‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 58 sur 104 · DE LA PEINTURE AU VERNIS · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE AU VERNIS

Jl fiiNDRB au Ternis , c'est employer pour gluten un vernis , c'est broyer les couleurs avec ce vernis. Or il y a bien des espèces de vernis. 11 y en a qui sont composés sans huile , d'autres qui sont au contraire composés avec de l'huile ajoutée aux résines. Il y a des vernis dont la fluidité est due k une huile volatile » d'autres qui doivent cette fluidité à l'alcohol (ou esprit-de-vin). Il y on a enfin qui sont composés de plusieurs résines , et d'autres qui ne sont composés que d'une résine seulement. On donne encore le nom de vernis à des résines naturellement liquides , etc. Ainsi on peint avec des vernis gras , c'est-àdire p composés d'huile et de résines : on peint au vernis à l'essence» tel est celui qu'on appelle vernis à tableau : on peint au vernis à l'esprit-de-vin» tel est celui qu'on appose sur les lambris, sur les boiseries» etc. : on peint enfin avec le napthe liquide , avec la térébenthine , le copahu » etc. Quant aux glutens qui ont pour base des gommes , on n'est pas dans l'usage (on ne sait pas pour^ quoi) de les appeler vernis.

Les peintureurs emploient assez indifléremment » selon leurs besoins, les uns ou les autres vernis; mais l'artiste qui pousse plus loin ses études et ses recherches trouve que le choix de ces vernis est d'une bien grande importance. Pour ne parler que des vernis en usage aujourd'hui.

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je dirai que presque tous les Ternis graft des marchands jaunissent» que presque tous les vernis à tableaux jaunissent , et que les yernis à Tesprit-de-yin jaunissent plus encore» parce qu'ils sont le plus souvent composés avec des résines communes. Je sais que certains fabricaos composent à part ces mêmes vernis , de manière à les rendre plus fins et moins altérables : ils réservent ces vernis de choix pour certains arts, et pour satisfaire à des demandes particulières ; mais on peut dire que chez les fabricans d'objets de peinture le cercle des améliorations est fort rétréci.

Le jaunissement des vernis est un grand inconvénient; mais, lorsqu'on s'en sert comme gluten pour peindre , ils en ont encore un autre , c'est leur promptitude à sécher. Un troisième inconvénient, enfin, c'est le manque de solidité ou de dureté de certains vernis.

Les peintres emploient beaucoup aujourd'hui les vernis à huile-résine pour les mélanger avec les couleurs » lorsqu'il s'agit d'orner de peintures les vases de tôle , les équipages , etc. On voit de ces vases de tdle sur lesquels la peinture à huile-résine a imité d'une manière agréable, soit l'agate, soit l'albâtre oriental, soit le porte-or. Les verres. des lanternes magiques sont peints aussi avec ce vernis , ce qui permet la transmission de la lumière à travers les objets ou figures représentés sur ces verres. On voit des tabatières dont les peintures sont exécutées au vernis gras , c'est-à-dire, au vernis au copal et à l'ambre : ces objets se font sécher à l'étuve; aussi le peintre tftche-t-il de prévoir le jaunissement qui doit résulter de la dessication de l'huile; en sorte que, par la précaution qu'il a prise de rendre azurées et un peu violettes ses teintes blanches ou roses, il arrive que cette

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exagération étant disparue par Teffet de Tétuve» la teinte devient vraie et assez fratcbe à la fin. Ces sortes de peintures qui ont une grande force et un ton magique que ne saurait manifester la peinture ordinaire k huile , ont aussi une ténacité remarquable. Quelques artistes ont ingéoieusement imaginé» pour revêtir de couleurs fraîches certaines petites figures servant de jouets et de poupées » d'employer des vernis liquéfiés par beaucoup d'huile volatile; en sorte que les couleurs mêlées avec ces vernis produisent» sur ces relief» des teintes demi -mates» trèsfraîches et très-durables. Ce moyen» qui ne convient point à la peinture plate» puisqu'il manque de diaphanéité, est très-bon pour colorer certains objets» parce qu'il ne jaunit pas» vu la petite quantité de résine employée comparativement avec la quantité des matières colorantes. Celles-ci» étant donc mêlées avec peu de résine» ne jaunissent point, et conservent leur énergie» leur fraîcheur» et un ton trèslumineux. On peut encore remarquer la firatcheur des couleurs apposées sur les têtes de carton dont se servent les modistes » ou encore sur les masques : cette fraîcheur est due à l'emploi de vernis composé à cette fin» pour cette espèce de peinture.

