CHAPITRE
DE L'APPRÊT OU ENDUIT EXÉCtTÉ A HUILE.
l^EPuis que Ton a détrempé les couleurs avec l'huile , c'est aussi au moyen des couleurs détrempées avec l'huile qu'on a apprêté et enduit les subjectiles. Cependant» lorsqu'on doit peindre sur des murs très-unis , sur des dalles de marbre, sur des planches de cuivre ou sur du bois très-serré ;, il n'est pas nécessaire de revêtir ces subjectiles d'un enduit exécuté à huile ; on devrait d'autant plus s'épargner cette préparation que , comme on a pu s'en convaincre depuis trois h quatre cents ans, Thuile de celte pn^paration fait assourdir et obscurcir les couleurs de la peinture que l'artiste appose ensuite sur ces dessous. Cet enduit à huile est encore inutile lorsqu'on peint sur des toiles très-fines et d'un grain convenable , sur des taffetas , sur des papiers même , car dans ce cas un léger encollage suffit. Cependant, lorsqu'on fait usage de toiles un peu grosses , un enduit est indispensable. On peut très-bieu en obtenir qui serait excellent en le faisant avec de la colle douce et du blanc. Si ensuite on croit qu'il soit nécessaire de revêtir cette préparation d'un léger frottis d'huile pour empêcher les couleurs de s'emboire dans l'enduit , rien n'est si facile que ce frottis. Malgré tout, on a presque toujours préparé et on prépare même encore aujourd'hui les toiles avec un enduit composé d'huile cl de blanc ou quelquefois d'ocre, et on ap-
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plique sur le tissu deux ou trois couches de cet enduit. Il Dous faut donc signaler ici et décrire ce procédé; mais auparavant il convient d'indiquer celui que , depuis Léonard de Yinci , on a employé pour apprêter les murs destinés à recevoir des peintures.
Ce procédé consiste à donner au mur deux ou trois couches d'huile de lin bouillante, et à réitérer ces mêmes couches, qu'on laisse sécher Tune après l'autre jusqu'à ce que les couleurs ne s'emboivent plus dans le mur, et qu'elles restent brillantes. Ensuite (et comme s'il n'y avait pas encore assez d'huile dans cette barbare préparation) on ajoute une ou deux couches de blanc ou de toute autre matière broyée aussi à l'huile.
Il y a déjà plus de trois cents ans que Sébastien del Piombo avait remarqué le mauvais effet de cette préparation, et que, ne voulant pas voir pousser au noir ses couleurs , îl résolut de rejeter l'huile de cet apprêt. Aussi se contenta- 1- il d'enduire le mur de résines posées à chaud. On dit qu'il y ajouta de la chaux vive et qu'il employa, cntr'autres résines, la poix et le mastic; mais comme ces traditions n'ont pas été transmises par des écrivains bien instruits de ces particularités techniques, il est fort douteux qu'on doive prendre leur récit à la lettre. Par ce moyen , disent-ils , ses couleurs se conservèrent , et il fut dispensé de recourir au procédé de la fresque, procédé qui, à ce qu'il paraît, convenait peu à sa manière d'exécuter. Nous ne ferons aucune réflexion sur cette routine qui consiste à saturer d'huile le mur qu'on doit peindre : l'expérience de tous les jours devrait la faire rejeter à jamais.
Parlons maintenant de la manière adoptée généralement pour préparer les toiles à tableaux, en les endui-
l6o PROCÉDÉS HATÉRIELS.
sant d*une ou de deux couches épaisses de blanc broyé et détrempé arec l'huile.
Préparez de la colle de peau ou de parchemin, et n'employez que celle qui est en consistance de gelée. La toile étant tendue sur un châssis» encollez Ja, c'est-à-dire étendez avec une spatule ou une amassète cette colle, de manière qu'elle ne pénètre que le dedans du tissu sans le traverser entièrement. Laissez sécher cet encollage qui sert à boucher les trous et à coucher les petits brins de fd. Lorsque la toile est bien sèche , poncez -la et évitez que la ponce ne fasse des trous en mangeant les nœuds ; vergelcz-la bien, puis apposez l'enduit préparé à l'huile.
Cet enduit doit être fait avec du blanc de céruse broyé à l'huile , soit de lin , soit d'œillette , soit de noix , soit de toute autre huile. Au blanc de céruse quelques-uns substituent l'ocre jaune ou rouge; cette première couche étant sèche et bien poncée à l'eau, on en pose une secoude composée des mêmes ingrédiens, c'est-à-dire d'huile, de blanc de céruse ou de plomb , et de quelqu'autre couleur propre à donner la teinte qu'on désire. On ponce cette seconde couche qui doit suffire. On peut cependant en appliquer une troisième qui procure plus de poli et encore plus d'épaisseur à l'apprêt, mais aussi qui accumule plus d'huile, et qui, par conséquent, la rend plus dangereuse pour les .couleurs. Cette dernière couche s'applique au pinceau.
