COULEURS MATERIELLES. — LES BLANCS
dans un vaisseau net » et on la laisse rasseoir, ce qui se fait aisément sans aucune manipulation. On jette cette première eau , ordinairement jauue et sale. On lave cette marne de nouveau, jusqu'à cequeTeau devienne blanche comme du lait ; alors on la transvase , et encore mieux , on la passe à grande eau par un tamis de soie. Là elle dépose. On vide Feau sans agiter le fond, et on pétrit le dépôt. Lorsqu'il est en consistance de pfite , il sèche et durcit à l'air; le plus finse*durcit en petits bâtons, et les dernières portions du lavage, toujours plus grossières, se moulent à grosses masses , d'une livre à vingt onces , qu'on laisse sécher et durcir à l'air, et qui servent à la peinture. C'est ainsi qu'on peut nettoyer et laver toutes les terres nécessaires à la peinture.
Blanc de Troyes.
Le blanc de Troyes est un carbonate de chaux (union de l'acide carbonique à la chaux) , connu vulgairement sous le nom de craie. Il tire son nofn de la ville près de laquelle on le trouve formant des bancs assez étendus. On en tire des petits blocs avec lesquels on bâtit dans ce pays. On en fait aussi des crayons, lorsque cette craie est bien choisie.
Le blanc de Troyes se distribue sous la forme de gros pains carrés de dix à douze livres , et sous celle de rouleaux de seize à vingt onces.
La craie est inférieure en qualité aux autres blancs , quoiqu'elle soit propre au blanchiment des appartemens ; elle est préférable cependant au blanc degyps. Lorsqu'elle doit recevoir d'autres couleurs , le lavage de fabrique ne
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lui suiBt pas» et il faut lui en faire subir un second. Lorsqu'elle a été lavée avec beaucoup de soin y elle n'altère plus les couleurs.
Voici le procédé de division et de purification que l'on fait subir à ce blanc :
Concassez la craie, et humcctez-la d'abord avec une petite quantité d'eau , et ensuite , quand elle en aura été imbibée et ramollie , délayez-la à grande eau. Les parties hétérogènes les plus pesantes tomberont au fond du bassin ou des cuves employées dans cette opération. Décantez la bouillie claire.
Pour obtenir de la craie encore plus fine et plus belle, recommencez sur cette bouillie un nouveau délayage à plus grande eau et une nouvelle décantation. Il faudra ensuite laisser déposer , couler l'eau claire surnageante , et attendre que la craie se soit complètement tassée et ait pris de la consistance. Alors on la maniera et on la moulera en pains.
Blanc de Rouen.
Le blanc de Rouen est une espèce de marne (argile et carbonate de chaux ou terre calcaire ) , qu'on détrempe dans l'eau pour en séparer les parties sablonneuses et grossières : ou divise cette pâte en petites masses du ^oids de seize onces environ. Ce blanc est encore préférable au blanc deTroyes. On trouve aussi, près de Rouen, une argile plus blanche que les ai^iles ordinaires , et qui est très -propre à la plastique; elle ne rougit pas au feu.
COULEUBS MAT^BIELLËS. — LES BLANCS. 2l3
Blanc de gyps ou de plâtre.
Le gyps calciné (plâtH"») , noyé dans beaucoup d'eau , donne un blanc pour la détrempe ; il est préfér^ie au blanc de craie » quoique bien inférieur à la céruse. Cependant les couches du blanc de gyps se lèvent par écailles lorsqu'on leur a donné trop d'épaisseur.
Blanc de kaolin.
c On pourrait 9 dit l'auteur du Traité de la peinture au pastel y employer» au lieu du blanc de Troyes, le kaolin , terre blanche» qui » réunie avec le petuntsé » compose la pâte de la porcelaine. Il y en a de vastes carrières dans le Limosin » près de Saint-Irlex » et dan6 le diocèse d'Uzès, non loin du Pont^Saint-Esprit^ en Languedoc. Cette substance n'éprouve aucune altération dans le feu. Tout me porte à croire » ajoute le même écrivain, qu'elle réussirait beaucoup mieux que la poudre de marbre dans la peinture à fresque. Le kaolin, suivant M. Yalmont de Bomare» est une terre composée, blanche, farineuse, graveleuse, brillante. Dans l'analyse qu'il a faite de celui de la Chine, il a reconnu que la partie farineuse est calcaire , que les paillettes brillantes sont du mica , que les parties graveleuses sont de petits cristaux de quartz, et que la partie empâtante qui sert de ciment, est argileuse. II a trouvé quantité de terre semblable sur les couches de granit qui se voient aux villages du grand et du petit Uertrey , près d'Âlcnçon, et il soupçonne que ce kaolin n'est que du mau-
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» vais granit détruit. Il a rencontré de semblable kaolin » dans ses voyages en Bretagne , en Allemagne et en » Suisse. 1
Blanc de baryte.