J'ai déjà fait observer combien les imitations se rapprochent de la nature» lorsqu'on emploie des glutens très-diaphanes» et j'ai recommandé aux élèves de fiiire des exercices exécutés avec le vernis ordinaire des tableaux; mais il est nécessaire » en leur donnant ce conseil trèsutile » de leur offrir le moyen de remédier à l'obstacle provenant de la prompte dessication de cette espèce de vernis» dont la fluidité est due à l'essence de térébenthine rectifiée et devenue par conséque nt très-fugace«

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Il faut» afin de rendre lent à sécher le vernis à tableau ^ substituer à une certaine quantité de son huile volatile la même quantité d'une autre huile lente à se volatiliser. On pourra donc faire évaporer, sur un feu très- doux» V essence du vernis» de manière k donnera celui-ci la consistance du m^el ; puis substituer la même quantité d*huile essentielle , soit de lavande , soit de cire. Ce changement de liquide rendra le vernis ductile et plus ou moins lent à sécher » selon la volonté de l'artiste. Mais un procédé plus sûr et plus simple» c'est de composer soi-même ce vernis. Or celui que nous avons indiqué» en traitant de l'encaustique » est excellent. Il s'agirait seulement de le rendre plus translucide encore. Quant à la présence d'un peu de cire dans ce vernis » je la crois utile pour lui donner du liant et empêcher qu'il ne se brise. Dn peu de véritable copahu ajouté aux résines , et l'emploi du réchaud » qui parfondrait toutes les matières une fois apposées » seraient aussi d'un bon secours. La très-belle térébenthine de Ghio ajouterait de l'éclat ; mais j'ai déjà dit qu'elle était sujette à jaunir. Enfin le beau mastic en larmes» la sandaraque » et autres résines cristalllques » augmenteraient la transparence du vernis. Quant au copal» c'est la plus précieuse substance qu'on puisse employer.

Yoilà donc des moyens assez simples de peindre au vernis à l'essence. Quant au vernis à l'esprit-de-vin» si on veut l'employer pour peindre » on peut en faire évaporer de même le liquide » et lui restituer une huile volatile convenable. Cependant, il est à observer que la sandaraque» le mastic» etc.» ne sont pas facilement miscibles avec tous les dissolvans.

Pour en revenir à cette condition de transparence ma-

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térielle propre à la peinture au vernisy nous dirons qu'elle a été reconnue par un grand nombre de peintres , et que s*ils n'ont pas modelé et colorié plus souvent par ce procédé, c'est qu'ils en ont été détournés par les inconvéniens matériels que nous avons signalés. Mais ils ont fréquemment aidé à cette transparence et à cette force , en incorporant des résines dans leur peinture; en sorte que plusieurs se sont réellement servi d'une espèce de vernis gras résultant des mélanges qu'ils ont imaginés. On ne peut donc trop engager les peintres à essayer des couleurs broyées au vernis sans huile. J'ai souvent peint par ce procédé, n'employant que de bons vernis , et j'ai vu mes peintures conservées très-fratches et très- vives après plusieurs années. La beauté de leurs teintes et leur transparence ont quelque chose d'enchanteur à c6té des peintures à huile , qui paraissent sans force, sans légèreté, et sans éclat.

Il faut , pour pratiquer avec succès ce procédé, connaître certaines particularités relatives au matériel. Voici l'indication , ou le résumé d'observations relatives à cette matière : La peinture au vernis sans huile adhère mal sur des toiles dont l'enduit est préparé à huile; il faut employer des préparations à colle. La peinture au vernis de tableau se dessèche avec le tems , elle devient friable, et, pour en maintenir la solidité, il faut y introduire un peu de cire et de résine liante. On peut , quand l'ouvrage est terminé , le cirer et le garantir ainsi de l'influence de l'air et de l'humidité. Ce moyen permet de lustrer l'ouvrage aussi souvent qu'on le veut. ( Voyez le moyen de vernir avec la cire, vol. viii, page 617.) La plupart du tems la peinture au vernis jaunit : il faut donc composer

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soi-même son vernis , et éviter l'emploi de la térébenthine. Comme les couleurs au vernis à tableaux sèchent sous le pinceau et empêchent de fondre et de manier les couleurs, il convient d'employer des huiles volatiles lentes à s'évaporer; l'hiiile de lavande > celle même d'aspic, et surtout l'huile de cire , procurent facilement ce résultat On aura soin de contenir les couleurs dans des godets bouchés au liège , et placés dans une botte à l'obscurité , et dans un endroit frais.

