CHAPITRE
DE hà. nHHTVBÉ SDR VBBBB.
A-T«oif examiné mii8 préventioQ et avec une rue philo* sophique la deatination et |e caractère particulier do la peinture en verre ou sur verre? L'espèce d'admiration un peu irréfléchie qui résulte le piu^ souvent de la vue des grands vitraux colorés de no$ églisoss la sorte de mystère qui semble ajouter à cette admiration i le préjugé enfin qui nou9 laisse supposer qiie lea pnaoédés se-crets de cq coloris translucide». si éclatapt« ai extraordinaire ^. ont été perdus t et q^ nous ne saurons jamais reproduire Tantique beauté de c^ genir»de peintura , tout concourt» dis -Jet à npuf égarer diuia Teumen qu'il serait nécessaire de £iira» ave0 beaueouf d'attention, de ce sujet intéressant*
Que les modernof «aient eoipriipté aux Ortentenx le procédé de la peinture sur vwre » qu'ils Taionl conna par les Chinois ou par d'antrea peuples industrieux , ceei importe peu h notre sqjet s la véritable question est de savoir en quoi peuvent être utiles à l'art de la peinture ces couleurs ou cette teinture inaltérable du verre; quelles sont les ressources que ce genre offre aux peintres quant à la représentation » et enfin jusqu'où s'étend naturellement son domaine* Il est évident qu'on ne peut se promettre aucune illusion de ce procédé éclatant* La transmission uniforme delà lumière au travers des vitraux
colorés, considérés à contre-jour , s*oppo«era toujours à la justesse optique d^imitation. Les corps opaques représentés dans ces images de cristal ont néoéssaireoient Tair d'être diaphanes » sans consistance, sans solidité. Ces figures ne sont , quoi qu'on en dise , que des fantô* mes lumineux , ce sont des apparences idéales fort peu conformes à la réalité. Malgré tout, le spectacle de ces couleurs si animées et qui nous enchantent, ces cristaux de pourpre et d'azur, ces masses d'émeraude el de to* paxe, développées par les rayons directs du jour, doivent former un langage; elles doivent être le moyen de certaines décorations éloquentes. Enfio, employées par des génies heureux , ces vives couleurs doivent assurément inspirer aux spectateurs des idées, des sentimens; et, s'il n'est pas donné au peintre sur verre de répéter avec jus*^ tesse l'harmonie naturelle des objets, jl peut avec ellespro* duire un certain concert exalté et pittoresque; il peut parvenir k de grandes expressions , b de poétiques résultats» Cette première définition de la peinture snr verre ine semble pas avoir été admise lors de ces tems de barbarie, où tout paraissait admirable daos les productions de l'industrie, pourvu que ces productions étonnassent les es^ prits vulgaires. On trouvait bien plus merveilleux 4e.r0«préseuter par des teintes fausses , mais éclatantes , àm figures fausses elles-mêmes par leur choix, que d'indiquer par des masses et des détails de simples ornemms ooiH venables au lieu oii on les exposait. Oo tf'af^liqw màfAt trèa*peu au choix d'omemens symboliques, signîfioalifr» et bien appropriés au sujet et au caractère moral des édifices. Enfin, aucune philosophie ne dirigea les ortistes dans l'étalage de toutes ces couleurs , de tous ces effets :
S6o PROcéDàs matAbiels.
au moins ne remarque-t-on qu*un très-petit nombre d*églises qui offrent en cela des modèles; les vitraux successivement fournis par tel pu tel donataire opulent n'a^^ant le plus souvent aucune concordance entr'eux, ni aucun rapport avec la décoration générale de l'édifice.
S'il est vrai qu'il s#it permis » et qu'on doive même demandera cette espèce de peinture les images des divins personnages de notre religion , les images de Dieu, etc., combien ces images ne doivent-elles pas être savantes , belles et attachantes ? Or sera-ce avec des couleurs toutes diaphanes » avec des masses assemblées par de noires coutures de plomb, etc., qu'on pourra représenter dignement ces saints objets ? N'y a-t-Il pas quelqu'efiet optique ridicule à craindre dans ces représentations étranges; et si quelque chose d'idéal doit en effet ressortir dans les images de la divinité, les peintures en verre n'offrentelles pas un aspect fantasmagorique trop opposé au noble but que Ton doit toujours se proposer dans les fictions de la peinture? D'ailleurs un certain silence poétique des couleurs est nécessaire dans quelques sujets des saintes histoires » et ces éclats constaHs du rubis et de la topaze s'opposent souvent aux sages calculs du clair obscur et de tout l'effet qui doit constituer une harmonie sacrée P
Comment donc rendre touchans, vénérables, majestueux les traits de Dieu et des saints, à l'aide d*ombres et d'effets bizarres? Les yeux, les bouches, les pieds dans ces images ne sauraient ofiRrir cette belle vérité que peut rendre la peinture ordinaire ; enfin n'est-il pas en quelque sorte imprudent et irrévérencieux de confier aux cou-
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leurs briltantes des vitraux les représentations relatives h notre sainte religion ?
