PEINTURE A LA COLLE
de colle employée dans la peinture que Ton Teut retoucher* On parvient à vaincre cet obstacle , en mettant un peu de fiel de bœuf dans la couleur que l'on veut appliquer de nouveau.
Une draperie rouge réussira quant à la teinte, si d'abord on la peint avec du minium , et si on la glace ensuite avec de la laque : les draperies jaunes peuvent être glacées de gomme gutte; les draperies bleues, qui seront ébauchées en ocre rouge et glacées avec du bleu , pafraîtront d'une teinte harmonieuse et transparente. Les peintres du XV* siècle obtenaient des verts en glaçant du jaune sur l'outremer, comme on en voit des exemples à l'église de Sainte- Croix de Jérusalem, à Rome.
Presque toutes les couleurs fixes sont bonnes à détrempe : la terre d'ombre , si mauvaise quand on l'emploie à huile, est excellente employée à colle; il y a cependant quelques couleurs qui sont à rejeter : tels sont les stils de grain , le cinabre ou vermillon. Quant au minium , il réussit même dans les carnations.
Les pinceaux doivent être doux : ceux de poils de chevreau sont très-bons pour fondre les couleurs. Les pinceaux de Paris , de Bologne et de Rome sont bons aussi , pourvu qu'ils soient souples.
Les teintes doivent être posées sur la palette dans le même état de solidité que les couleurs à huile; on les y place aussi dans le même ordre. Il faut maintenir ses teintes fraîches, en les humectant avec précaution et sans les rendre coulantes.
Le trait au fusin étant fait sur le mur , et époussetté, on l'arrête en employant un pinceau chargé de couleur légère; quelques-uns le retracent à l'encre , parce qu'elle
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est plus pënéirante et moins délébile. Quand ce trait est sec f il importe beaucoup » avant de peindre, dMmbiber le mur jusqu'à ee qu'il ne boire plus*: cela donne le tcms de fondre » et procure beaucoup de suavité et de fratcbeur à la détrempe. Les peintres sont assez d'accord de commencer parles parties claires » pour passer ensuite aux demi-tons et aux bruns : cette méthode permet mieux de suivre le travail.
Les peintres en petit essaient l'eflfet des couleurs sur un morceau de terre d'ombre ou sur un morceau de craie ^ ou bien encore sur une tuile chaude » ce qui fait connaître la teinte telle qu'elle sera dans son état sec » car ces substances absorbent l'humidité de la teinte aussitôt qu'elles la reçoivent; et il arrive souvent que deux teintes différentes l'une de l'autre » quand elles étaient mouillées » deviennent semblables aussitôt qu'elles sont sèches.
Pour retoucher à sec quelques parties à détrempe , il faut mouiller avec le doigt et de la salive : tout autre moyen ferait tache. En général le bon moyen pour reprendre et retoucher une détrempe sur les places où Ton a mal réussi , c'est de reposer des teintes lorsque cette peinture n'est ni sèche ni humide » et que celle que Ton met dessus n'enlève pas oelle de dessous : cela réussit très-bien en employant un pinceau de Pozzola Bastarda. L'usage de ce procédé s'acquiert avec le tems » et apprend que les couleurs superposées doivent être plus claires 9 parce qu'elles s'obscurcissent après coup. On commence par les grandes masses , parce que les petites peuvent être reprises plus tard. S'il arrive que les couleurs de ces reprises sèchent trop vite parce qu'on s'y est
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pris trop tard » elles seùiblent érailler et font tache. Si on s*y prend trop tôt» c'est-à-dire» lorsque le dessous n'est pas desséché , on entraîne et on éraille les couleurs de dessous. Si , outre cela» on veut retoucher à sec» les couleurs que l'on appose dessus ne forment qu'une mosaïque dé-^ agréable. Quant à la toile » elle laisse plus de tems que le mur pour peindre. Le bois en donne moins que la toile; au reste on a encore la ressource » quand tout est bien sec» de travailler par glacis» et de donner ainsi de la force et de la liaison aux teintes et aux tons.
