‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 41 sur 104 · COULEURS MATÉBIELLES. LES JAUNES. 24 S · texte numérisé non relu

COULEURS MATÉBIELLES. LES JAUNES. 24 S

lement. Us précipitent par le sel de soude , soit le sul&te de fer pur, soit , pour avoir une autre nuance, le mélange de sulfate de fer et d'alun. D*abord, le précipité est blanc- Terdâtre; mais» en l'agitant à l'air, après avoir décanté l'eau surnageante , il ne tarde pas à passer à l'état de tritoxide de fer hydraté , d'uu jaune doré. Cette couleur » mélangée en* différentes proportions avec l'oxide blanc de plomb , qui. en affaiblit la teinte , procure aux fabricans cette longue suite de jaunes dits de mars , qui remplissent leurs catalogues.

Ces ocres ou argiles ferrugineuses étaient très-connues dans l'antiquité.

La plupart des ocres naturelles sont d'une teinte jaune rongeâtre ou cbamois. A Rome , dit le P. Pozzo , on emploie pour la fresque deux terres jaunes , dont l'une est très-foncée et l'autre claire. Toutes deux sont excellentes et ne le cèdent en rien à l'éclat du plus beau safran. U ajoute que, dans d'autres endroits de l'Italie, on trouve des terres jaunes qui ont à peu près les mêmes qualités.

Si cette couleur jaune-safran provient d'un oxide naturel du fer , ne pourrait-on pas en obtenir d'artificiel ? L'Encyclopédie parle aussi d'un jaune couleur de safran , qu'on trouve près delà ville d'Uzès. Je me suis procuré de cette ocre; elle n'est pas moins rougeâtre que toutes les autres. J'ai cependant aperçu quelques veines d'ocre un peu verdâtre en certains pays , mais elle n'avait que peu d'énergie colorîfique.

Les ocres artificielles que l'on compose aujourd'hui sont beaucoup plus pures que les ocre^ naturelles » mais elles sont plus ou moins orangées. On doit classer ici la couleur que l'on vend sous le nom d'orangé-mars , parce qu'elle

5l46 PBOCEDÉS )lATiRl£lS.

contient trop de jaune pour qu'elle appartienne à la classe des orangés.

Ocre de ru.

Cette ocre naturelle» un peu brune, a une nuance moins rougefitre que Tocre jaune ; elle est moins fixe , parce qu'elle est moins pure que cette dernière. Il importe beaucoup de la bien laver avant de remployer; elle se prend au ru ou ruisseau des mines de fer.

Terre d'Italie.

La terre d'Italie est une espèce d'ocre de ru d'une teinte plus rougeâtre encore. Cette couleur» plus animée que l'ocre de ru naturelle» a aussi plus de solidité.

Certains fabricans donnent aujourd'hui le nom de J9une-mars, orangé-mars» rouge -mars» violet-marsà des Qxides de fer. Cette dénomination explique » il est vrai » le métal d'où proviennent ces jaunes ; le mot mars étant affecté au fer dans l'ancien vocabulaire de la chimie; mais cette dénomination n'a rien qui se rattache à la chromatique.

Terre de Sienne non brûlée.

On peut classer encore parmi les jaunes-rougefitres la terre de Sienne naturelle» c'est-à-dire» non calcinée au feu. Cette couleur assez mauvaise a été beaucoup employée avant que l'on ait fabriqué les orangés-mars et les jaunesmars ardens. Lorsque la terre de Sienne a été calcinée ai rougîc au feu , elle est moins dangereuse qu'avant cette préparation; néanmoins il faut beaucoup s'en délier.

€OCL£UBS MATÉRIELLES. — LES JAUNES. 247

Des jaunes-bleuâtres* —

Lés matières colorantes , dont la teinte est d'un jaunebleuâtre , sont rares ; en général , les teintes dites jaunes sont plus souvent rapprochées du vert qu'elles ne le sont du jaune élémentaire; ou bien elles se rapprochent trèsfort du rouge, ou même de Forangé. Parmi les couleurs matérielles qui offrent le jaune-bleuâtre, on peut citer celle que l'on retire de la gaude; elle offre en effet une teinte tirant un peu sur le bleu; et cependant, on ne la regarde pas comme verdâtre. Nous en avons parlé en traitant des stils de gcain : or il est évident qu'elle manifeste une portion bleuâtre.

Il existe aussi des argiles naturelles d'un jaune tirant sur le bleu. Il y a des terres à briques jaunes, qui offrent précisément cette nuance, quoiqu'un peu terne. Le pourtour du jaune de l'œuf cuit a souvent cette couleur, qui est très-sensible encore sur les dehors des morceaux de massicot qui ont été exposés à l'air et à la lumière.

DES ORANGÂS.

Orpin orangé.

La seule matière colorante qui soit d'un véritable orangé est l'orpin^ substance qui résulte de l'arsenic minéralisé par le soufre. Cinq parties de soufre sur une d'arsenic donnent la matière orangé.

Cette substance colorante est un poison subtil ; aussi est^ elle très-altérable. Les peintres ne l'emploient donc que rarement , et ils ne l'associent jamais h d'autres couleurs.

S48 PROCÉDAS MATàBI£LS.

Employée seule, elle se soutient toutefois assez bien. C'est ainsi que l'on voit l'imitation de tranches de melon bien conservée, quoique résultant de l'emploi de cette matière. Les Chinois font, dit-on, un orpin orangé qui passe pour excellent.

Terre de Sienne brûlée.

Cette argile ferrugineuse donne une couleur orangée sombre , mais qu'on ne saurait ranger dans la classe des bruns. C'est une substance d'une teinte rude peu estimée. La calcination rend la terre de Sienne d'un rougeorangé et couleur de l'acajou. On la néglige depuis que l'on est parvenu à tirer du fer des nuances variées et solides pour la peinture. Nous aurons occasion , en traitant des rouges , de parler de quelques autres couleurs plus ou moins orangées. C'est ainsi que la couleur dite orangé-mars a été classée parmi les rouges- jaunâtres.

On obtient de certains végétaux des teintes-orangé plus ou moins solides. Le carthame ou safran bâtard ou semence de perroquet , appelé aussi par les droguistes safranum , donne une couleur qui , bouillie dans l'eau , tire sur Forangé; on l'emploie pour teindre les parquets. II faut le choisir haut en coulei^r, approchant du safran véritable. L'Alsace et la Provence nous en fournissent; mais le plus beau nous ?ient du Levant.

« La fleur du carthame , dit M. Pelouze, contient deux n^atières colorantes très-différentes l'une de l'autre. La première est facilement soluble dans l'eau froide , et ne donne que des nuances ternes et sans valeur. L'autre, qui semble résineuse, n'est pas soluble de la même manière..

COVLEDBS MATÉBIELLES. — LES BOUGES. 249

et il suffit 9 pour les séparer , de larer le carthame sous ua filet d'eau.

> Lorsque l'eau sortira totalement incolore , mettez les fleurs macérer .dans uqe solution très-légère de sel de soude ; le bain prendra presqu'instantanémont une teinte jaune-rougeâtre foncée. Après une macération suffisante, on passe la liqueur à travers un Ui^e , puis on y verse du suc de citron,* ou plutôt une solution d'acide citrique cristallisé. La matière colorante se précipite aussitôt. Recueillez-la, lavez, distribuez sur des soucoupes» et laissez sécher à l'ombre. » ^

Page 1