CHAPITRE
DE LA PEINTURE EN MOSAÏQUE , EN MARQUETERIE , EN TAPISSERIE , EN BRODERIE , etc.
Un ne s'attend sûrement pas à troi|?er ici des détails techniques sur tous les procédés matériels , relatifs à l'art de la mosaïque, à l'art de la marqueterie, de la tapisserie et même de la broderie *i ces procédés , qui appartiennent surtout à des arts industriels, ne seront pas analysés dans cet ouvrage; en effet, nous ne nous sommes
engagés qu'à exposer ce qui rattache tous les genres de peinture à la philosophie, mais non à expliquer tout ce que l'industrie peut convertir en peinture. Or, ce que nous avons répété sur cette philosophie générale de l'art de la peinture suiBt pour le point qui va nous occuper ici. Il sera donc facile d'en fairç l'application , soit à la mosaïque, soit à l'art de tisser des tableaux, etc. ; ainsi nous nous bornerons aux seules indications qui sont évidemment indispensables.
Dans la plus haute antiquité , on pensa à donner aux compartimens des pavés un caractère significatif, et à les approprier aux lieux qu'ils décoraient , soit en déterminant leur degré et leur espèce de beauté , sok en (aisant servir les pierres rares qui composaient ces pavés à des représentations significatives , et par cela même intéres* santés et utiles à l'unité et au caractère de l'architecture. De là y ces mosaïques représentant des emblèmes , des
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Cgures mythok^iques » etc. ; il est douteux que les modernes aient eu des vues philosophiques sur Temploi de ces moyens tout techniques de la mosaïque; car» si Ton excepte les ouvrages grossiers des absides ou des portiques des anciennes églises d'Italie» ouvrages dans lesquels le bon sens au moins avait présidé , on ne voit guère » après cette époque , dans la peinture en mosaïque que des perfectionnemens industriels; et Ton y remarque un oubli de toute philosophie dans les choix des sujets confiés à ce genre impérissable de peinture.
J'oserai donc dire, malgré nos très-illustres prôneurs des Caracci » des Guercino , etc. , que c'était Gimabue qu'il fallait prendre pour guide dans la route qu'il ouvrit aux mosfiïcistes , route que des Grecs étaient venus euxmêmes indiquer à Florence » à Venise , à Jlome , etc. C'était la majesté de Dieu » de Jésus , de la Sainte-Yierge» des Apôtres » etc. » qu'il fallait représenter par les mosaïques , en perfectionnant les essais informes de ces maîtres; c'étaient les belles proportions» lés belles poses» les belles draperies et les linéamens-types qu'il fallait fixer et rendre pc^rmanens à la vue des fidèles. Mais d'autres/ idées ont préoccupé les modernes » si prétentieux au sein de leurs écoles » si embrouillés dans leurs labyrinthes académiques. Les papes voulurent embellir avec magnificence le premier temple de la chrétienté; qu'ont-ils obtenu des peintres et des soi-disant connaisseurs ? Des tableaux qui répétèrent à grands frais les peintures accrédir tées, mais qui ne furent guère enharmonie avec la sainteté du lieu» avec la sainteté de la religion. Que représentent ces mosaïques indestructibles que l'on a multipliées à Saint- Pierre de Rome, et qui sont évaluées » l'une dans l'autre^
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à plufl de cent mille francs? c'est » il est Trai , saint Pierre sur les eaux et soutenu miraculeusement en présence de Jésus; mais dans quelle attitude burlesque est posé ce saint Pierre; quel ajustement » quelle physionomie ! Enfin quelle pose Laufranco» peintre en vogue alors , a-t-il donné au Sauveur dans la peinture originale et toute académique » qui a servi aux ouvriers mosaicistes » traducteurs de ce tableau I Et cette sainte Pétronille de Guercino, tableau colossal » répété avec un art infini » par le célèbre Ghristoforis , dans une mosaïque colossale elle-même, que peut inspirer d'utile et de pieux toute cette composition ? Et ce martyre de saint Erasme » que le grand Poussin a eu le courage de pèindl« , et qu'on a eu M>in de répéter en mosaïque, quels sentimens peut'-il susciter? Qui le croirait? Oq y voit ce saint allongé sur un chevalet , le ventre ouvert et ses entrailles en train d*être dévidées sur un grand tourniquet. Nous plaisantons Gimabue; mais Gimabue eût usé d'indulgence en nous appelant des fous. Oserais-je blâmer encore le choix qu'on a fait , pour modèle à répéter en mosaïque, de la très-célèbre Transfiguration de Raphaël? Oui j*oserai le blâmer; car si la partie supérieure de ce tableau est noble , poétique et simple , la partie inférieure eti est presque burlesque, et par conséquent, sans sainteté.