Si l'on voulait rehausser d'or sur la détrempe» il conviendrait de voir si le fond est assez encollé; car s'il ne l'était pas assez » il faudrait y passer une légère couche de colle bien claire et bien nette» et ne pas repasser à plusieurs reprises. En effet» la brosse même la plus douce pourrait bien ternir le fond; malgré tout et quoiqu'on fasse » on le gâte toujours un peu en l'encollant. On prépare ensuite la matière qui doit happer l'or» laquelle s'appelle balture; ce n'est que de la colle assez épaisse oii l'on mêle tant soit peu de miel. Tous les rehauts qu'on veut dorer se font donc avec cette batture chaude » en hachant pour l'ordinaire avec la pointe d'un pinceau ou d'une brosse» et en n'y épargnant pas la batture. Peu de tems après » lorsque la batture est figée et assez ferme » on y applique l'or en feuilles avec du coton ou avec des bilboquets garnis de drap » et on laisse bien sécher pendant quelques jours ; enfin on épousette tout l'or avec une brosse de poil déco» chon très-douce et très-nette. Il &ut bien prendre garde que la batture ne s'emboive pas dans le fond aussitôt qu'elle est couchée » ce qu'on connaît quand elle devient terne et qu'elle perd son luisant; car alors l'or ne peul
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pas s*y attacher 9 et il fiiut recommencer à coucher la batture dans ces endroits imbus*
Nous avons dit qu'il serait à désirer qu'on trouvât un moyen de ralentir la dessication du fluide qui liquéfie la colle ou le gluten* Nous avons parlé ailleurs de ce moyen. (Yoy. vol. VIII, pag. 4^3.) La présence de sucs visqueux peut y contribuer. L'écorce du gui, les racines de viorne, le jus de certaines plantes , telles que le sureau , les racines de narcisse , de jacinthe , ou autres matières bulbeuses; et parmi les glutens provenant du règne animal, les entrailles de chenille, les limaces et limaçons peuvent, ainsi que je l'ai dit , contribuer à ce résultat. Quant au lait ou jus de figuier » il a été employé de tout teins à cet effet.
La présence des sucres, du miel ou des sirops de guimauve, de jujube» peut augmenter encore cette lenteur de dessication , mais ces substances jaunissent et absorbent constamment l'humidité.
Mais un gluten efficace sous ce rapport et sous d'autres,
c'est le jaune d'œuf qui est assez lent à se dessécher. Quanta la présence de l'huile volatile de cire, qu'on incorporerait avec la gomme , et en état d'émulsion , ce moyen de ralentir la dessication serait peut-être excellent.
De la peinture à Cœuf.
L'œuf a de tout tems été considéré comme contenant un gluten très-propre à la peinture. Les écrivains de l'époque de la renaissance de l'art nous parlent souvent de la peinture à l'œuf; et si nous ne connaissons pas très-positivement aujourd'hui le meilleur procédé à suivre pour
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pratiquer cette peinture , c'est que la peinture à huile est, pour ainsi dire, la seule que Ton ait adoptée, et que les tableaux à gouache ou à gomme, ainsi que les miniatures 9 sont considérés comme des peintures toutes particulières, dont la difficulté fait mém^ le caractère propre et le mérite* Cependant rien ne démontre l'impossibilité de rendre ces sortes de procédés plus faciles, plus commodes, et plus favorables à la justesse d'imitation.
Il importerait donc beaucoup d'examiner ce que pourrait produire cette peinture à l'œuf, si usitée dans les xiv^ et XT* siècles , et même à des époques antérieures.
Une première question à présenter sur ce point , c'est de savoir si Ton usait , et si l'on doit user du jaune de l'œuf seulement , ou bien du jaune mêlé au blanc de l'œuf, ou quelquefois du blanc de l'œuf uniquement. Je pense, d'après les essais que )'ai faits, que tous les trois moyens peuvent et doivent être employés. La présence du jaune seul de l'œuf procure beaucoup d'onctueux et d'énergie aux couleurs; le mélange du blanc donne deja ténacité et une plus grande transparence; l'emploi du blanc d'œuf seul procure des couleurs plus vives , plus fortes encore, mais moins omoelleuses et plus friables.
