DES JAUNES PUBS OU ^LÈHENTAIBES
Disons avant tout qu'il est à supposer ici , d'après ce que nous avons expliqué au sujet de la Théorie de la couleur, vol. 7 9 p. 366, que par jaune, on entend le jaune pur et élémentaire , et non le jaune plus ou moins rougeâtre ou orangé ; en sorte que, quand on classe parmi les jaunes les ocres de rue , de Berri , par exemple , la terre d'Italie , etc. , c'est uniquement parce que ces matières appartiennent plutôt à la couleur jaune qu'à la couleur orangée , de laquelle elles participent cependant plus ou moins; ou, pour dire autrement, c'est que, faute d'un bon vocabulaire chromatique, on applique à ces substances le mot jaune , sans avoir égard à sa signification , et sans prendre le soin d'y associer un terme explicatif.
Couleurs jaunes des anciens.
Les anciens tiraient leur ocre jaune de différentes parties du monde; mais le plus estimé, suivant Pline, était l'ocre d'Athènes ou le sil de l'Attique. \itruve assure que, de son tems , la mine qui produisait cette substance n'était plus travaillée. On a trouvé , dans une des chambres des bains de Titus, un pot contenant de l'ocre jaune mêlée avec de la craie , et toute semblable à la nôtre. Les aociens avaient, dit sir Davy, deux autres couleurs qui étaient orangé ou jaune; le auri pigmentum, que l'on dit approcher de l'or pour la couleur , est évidemment un sulfur d'arsenic. En outre, là sandaraque pâle, que Pline assure se trouver dans les mines d'or et d'argent , et qu'on imitait à Rome par une calcination partielle de
2l8 PROCilDis MATÉBIBLS.
la céruse, était probablement le massicot ou Foxide rouge de plomb , mêlé avec le minium. Il parait évident à sir Dayy, d'après ce que dit Pline, que l'espèce d'orpiment le plus pâle ressemble k la sandaraque, et qu'il y avait une couleur, appelée par les Romains sandaraque , différente du minium pur; celte couleur doit avoir été d'un jaune vif, semblable à celui du bec de merle.
Sir Davy dit n'avoir pas vu que Ton mt jamais &it usage de l'orpiment dans les anciennes peintures à la fresque; un jaune foncé« qui approchait de l'orangé et qui couvrait une pièce de stuc , se trouva être de l'oude de plomb , et consistait en massicot mêlé de minium; et sir Davy regarde comme probable que les anciens se servaient de plusieurs couleurs tirées du plomb , telles que le massicot , la céruse et le minium. Les jaunes de la Noce Aldobrandine sont tous des ocres , selon ce même chimiste. Il examina aussi les couleurs d'une fort jolie peinture placée sur une muraille d'une maison de Pompéia , et il trouva que c'étaient des ocres rouges et jaunes. Dans ces jaunes, ajoute-t-il, l'oxide de fer est combiné avec l'oxigène et avec l'acide carbonique , en sorte que ces couleurs n'ont point changé.
Parmi les sept échantillons de couleurs trouvées à Pompéia dans la boutique d'un marchand de couleurs , et qui furent soumises, en i8og, à l'examen de M. Ghaptal, il se trouvait une ocre d'un beau jaune , débarrassée par des lavages , ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui , de tous les principes qui en altèrent la finesse ou la pureté. Gomme cette substance passe au rouge par la calcina tion à un feu modéré , la couleur jaune, qu'elle a conservée sans altération, semble h Al^Chaptal devoir fournir
COULEURS HATÉBIBLLES. — LES JAUNES. SIQ
une nouyelle preuve que les cendres qui ont recouvert Pompéia , n'avaient conservé qu'une bien faible chaleur , etc. 9 etci
Du Jaune indien.
Cette couleur y connue en Angleterre (depuis iSsS à peo près) , y est désignée sous le nom de indian yellaw. Les chimistes de Paris l'ont éprouvée , et il est reconnu qu'elle est très- fixe et très-solide. M. Bouvier distingue celle qui a un œil verdâtre de celle qui , comparativement» a OQ œil doré , et il adopte de préférence cette dernière. Qaant à moi, pour suivre la loi chromatique» j'admets de préférence la première , puisqu'elle est plus près du jaune élémentaire que celle qui est couleur de bouton d'or. Jusqu'à présent , on ignore à Paris en quoi consiste celte matière : on a seulement reconnu que la lumière et Thydro-sulphure ne l'altèrent point , et on la regarde conmie bien supérieure en qualité au jaune de chrome , on aux couleurs végétales employées jusqu'ici. Il pourrait se faire que cette couleur provint de la graine nommée ahoua ou ahouai , arbre laiteux qui croit dans l'île de Ceyian. Autrefois la compagnie des Indes mettait cette graine dans le commerce ; le caractère végétal de cette couleur ne pronverait rien contre sa solidité.
Employée en peinture» telle qu'on la vend dans le commerce» elle est transparente et couvre peu; c'est pour cela que les peintres n'en font encore que rarement usage» la réservant pour rehausser» par des frottis » les jaunes moins brillans. Les essais que j'en ai faits m'ont assuré qu'on peut aisément lui donner du corps » en lui associant de la bonne terre de pipe bien lavée et bien
s 20 PBOCiDÉS MA.TiBI£LS.
épurée. L'énergie de ce jaune indien est si grande qu'il supporte l'association de beaucoup de cette espèce d'argile; en sorte que, par ce moyen , il couvre beaucoup et reste dans un ton aussi profond en intensité que l'ocre de rue , ce qui permet de former sur la palette les trois principales teintes jaunes, la plus claire, la moyenne et la foncée. Cette dernière peut être plus foncée , à l'aide du brun de Prusse; en sorte que ce brun seul serait l'extrême jaune foncé, et que le blanc, coloré d'un peu de jaune indien, serait l'extrême jaune clair.