Si l'on veut peindre au vernis gras ou à l'huile-résine , il faudra le composer ainsi que nous allons l'indiquer dans le chapitre suivant. Comme ce gluten contient moins d'huile que le vernis gras ordinaire » il est moins sujet à jaunir, et sa ténacité est assez grande pour des tableaux; mais il n'adhère bien que sur les enduits sans huile.

Les résultats chromatiques de la peinture au vernis sont, nous l'avons déjà dit, d'une très-grande importance. Mais un des avantages pratiques attachés à cette espèce de procédé , c'est que l'on trouve en un instant sur la palette dés tons et des teintes qui ne s^oblicnnent, par le procédé à huile, qu'avec beaucoup de peine, de tâtonnemens , et de glacis superposés. Les demi-tons sont fins, l^ers et puissans , les oppositions vigoureuses sont fières et énergiques sans paraître noirâtres ; enfin, avec ces couleurs, le peintre jouit de son travail aussitôt.

Je ne puis m'empécher défaire mention ici d'un peintre italien, réparateur habile de tableaux, qui, vers la fin du siècle dernier , repeignit sur un tableau de la galerie Colonna , à Rome (ce tableau , de P. Yéronèse , représente une Vénus : nous avons déjà eu occasion de le citer), une portion du genou de cette figure , et qui ajouta trois

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grandes marches de pierre au bas de cette composition. Non-seulement ces repeints furent exécutés de manière que le plus habile connaisseur ne pouvait se douter d'aucune retouche» mais encore de manière à faire admirer ees parties comtne étant des plus belles de ce tableau , sous le rapport du ton et de rillusiod. Les teintes obliques et les ombres étaient absolument semblables à Tèffet natureL Certainement l'artiste était bon coloriste lui-même» mais il ne réussit à ce point que parce qu'il employa certains procédés qui sont encore, pour ainsi dire » une espèce de secret , et qui , s'ils sont connus , ne sont pas adoptés généralement » les peintres se méfiant des innovations.

Enfin je crois devoir répéter» à ce sujet » que, quaiid un peintre aura su imiter la nature par ce moyen , son œil se sera fait un besoin de la transparence et de la justesse des teintes et des tons^ justesse qui constitue le modelé; en sorte qu'il deviendra correct et neuf» même lorsqu'il procédera avec la peinture à huile.

Nous avons dit que les Persans peignaient avec le naphle ; les Chinois et plusieurs autres peuples peignent avec des résines fluides » ou rendues fluides sans huile : ils peignent aussi avec des huiles-résines. Nos bijoux » nos boites» nos chars de luxe pourraient oflrir bien plus de beauté dans leurs couleurs» si les peintres s'attachaient à la composition de leur vernis gras; souvent ils jaunissent, et les couleurs s'y assourdissent; l'or seul traverse fièrement ces épaisseurs ambrées » et parait avec éclat sous ces sur&ces diaphanes.

Si nous recherchons maintenant quelles sont les matières employées» par exemple» par les Chinois, par les Japonais , pour exécuter leurs peintures » nous remarque-^

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roDS qu'oulre l'usage de la gomme » pour les peintures non exposées au-dehors , ils ont à leur disposition certaines résines et certaines huiles particulières à leur pays.

L'huile qu'ils mêlent à leur résine s'appelle girgili, et leur résine ou baume s'appelle ci en Chinois, et chiaram en Portugais. Quant au baume à vernis des Japonais , il se nomme uzurri 9 et ils en font un vernis dur» ou un vernis gras , en 7 associant l'huile appelée giugiuléa , semblable probablement au girgili de la Chine. Celui-ci provient d'une graine appelée en Chine girgili: cette même graine se recueille aussi en Sicile , et elle y est appelée giurgiuUiui ? ( Voyez les Relations du père Lecomte, du père Martini et du père Yanhame » jésuites. Voyez aussi Kirker, La Chine illustrée» chap. i*** p. iso. — Voyez l'Atlas chinois, p. 1 15. — Les Lettres édifiantes. — Bonani. — Guidotti , etc.) Tingry répète ces mêmes indications, mais en y signalant quelques diJOférences. L'arbre d'où les Chinois tirent leur résine se nomme , dit-il 9 chez eux tsi'chou* C'est une résine liquide de couleur rousse. On en compte trois espèces. Combinée avec une huile qu'ils nomment girgili ou tong-yeou , il en résulte le vernis auquel ils donnent le nom de koa-kin^tsL

J'ai éprouvé l'eflet de deux espèces de baumes provenant du Pérou , et qu'un peintre anglais conservait précieusement. Il ménageait ce gluten pour embellir les couleurs des peintures qu'il voulait perfectionner. Le résultat de ce gluten m'a paru très-beau , très-translucide et fort tenace , même après deux ans de dessication.