Le blanc de baryte s'obtient de la baryte, qui est une terre calcaire fort pesante. Aussi est-elle employée» à cause de son poids » dans la fabrication du blanc de ceruse. (Voyez, sur la Baryte» le Journal des Arts » n® 5os ou 3o5.)
Blanc de terre de pipe.
On doit peut-être mentionner ici le blanc de terre de pipe » c'est-à-dire de la terre qui sert à faire des pipes , terre calcaire assez pesante» et qui est souvent employée dans la peinture.
Blanc de coquilles d^œufs.
Pour obtenir le blanc de coquilles d'œufs» pilez et lavez les coquilles d'œuft. Faites-les bouillir dans de Teau avec un peu de chaux vive; faites-les égouter; lavez-les et pilez -les de nouveau» jusqu'à ce que l'eau soit claire. Broyez ensuite ce blanc et réduisez-le en pâte très-fine; puis faites sécher les pastilles au soleil et à l'air» pour empêcher la corruption.
Blanc de marbre.
Pour obtenir de la couleur blanche du marbre» pilez, réduisez en poudre et tamisez du marbre blanc de Carrare; puis ajoutez-y plus ou moins de blanc de chaux.
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Blanc de chaux.
On fait le blanc de chaux en délayant dans de l'eau , et en passant ensuite au tamis, de la chaux éteinte depuis un an on au moins six mois; on la laisse reposer dans un vase assez grand pour contenir une bonne quantité d'eau. Oo décante l'eau , et on conserve le blanc déposé au fond du yase. Il faut tenir ce blanc à Tabri de la poussière.
Blanc des Carmes.
On donne le nom de blanc des Carmes à un blanc de chaux obtenu et employé d'une certaine façon. Passez par an linge fin une grande quantité de très-belle chaux ; mettez-la dans un baquet de bois garni d'un robinet placé à la hauteur où est parvenue la chaux ; remplissez le ba* quet d'eau de fontaine, et battez la chaux avec de gros bâtons. Laissez-la ensuite reposer pendant vingt-quatre heures. Après ce tems , ouvrez le robinet , et laissez couler l'eau qui a dû surnager la chaux de deux doigts. Quand elle est écoulée, on en remet de la nouvelle, et on renouvelle la même opération pendant plusieurs jours ; car plus la chaux est lavée, plus elle acquiert de blancheur.
Après avoir (ait couler l'eau , on trouve la chaux en pâte. On en met une certaine quantité dans un pot de terre ; on y mêle un peu de bleu de Prusse ou d'indigo , pour soutenir le ton du blanc; on la laisse détremper dans de la colle de gants , dans laquelle on met un peu d*alun, et, avec une grosse brosse , on en donne cinq ou six couches sur la muraille. Il faut les étendre minces , et avoir soin de les laisser sécher parfaitement.
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Enfin on prend une brosse de soie de sanglier, avec laquelle on frotte fortement la muraille. C'est ce qui donne le luisant qui fait le prix de cette composition , et que Ton prend quelquefois» au premier coup d'œil, quand Touvrage est bien fait, pour du marbre' ou du stuc. On ne peut blanchir ainsi que des plâtres neufs; ou du moins, il faudrait pour blanchir de vieux plâtres, les gratter j usqu*au yif.
Blanc des Indes.
On lit dans l'ancienne Encyclopédie , qu'on fait dans les Indes un blanc encore plus pur que celui des Carmes, et dont le luisant a plus de vivacité. On mêle du sucre et du lait avec de la chaux vive; on enduit les murailles de ce mélange, et on polit l'ouvrage avec des pierres d'agate. Cet enduit a , dit-on^ le poli de la glace , et le plus beau blanc des Carmes ne peut lui être comparé.
Blanc de corne de cerf.
La corne de cerf calcinée, ou phosphate de chaux im> pur , donne un blanc solide , qu'on a appelé blanc de corne de cerf.
Blanc de perle*
Le blanc de perle se fait avec des écailles d'huitrès calcinées; c'est une espèce de blanc de chaux.
Blanc de roi.
Les peintureurs appellent blanc de roi un composé de blaac de plomb et de blanc de céruse employés à doses égales , et auxquelles on ajoute un peu d'indigo.
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