On peut , si on le désire , associer à ce jaune énergique les ocres, et le jaune de Naples ou d'antimoine, sans que la couleur orangé de ces matières soit très-apparente , à raison de l'énergie colorée de cette substance; mais, si ces mélanges sont praticables lorsqu'on exécute un tableau, ils ne sont pas propres à composer la palette-type , qui doit toujours offrir les trois couleurs génératrices , pures ou élémentaires.
Le tems en apprendra plus que les raisonnemens , au sujet de la solidité de cette couleur; mais comme il faut aux peintres un jaune élémentaire , nous les engageons à adopter celui-ci , puisque les chimistes no leur en procurent point d'autre. Il va sans dire qu'ils pourront composer tout d'abord les teintes des carnations ou autres avec les orangés ou les rouges-mars , etc. ; mais lorsqu'ils auront à modifier ces teintes, il leur faudra emprunter les couleurs élémentaires de la palette-type.
COULBUBS HATÉBIBLLBS. LES JAUNES. 221
Jaune de chrome , ou chromate de plomb , ou
plomb rouge de Sibérie.
Un autre jaune pur et élémentaire est fourni par le chrome. Tous les jours on parvient à améliorer cette couleur qui y si elle s'altère lorsqu'elle est combinée avec l'huile, ou'avec l'oxide de plomb , ou le bleu de Prusse , broyés à l'huile , est fort solide lorsqu'on l'emploie à la gomme » à la colle , à la cire et aux résines.
t Pour obtenir le jaune de chrome , dont la découverte est due à M. Yauquelin , on prend , suivant M. Thenard, une partie de la mine de chrome » du département du Var; on la pulvérise avec soin dans un mortier de fonte, et on la passe au tamis ; ensuite il faut la mêler intimement avec un poids de sel de nitre égal au sien. On introduit ce mélange dans un creuset , que l'on remplit aux trois-quarts ; on couvre le creuset; on le place dans un fourneau à dôme , et Ton chauffe peu à peu, de manière à le faire rougir fortement pendant au moins une demi-heure.
9 Là caJcînation étant convenablement faite , on retire le creuset du feu; on le laisse refroidir, et l'on traite par 1 eau la matière jaune , poreuse et à demi-fondue qu'il contient. Pour cela , on brise le creuset , et l'on en met les débris dans une casserole de cuivre avec la matière elle-même réduite en poudre ; on verse dix à douze fois autant d'eau qu'il y a de matière; on fait bouillir pendant un quart-d'heure environ; on laisse déposer; on filtre, et l'on fait bouillir de nouvelle eau sur le résidu, jusqu'à ce qu'il ne la colore presque plus eu jaune , signe auquel
S22 PROCÉDÉS MATÉEIBLS.
on reconnaît qu'il ne contient plus de chromate de potasse. On le purifie , en lui faisant subir plusieurs cristallisations ; après quoi , on le redissout dans une suffisante quantité d'eau , et Ton verse graduellement cette Uqueur dans une solution saturée et filtrée de sel de satume du commerce. Du reste, on lave, on décante et Ton forme des trochisques par les moyens pratiqués pour les autres couleurs» (Extrait de l'édition de Watin, revue par M. G. Boui^eois. ) '
Voici ce qu'on lit dans l'Art de fabriquer Ie« couleurs et vernis, par M. E. Pelouze (Encyclop. , popul. , 1 8t8. ). «On prépare artificiellement aujourd'hui, en grande quantité , le chromate de plomb , au moyen de la double décomposition de chromate de potasse que nous décrivons ailleurs, par un sel de plomb. On fait ordinairement usage pour cela de l'acétate ou du nitrate de plomb. >
Il faut étendre beaucoup lea solutions des deax sels , avant de les employer, afin que le précipité qui se formera soit très-divisé et facile à laver. On peut varier beaucoup les nuances du chromate de plomb, depuis l'aurore foncée jusqu'au jonquille. Toutes ces variations dans les nuances sont causées par la température à laquelle on opère sur les solutions, ou bien encore par l'excès d'acide plus ou moins grand, ou d'alcali dans le chromate de potasse employé. Il sera donc nécessaire de faire quelque tâtonnement pour obtenir lea nuances désirées.
Il faut , quelle que soit la nuance , qne le précipité soit lavé avec beaucoup de soin.
COULEURS MATifilBLLES. — LKS JAUNES. 3S3
Jaune d'antimoine.
Le besoin d'une couleur jaune élémentaire , ou, comme on dit, jaune citron ou citrin, a fait beaucoup rechercher par les peintres le jaune de Naples, qui, en effet, est bien moins rougi que les ocres ordinaires. Cependant, le jaune d'antimoine lui est préférable , parce qu'il n'a pas les ittconvéniens presque toujours attachés au jaune de Naples, inconvéniens dont nous allons bientôt parler.
f Le jaune d'antimoine (dit M. Bourgeois, édit. de » Watio) est extrait du métal qui porte ce nom. C'est f une substance compacte d'un jaune moyen ^ entre le » jaune de chrome et le jaune de Naples. Il est la base
■ de tous les jaunes brillans, clairs et solides employés
> dans la peinture sur porcelaine et en émail. Il est, par » cela même, très-propre à la peinture des tableaux , (en
> le supposant employé sans le fondant vitreux nécessaire
• dans ces sortes de peintures). •
1 Voici un des moyens par lesquels on peut obtenir ce » jaune. On prend une partie d'antimoine diaphorétique , » une et demie de blanc de plomb, et une de sel ammonia-
• cal ; on triture à sec, le plus complètement possible, ces 1 trois substances; ensuite on les met dans un yase de
■ terre , sur on feu suffisant pour décomposer et sublimer
• le sel ammoniacal; ce que l'on reconnaît à la fumée » blanche qui se volatilise, et cesse quand l'opération est » terminée. On lave ensuite à grande eau , et l'on fait sé- » cher cette couleur comme les autres \ •'
On troQTe cette couleur à Paris, chez M. Golcomb , Quai de l'École, n* iS.
234 PROCÈDES H1t£rI£LS.
Jaune de Naples.
