‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 59 sur 104 · DIT, A DEUX TIERS D'HUILE · texte numérisé non relu

DIT, A DEUX TIERS D'HUILE

J'ai pensé quol'on perfectionnerait sensiblement la peinture k huile» si l'on parvenait » en lui conservant sa ductilité, à diminuer la quimtité d'huile qui ordinairement la compose , et si on y ajoutait une résine qui pût en augmenter la tr&pspareqce et embellir, par conséquent, ses résultats. Il n'était pas très-diflicile d'atteindre ce but , et je crois y être parvenu. La. quantité d'huile , réduite à un tiers, n'altère plus les couleurs ; j'ai donc substitué à ce tiers d'huile un tiers d'huile volatile, afin que la liquidité restât la même. Et comme cette liquidité eût rendu l'huile ou le gluten trop fluide, et eut trop diminué sa viscosité, j'y ai introduit une résine dont la présence a non-seulement x^mis la liqueur dans son premier état glutineux, mais en a même augmenté la viscosité, augmentation qu'on peut produire à volonté. L'huile volatile d'aspic convient très-bien aux couleurs dont on désire la prompte dessication; et l'huile volatile de cire convient à celles qu'on veut conduire et parfondre plus lentement. Quant aux résines , on peut adopter la résineélémi pour les teintes très-fralches , et le copal pour les teintes vigoureuses.

Les avantages de cette huile ainsi modifiée sont inappréciables : i"" Il n'y a point d'embu , parce que la dessi-

PEINTURE A l'uUILE-COPAL. ^OQ

cation est beaucoup plus déterminée que dans le procédé ordinaire; 3^ Les noirs » les couleurs chargées d'alun , et qu'on appelle laques, se sèchent aussi promptement que les autres » parce que, bien qu'elles contiennent toujours plus de liquide , en raison de leur contexture, cette différence n'empêche pas» comme d'après le procédé ordinaire, leur dessication; S® les teintes sont infiniment plus belles, plus pures que dans la peinture à huile seule ; 4^ II ne se fait presque pas d'altération , au moins n'en ai-je pas encore remarqué/qui fût sensible; 5* Les peintres peuvent conduire grassement leur pinceau , puisque ces couleurs ont du liant; 6* enfin, on peut augmenter à volonté la transparence, en sorte que les fonds, les ombres, les fuyans, etc. , contrastent par leur aspect diaphane et aérien avec les teintes qu'il faut laisser mates, à cause de leur situation d^ front et qui frappe de près les jeux du spectateur. La résine-élémi étant plus opaque que le copal , concourt , avec ce dernier , à produire ces différences.

La ténacité , l'adhérence de cette peinture sont un peu diminuées, puisqu'il j a diminution d'huile; mais elles sont encore très-grandes , et plus qu'il ne le faut pour des tableaux. Il importe cependant, pour plus de sûreté, de n'employer que des dessous pf*éparés à colle; par ce moyen la couleur s'accrochera au subjectile , et ne s'en détachera jamais en se desséchant.

J'espère que les peintres les plus routiniers , les plus prévenus, voudront essayer cette nouvelle peinture à deux tiers d'huile, puisqu'outre les grands avantages qu'elle offre aux coloristes , elle est plus facile à pratiquer que la peinture ordinaire , et qu'elle n'exige d'eux aucun procédé opposé à leurs habitudes.

4lO PHOCÉDES MAT&RIfiLS.

Voici la méthode qu'il faujk suivre pour préparer le gluten de cette peinture.

Ayez une petite cuiller^poche à manche» de la capacité d'un petit verre à liqueur; pui«ez avec cette poche deux cuillerées d'huije de pavot ordinaire » et versez-les dans le vase destiné à contenir votre liquide; puisez ensuite 9 avec la même poche » une cuillerée d'élémi dissoute dans de Thuile d'aspic. Répétez cette opération proportionnelle jusqu'à ce que vous ayez dans votre vase la quantité de liqueur que vous désirez ; par ce moyen » vous aurez exactement deux tiers d'huile fixe et an tiers d'huile volatile chargée de résine : c'est avec cette liqueur bien mélangée que vous broierez vos couleurs. Pour avoir le mélange au copal , procédez de la môme manière; poi* sez la troisième cuillerée dans le copal liquéfié par l'huile volatile. Quant à l'huile volatile de cire* Lonte è s'évaporer» il faut en avoir de toute préparée , c'est-à-^ire chargée de résine » soit copal » soit élémi ; soit copal et élémi mêlés ensemble.

