CHAPITRE
DB LA PEINTURE A LA COLLE, A L'ŒUF, AU LAIT, etc.
XJÀ peinture à la colle est appelée aussi détrempe (du mot italien tempera) , parce que , dans cette espèce de procédé, on détrempe avec de la colle liquide les couleurs broyées d'abord à Teau simple. Ce genre de peinture est le plus ancien de tous ; mais il n'est pas le plus facile , parce que , la dessication des couleurs ayant lieu très-^ promptement j le peintre a fort peu de tems pour fondre et lier suayement ses teintes. Aussi cette peinture ne doitelle être pratiquée que par des mains habiles et par des artistes sûrs de leur fait.
La peinture à colle ou à détrempe est très-lumineuse; mais elle est bornée dans les tons bruns ou obscurs, parce que la lumière se réfléchit sur les molécules composant ces couleurs brunes ou obscures; réflexion favorable toutefois aux couleurs claires qui se trouvent ainsi très-illuminées. Les bruns de la détrempe ne paraissent donc trèsbruns que dans leur état frais et avant leur dessication.
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Pour rendre plus facile l'emploi de cette espèce de peinture, il faudrait rendre Teau ou le liquide moins prompt à se volatiliser : il faudrait encore ,. pour (aciliifer l'emploi de ce procédé , tenir long-tems en état d'humidité le subjectile , tel que la toile , le bois » le mur , etc.
La solidité d'une peinture à détrempe bien faite est trèsgrande; sa durée égale celle de la fresque, et elle résiste même aux injures de l'air. On Toit des peintures en détrempe exposées à l'air, et qui datent de cinq à six siècles. On objectera peut-être que ces anciennes détrempes sont des espèces d'encaustiques , et que la cire y était mêlée à la colle; mais une chose incontestable , c'est que l'Italie conserve de ces sortes de peintures , dont la date est très reculée.
En général les colles et les gommes sont conserratrices des couleurs ; tandis que l'huile, qui nous semble si solide» si inattaquable, est peut-être moins durable.
On se demande pourquoi les peintres ont délaissé la détrempe, puisqu'ils peuvent, par son moyen , obtenir de bons résultats. La vraie réponse à faire , c'est que les artistes ne sont point encouragés dans cette espèce de travail qui requiert de l'habitude , et qui , bien qu'il soit expéditif , exige du tems pour parvenir à la perfection dont il est susceptible. Si donc il existe des morceaux de peintures exécutés à détrempe séduisans par leur vérité et leur éclat, il en existe aussi beaucoup dont le travail manque d'union, de suavité, et qui perdraient beaucoup à être contemplés de près. Quant aux vastes peintures , aux représentations scéniques, aux décorations, c'est précisément ce procédé que réclament ces sortes de peintures.
Je crois que , malgré les recherches qui ont dû être
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faites parles peintres » cette espèce de peioture est encore perfectible, et que l'on pourrait, à Taide» par exemple , de la cire liquéfiée dans l'eau, obtenir des bruns mats plus forts 9 et qui pourraient devenir tels lorsqu'on les exposerait au feu en particulier.
Les subjectiles propres à recevoir la détrempe sont de diverses espèces. Le bois , le papier , la toile , le vélin , les enduits des murs, etc. » la reçoivent très-bien.
Quant aux murs , il importe qu'ils soient par&itement secs , sans quoi, en sécbant, on verrait pfilir les couleurs ; on les verrait se fendiller de toutes parts. Sur un mur préparé à chaux , il faut peindre à la chaux , malgré le ravage qui en résultera pour certaines couleurs '; car si on peint au blanc de gypsou de craie, la peinture sera bientôt évanouie. Pour peindre avec des blancs de craie, il faut que le mur soit préparé au blanc de craie ou de gyps , en employant peu de craie et peu d'épaisseur. On a besoin d'employer les hachures plutôt lorsqu'on peint sur mur que lorsqu'on peint sur toile.
Quand on peint sur les murs , il faut d'abord y Caire un enduit de bon plâtre , le plus uni qu'il est possible. On laisse bien sécher cet enduit : on y donne en^suite une ou même deux couches de colle bien chaude, et plus forte que s'il s'agissait de détremper les couleurs. Si les murs sont un peu raboteux, on mêle dans la colle du blanc d'Espagne ou de craie, pour les rendre plus unis par celte impression : on fait même usage, pour cet effet, de plâtre fusé à l'air et bien broyé. Quand cette couche est très-
' Les couleur! qui embelUitent d'une manière merreUleuie , dit-on, l'aspect de certains temples de l'Egypte, sont appliquées à la chaux.