L'art de polir ^ de rapporter, de cimenter des petites pierres rares , des petits cubes de verre coloré imitant ces pierres; cet art , dis*je, est très-admirable; mais, tant qu*il reste entre les mains de gens ouvriers , il n'est qu*un art d'industrie. Est-il employé , mis à contribution par des peintres , il doit se convertir en un art noble , instructif et moralement utile. Ge n'est pas tout qu'un pavé exécuté
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eB mosaïque brille et éclate de toutes sortes de couleurs ; ce n'est pas tout qu'il assainisse le lieu et qu'il procure de la fraîcheur dans les jours brùlans de Télé : ces belles couleurs doivent nous dire quelque chose, elles doivent nous intéresser. Des échiquiers noirs et blanbs Be.sont-ils pas d'un mauvais choix pour un sanctuaire , ne blessentils pas la rue , n'ôtent-ils pas la tranquillité nécessaire à ce lieu ? On voit , dans un pahis de Rome» une chambre dont le sot est xdécoré de la réunion de tous les marbres connus : on y marche sur le lapis » sur le porter » sur la brèchè-rose , sur le pavonazzo , etc. : mais ce eboix convient peu ; il eût feUu plutôt revêtir ainsi un mur ou une table qu'un plancher.
Ce qui a mis en vogue chez les modernes l'art de la mosaïque , ce n'est pas l'idée de décorer les temples et les appartemens de couleurs impérissables, c'est l'idée assez fausse de rendre indestructibles les fameuses productions du pinceau, et de perpétuer ^ par des copies impérissables, les chefs-d'œuvre des soi-disant grands peintres. Or , ces prétendus grands maîtres étaient ceux qui faisaient le plus de bruit de leur vivant , et qui , par lear influence, asservissaient les esprits, et remplissaient ainsi de leur nom les salons et les académies ; ces prétendus grands maîtres dont la mosaïque répéta les ouvrages furent donc ' entre autres le chevalier d'Arpino , Ciro Feri , Subleyras , Garoselli , Pierre de Gortone, Romanelli , son élève, etc. L'église de St. -Pierre de Rome contient près d'une cinquantaine de peintures en mosaïques , y compris la Barque de Gio^to , qui certainement est un des tableaux les mieui imaginés de tout ce temple; tableau dont le style peut passer à la postérité sans aucun risque pour l'art :
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mais en peut-on dire autant des tableaux de ces peintre* maniéristes que je yicns de citer ?
c Quels moyens , a-t-on dit » pourront soutenir les arts dans leurs révolutions , ou les faire renaître , s'ils venaient h périr 9 victimes encore une fois de la barbarie? Les sciences , les lettres se perpétueraient , parce que leurs productions , multipliées par Tart de l'imprimerie , sont répandues dans presque tous les pays du monde » et que la barbarie ne pourrait les frapper toutes à la fois; mais qui sauverait , qui reproduirait la peinture? La mosaïque seule peut rendre à cet art le même service que les connaissances bumaines doivent à Timprimerie » et lui assurer la même du^ , la même perpétuité* La peinture ordinaire est détruite dès que sa surface est effacée; mais toute la surperficie d'une mosaïque peut être éraillée , gâtée, méconnaissable , sans qu'il y ait destruction de l'ouvrage : pour &ire revenir le tableau effacé, il suffit de lui rendre son poli» et on peut l'user ainsi jusqu'à la fin de son épaisseur. »
cLes tableaux du Vatican, ajoute-t-on , commencent à tomber en ruines : l'enduit se détache de la muraille , surtout dans le tableau d'Héliodore ; et selon toutes les apparences , ces chefo-d'œuvre ne dureront pas encore cent ans. On devrait les faire copier en mosaïque : les frais de cette entreprise seraient considérables; mais toutes les nations qui se piquent d^imer les arts devraient y contribuer. • Voilà, certes, un bel enthousiasme; mais l'écrivain , qui nous en fait part , ignorait , comme beaucoup d'amateurs, ce que peut être une copie en mosaïque. Milizia , qui connaissait mieux l'art , pensait bien autrement : c Pour peu qu'on raisonnât , dit-il , adieu les