On peut p pour simplifier l'opération » employer seulement la résine-^émi fondue dans l'huile d'aspic; puis ajouter sur la palette » avec le pinceau » soit un peu d'huile volatile lente à sécher, soit du oopal fondu et liquide , selon que l'on en aura besoin.

La proportion de deux tiers d'huile paratt bonne : plus d'huile fixe serait de trop ; cela laisserait survenir le jaunissement , et diminuerait la transparence et la force de la peinture. Moins d'huile fixe diminuerait la ténacité, empêcherait la dessication. Quant à Thuile, dite gfasse, elle est inutile dans ce procédé.

Nous avons indiqué , dans le huitième volume , la ma-

PKIlITURfi A L*HDII.B-GOPAL. 4ll

nière de fondre le copftl ; nous ayons traité aussi de la résine-élémi , des huiles yolatiles , etc. Nous ajouterons ici que , pour faciliter la fusion du copal , la présence d'un peu de résine-élémi est très-eiBcace : nous engageons les praticiens à employer ce moyen.

Le professeur Lenormand a recommandé, dans le journal de Nicholson , xxit » 67 , la méthode qui soit , pour faire le yemb de copal : t On yerse sur des morceaux de copal de l'huile rolatile de romarin; ceux de ces morceaux qui ont été ramollis par cette huile se trourent seuls à l'état oonyenable pour le succès de l'opération « et les autres n'y sont pas. Après aroir réduit les morceaux amollis en poudjne fine » on introduit cette poudre dans un vaisseau de yerre, en n'y en mettant pas plus que l'^Niisseur d'un travers de doigt. On verse sur cette poudre de l'huile de romarin, et l'on remoe bien avec une baguette de verre : le toul est , en peu de tems » converti en un liquide très-épais. On verse sur ce liquide de l'alcohol, par petites quantités à la fois» et l'on en facilite l'incorporation en agitant doucement le vaisseau, jusqu'à ce que le liquide soit devenu d'une fluidité et d'une viscosité convenable. »

Je ne connais pas le procédé, par leV|uel Thomas Grant, Esq. à Biddeford, comté de Devon, est parvenu à diminuer la consommation de l'huile dans la préparation des couleurs à huile. (Voy. les Annales des Arts; août i8iâ.)

Quant à Blackman , il ajoute à l'huile du mastic en larmes et du blanc de baleine. ( Voy. la Bibliothèque Britannique ; xx* année. )

Dayes s'est occupé aussi d'un procédé à huile-vernis., ( Voy. le^ Annales des Arts , tom. iv , pag. 137.).

4l2 PBOCilDéS MATERIELS.

En 1818, M. Hiïe fils a annoncé à Paris un procédé qu'il a appelé : Couleurs oUo-factiees , ou eouUurs à Ceau ayant les qualités des couleurs à ChuiU* ( Voy. le journal des Débats; 5 octobre i8i8. )

Enfin je citerai une indication que donne Lanzi , t. m, pag. 82 » au sujet du peintre Ganiani : c Nel Gariani spe- » cialmente si trova certa superficie corne di ccra egual-

• mente diffusa sopra la tarola» che splende, e ralle- » gra; e yeduta ancora con poca luce spicca mirabii* > mente; effetto che al tri han pur notato nelle opère del » Corregio. • — t On trouve particulièrement dans les

• peintures de Gariani une certaine superficie qui est

• comme le résultat d'une otre répandue paiement sur » tout le tableau; elle reluit» plaît à la vue» et lorsqu'on » la considère même sous un petit jour, elle frappe d'une

• manière admirable » effet que certaines personnes ont » aussi remarqué dan^ les ouvrages de Corregio. t.

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