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sèche, on la racle le plus uniment qu*il est possible» et Ton peint par-dessus.
Lorsque Ton Tout peindre sur bois » il faut de même y donner deux couches de colle, et racler cet encollage pour le rendre bien uni. /
Pour la peinture en détrempe sur toile , Félibien roulait qu'on choisit delà toile vieille, demi*usée et bien unie. Il donnait pour raison qu'elle était plus douce , et qu'on n'était pas obligé d'y mettre plusieurs couches de colle , qui , dans la suite , pouvaient faire fendre et écailler la peinture. Cependant des personnes qui ont autant d'expérience pour la peinture à la détrempe sur toile que sur plâtre, Aroient que la toile neuve est préférable. Quoi qu'il en soit , quand la toile est bien tendue sur des châssis , il faut, surtout si elle est neuve, la frotter avec de la pierreponce, pour en ôter les nœuds et les inégalités, et pour la préparer à bien recevoir la peinture. On l'imbibe ensuite avec de la colle chaude, que l'on passe partout avec une grosse brosse ; et quand la colle est sèche , on y repasse la pierre- ponce. Il faut ensuite imprimer la toile d'une couche de blanc de craie avec de la colle. La terre à pipe est encore ti^ès-bonne à cette fin , parce qu'elle est liante. (On trouve de cette argile à Montereau-sur-Yonne. ) Quand cette préparation est sèche , on y passe encore la pierre- ponce. Si la toile était fort claire , il faudrait y coller du papier par derrière. En parlant des toiles préparées pour la peinture à huile, j'ai dit qu'il s^n fabriquait dont la largeur était de plus de huit pieds; je dois dire qu'on en trouve aujourd'hui à Anvers qui portent vingt pieds de large , en sorte qu'on n^a plus à redouter la saillie des coutures.
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Pour peindre sur le papier , ou sur le yélin , toute espèce de préparation est inutile. Il faudrait cependant coller le papier , s'il ne l'était pas. On peindrait mal sur un papier spongieux*
Le fond sur lequel on doit peindre étant préparé » on y dessine ce qu'on veut représenter , avec du charbon tendre et léger , sans appuyer beaucoup; car il but se ménager la liberté d'efiacer aisément , et de faire à son premier trait les changemens que l'on juge conTonables. On efface en frottant les traits avec de la mie de pain rassis, ou avec un linge blanc. Quand le trait est arrêté^ on le met au net avec une petite brosse et une couleur mêlée de beaucoup d'eau, afin qu'elle n'ait pas de corps , qu'elle soit très-&ible , et qu'elle n'altère pas la couleur qu'en couchera dessus. Ce dessin étant bien sec , on enlève avec la mie de pain ou le linge, ce qui peut rester des traits inutiles de crayon.
On fait les teintes sur la palette. Elle n'est pas de bois, comme pour la peinture à l'huile , mais de fer blanc , de figure carrée, et seulement un peu arrondie vers l'endroit où est le trou dans lequel on passe le pouce. On borde ce trou d'un morceau de peau ou de cuir mince , pour que le fer blanc ne blesse pas la main. La partie supé-r rieure de cette palette , c'est-à-dire , l'extrémité la plus éloignée du pouce , doit avoir des rebords un peu relevés, pour retenir les couleurs qu'on y arrange , en cas que l'on vienne à la pencher un peu trop sans y penser. On pratique aussi , vers le haut de la palette, quelques enfoncemens pour contenir chaque couleur dans son ordre : cet ordre est le même que pour la peinture à l'huile^ (Voy. vol. VII, pag. 386). Ces couleurs sont seulement dés
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trempées avec de Feau nette, et tenues d'ane consistance un peu épaisse : à mesure que Ton veut s'en servir , on prend avec ta brosse ou le pinceau un peu de colle. On tient toujours cette colle un peu liquide , en laissant le vaisseau de terre qui la contient » sur un petit feu de cendres chaudes.
Lorsque la colle vient à se figer sur la palette pendant le travail , il suffit de la présenter au feu , et elle se fond aussitôt. Si « en se fondant , elle devenait trop forte » il faudrait y mêler un peu d'eau. On doit prendre garde aussi que les couleurs entières , arrangées en haut de la palette , ne se dessèchent pas par Tefiet du feu.