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tapisseries » adieu les mosaïques. Les anciens se servaient de ces dernières pour leurs pa?és ^ et Rome moderne se pavane d'en montrer des tableaux à St. -Pierre, sans vouloir s'apercevoir qu'elles ne sont que de mauvaises copies de copies* Mais elles seront de la plus grande durée possible; tant pis : le mauvais ne saurait avoir une durée trop éphémère. Mais comment perpétuer les ouvrages de Raphaël ? En ayant d'autres Raphaëls. Si on offrait , en prix , à celui qui ferait mieux que Raphaël , la valeur de ce que coûte une mosaïque du Vatican; et que dix ans après on proposât un prix semblable à celui qui surpasserait le vainqueur de Raphaël » et que de pareilles décennales se célébrassent dans toutes les capitales , où n'arriverait pas l'art en moins d'un siècle? •
Il ne serait pas difficile de rassembler ici beaucoup de questions relatives à l'historique de la peinture en mosaïque : les passages des écrivains ne manquent pas à ce sujet, et plusieurs auteurs modernes ont su les mettre à profit. Leviel, dans son Essai sur la peinture en mo-r saïque, a recueilli avec beaucoup de soin ce qui impor* tait le plus à ce sujet historique; il s'est aidé surtout des recherches de Jean Giampini et de Joseph Furietti; il a mis à contribution Gaylus , Barthélémy , Montfaucon , Félibien et les auteurs des descriptions de l'Italie.
Tout le monde sait ^^ue, dans l'antiquité, celte peinture en mosaïque était fort commune. Elle fut transmise aux Romains comme tous les autres arts, par les Grecs, qui l'avaient reçue des Égyptiens : les Romains la pratiquèrent même avec plus do soin que les Grecs. La mosaïque célèbre du Gapitole, représentant des colombes placées autour d'une coupe , est d'un travail assez pré-
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cieux ; mais dans le musée du cheFalîer D« Fr. Daniele , k Naples 9 on voit des oiseaux en mosaïque proTenant des feuilles de Portîei , et qui sont peut^tre supérieurs , sous le rapport de Texécution » à la lùosaîque do Capitale. Les premiers chrétiens eu décorèrent ensuite avee ferveur leurs églises; en Orient et en Occident , cette ferveur dura jusque vers le x* siècle» Vers le xiii* siècle, elle reprit TÎgueur; mais ce fut sous Clément XI» que la mosaïque acquit toute sa perfection : ce pape chargea le cheyalier Cfaristoforis delà remettre en vigueur; etocluirci, àla tête d'une nombreuse école , orna St. -Pierre de plusieurs mosaïques 9 qui sont réellement d'une admirable exécution.
De t^ns eh tems chez nous on emploie la mosaïque : le Musée de Paris en conserve, ulie très-belle , tràs-fîva et très-variée ; elle est Fouvrage de M. Belloni » qui est à la tête d'un atelier fondé pat le. Gouvernement, k Rome» on continue à produire des mosaïques-miniatures ^ qiû sont fixées sur des couvercles de tabatières, on {es destine aux étrangers, qui presque tous en emportent. Paleslrine, étant le premier endroit où l'art de la mosaïque ait été employé en Italie , a conservé la. réputation de fournir les meiUeurs mosaîcjstes. Fabio Christoforis naquit en cette ville^ oh fut découvert , comme on sait , le fameux pavé de l'ancienne Préneste : Piétro Paolo de Chtistoforis succéda à son père ; il fut notnmé chevalier. Enfin , ce n'est qu*à Rome qu'on a produit des grands tableaux en ce genre; quanta la liste des mesaiotstes modernes , elle est assex nombrieuse : Laazi en a cité ^un grand nombre. Yoyex aussi à ce sujet ce qu'en a écrit Millio dans éon Dictionnaire des Beaux- Arts , au mot Mosaïque.