On dit que quelques chimistes , ayant analysé une espèce de crasse jaune trouvée dans les laves du Vésuve , parvinrent à l'imiter , et fabriquèrent long-tems une couleur connue en Italie sous le nom de giallolino. Ce secret ne pouvait rester long-tems caché, et aujourd'hui on fabrique partout celte couleur.
En 1 766 , M. Fougeroux de Boudaroy communiqua à l'Académie des Sciences une dissertation sur cette couleur. Voici le procédé qu'il indique pour l'obtenir, c On prend douze onces de belle céruse , deux onces d'antimoine diaphorétique » une demi-once d'alun calciné , et une once de sel ammoniac bien pur. On pile et on mêle bien exactement ensemble toutes ces matières dans un mortier de marbre ; on met ce mélange dans une capsule de terre à creuset , que l'on couvre d'un couvercle de même matière : on calcine le tout à un feu modéré , qui doit être d'abord très-doux et qu'on augmente peu à peu; en sorte cependant que la capsule ne devienne que d'un rouge obscur. Cette calcination dure environ trois heures» après lesquelles on trouve la matière convertie en jauue de Naples.
» II faut observer que les doses dés ingrédiens indiqués ci-dessus ne sont pas tellement précises qu'on ne puisse les changer; il faut même le faire, si l'on veut donner certaines qualités à cette couleur. Par exemple , si l'on veut que ce jaune soit plus doré, il faut augmenter la proportion de l'antimoine diaphorétique et du sel ammoniac : de même , lorsqu'on veut qu'il soit moins fusible.
COULEURS MAXiRIBLLES. LES JAUNES. 2^5
on lui donne celte qualité en augmentant la quantité de Tantimoine diaphorétique et de l'alun.
1 II est à observer aussi que cette composition» déoourerte par M. Fougeroux , et dont on fait usage à la manu&cture de Sèvre, donne un jaune plus doré que celui de Naples, et plus facile k employer* >
H* Pelouse (Art de &briquer les couleurs , Toy. l'Encyclopédie populaire) .publie cette même recette de Fougeroux de la manière suivante :
c Faites bouillir pendant sept à huit heures , d'abord t sur un feu doux , et ensuite sur un feu plus ardent , un » mélange de douze, parties en poids de plomb , une d'à- • lun , une de muriate d'ammoniac , et trois d'antimoine é diaphorétique. »
Voici la méthode qu'on emploie à Naples pour faire cette couleur , et que M. de la Lande a apprise de M. le prince de San^Severo.
On prend du plomb bien calciné et passé au tamis , avec un tiers de «on poids d'antimoine pilé et tamisé : on mêle exactement ces deux matières , et on les passe de nouveau par le tamis de soie : on prend ensuite de grandes assiettes plates de terre cuite non vernissée ; on les couvre d'un papier blanc » où l'on- étend la poudre sur une épaisseur d'environ deux pouces : on place ces assiettes dans un fourneau à faïence , mais seulement à la partie supérieure du fourneau, pour qu'elles ne reçoivent pas un feu trop violent; la réflexion de la flamme, ou le réverbère leur suffît. On retire ces matières en même tems que la faïence; on y trouve alors une substance dure et jaune (c'est le vrai jaune de Naples) /4{ue l'on broie sur le porphyre avec de l'eau , et que l'on fait sécher ensuite.
32G PHOGÉDÂS MA-TAeIELS.
M. Pelouse indique amsi cette même méthode du prince de San-Severo.
c Plomb parfaitement oxidé et tamisé , trois parties , antimoine oxidé et tamisé » une partie.
• Faites un mélange très-exact du tout , en le passant ensemble au tamis de soie. Placez ensuite la poudre jusqu'à répaisseur de deux pouces sur de grands plats de terre vernissée , que tous exposerez dans le haut d*un four de potier, afin qu'ils n'éprouvent pas une trop grande chaleur.
• Quelques personnes font entrer le zinc , et d'autres ie bismuth dans la composition du jaune de Naples.
Plusieurs &bricans » ajoute le même auteur , s'occupent avec succès de ce produit en France et en Angleterre. Voici deux recettes que l'on vante.
« 1". Prenez douze onces d'oxide d'antimoine» huit onces de minium , quatre onces d'oxide de zinc; le tout finement pulvérisé et passé ensemble au tamis de soie. Exposez à la chaleur du four du &!encier.
• s*. Un gros d'antimoine diaphorétique , une once de muriate d'ammoniac » une livre d'oxide de plomb pur, minium ou litharge.
• On mélange le tout exactemeiit et l'on fait fondre dans un bon creuset » capable de résister à l'action trèscorrosive de ce mélange.
• Les fabricans en grand ont , pour cette préparation , des fourneaux à grille dont la voûte laisse une ouverture assez grande pour pouvoir commodément placer et retirer les creusets. Cette opération se fait assez rapidement; et coDune il iaut retirer les creusets aussitôt que la fusion est opérée» crainte d'accident » le travail exige de l'attention »
COULEURS MATiâlfiLLES. — LB8 ^A1IJf£S. 9^7
et il De faut opérer à la fois que sur un nombre asses borné de creusets.
» Quand la matière est en fusion au rouge-blanc, il ne fiiut la laisser tout au phis que otnq minutes dans cet état. On enlève le creuset et onrerse la matièt^e dans où pot de fer.
> Il est essentiel de n'employer dans cette opératioii que du charbon bien sec , qui ne pétiUe pas du tout en brûlant , afin d'ériter les étinceltes'y qui réduisent les métaux et salissent le produit. >
Voici encore , selon M. Pelouse , ifiverses recettes de Passer!.
c ! * Une livre d'antimoine calciné^ nne Kvre huit onces de plomb calciné, nne once de sel marin, une once d*aU lume di feocia , où les uns voient le tartre et d'autres Talun.
1 a* Six livres de plomb , quatre livres d'antimoine et nne livre de tartre.