On doit conclure de ce qui précède qu'on peut composer bien des sortes de vernis propres à être mêlées avec les couleurs.

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Voîcî la recette de Tîngry pour faire le vernis k tableaux :

c Mastic mondé et lavé , douze onces ; fërébenthine pure» une once et demie; camphre, une demi-once; verre blanc pilé » cinq oûces; essence éthérée , trente -six onces. On peut supprimei; la térébenthine » si l'on veut un vernis plus sec; car si elle donne de la souplesse , elle jaunit. Tamisez le verre et ptflvérisez les résines; placez ce mélange avec l'essence dans un matras à col court; ajustez un bâton de bois blanc arrondi, pour remuer le tout; exposez le matras dans une cuvette remplie d*eau, d*abord un peu chaude, et que vous entretiendrez ensuite bouillante pendant une ou deui^ heures. Remuez le tout pendant ce tems. Lorsque les résines sont fondues, ajoutez, si vous en faites usage, la térébenthine» liquéfiée auparavant au bain-marie; laissez encore le matras une demi-heure dans Tëau; retirez-le, et remuez jusqu'à ce que le vernis soit un peu refroidi. Le lendemain on le soutire et on le filtre au coton. On peut l'exposer quelques heures au soleil , en agitant les surfaces. L'es*sence de térébenthine ne s'évapore jamais en totalité comme l'alcoh^; elle laisse toujours un résidu. C'est ce résidu , dit Tingry , qui donne au vernis à l'essence plus de solidité et de corps que celui à l'alcohol. Il dit ailleurs que si l'on donnait successivement un grand nombre de couches d'essence sur la même surface, il en résulterait un léger vernis. » Cette observation vient h l'appui de ce que j'ai déjà dit sur l'inconvénient de cette huile volatile.

Quant à l'action du verre 'pilé , elle consiste dans la division des parties à l'aide de Fexcipient; et comme le verre se précipite ensuite au fond du matras, il s'inter-

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pose eotre la substance résineuse et le feu » et empêche l^adhérence au fond du vase et la coiorisation.

Voici un^ recette pour faire un yemis à resprit-de-yin :

« Blanc d'œuf séché au nord» une dragme; mastic,

deux dragmes; camphre» unedemi-dragme; sandaraque,

une once. Tamisez et faites fondre au bain-marie dans

une livre d'esprit-de-vin.

Je terminerai ce chapitre par l'indication d'u|i procédé, dont il est fait mention dans le Journal des Arts, 16 février 1807. «Il y est dit que M. Hoin , peintre à Dijon , a présenté à l'Académie une étude d'après Ruisdaël» qu'il a exécutée selon le procédé qu'a fait connaître M. Séguin de Bonne-Encontre , et qui exclut l'huile de la peinture. Ce procédé , éprouvé depuis quinze ans , a , dit-on, l'avantage sur l'huile de ne point altérer les couleurs par la dessication. •

Des peintures fixées sous glace.

On a imaginé assez heureusement de fixer sous une glace des peintures à huile de petite dimension , de manière que la glace et la peinture ne iâsseil; qu'un corps , et que les couleurs semblent avoir été apposées au pinceau dessous cette glace. L'effet qui résulte de cette contiguité est favorable à l'imitatioi^ en petit , en ce que la glace fait alors l'oiBce de vernis, ce qui est bien différent de l'effet de glaces posées simplement sur des peintures sans adhérence ou contiguïté de sur&ces. L'eau contenue à plat sur une peinture à une hauteur d'une ou de deux lignes produit le même effet. L'idée de vernir avec du cristal est donc heureuse , et on s'en est servi assez sou-

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yent. Gepeadaiit le ravage de la lumière sur les couleurs à huile se manifeste malgré cette gkce qui ne les préserve que de l'influence des malignités de Tatmosphère. Cette demi-conservatron de ces sortes de peintures n'a donc pas persuadé un grand nombre de peintres , et peu d'artistes aujourd'hui usent de ce procédé» qui produit toutefois un résultat charmant» par la suavité, le fondu» la force qu'il procure aux couleurs. L'épaisseur du verre abaisse toujours un peu les clairs» et éclaircit un peu les bruns; de plus, sa couleur» bien que légère, décolore les carnations. Le Cintre qui destine un ouvrage à être fixé sous glace est donc asservi à certaines exagérations; mais il les pratique aisément, parce qu'il peut considérer de tems en tems sa peinture au travers de l'eau contenue par une bande de cire fixée autour du tableau » et puisqu'il peut même peindre à travers cette eau. (C'est ce procédé de peinture sous l'eau qui la fait appeler quelquefois peinture éludorique. )