On ne se sert point du couteau , comme dans la peinture à Thuile 9 pour faire les teintes sur cette palette : on les fait avec la brosse ou le pinceau , à mesure qu'on en a besoin. On nettoie la palette chaque fois que l'on quitte l'ouvrage , on la lave : et on la fait sécher aussitôt au fisu» de peur qu'elle ne se rouille.
Lorsqu'on peint en grand, et qu'on a à faire de larges masses, on ne se sert pas de la palette , mais on détrempe la teinte dans des godets ou écuelles de terre vernissée , avec l'eau de colle nécessaire. On fait l'épreuve de la teinte sur des carreaux de plâtre , ou sur des planches préparées comme le fond , ou sur du gros papier blanc » afin d'être sûr de l'effet qu'elle doit produire étant sèche. On applique toujours les couleurs un peu plus que tièdes : ainsi il faut les mettre de tems en tems sur un petit feu y ou sur les cendres chaudes, pour les entretenir dans un état de liquidité. On y ajoute un peu d'eau pure » quand la colle devient trop épaisse. Il fisiui aussi avoir l'attention de remuer chaque fois la couleur dans
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les godets 9 avant de la prendre à la brosse» parce qu*elle se précipite aisément.
Une obsenration très*-essentlelle , c'est que les teintes doivent toujours être tenues extrêmement hautes et trèsvigoureuses, parce qu'en séchant , elles s'afiaiblissent au moins de moitié. Il ne faut donc pas , dans ce genre , craindre de pousser trop au noir en travaillant : si l'on n'a pas fa hardiesse d'outrer de vigueur » on peindra faible et gris. Il faut savoir que les terres brûlées changent moins que les autres , et que la laque , non plus que les noirs , ne change point du tout. Mais l'expérience en apprendra plus à cet égard que tous les préceptes.
Une règle générale» et dont il ne faut point s'écarter» c'est que la détrempe ne veut pas être fetiguée , et ne souffre pas que l'on repeigne par-dessus avec ^'autres couleurs que celles qu'on a employées dans le même endroit, parce que celles de dessous» venant à se détremper, se mêleraient avec celles qu'on appliquerait de nouveau , et on détruirait la teinte; d'où il résulterait des tons bizarres, sales et désagréables. La belle détrempe demande à être peinte au premier coup* Gomme elle sèche très- vite , si l'on ne travaille pas d'une manière prompte et expéditive» et si l'on ne connaît pas parfaitement l'effet qui doit résulter des teintes que l'on emploie » on risque de faire un ouvrage d'une très-mauvaise exécution. La peinture à dér trempe est , à cet égard » plus difficile que la peinture à l'huile.
Quand l'ouvrage est fini » on peut le retoucher tant qu'on veut , pourvu du moins que ce soit avec les mêmes teintes : c'est ainsi qu'on ajoute de la force aux endroits faibles. Il faut seulement attendre que la peinture 8oi|
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bien sèche. Après là retouche, on unit proprement les teintés avec une brosse que l'on trempe dans de Teau puré# Quelquefois , comme il se pratique dans la peinture à fresque » on adoucit deux teintes voisines en hachant avec une couleur qui participe de toutes deux.
Si l'ouvrage doit être touché sans être adouci , tel que le paysage » on couche d'abord des teintes assez brunes pour servir d'ébauches. Quand elles sont sèches» on frappe par-dessus des touches claires , et encore par-dessus celles-ci, lorsqu'elles sont sèches elles-mêmes, d'autres touches plus claires encore.
Quelquefois, au lien de retoucher par des hachures, on retouche en glaçant. Gela se fait avec des teintures qu'on couche le plus également qu'il est possible avec une brosse où un pinceau de poil doux : il &ut être expéditif dans cette opération pour ne pas détremper le fond sur lequel on glace. Il faut aussi prendre garde que ce fond ne boive pas la couleur avec laquelle on fiiit le glacis , car il s'y ferait des taches» comme si l'on dessinait au lavis sur du papier spongieux. Pour éviter cet inconvénient » on encolle l'ouvrage avant de le glacer. Cet encollage se fait en passant légèrement sur le tableau une couche de colle claire , bien nette , et médiocrement forte : quand cette colle est sèche » on glace par-dessus.
En détrempe on se sert pour glacer les bruns d'une couleur appelée fulverin. Cette couleur est faite avec l'urine , dans laquelle les teinturiers en écarlate lavent les draps » aussitôt qu'ils sortent de la teinture.
Il arrive souvent que la couleur qu'on emploie pour retoucher , refuse de prendre sur celle qui est déjà sèche. (4a cause de cette résistance est la trop grande quantité