Le jaune d'œuf ayant la propriété de dissoudre les corps gras et résineux , on peut associer des résines à ce gluten , et le rendre ainsi plus tenacCi plus dur et par conséquent moins perméable. Les peintres du moyen âge y associaient le suc ou le lait du figuier : ils en coupaient les jeunes branches par petits morceaux , et ils les battaient avec le jaune de l'œuf. L'huile volatile de cire peut encore être associée à ce gluten , et en retarder la dessication. Enfin il est à désirer que les peintres fassent des TOHB IX. 29
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recherches sur ce procédé» qui est irès-éclatant , trèsriche 9 et aussi puissant que le procédé à huile. L'association de la cire, liquéfiée par le procédé que nous ayons indiqué , ne pourrait que contribuer à la perfection de ce genre de peinture , au moyen duquel Pierre Pémgino , Mantegna , Raphaël , et tant d'autres ont produit des chefs-d'œuvre.
On peut obtenir la décoloration du jaune d'œuf à la lumière, en le liquéfiant à l'esprit-de-yin. Quant au blanc de l'œuf 9 il peut très-bien se conserver en état do cristal, pour être liquéfié au besoin.
Si nous possédions des écoles bien organisées » on s'y occuperait du matériel dç la peinture , et les expériences y seraient bien mieux suivies qu'elles ne peuvent l'être par un seul artiste isolé , qui n'a pour soutien que son enthousiasme 9 qualité bien rare, et qui, si souvent, est préjudiciable à sa fortune.
De la peinture au laiL
On a imaginé , pour obtenir une peinture plus durable que la peinture à colle et à gomme , d'employer le lait mêlé de chaux et d'huile , et de détremper les couleurs avec ce liquide.
On fait éteindre une petite quantité de chaux» qu'on délaie ensuite dans une suffisante quantité de lait écrémé, à laquelle on ajoute à peu près autant d'huile qu'il a été employé de chaux. L'huile étant absorbée , on fait infuser dans le liquide douze fois autant de craie que de chaux, et quand l'infusion est achevée, on ajoute les couleurs que l'on veut employer et la quantité de lait
Peinture au lait. 4^i
nécessaire pour détremper le mélange. Les couleurs ainsi détrempées s'emploient comme les couleurs détrempées à la colle. Cette peinture a plus de consistance lorsqu'on fait dissoudre dans Thuile , avant de la verser sur la chaux , une certaine quantité égale de résine. Alors on emploie la peinture tiède. Le lait en état caillé ou en état de fromage même est aussi bon , parce qu'il est promptement liquéfié par la chaux. Il suffit qu'il ne soit pas aigre, car il formerait alors une sorte d'acétite calcaire , susceptible d'altérer l'humidité.
La matière caséeuse , dit M. E. Martin dans ses Blémens de Chimie ^ , est une substance blanche , insipide, inodore, insoluble dans l'eau, soluble dans les dissolutions alcalines, se comportant dans son contact avec l'eau d'une manière analogue au ferment ; nutritive , formant la base de tous les fromages , et extraite du lait , le seul liquide où on la rencontre , sous la forme d'une matière caillée, qu'on obtient en abandonnant le lait à lui-même; qu'on sépare de la crème qui s'épaissit à la surface , et du petit-lait qui reste liquide; qu'on égoutte enfin et qu'on lave ensuite à grande eau.
On doit à M. Alexis Cadet de Vaux des recherches trèsutiles sur cette matière. (Voyez les Annales des Arts , vol. VI, pag. 72 , et vol. xvi; voy. aussi décembre 180g.) Les mêmes Annales des arts , i8i3, n^ 140» indiquent le mélange de cire et de petit-lait.
M. Bachelier avait, dans les tems, composé un badigeon conservateur, par un procédé analogue. (Voyez
» On trooTcra l'indication complète de cet ourrage ù la page 49^ de ce même volume.
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encore les mêmes AnDales, vol. xxxiv; et de plus le
vol. VIII, p. 177.)
On a imaginé aussi l'emploi du sérum du sang. On y mêle une assez forte dose de chaux bien pure et bien vive 9 et on y incorpore les couleurs : cette préparation demande à être employée promptement.
Dans l'un et l'autre procédé^ la présence de la chaux oblige à faire choix de couleurs que celle-ci ne saurait altérer.