Nous allons emprunter k Leviel ce qu'il a publié sur
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les procédés techniques relatifs à cette espèce de peinture.
c Soit que le peintre eo mosaïque travaille comme in- Tenteur ou comme copiste» il doit commencer par arrêter ou &ire arrêter ses cartons, suivant la grandeur de son tableau. C'est sur ces mêmes cartons exactement coloriés, qu'il doit tracer la partition et la distribution des différens cubes innombrables qui en doivent former l'ensemble, en observant avec la p}us exacte précision , suivant leur place, les différentes nuances qui doivent former les ombres et les clairs dont il a besoin. Que ses cubes soient de marbres, de pierves ou de verre coloré , c'est dons leur partition et leur taille que consiste en bonne partie l'art du peintre en mosaïque.
» Dans cette manière de peindre , la justesse des contours des figures et de chacune de leurs parties devient d'une très-gcande sujétion, Elle demande de la part de l'artiste une grande sagacité, un esprit même de combinaison d'iin degré supérieur, qui doit le conduire à se renfermer sans écart dans la justesse de la taille des cubes sans, nombre dont son ouvrage doit être composé ; ouvrage qui , comme le dit M. le comte de Gaylue , tient véritablement du prodige.
• Je suppose ici que notre peintre en mosaïque veuille eiLécuter enverro de couleur le tableau qui lui est pror posé; il &ut d'abord qu'il se précautiomie d'une bonne provision de. ces petits pains de verre de toutes les diffé^ rentes couleurs et de toutes les différentei» nuances oe chacune de ces couleurs v en conménçaat depuis la plus claire jusqu'à la plus foncée. C'est à lui , pour cela , de choisir une verrerie dont ie maître expérimenté soit
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connu pour s'appliquer le plus, par la science de la chimie « qui lui est très-nécessaire, à la composition de ces différens verres colorés, dont chaque pain , plein de couleurs minérales bien dosées et fondues arec la fritte, doit avoir un pouce au moins d'épaisseur.
» Entre les cubes qui entrent dans la composition des tableaux en mosaïque, il y en a de plus grands, de moyens et de très-petits. Pour tailler les plus grands , soit qu'ils soient carrés ou en losange , on se sert d'une espèce de ciseau que les Italiens nomment TagUvuolo. On fixe ce ciseau, d'une trempe fort dure et d'un tranchant trèsafiilé, sur un établi de pierre ou de bois, de manière qu'il n'en surpasse la superficie que de l'épaisseur du pain de verre que l'ouvrier veut tailler en cubes. On £iit passer ce pain, à plusieurs reprises, sur le tranchant dece ciseau : quand on s'aperçoit qu'il en a pénétré la plus forte épaisseur , on le frappe à petits coups avec un petit maillet de buis sur la partie déjà entaillée, jusqu'à ce que, venant à s'écarter, les morceaux se divisent « en bandes parallèles, sur la laideur qu'on aura voulu donner à chacune de ces bandes : on les subdivise ensuite en cubes carrés ou losanges , suivant le besoin et de la même manière.
t Quant aux cubes de moyenne grandeur , pour leur donner la dimension et la forme qu'ils demandent , on prend une de ces bandes, on la serre dans un étau de bois, tel que celui que les marqueteurs emploient pour découper les omemens de cuivre et autres , qui doivent entrer dans leur ouvrage; enfin , avec un archet auquel est retenue une petite scie faite de fil de laiton , sans dents , de i'eau et de l'émeri en poudre , qu'on répand par-dessus » on la coupe suivant le eontoor du dessin qu'on y a traoé«
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Pourformer des cubes décente espèce, parfaitement carrés, on se sert encore du touret et de la roue de plomb garnie de poudre d'éroeril détrempée avec l'eau: on les polit ensuite de manière néanmoins qu'ils ne réfléchissent pas trop vivement la lumière; ce qui empêcherait de distinguer les couleurs.
9 Enfin , pour les plus petits cubes» on emploie des filets de verre coloré qu'on a tirés tels du creuset à la verrerie , en les filant de difierentes grosseurs : on coupe ces petits cylindres en autant de parties qu'il eil faut; on les passe à la roue de plomb » pour en former des cubes, les polir et les disposer suivant le besoin du peintre.