» 3* Trois livres de plomb, qaatre livres d'antimoine, une livre de tartre , six onces de sel commun.
> 4"* Cii^^ livres de plomb , quatre livres d'antimoine , six onces de tartre.
» 5* Qnatre livres de plomb , deux livres d'antimoine , six onces de tartre.
> G"" Une demi- livre de plomb , une livre d'antimoine , une livre de tartre et une livre de sel commun.
» 7^ Trois livres et demie de plomb , deux livres d'antimoine et une livre de tartre.
I Faites calciner les métaux avant de les mélanger.
» Les jaunes de Naples , que l'on trouve dans le commerce, varient beaucoup entr'eux pour la nuance et l'in^
9S8 PHOCi&DâS MATÉHlfiLS.
tensîté (lu jaune. Gela tient sans doute à l'incerlilude qui règne encore sur le yéritable effet des ingrédiens qui entrent dans la fabrication du jaune de Naples , et à la multiplicité des recettes que l'on a données pour obtenir ce produit. PaMni ces rc^cettes, il en est où, évidemment, quelques-unes des substances que Ton prescrit d'employer doirent nuire à l'effet que l'on en attend; tel est, par exemple, le tartre; d'autres substances sembleraient seulement devoir rester inertes dans la composition. >
Enfin le jaune de Naples, ainsi que je l'ai fait observer, est recherché par les peintres, surtout à cause de sa teinte qui est conforme au jaune élémentaire ; car il n'est qu'une couleur médiocre sous le rapport de la solidité : il n*j a tout au plus qu'un siècle qu'on en fait usage. Auparavant on employait te massicot, qui était reconnu pour une assez mauvaise couleur , mais qu'on recherchait par la même raison qu'on recherche aujourd'hui le jaune de Naples, c'est-à-dire, à cause de sa teinte qui, étant dégagée de rouge , approche un peu du jaune élémentaire, et devient très-nécessaire , surtout pour la modification des couleurs des carnations.
11 faut faire observer que les lames d'acier ne conviennent point pour remuer le jaune de Naples , parce que le fer, en enlevant l'oxigène au plomb qui fait la base de cette couleur, le réduit et le noircit.
Terminons par une note de M. Bouvier. < Un artiste, ditil, m'a assuré qu'il était parvenu à purifier complètement le jaune de Naples, et à lui ôler toutes ses qualités malfaisantes, sans le priver de sa jolie couleur, et cela , en lui faisant subir des lessives récidivéés d'eau chaude. Il met son jaune dans un grand pot neuf vernissé, et il place
COULBUE* HATÉBIELLBS. LES /AVNBS. SSCJ
cepol, avec beaucoup d'eau chaude, dass an poêle ou fourneau modérément chauffé, de manière à entretenir une évaporation continuelle sans ébuliiUon. On remue la couleur avec un petit bâton plusieurs fois par jour ; mais, avant de la remuer, on a soin d'enlever l'écume qui s'est foimée dessus, et ensuite on ajoute encore de l'eau. Cette opération est longue et surtout très-dangereuse ; elle peut même devenir mortelle , si l'on s'expose à res pirer cette évaporation arsenicale. Je ne l'indique ici que pour tout dire , mais je ne la conseille point. •
On a substitué au jaune de Naples un oxide jaune de plomb par l'acide muriatique.
Jaune-masiteot.
On a donné le nom de massicot à l'oude de plomb , lorsqu'il est légèrement calciné. Il parait que les anciens employaient cette couleur. On l'a retrouvée récemment sur une palette égyptienne de la collection de M. Passalacqua. Felibien, de Piles, etc., la citent parmi les jaunes employés de leur tems.
Cet oxide safrané de plomb est une couleur très-altérable lorsqu'elle est exposée à nu à l'influence de l'air ; car en peu de jours le métal se revivifie, et une couleur sale et livide succède à l'éclat safrané de cet oxide. Lorsqu'il est bien garanti par l'huile, on ne remarque pas d'altération très-'Sensible; mais si l'on voit le minium (oxide ronge de plomb) pousser au noir si ostensiblement, l'oxide jaune , qu'un moindre calorique a produit, doit s'altérer beaucoup lui-même.
Voici ce qu'enseigne l'Encyclopédie méthodique , au
23o PROC]âD&8 HATiniEL8.
êu)ét de la manière de ùire le massicot. < On concasse de la cérase en morceaux gros comme des avelines ; on les met sur le feu dans une poêle de fer, et on les remue comme le café qu'on fait brûler. Il faut la calciner en plein air , et en éviter la vapeur qui est mortelle. Un degré de feu faible procure le massicot blanc , plus fort » il procure le massicot citron , et encore plus vif, le massicot doré.
> Voici une autre manière de faire le massicot, indi* quée dans Tancienne Encyclopédie. On remplit de céruse de vieux canons de pistolets ; on bouche ces canons avec de la terre glaise , et on les met dans le feu, où on les tient rouges pendant quatre ou cinq heures : au bout de ce tems , le massicot est fait.
I Cette méthode peut être bonne pour éviter la vapeur empoisonnée de la chaux de plomb ; mais, pour être sûr de donner au massicot une teinte plus ou moins forte , il est mieux de travailler à découvert. 9
Jaune minéral.
On a donné le nom de jaune minéral à certaines substances fort différentes. Ce nom général n'exprimant rien de bien précis, il convient de spécifier chaque jaune ou chaque couleur par le nom de la substance minérale qui procure ces jaunes et ces couleurs.