Cependant, je suis loin de le nier; un artiste trèshabile peut tirer un grand parti de ces mêmes effets translucides et vivement colorés, lorsque surtout il veut donner l'idée de ces apparitions miraculeuses et consacrées dans notre histoire sainte ; lorsqu'il veut représenter les béatitudes éternelles des êtres inondés de la lumière céleste. Quelque chose d*émineikiment poétique peut ressortir en effet de ces spectacles météoriques» surnaturels et si splendides qui accompagnent soit Tapparition des anges , soit la transfiguration de notre Seigneur » etc. Mais» nous le répétons, l'expression des formes corporell&s et la vraisemblance dans l'imitation de ces formes sont soumises , dans cette espèce de peinture , à des conventions qui ne seront approuvées que dans le cas oii la plus grande beauté de contours et de proportions dédommagera les spectateurs du caractère factice de Timage.
Mais non, circonscrivons la peinture sur verre dans son domaine réel : et en la destinant aux embellissemens des temples et des palais, faisons-la servir à des ornemens dont les couleurs composeront de grandes masses ingénieusement assorties. Dans ce cas , disons-le, quels effets majestueux , quelles décorations ne peut -on pas en espérer? L'é* clat magnifique des rubis , la suavité céleste des azurs, la richesse des émeraudes, la solennité des pourpres-violets , l'énergie toute entière de tant de nuances diaphanes peuvent , étant bien combinées , produire autant d'enchantemens. Ainsi le perfectionQement de la peinture sur verre dépend moins des efforts de quelques peintres chimistes que des efforts d'artistes véritablement philosophes*
562 PROCisÉS MATI&niBLS.
La peinture sur verre, ou pour mieux dire, la peinture sur vitre » s'exécute par l'emploi des verres de couleurs » assemblés ou joints à côté les uns des autres avec des liens de plomb. Ces verres » teints de diverses nuances, sont , selon les cas » chargés de traits ou hachures parallèles» obscures, mises au pinceau, et servant à exprimer soit les ombres, soit les profondeurs obscures, telles , par exemple, que les plis des étoffes ou des draperies , etc. ; ils sent de plus chargés de traits ou de hachures claires , servant à exprimer les rehauts ou les lumières; et cet effet s'obtient en usant une partie de l'épaisseur du verre, et en éclaircissant ainsi son intensité par l'effet de la transparence lumineuse* Souvent ces traits creusés sont colorés , après coup , d'une teinte différente de celle de la masse du verre employé. Outre les verres teints et ainsi modifiés, conformément aux formes et aux effets de clair^ obscur, on emploie^ pour exécuter la peinture sur verre, des verres blancs, qu'on peint au pinceau, et qu'on destine aux carnations , aux mains , aux pieds , etc. Sur tous les anciens vitraux, ces têtes, ces mains sont exécutées sur des verres incolores ou presque incolores; les peintres de ces tems n'ayant pas trouvé de couleurs diaphanes pour les carnationa mises au pinceau , et les essais qu'ils firent pour le rouge des joues ou des lèvres ne produisant de loin que des tons mats et bruns : c'est cette peinture au pinceau qu'ils appelèrent peinture d'apprêt , car ils appelèrent plutôt vitrerie l'ancien procédé , qui consistait dans l'art d'assembler par pièces de rapport ou par mM>saïque toutes sortes de verres teints , de les teindre , comme on disait alors , dans la masse , et de les joindre avec des rubans de plomb. ,
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Aujourd'hui 00$ chimistes qui , k la vérité» ae produisent pas en verre teint des couleurs plus belles que celles des anciens peintres, sont parvenus à peindre les, carnations d'une manière très-satisfaisante et très remarqu^le. Ce nouveau charme apporté à la peinture sur vitre aura des conséquences importantes , en ce qu'on adoptera fréquemment ce genre de peinture pour les églises, les palais , les galeries » etc. » puisque les figures ne seront plus décolorées comme elles Font été jusqu^ici» et que les tons seront bien plus modifiés» bien plu^ fondus que sur les anciens ritraux. Indépendamment de ce perfectionnement » nos peintres sur verre ont imaginé de découper les morceaux de verre» de manière quç les liens ou les sutures en plomb n'aient lieu que sur des parties OU' sur des lignes brunes ; en sorte que l'obscurité de, ces sutures n'a rien de choquant» et n'estméme pasapparente» lorsque ce n'est pas un soleil vif qui traverse les vitraux.