• On n'emploie pas seulement le verre coloré par les émaux dans la mosaïque; le verre doré, comme nous avons vu, y est aussi en usage pour les fonds du tableau, ou pour les ornemens et les draperies : on prend, à cet efiet , ces morceaux de verre taillés , comme nous l'avons dit ci-dessus ; on les mouille d'un côté avec de l'eau gommée, on y applique l'or nécessaire en feuille: on pose ces morceaux dorés sur une pelle de fer qu'on place à l'entrée d'un fourneau allumé , après les avoir couverts de quelques morceaux de verre convexes en forme de bocal : on les laisse sur la pelle qui en est chargée à l'entrée du fourneau, jusqu'à ce que les morceaux de verre sur lesquels l'or est appliqué , soient devenus rouges , après quoi on retire le tout ensemble ; et l'or demeure si bien appliqué dessus > qu'il ne peut plus s'en détacher en quelque lieu qu'on l'expose.
» Outre les roues , tourets . et platines d'étain ou de plomb qui sont aussi en usage dans la taille et la gravure des pierres, on emploie pour la mosaïque les compas
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crépaisseur et autres nécessaires pour preadre àcê mesures. On s'y sert aussi de pinceiles de fer à peu près aemblables à celles que les chirurgiens employés]; pour retirer une balle qui a fait sa plaîe. Les Italiens les nomment Bocca di eant. Elles servent à dégrossir le bord des cubes et à prendre les plus petits, pour les insérer dans . le sluc» suivant le rang qu'ils doivent y tenir.
• Après avoir taillé ses cubes ,' le peintre de mosaiqve en remplit des bottes » dans lesquelles il les dispose par ordre, selon les différeûtes nuances de chaque couleur; ensuite il qfi^semble sur un des cartons coloriés la quantité de cubes qu'il croit pouvoir employer dans la même journée » sur son fond de stuc fait » comme noas l'avons dit» avec de la chaux, de la poudre de marbre, de Itt gomme adragant et des blancs d'œufs. Le atuc ainsi préparé s'applique fort épais sur le mur : comme il reste assez long-tems frais , suivant la saison , on en peut préparer pour trois ou quatre jours : on le moiulle méiMe quelquefois avec des linges , pour lui conserver pl«a longtems sa fraîcheur. Le peintre calque alors sur cet endait, d'après ses cartons, le dessin qu'il s'est proposé de représenter; puis il pnend avec ses pincettes les petits cubes 4e verre qu'il insère dans le stuc et qu'il arrange , selon l'art, les uns auprès des autres, de manière qu'il fasse sentir les lumières « les ombres et toutes les diflKrentes teintes , conformément au modèle ^u*il • devant lui ; et de façon qu'il n'y ait point de vide entre ces cubes , et qu'ils soient autant que possible égaux et posés à même hauteur.
• C'est ainsi qu'avec le tems et la patience le peiaire en mosaïque achève son ouvrage qai , pour être bien
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rendu , doit paraître uni comme une table de marbre et aussi fini que la peinture h fresque. On lui procure celte perfection en le polissant ayec du grès dont le grain est bien fin , et de Teau.
» Ce que nous venons de rapporter du mécanisme de la peinture en mosaïque est conforme à ce qu'en ont dit Ciampini » Féiibien et le Père Labat , dominicain.
» Puisque» dans tous les arts, les manières de faire chan-^ gent en mieux à proportion que le ^oût se perfectionne; puisqu'il s'y fait tous les jours de nouvelles découvertes ; les nouveaux auteurs sont toujours à préférer, surtout lorsque, dans leurs écrits, ils joignent beaucoup d'intelligence et une critique saine et judicieuse à un sérieux examen de ce qu'ils voient pratiquer sous leurs yeux. C'est pourquoi j'ai cru qu'il était à propos de copier ici ce que M. l'abbé Richard a dit tout récemment de la peinture en mosaïque , dans sa Description de l'église de saint-Pierre de Rome.
» Les tableaux des autels qui étaient de la main des meilleurs maîtres, et queThumidité commençait h altérer, ont été remplacés par des copies exécutées en mosaïque de même grandeur , de même proportion , dans le même goût de dessin et le même ton de couleur que les originaux. Par ce moyen , on leur a assuré une durée inaltérable.