« Le jaune minéral , selon Walin , est une substance compacte, d'un jaune-citrin brillant. On ne Temploie guère que dans la peinture d'impression et d'équipages. On l'obtient par le procédé suivant :
• On prend deux ou trois parties de mine-orange an-
COULBUB8 MATiBlBLLBS. — LBS JAUNES. s3 I
glaise et une de sel ammomac. On triture d'abord ces substances dans un mortier de marbre ou sur une table de Terre, avec un peu d*eau; puis Ton forme de ces substances un gâteau» que l'on arrange dans une capsule en terre non vernissée. Ensuite on place cette capsule sur un support , aussi en terre , dans un fourneau de réverbère. On &it d'abord un feu modéré pour que l'eau s'évapore sans violence , puis on l'augmente graduellement jusqu'à ce que l'ammoniac^ è son tour, soit lui-même entièrem^Qt évaporé. Alors on retire la capsule du fourneau , et la couleur est terminée. »
L'auteur du Traité de la Peiniure au pastel appelle aussi jaune minéral ou précipité jaune le turbith mercuriel. c Le mercure , dit-il , dissous à l'aide du feu par l'a^ cide vitriolique, fournit une pr^mration d'une couleur jaune très-riche : c'est le turbith minéral ', ou précipité jaune. On en trouve dans la plupart des pharmacies. Quelquefois il est d'un jaune pâle , quelquefois i^ème un peu gris; mais lorsqu'il est bie^ conditionné » plus on le lave , plus la couleur en est vive. Cependant , je ne proposerai pas de l'employer dans la peinture , car il n'est pas insensible aux vapeurs du foie de soufre. J'en ai d'une très-belle couleur d'or, sur lequel cette vapeur ne fait aucune impression, mais qui ne résiste pas au contact même de la liqueur : si pour peu qu'elle y touche, le mercure est aussitôt revivifié. C'est donc une couleur dont les peintres ne doivent pas se permettre l'usage. Cependant le hasard m'a fait apercevoir dans un bocal , chez un marchand de couleurs, une poudre jaune, qu'il vendait, disait-il, depuis deux ou trois ans, sous le nom de jaune minéral. En ayant pris une once, et étant rentré ches moi, j'ai con-
tSa ^Rocéois ha.tàri£LS.
sidéré ce jaune » et Taî reconnu pour du turbith mercuriel. Ce qui me Tavait d'abord fait roécondaitre, c'est qu'il était d'un jaune un peu pâle. Je l'ai soumis à quelques épreuves pour m'en assurer; la vapeur du soufre l'a aussitôt rembruni : voilà donc, malgré ses mauvaises qualités , le turbith minéral dans le commerce , par l'usage de la peinture , sous le nom de jaune minéral 1 II était nécessaire qu'on sût à quoi s'en tenir là-dessus , et voilà pourquoi je suis entré dans cette explication.
» Le bismuth , dit encore le même auteur » dissous par l'acide nitreux , forme des cristaux qui , sur le feu , laissent échapper leur acide et se changent en une belle chaux de diverses nuances de jaune. Il y en a de soufre et d'orangé , suivant la plus ou moins grande proximité de la flamme , ou la violence du feu. Je ne doute pas que cette chaux ne réussit mieux dans la poterie , au moyen de la couverte vitrifiée de l'émail, que le jaune de Naples, comme plus haute en couleur. Elle est très-fixe, et se vitrifie même plutôt que de se volatiliser : mais il ne serait pas possible de l'employer dans la peinture à l'huile; aux moindres exhalaisons putrides, elle devient noire, encore plus vite que le turbith mercuriel ou jaune minéral qui fait l'objet du précédent article. »
Jaune de zinc.
Le même auteur du Traité de la Peinture au pastel dit que le zinc peut fournir un jaune très-agréable , et pour lequel on n'a pas à craindre les dangereux effets des exhalaisons putrides. Il suffit de le feire bouillir long-tems dans du vinaigre un peu fort : il s'y dissout et forme des cris-*
COOLBURS MATéBIBLLBS. LB8 JAUNBS. &33
taux de sel qui n'attirent point Thumidité. Ce sel , mis sur le feu dans une capsule de fer, détonne un peu, jette une légère flamme , et se fond. Si Ton pousse le feu , l'acide s'évapore , et la matière se convertit en une chaux de couleur jaune. Comme les chaux de ce demi-métal sont très-irréductibles on peut croire que celle-ci fournirait toujours le jaune le plus solide qu'on pût désirer , et l'on vient de voir qu'il n'est pas difficile à faire.
Jaune d'argent.
c On fait dissoudre une demi-once d'argent le plus pur et le plu^ dégagé de cuivre qu'il est possible , dans une quantité suffisante d'esprit de nitre très- pur, jusqu'au point de la saturation. On dissout, dans quatre parties d'eau distillée , une once de sel d'urine , qui fait la base du phosphore ; on fait tomber goutte à goutte la dissolution dans l'esprit de nitre , qui a dissout l'argent étendu avec quatre parties d'eau. On continue de laisser tomber la dissolution de sel d'urine , jusqu'à ce qu'il ne se précipite plus rien : par ce moyen, on obtient un précipité de la plus belle couleur de citron. Cette couleur , dont la découverte est due à M. Marggraf , pourrait , selon tonte apparence , être employée avec succès sur l'émail, la porcelaine, en l'édulcorant soigneusement , et en la faisant calciner avant d'en &ire usage. •(Extrait des Mémoires de l'Académie de Berlin.)
254 PROC&Dis KàT&BIELS.
Orpin* •
« L'orpio ou réalgal , dit Watin» est une couleur dont il y a deux espèces , une naturelle et Fautre artificielle. L'oq>in naturel est jaune et en écailles; il prend sa dose de soufre par des feux souterrains : le réalgal artificiel « qui est le plus commun » est un mélange d'arsenic et de soufre , suffisant pour le faire jaune ou rouge , et qu*OD fond ensemble dans des creusets. Le naturel est le plus estimé : il doit être choisi en beaux morceaux talqueux^ d'un jaune doré , luisant et resplendissant comme de l'or» se divisant facilement par écailles ou lamines minces. L'artificiel doit être d'un beau rouge. L'un et l'autre se broient à l'essence, pour être employés au vernis ;Jls peuvent l'être à l'huile : le rouge qu'ils donnent approche de la couleur du souci. »
Cette couleur est dangereuse au dernier degré , toute matière arsenicale ayant une influence pernicieuse sur les matières métalliques qui se trouvent dans son voisinage. Il est inutile de faire remarquer qu'elle est en même tems un poison subtil. On voit cependant l'orpin se bien conserver, lorsqu'il est employé seul et sans mélange, el lorsqu'il sert à imiter, par exemple , des oranges , des tranches de melon , etc. Malgré tout , c'est une couleur très-perfide*
Voici ce qu'on lit dans l'Encyclopédie méthodique. «Orpiment ouorpin, substance minérale, d'un jaune plus ou moins vif, tantôt verdâtre, tant ôt jaunâtre , tantôt tirant sur le citron» divisée en feuillets luisans comme le talc , composée d'arsenic et d'une quantité plus ou
COULEURS ll4TiBIBI«LB8. I^S JAUNES. a35
moins grande de soufre. L'orpiment donne sur le feu une légère flamme d*un bleu blanchâtre , accompagnée d'une fumée fort épaisse et d'un^ odeur suffoquante de soufre et d'ail.
