-mêmes leurs matières , car il n'existait pas alors de marchands qui se chargeassent de ce travail important. Les peintres perpétuaient donc , par leurs propres mains, les meilleures pratiques , et ne les abandonnant pas 5 des mains étrangères, ils durent par cela seul être plus instruits sur ces questions que les peintres modernes ,

âd PBOCiDis UAT^RIELS,

qui la plupart ignorent les élémens les plus simples de la chimie de la peinture.

Les curieux pourront consulter » sur cette histoire de de la peinture à huile » le Traité publié en allemand par Lessing; — le Journal pour l'histoire de l'art /par Demur « volume i*'; on y trouve plusieurs observations contraires à celles de Lessing; — Meussel» dans le la* cahier de ses Mélanges artistiques , dans le 99* de ses Mémoires pour servir à l'histoire de Tart » et dans le troisième de son Musée pour les artistes. On peut consulter encore Budberg • de Bast , Artaud , Bschenburg , Tabbé Lanzi , Tafuri dans sa Lettera intorno aleune inventiani usciu del regno di Napoli, Riegger, etc. Quant aux auteurs Dagljr , Couller, Leist, Schildrake» Willians et autres , cités aussi dans notre catalogue , ils ont spécialement écrit sur l'altération et sur le matériel de la peinture à huile.

Examinons maintenant sous ses rapports techniques le procédé de la peinture à huile.

Le grand inconvénient attaché au procédé de la peinture h huile y c'est que l'huile, qui sert à liquéfier et à fixer les couleurs, s'assourdit et s'obscurcit avec le tems, en sorte qu'elle ternit, flétrit, et même noircit les matières colorantes qui lui sont confiées. En effet les bruns, apposés par glacis deviennent quelquefois absolument noirs , à raison de la carbonisation de l'huile qui a été appliquée par plusieurs couches assez fluides sur ces par* ties brunes du tableau. Un autre inconvénient de ce procédé , c'est que les couleurs manquent de transparence, parce que l'huile, parvenue à son état solide et concret, ne forme pas un gluten suffisamment translucide.

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