Tel est le procédé que chacun peut aisément pratiquer, mais que les ouvriers exercés à ce travail emploient avec plus de promptitude que les autres.
On a imaginé de couvrir de cet enduit préparatoire les toiles à l'aide de deux cylindres; ce moyen a réussi » et la couleur a été bien rivée et bien attachée au tissu ,
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qui, d'ailleurs, en s'aplatissant par la pression , peut dispenser de l'applicalion d'une seconde couche.
Il faut remarquer que les réparateurs de ta1)leaux s'étant souvent plaint de la difiicullé qu'ils éprouvent pour enlever ou séparer de la peinture les toiles dont l'apprêt a été rivé par derrière» ou qui a été elle-même couverte par derrière d'une couche d'enduit à huile, cela a engagé les fabricàns , préparateurs de toiles à peindre, à isoler du tissu leur enduit à l'aide d'un encollage , et à ne jamais river l'enduit par derrière, lorsqu'il traverse les petits trous du cannevns. Cependant l'usage de la colle est funeste , en ce qu'elle donne prise à l'humidité, et qu'avec le tems la couleur ainsi que l'enduit^abandonnent le tissu.
Quelques peintres du xviii* siècle eurent l'idée de diminuer la quantité d'huile de l'enduit ou apprêt, en substituant h une partie d'huile une partie égale d'essence de térébenthine ; et même, pour oblenirUn dessous encore plus absorbant , ils composèrent leur premier enduit d'ocre rouge , couvrant ensuite ce premier apprêt d'une couche de gris préparé à huile et posée au pinceau. Beaucoup de peintures ainsi préparées ce sont écaillées, parce que le premier enduit, au lieu do pénétrer le tissu, en était isolé par l'effet de l'encoHage , et parce que les touches de couleurs apposées par le peintre, ainsi que les vernis étaient d'une conglutination plus forte que la couche rougeâtre du dessous peu adhérente au tissu. Quelques peintres de ces tems reconnurent ce mauvais ^et, qui se manifestait déjà de leur vivant , et ils imaginèrent de mettre plus d'huile et rejetèrent l'essence. Mais un autre inconvénient résulta de ce procédé : cette huile repoussa et
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transparut en rouge à travers les couleurs du tableau. Plusieurs peintures adtnirables de Poussin sont ainsi dr* venues monochromes et couleur de brique. Enfin si un dessous roussâtre est utile et favorise Pharmonie du coloris , faut-il n'obtenir ce dessous qu*à Taide de Thuile e! avec une huile surabondante ? On peut avancer qu'en général, et quoi qu'en puissent dire les réparateurs qui procèdent à Tenievage, l'encollage est à éviter. Lorsqu'on peint sur cuivre» sur fer-blanc , sur marbre, il suffit d'<'grlser ces surfaces et de les frotter d'aii, avant de po5?r le léger apprêt qui doit faciliter le travail de l'artiste.
Il importe de laisser long-tems sécher à l'air les toilrs préparées avecThuile. Il &ut, avant de s'en servir, les bi<^n poncer» les dégraisser avec de resprit-de-vln , en les iVo; tant à l'aide de tampons de coton. Quant k l'effet <Ui soleil qui peut détruire une partie du mucilage de l'huilo« je pense qu'il est très- utile d'y avoir recours. Si une toile ainsi séchée trop lon^tems au soleil acquiert de Taridite » il en résultera un avantage , puisqu'alors l'huile de l'ébauche pénétrera l'enduit , et qu'une peinture exéculre au premier coup sur une semblable toile , se conserver;^ tout aussi bien que si on l'avait exécutée sur du bois n r. On remarque tous les jours qu'une première couche à huile a|ipliquée à nu sur du bois ne s'obscurcit jamais , parce que l'excédant de l'huile entre dans les pores de ce subjectile.
Disons encore qu'avant de coucher l'apprêt sur des bois ou sur toi|t autre subjectile» il est nécessaire d'examin'*;si quelques places ne seraient point embues de corp^ gras, tels que l'huile d'olive , le beurre » le suif» etc. » ro qui empêcherait l'adhérence. Une bonne précaution à
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prendre c'est donc de frotter d*ail ou d'oignon la surfuce, avant de l'apprêter*