» L'orpiment ne doit pas être confondu avec l'arsenic jaune , ou l'orpiment factice qui est un produit de l'art.. n en difi%re par la beaulé de sa couleur et par son tissu en feuillets. Les peintres en font bien la différence » et donnent la préférence à l'orpiment naturel. Mais cette substance empoisonnée , malgré les charmes do sa couleur, devrait être bannie de la peinture, comme l'observe M* Yalmont de Bomare, non-seulement pour l'intérêt des artistes auxquels elle peut , même par son odeur , causer des accidens funestes » mais pour l'intérêt même de l'art, parce qu'elle altère les couleurs auxquelles on hasarde de la mélanger. Ce qui a été dit, d'après un artiste, sur l'orpin brûlé, à l'article Couleur, de ce dictionnaire pratique, ne doit pas le faire adopter^ quand il n'offrirait d'autre danger que celui qu'on court en le préparant.
» Quand on réduit en poudre et qu'on porphyrisc l'orpiment, et surtout l'orpiment naturel , il s'y rencontre souvent des parties d'arsenic, qui ne sont point unies au soufre , et qui peuvent devenir très-nuisibles h ceux qui opèrent sans prendre les plus grandes précautions. Rien n'est plus fréquent que de voir les ouvriers qui s'occupent à broyer cette substance, attaqués de coliques violentes,
t On rencontre différentes sortes d'orpins. Le plus estimé est celui qui est d'un jaune doré , brillant , et disposé par feuillets opaques. Les points blancs qu'on remarque quelquefois dans l'orpin , sont de l'arsenic qui se montre à découvert. Ces sortes d'orpins sont les plus
S36 PftOCiDis MATàBIBLS.
dangereux pour les ouvriers, puisque rarsenic n*y est pas uni au soufre. »
Quelques personnes prétendent cependant que Torpin de la Chine est très-bon.
Jaune d'iode.
Sir Davy annonce qu'il a essayé Teffet de la lumière et de l'air sur quelques-unes des couleurs formées par Fiode. € Ses composés avec le plomb donnent , dit-il , un beau » jaune , peu inférieur à celui du chromate de plomb. » Sir Davy possède des échantillons de celte couleur, qui » ont été exposés pendant plusieurs mois à la lumière et à l'air , sans souffrir d'altération, i
Jaune de gaude, dit laque de gaude.
La gaude a toujours été regardée par les teinturiers comme la plante la plus propre à donner une couleur jaune durable : on voit en effet des étoffes qui , teintes avec cette plante et exposées à la lumière du soleil, ne se décolorent point. Il était naturel d'imaginer que cette même couleur pouvait être bonne pour la peinture; aussi a-t-on fabriqué avec succès de la couleur de gaude aluminée : on l'obtient par le procédé suivant.
L'on prend une partie de gaude que l'on hache d'abord assez menue; on la met dans un vase neuf vernissé, d'une grandeur proportionnée à la quantité de couleur qu'on veut faire; l'on y ajoute de l'eau jusqu'à ce que la gaude en soit entièrement baignée; Ton chauffe, et l'eau étant près de TébuUition , on introduit une quantité d'alun
COULEURS XATiBIBLLES. LES JAUNES. ^dj
égale en poids à celle de la gaude; après quelques bouillons, on filtre la liqueur, l'on précipite aussitôt et gradueUement arec une solution de potasse, jusqu'au point où celle-ci commence à dissoudre un peu d'alun. Ce que Ton reconnaît , quand l'effervescence est prête à cesser. On jette le tout arec soin sur un filtre; on lave plusieurs fols à chaud , et l'on ramasse la couleur pour la former en pastilles.
Il importe que le lavage de cette couleur soit le plus complet possible , attendu que , si elle contenait encore quelque portion d'alun , les bleus mméral et de Prusse , avec lesquels on pourrait mêler ce jaune pour en composer des verts , l'altéreraient infailliblement.
Il serait à désirer qu'on l'obttnt en état de fécule, comme on obtient lacou leur dite carmin de garance. On n'a pas besoin de dire que rien n'est si aisé que de fabriquer de la fausse couleur de gaude composée de quelques couleurs jaunes fugaces , telle que la graine d'Avignon.
On obtient les diverses nuances de ce jaune , en fixant d'abord sur une quantité suffisante de terre d'alun tout le principe colorant de la graine , ce que l'on reconnaît quand la liqueur, séparée de la couleur précipitée, ne peut plus colorer de nouvel alun; alors on ajoute, selon la nuance qu'on veut avoir , des qualités diverses de l'espèce de craie connue sous le nom de blanc de Troyes.
Il convient maintenant de dire un mot sur le terme lacque, que les fabricans de couleurs et les peintres ont mis en usage. L'étymologie de ce mot est probablement connue de très-peu de. personnes ; mais il est évident qu*on a touIu spécifier , par cette expression , les couleurs végétales fixées sur la terre d'alun , afin de les
258 PROCéDÉS MATÉBIBU.
différencier des couleurs opaques et dégagées d'alun. Les peintres disent donc laque de gaude» laque de garance, de cochenille , etc. ; ce serait donc à tort qu'ils emploieraient le mot laque tout seul pour signifier les couleurs rosées de la cochenille on de la garance aluminée.