J'ai toujours pensé qu'une peinture au vernis sans huile serait bien préférable à une peinture à huile » pour être ainsi fixée sous glace. Au moins » on n'aurait point à objecter la fi-agilité ou le peu de ténacité des couleurs. Cet avertissement est utile , je crois » aux peintres quf ont recours au fixé sous glace. S'ils veulent donc peindre au vernis composé de résine-élémi et de copal » le tout liquéfié par l'huile volatile d'aspic ou de cire» et bien évaporé avant d'être fixé » ils obtiendront des peintures impérissables » d'un éclat et d'un accord charmant.

Le procédé nécessaire pour fixer sous glace les peintures consiste à les exécuter sur taffetas, à les bien laisser sécher » et à les coller h l'aide de la colle de poisson. On

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a ioin de bien chasser les globules d'air , ^n appuyant et en passant obliquement la main sur le tissu. Des personnes adroites sont parvenues à fixer ainsi des taffetas d'un pied de long. Il faut préparer la glace à receToir la colle. Les décoctions d'absinthe sotit utiles dans ce cas. On peut même en égriser la sur&ce , mais très-I^ère-ment. Enfin le succès de cette opération résulte de la dextérité et de l'habitude. Les verres qui doivent recevoir des miniatures à huile doivent être plaas du côté qui reçoit Jji peinture » et convexes du côté du dehors. Un entourage de baudruche doit fixer le faUrd du taffetas sur le bord de la glace » ainsi que cela se pratique pour les miniatures sur ivoire.

Des estampes fixée» sous glace, et enluminées avec des couleurs préparées à l* huile ou au vernis.

Il n'est peut-être pas inconvenant de faire connaître ici par quel procédé certains industriels promettent aux jeunes demoiselles et aux oisifs de province de les rendre peintres en une heure. Ce secret a plus d'une fois rétabli les finances de ces coureurs de petites villes oii ^ au nom des beaux arts » ils se font introduire et écouter chez quel* ques personnes aisées et crédules.

Choisissez telle estampe qui vous plaira : ayez un verre blanc taillé de la mesure de cette estampe , dont on aura retranché la mai^e. Faites chauffer ce verre» et appliquez dessus une couche de térébeotbine; appliquez-en aussi une légèrement sur l'endroit de l'estampe » et posez- la aussitôt sur le verre. Chassez bien les bulles d'air en appuyant, et laissez refroidir. On aura soin de tenir l'en-

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vers de l'estampe légèrement humide , avant de poser à l'endroit la couche de térébenthine. Gela fait» on prendra une éponge mouillée, et on amollira le j^pier, de manière qu'on puisse l'enlever par petites parties , en le roulant sous le doigt. On enlèvera ainsi une grande partie de l'épaisseur du papier, et on ne. laissera que l'épiderme, qui a reçu les tailles de la gravure. Si l'opération est bien faite, TefFet transparent de ce tableau laissera voir toutes les formes et même la dégradation des objets.

Il ne s'agira plus que de coucher par teintes {liâtes , derrière cette ^iderme, des couleurs sur chaque objet représenté, et de produire ainsi une enluminure par transparence. A l'aide d'un miroir, on jugera de l'eflet que prodobent les couleurs que l'on appose; couleurs plates qu'arrondissent les tailles du burin.

Ce procédé un pea pitoyidile serait bien plus souvent pratiqué , si ces sortes d'enluminures ne jaunissaient pas d'une manière épouvantable. On a donc tort de les exécuter à huile; il faut les exécuter au vernis fin et exclure la térébenthine. Je n'en dirai pas d'avantage sur cet enfantillage toujours barbare , malgré l'adi:esse , ou , si Ton veut, l'art de celui qui s'en amuse.

C'est probablement ce procédé qui est exposé dans l'ouvrage intitulé : Moyen de devenir peintre en trois heures. Paris 1757, in-8^

Je ne crois pas devoir parler ici de l'art d'imprimer les tableaux; cette industrie serait bien plus goûtée si l'on employait un gluten préférable h celui des peintures ordinaires. Ce que nous allons dire doit naturellement s'appliquer à ce procédé de peinture mécanique.

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