‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 30 sur 104 · I.£$ COLLES. l^S · texte numérisé non relu

I.£$ COLLES. l^S

dans beaucoup d'eau , n'aurait pas la souplesse et la délicatesse que requiert la peioture; Dans les tems de gelée elle se contracterait , deviendrait cassante , et se lierait mal avec les matières colorantes qu'où lui confierait. Elle n'est donc utile que pour certaines fortes agglutinations, pour certains mastics. Si l'on y ajoute de la résine et de l'builede Ho, elle sera tenace malgré l'humidité, et pourra servir à coller les pierres et les marbres , etc.

On doit toujours faire fondre cette colle au bain-marie ; car, posée immédiatement sur les charbons, son caractère mucilagineux se détruirait.

De la colle animale moyenne. — La colle animale moyenne, dite colle de Flandre, se prépare comme la colle forte, mais on la compose de matières plus souples et plus douces. Telle» sont les rognures de peaux de moutons, d'agneaux, etc.; elle est par conséquent plus liante, plus élastique, plus claire que la colle forte. On la forme aussi en tablettes.

Pour s'en servir, on la fait tremper dans l'eau, puis on la fond entièrement dans l'eau bouillante. Quelques peintureurs l'emploient pour s'épargner la peine de faire euxmêmes de la cotlle faible ; mais de même qu'elle n'a point la ténacité de la colle forte, elle n'a point non plus la douceur et l'élasticité de la colle faible.

De la colle faible animale. — On peut distinguer dans celte espèce de colle deux degrés : la faible et la trèsfaible. Les noms de colle de gants , colle de parchemin , et même colle de brochette, ne sont>pas très-signiQcatifs ; car il y a des rognures grossières de peaux servant aux gants , et il y a des parchemins grossiers , etc.

La colle de gants se fait avec des rognures de peaux

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blanches de mouton. Ces rognures sont souvent composées de parties assez grossières* On fait macérer et dissoudre ces rognures dans de Teau bouillante pendant quatre heures, après qu'elles ont trempé plusieurs heures dans l'eau chaude; puis on tamise cette colle qui, lorsqu'elle est refroidie , doit avoir la consistance d'une forte gelée. La quantité d'eau détermine le degré de solidité de cette gelée.

Pour l'employer» on ne la fait jamais bouillir» mais on la liquéfie à un feu doux.

Quant à la colle très-faible » elle se lait avec des rognures de parchemin» avec des peaux de lapin» des peaux d'anguilles » etc« On l'obtient dans l'eau par ébuUitioii » et on la réduit en état de gelée: elle est plus longue à faire que la colle de gants ; on la tamise » ' on la laisse se clarifier » et on y ajoute Un peu de miel.

La colle de poisson est encore mise au nombre dos colles faibles; elle est très-précieuse. On conçoit aisément qu'il y en a de plus grossière et de plus fine. La Moscovie, la Hollande » l'Angleterre fabriquent de la colle de poisson. Les peaux, les nageoires »* la queue et les cartilages des marsouins» des loups marins, des sèches, des requins» des baleines» etc.»forment, étantbouillis, une colle que l'on tortille en cordes» et qu'on laisscsécher à l'ombre. Telle est la colle grossière de poisson ou l'ichtyocolle. L'esiurgeoti en fournit une meilleure; mais une colle plus belle et plus fine encore est obtenue par les vessies aériennes des poissons d'eau douce; on les ourre, on les dégage de la glu qui les enduit » on les dépouille de la membrane fine qui les recouvre » et on les fait sécher à l'air. (Les entrailles et le péritoine des poissons fournissent une colle moins fine

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que cette dernière.) Pour employer ces colles» on les fait fondre à Teau tiède, et on y ajoute quelquefois de Fcaiide-vie.