Quoique le mot carmin semble ne devoir appartenir qu'à des couleurs rouges » il paraît qu'il sert très-bien à différencier les couleurs végétales opaques des couleurs aluminées, appelées lacqnes; en sorte qu'il convrendrait peut-être de distinguer les carmins d'avec les laques, et de dire carmin de gaude , comme on dit carmin de coche* nille; mais le terme alumine suffit, puisqu'il désigne expressément une couleur fixée sur la terre d'alun , et par conséquent transparente , lorsqu'elle est liquéfiée par les glutens , et non opaque, puisqu'elle est dégagée d'alumine ou d'alun. ( Voy. le mot laquô au Dictionnafare).
Jaune de gomme gatie.
La gomme gutte est une gomme-résine opaque » dure , cassante, de couleur orangé lorsqu'elle est en masse, et d'un jaune citron lorsqu'elle est délavée. Elle découle par incision du guttier, arbrisseau épineux du royaume de Siam , de l'empire de la Chine et de Gamboye : cet arbrisseau s'élève très-haut et grimpe en tortillant comme le lierre autour des arores qui l'avoisinent.
Les anciens peintres ont fait usage de la gomme-gutte : on en a trouvé dans les palettes égyptiennes de la collection de M. Passalacqua.
Il est certain qu'elle a été employée quelquefois avec l'huile par les peintres modernes; car, lorsqu'on lave à
COULEURS HATiBIBLLfiS. — LB8 JAUNES. sSg
Peau chaude certains tableaux, elle se détrempe , malgré l'huile qui remprisonne; et elle jaunit les linges qui servent à essuyer le tableau.
La fixité de cette couleur exposée à la lumière est contestée par certains observateurs; cependant, il existe de trèa-anciennes enluminures exposées dans des chambres des auberges et des paysans , sur lesquelles le jaune de gutte est très-bien conservé* Il peut se faire que les tableaux y dont les teintes vertes sont devenues bleues ( le jaune s'étant évanoui ) , tels sont ceux des Breughel » aient été composés de graines d'Avignon plutôt que de gomme guite. On peut dire en général que la couleur de la gomme gutte est assez fixe.
Ce qui a surtout fait rejeter Temploi de cette couleur dans la peinture à huile , c'est son caractère gommeux , qui s'allie difficilement avec l'huile des couleurs; c'est aussi son caractère délébile dans l'eau , ce qui provient de sa partie gommeuse : mais lorsqu'on dégage la féculç colorante de cette partie gommeuse et résineuse de la gutte 9 ou seulement de cette première , cette fécule résineuse se lie très-bien avec l'huile; elle a du corps et devient d'un emploi fort utile. Plusieurs peintres en font uaage avec succès lorsqu'elle est mise dans cet état. Voici le moyen de la dégommer.
L'on met quelques onces de gomme gutte bien choisie dans un pot vernissé qui soit neuf et n'ait jamais servi ; on jette de l'eau filtrée dessus » et on la laisse fondre ; chaque jour on rejette toute l'eau , en ^'arrêtant lorsqu'on voit le sédiment jaune près de s'écouler avec l'eau jaune qu'on veut rejeter; on ajoute de la nouvelle eau à la place de celle qu'on a enlevée, et assez pour qu'il y en ah quatre
24o PROCÉDAS MATÉRIELS.
OU cinq pouces au-dessus du jaune : on fait cette opération pendant au moins six semaines; après quoi l'oo recueille le jaune , qu'on fait sécher.
Quelques personnes ont cru que les beaux jaunes citrins de Rubens, de Paul Yéronèse» etc. , provenaient de la gomme gutte; mais il est reconnu que ces jaunes sont minéraux. Cependant , je me rappelle avoir vu de gros citrons peints dans un tableau de Sneyders, de l'école de Rubens , lesquels se détrempaient sous Téponge chargée de l'eau , qui servait à le nettoyer.
Jaune de graine d' Avignon ^ ou stil de grain
jaune.
On donne le nom de* stil de grain jaune à une couleur qui est le produit d'une graine ou d*une baie provenant de l'arbrisseau épineux que les botanistes appellent lycium ou pixacantha. Cette espèce de nerprun croit aux lieux rudes , pierreux , entre les rochers ; on le trouve surtout en Provence , vers Carpenlras et Avignon : aussi a-t-on donné à cette espèce de baie le nom de graine d'Avignon; quelques-uns l'appellent aussi grenette. L'écorce de cet arbrisseau est de couleur grisâtre; il est garni de feuilles petites, épaisses , ressemblant à celles du buis : ses fleurs sont petites, attachées plusieurs ensemble; il leur succède des fruits gros comme des grains de poivfe» à trois ou quatre angles» et quelquefois faits en petits cœurs , de couleur vert-jaunâtre , d'un goût stiplique et fort amer : ses racines sont ligneuses et jaunes. Il faut choisir ces graines grosses, récentes, bien nourries, jaunes et très-sèches. (Ces mêmes baies, prises dans leur état
COULEURS HATiRIfiLLES. LES JAUNES. 24 l
de maturité , et lorsqu'elles sont encore noires , peuvent donner un beau vert , semblable au vert de vessie. )
On obtient les diverses nuances de ce jaune , en fixant d^abord sur une quantité suffisante de terre d'alun , tout le principe colorant de la graine; et l'on reconnaît que ce résultat a lieu quand la liqueur séparée de la couleur précipitée ne peut plus colorer de nouvel alun : alors on ajoute \ selon la nuance qu'on veut obtenir, des qualités diverses de l'espèce de craie connue sous le nom de blanc de Troyes.
Les stils de grain , composés avec l'oxide de plomb et la graine d'Avignon , sont plus solides que ces derniers. Au surplus, le meilleur est celui qui entre le moins en effervescence avec les acides , c'est-à-dire , celui qui aura pour base l'argile et non la craie.