Quelques observateurs ont prétendu» relativement à ces divers procédés» distinguer plusieurs manières de peindre : .d*abord la peinj^ure par pièces de rapport de verres teints dans la masse et choisis de telle ou telle couleur» et même .variés i%m tel ou tel ton» mais sans, addition de ha^ «hures brunes pour. ei)»ripier leij»iOjQpibre&; ils ont ensuite ;ûgD«Jé le second procédé qui. consiste dans l'emploi de :verres teints , éclaircis et brunis p^r places. Us ont .voulu distinguer aussi lai peinture appjijqjuée au, pinceau atv verre;» et quelquefois derrière lesTom^eA tejnta; enfila i(Mi a signalé séparément Je procédé nouveau de. peinture sur glace et au pinceau. Mais» au jTait» il n'y a qu'une espèce de peinture sur vitre» peinture dans laquelle on aftsocie les di£férens moyens qui viennent d'être indiqués;
564 PROCÉDAS MATÉRIELS.
c'est-^-dîre » les verres teints dans la masse et tout unis « les verres teints » éclaircis et obscurcis par le peintre , et les verres blancs , peints avec des couleurs appliquées au pinceau et rendues ensuite adhérentes par le feu dans la moufle. .
Malgré la grossièreté et la barbarie de la plupart des vitraux peints à figures , il faut rendre justice à la sagacité des peintres des tems anciens » qui surent trèsbien calculer les effets de la distance » et qui eurent recours à plusieurs expédions très-ingénieux , dont on ne leur tient pas assez compte aujourd'hui. Par exemple, les traits si noirs des yeux» de la bouche» du nez , etc. » sont des exagérations sans lesquelles leurs représentations n'eussent point atteint le but , à raison de la grande distance qui sépare le spectateur des vitraux : sans ces moyens » les traits n'eussent point ressorti et l'effet en eût été neutralisé. L'étude des effets optiques, de la lumière transmise leur apprit aussi à exagérer certaines couleurs; car un peintre qui ne jugerait sa peinture que dans un local rétréci » serait très-désappointé, lorsque son ouvrage serait élevé et posé à sa vraie place. Celte grossièreté du irait » et même ces lisérés noirs qui entourent certaines teintes, ne proviennent donc point de la grossièreté delà peinture; car, si Ton examine de près les barbes, les cheveux , les lumières enlevées au tourei pour obtenir le modelé des têtes sur les verres légèremeift colorés en carnation, on reconnaîtra tout le soin, toute la patience et même la délicatesse de ces artistes qui excellèrent aussi par ces mêmes moyens dans une foule d'ornemens déliés et très-détaillés. Que Ton dise que le goût de ces vitraux à figures bariolées et couturées par des rubans
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de plomb a quelque chose de barbare : on peut le croire; mais l'artifice , le soin , la patience et l'adresse de ces mêmes artistes sont certainement très-dignes de fixer Tatlention.
Les anciens peintres » en n'employant exclusivement que des verres teints , avaient pour but le plus grand éclat des couleurs ; car ils avaient remarqué que la himîère , transmis à travers ces verres» arrive presqu*aussi librement au spectateur lorsqu'elle est. oblique que lorsqu'elle est perpendiculaire par rapport à lui ; tandis qu'à travers les couleurs peintes » la transmission oblique des rayons lumineux produit une obscurité sensible. On peut faire observer à ce sujet que les plus beaux vitraux » relative ment à l'effet, sont ceux qui sont composés de verres teints » ou , comme on disait alors » teints dai^^ masse.