On a donné le nom de colle à bouche à une colle animale coi).lenant du sucre, dont la présence facilite In. prompte liquéfaction de celte colle avec la salive. Pomp la 6tre, prenez une once de colle de poisson « deux gros de sucre candi blanc , une dragme de gomme adraganle ' prenez ensuite des rognures de parchemin bien net; ver • sez une chopine d'eau claire par-dessus; faites bien boiiitlir; filtrez cette eau» et versez-là sur les matières susdites; fiiiteSi-les réduire à la moitié par la cuisson ; retirez le mélange du feu, et faites-en de petites bandes» ou donnezlui telle forme qui vous plaira. Lorsque vous voudrez voua en servir, vous la passerez à la bouche, et l'humecterez avec la salive; ensuite, ayant frotté légèrement un de vos papiers, vous retendrez sur l'autre, et avec une bande de papier mise à sec sur les deux bords des papiers en4|uits de colle , vous y passerez la paume de la main et lé plat de l'ongle.

DeseolUs végitaUi» — La plus vulgaire, et cependanl. la meilleure colle végétale, est celle qui provient de la farine du froment. Le seigle en fournit une que l'on croit plus tenace , mais elle n'est pas plus liante.

L'amidon ou fécule amilacée est une substance blanc! le, pulvérulente , insipide , sans odeur, inaltérable à l'air, cristalline lorsqu'on l'examine à la coupe. Elle est con<r tenue en grande quantité dans les graines de toutes les l^umineuses et des graminées. Les marrons , les châtaignes , le gland , les pommes de terre , les racines d'arum , etc. , en fournissent abondamment.

L'eau bouillante et l'amidon donnent une gelée connue sous le nom d'empoi , dans laquelle on mêle quelquefois un peu de cire , quelquefois aussi du bleu pour la colorer. L'empoi est un excellent gluten pour encoller les toiles^ taffetas, papiers qu'on veut couvrir de peinture; il est utile aux peintres dans bien <les cas.

L'ébuUilion des farines ^ fécules, amidons délayés dans de l'eau, suffit pour développer la partie mucilagîneuse qui constitue la colle végétale: ainsi, pour obtenir la colle de la farine, il faut la délayer d'abord dans un peu d'eau, puis ajouter de l'eau jusqu'à ce que tout soit bien dél.ayé» et que la composition soit comme de l'eau bien trouble , et d^un blanc gris. On met ensuite le vase sur un feu doux, et l'on remue toujours l'eau jusqu'à ce qu'elle soit épaissie. Sans celte précaution, la farine, qui se précipiterait au fond du vase» s'épaissirait d'abord, et se cuirait sans former de la colle. Pour la rendre plus forte , on y jette quelques gousses d'ail, et pour empêcher les mittes de s'y mettre, on y verse quelques gouttes de vinaigfe, quand elle commence' à s'épaissir. Pour la rendre pfus tenace encore, on y peut ajouter un peu de résine. La glu même y conviendrait assez. Quelques gouttes d'essence do laurier, des feuilles même de laurier ou de noyer serviraient à éloigner les mouches.

On trouve dans la pomme de terre une colle dont l'emploi peut être très-utile pour les préparations des subjectiles. Ce tubercule, quand il a long- tems bouilli, se convertit en une gelée qui , mêlée avec de la couleur et de l'eau . produit une très-bonne détrempe, et qui, mêlée sans eau avec du blanc, produit un mastic très- solide.

Enfin on peut obtenir des colles de ttoutes sortes do

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graines; on en obtient de la farine de manioc ou manhiot, farine qui sert à faire la cassave ou pain qui est en usage à Madagascar. Cette plante desséchée fournit un amidon appelé mouchache. Le riz produit aussi une colle parlicu< lière. Le sagou , pâte végétale provenant d'un palmier des Indes occidentales , pourrait être , ainsi que plusieurs autres substances qu'on a négligé d'éprouver, très-utile h la peinture. Nous avons fait connaître la propriété du mucilage de la graine de lin : on ferait probablement des re-^ cherches instructives en examinant , sous ce même rappoH, la gomme de semence de coing , de guimauve» ainsi que les mucilages de certaines plantes bulbeuses , etc.

On peut consulter^ sur l'art de faire les colles^ l'ouvrage de Duhamel-Dumonceau » nouvelle édition, Paris, 181 a; et sur les degrés de force des colles, les Recherches de H. Cadet, Annales des Arts, n" xix. Voyez aussi l'article de M. Yauquelin , dans le Journal de Physique , janvier i8is, pag. 89, sur le mucilage de la graine dejin.

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