On y ajoute quelquefois des fécules colorantes de la gaude et d'autres plantes de couleur jaune.
Le stn de grain est en général une couleur très-peu solide; celui de Hollande est plus beau et moins fugace que celui de France : oh a donné le nom de stilde grain brun à une couleur dont nous parlerons en traitant des couleurs brunes. Enfin , il en est de ce jaune élémentaire comme de plusieurs autres substances jaunes qu'on a adoptées en peinture , non à cause de leur solidité, mais en raison de l'utilité et de la nécessité de leur teinte.
La fixité qu'on donne aux couleurs végétales, à l'aide de l'alun , serait plus grande, si l'on^employait la dissolution de l'étain. Voici comment s'exprime à ce sujet l'auteur du Traité de la Peinturô au pasteL « Les plantes , dit-il , dont on a coutume de composer des stils de grain donneront peut-être un jaune un peu moins
9^2 PltOCÉDJLS MATÉRIELS.
brillant avec cette dissolution; mais il aura le grand avan^ tage d'être plus solide qu'avec l'alun.
» Faites bouillir , par exemple, à petit feu, pendant une demi-heure, dans deux pintes d'eau de fontaine', une poignée de petites branches de peuplier d'Italie , coupées en petits morceaux; ajoutez ensuite à la décoction deux poignées de tiges de gaude fraîche , ou même sèche, telle que la vendent les épiciers. Laissez-la bouillir quelques instans , et joignez-y cinq ou six gros de sel de tartre en poudre , avec une petite cuillerée de sel commun : laissez un moment la décoction devant le feu , mais sans bouillir , et cottlez-4a dans un plat de terre , au travers d'un linge. Yeï'sez dedans goutte à goutte , et par intervalles , cinq ou six gros de dissolution d'étain. Quand l'effervescence aura cessé, faites chauffer le plat, afin qu'une grande partie de l'eau s'évapore. La chaux métallique , versée dans la décoction , lâche son dissolvant , saisit les particules colorantes , les retient et se précipite incorporée avec elles, pendant que le dissolvant qui s'unit à l'alkali du tartre et du sel marin , nage dans la liqueur* Mais il faut le séparer du précipité ; c'est ce qu'on opère par le moyen de la filtration. L'eau passe à travers les pores du papier gris ou lombard, entraînant avec elle tous les sels qu'elle tient dissous , et laisse le précipité qui forme une lacque jaune. Il est bon de l'arroser encore sur le filtre , et même abondamment , pour achever de le désaler.
» Ce qui n'est encore qu'une lacque , devient un véritable stil de grain , si l'on met dans la décoction de gaude un peu de craie bien broyée , avant d'y Jeter la dissolution d'étain. La composition sera , par ce moyen , plus
COULEI'RS AAT^RIfiLLES. — LB5 JAUNES. 24^
volumineuse; mais c'est à peu près tout ce qu'elle y gagnera , si ce n'est que les substances alkalines exaltent presque toujours les jaunes.
9 On peut substituer à la gaude une herbe encore plus commune , la fumeterre. On la trouve dans les jardins et chez tous les herboristes : yerte ou sèche , il n'importe. Ce jaune est à peu près tel que celui de la gaude y et il n'est pas moins durable* »
Jaune de safran.
Les étamines de la fleur du safran donnent un beau jaune pur, mais qui n'est fixe que jusqu'à un certain point. Cette plante produit , au commencement de septembre , une seule fleur à peu près semblable à celle du colchique , disposée comme celle du lis » mais plus petite , divisée en six parties , de couleur tirant sur le bleu , mêlée de rouge et de purpurin. Il naît en son milieu une manière de houppe partagée en trois cordons découpés d'une crêto de coq» d'une belle couleur rouge , d'une odeur agréable : c'est cette houppe que nous appelons safran. On la cueille avant le soleil levé , pour la faire séchen Quelques jours après, il envient une autre semblable sur la même plante^ que l'on cueille de même.
La racine de cette plante est un bulbe ou tubercule gros comme une petite noix , charnu , doux au goût , couvert de quelques tuniques blanchâtres » garni en dessous de beaucoup de fibres.
On faisait autrefois venir le safran du Levant ; mais on le cultive aujourd'hui dans diverses provinces de France. Celui de Boisnc, et de Bois-Gommun en Gâtinais , passe
244 PAOCÉDÉS KATiBlELS.
pour le meilleur; celui de Normandie est le moins bon. Si la quantité de jaunes tirés des minéraux est considérable y celle qu'on tirerait des végétaux pourrait Tétre bien plus encore. Les plantes exotiques et indigènes ne manquent pas » mais il faudrait les éprouver; nous savons que le taanba , espèce de mûrier d'Asie , fournit un trèsbeau jaune. La terra mérita ou curcuma longa, appelée aussi safran des Indes, pelite racine dure et cornée, ressemblant au gingembre » est employée par les teinturiers et les fleuristes : elle n'est pas plus solide que le safran. M. H. Braconnoty chimiste de Nanci , a trouvé un jaune solide dans le datisca. On extrait aussi du jaune de la grande camomille » du genêt , du fustet des Alpes ( fusticks ) » de la grande chélidoine » de la racine de l'épine-vinette , etc. Quant aux fiels des animaux, ils produisent souvent un jaune très-durable.
— Des Jaunes-rougeâtres. — Ocre Jaune,
L'ocre jaune est une ai^ile ferrugineuse, qu'on peut appeler un mélange de tritoxide de fer hydraté et d'argile. On en trouve abondamment des mines en diverses contrées. L'ocre du Berri , en France , est une des plus renommées; cette couleur naturelle a besoin d'être lavée souvent et avec soin.
Jaunes de fer dits jaunes-mars.
Pour obtenir les jaunes de fer à un état de plus grande pureté , et d'un grain plus fin que celui des ocres naturelles , les fabricans de couleurs les préparent artificiel-