Dans ces vitraux en verres teints» on admirerart avec lequel ces artistes combinaient , associaient et contrastaient les teintes : ils avaient soin assez souvent de faire dominer une couleur dans laquelle une foule do nuances diverses apportaient une brillante variété. Certains essais modernes font voir en verres teints des vitraux ou tout bleus ou tout jaunes (cette couleur jaune s'obtient à' la cuisson par l'eiTet de la fumée ) ; mais ces vitraux ont un aspect nu , comparés aux vitraux du xv* et du XVI* siècle. Dans ceux-Hsi, quelque chose de prismatique» d'animé, de scintillant réjouit la rétine et rappelle les variétés si vives des couleurs du diamant. A ces effets s'associaient ceux des ornemens dont la diversité est trèsremarquable; enfin, malgré le dédain de. certaines personnes prévenues » on peut aflSrmer que tout le monde reconnaît beaucoup d'art dans ces combinaisons opti-
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ques » combinaisons frappantes, par exemple, dans les rosaces vitrées de certaines cathédrales» rosaces qui sont si souvent surprenantes et admirables.
Cependant il arriva une époque où les vitriers seuk s'emparèrent de la peinture sur verre j et Leviel nous apprend que les artistes habiles finirent par renoncer à un genre de travail dans lequel ils avaient des rivaux au rabais : Bernard Palissy , qui pratiquait cette peinture , Tabandonna par cette seule raison.
De nos jours , les succès de la chimie vinrent s'appliquer à l'art de la peinture sur verre ^ et dans toute l'Europe on s'exerce dans ce g^nre de décoration. Paris n'est pas resté en arrière sur ce point. Il est donc à désirer que cette espèce de lutte tourne au profit du bon goût 9 et £|ie la philosophie dirige enfia les travaux des artistes pmévérans qui se destinent à ce genre difficile , mais dont le domaine vient de s'étendre par le perfectionnement de nos couleurs applicables au pinceau.
Bien qu'il n'y ait point de mystère dans l'art de la peinture sur verre, c'est à des peintres exercés exclusivement dans la chimie des couleurs vitrifiables et dans la pratique de cette espèce de peinture » et même dans l'art de la verrerie» qu'il appartient de produire les descriptions techniques et scientifiques qui se rapportent à ce genre d'industrie » à cette espèce de procédé. On donnerait au public aujourd'hui un extrait bien fiiit du livre do Lerâl , de ceux de Haudiquîer» de Néri» de Kunkel» etc.» que nos chimistes n'en seraient pas satisfaits : ces livres ont été beaucoup consultés » mais le plus souvent sans fruit , par nos febricans de couleurs et par nos peintres sur verre. La peinture sur verre est le résultat de la pratique et de
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la philosophie de l'art; le choix importe donc beaucoup , la partie technique n'est pas moins importante : espérons que dans toute l'Europe cette espèce de peinture ne sera cultivée que par des artistes qui posséderont l'une et l'autre qualité.
Les auteurs suivans ont écrit sur l'art de la peinture sur verre : De Murr» d'Holbach, Fleuret , Fougeroux de Bauderoy, Hawkins ( John-Sidney) » Haudiquier d'Ablancourt ( voy. Houdiquier) , Langlois, Lebas de Gôurmodt» Lenoir » P. Levtel » Meusel ,, Néri , Parois » Vigny. L'ouvrage de Leviel (Pierre) , petit-fils de Guillaume Le* viel, peintre sur verre» a pour titre : Vart de la ptinr turt êur verre; Paris, 1770. Nous avons encore indiqué d'autres ouvrages sur cetter matière sous lesn*' 84» 108, 190» 169. 229. Félibien parle au long de ce genre de peinture» dans son traité d'architecture , pag. 244 ^^ sui^«
On peut consulter encore» sur l'histoire de la peinture sur verre, Lanzi (tom. i*'» pag. 182 et suiv. ); Percier et Guillot ( Musée des monumens français ). Voyez encore la Revue encyclopédique » tom. xxiii » pag. 4^5 » et tom. XXV» pag. 282; et la même Revue (année 1819). Voyec encore les Archives des découvertes (1811); le Moniteur du i5 avril 181 1 ; Millin » au mot Apprêt et au mot Peinture sur verre. M. Alexandre Brongniart vient de faire imprimer un Mémoire très-intéressant sur la peinture sur verre; Paris» 1829: (ce mémoire ne se vend pas ) l'auteur en a promis la suite.
5G8 PBocjâDis matériels.
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