» Cet art précieux a été porté depuis soixante oo quatrevingts ans à un point de perfection qu'il ne parait pas possible de pousser plus loin. Il n'y en a qu'une seule fabrique établie à côté de l'église de saint-Pierre et qui lui appartient. On y a le secret de composer des émaux si variés et si propres à imiter toutes les nuances de la pein-
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lure , qu'on reconnaît dans ces copies le goûl particulier
à chaque maître.
• La matière vitrifiée dont ces émaux sont composés est plus douce et moins cassante que celle des fiiusses pierres coloriées qui se font avec l'émail et le verre mis ensemble. Je crois que le secret de la composition de ces émaux est de les avoir rendus de telle couleur , sans être transparens , et assez lians et doux pour être divisés en petites parties, par le tranchant d'un marteau, sans qu'ils se brisent irrégulièrement; cette matière est très-solide.
»Les tableaux en mosaïque, outre leur éclat et leur * fraîcheur inaltérable, ont une solidité qu'on ne peut imaginer , à moins qu'on ne les ait vu composer. Les grands tableaux, comme celui de la transfiguration 4'après Raphaël , etc. , ont pour fonds de grandes bandes de pierres appelées de piperino , qui en ont toute la largeur , c'està-dire, quinze k seize pieds sur un peu plus de quatre pieds de hauteur; de sorte que pour ces tableaux qui ont environ vingt-six pieds de hauteur, il faut six de ces bandes de pierres^qui ont chacune dix-huit pouces d'épaisseur. On applique sur cette pierre grossièrementtaillée un mastic épais 'qui s'y unit exactement en se durcissant , et dans lequel on fait entrer à petiU coups de marteau les difiTérens cubes d'émail.
» On ne travaille jamais d'après les originaux mêmes; mais on fait une copie la plus exacte qu'il est possible du tableau qu'on veut imiter , afin d'avoir sous les yeux le
coloris dans toute sa fraîcheur Le peintre en mo-
wïque a donc devant lui les quartiers de pierre de pipe rino sur lesquels il doit arranger ses émaux vis-à-vis du taWeau à imiter. Il est placé entre l'un et l'autre; et
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toujours à la hauteur de la partie quHI copie. 11 faut que le jour éclaire également les deux côtés, et qu'il ne donne ni ombres ni nuances fausses. Il a deyant lui un cassetin partagé en di£férentes cases garnies des cubes de diverses couleurs qui lui sont nécessaires. L'habitude de mettre en œuvre et la connaissance qu'il a du dessin et de la peinture , fait qu'il ne se trompe pas sur l'étendue du mor^ ceau qu'il doit employer, morceau qu'il place à l'aide d'an petit marteau fait comme celui d'un couvreur , tranchant d'un côté, pour tailler l'émail et plat de l'autre pour l'enfoncer dans le mastic. Il change de cassetin selon les différons sujets qu'il a à traiter, soit qu'il ait. à copier des draperies, soit qu'il ait à copier des figures, ou des paysages dans lesquels un, ton de couleur est dominant.
» Quand le tableau est fini, il parait d'abord si brut, il y a tant d'inégalités, qu'à peiney distingue -tron- quelque chose. Alors* on démonte les diverses» bandes de pierres qui en forment le fond; on les porte dans un autre atelier, oii on les couche horizontalement sur de grandes, pièces de bois; c'est-là qu'on leur donne k dernière main. Quand on sait que le mastic a acquis assez de solidité pour souffrir l'opération nécessaire pour polir le tableau, on le polit avec des pierres de grès plates et du grain le plus fin que l'on peut trouver, attachées sur une machine de bois que l'on fait passer d'un mouvement égal et doux sur toutes les parties d'émail , qu'elles unissent et polissent , en rongeant celles qui excèdent la sur&ce. Quand le grès court également partout , ce qui se sent au tact , alors on lave la partie qui a été polie avec une éponge ; et Ton voit si le grès n'a rien enlevé , et si Témail a partout résisté au frottement; on répare tout de
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suite les parties qui ont été emportées. Cette opération finie 9 il n'y a plus qu'à placer le tableau dans l'endroit qui lui est destiné , et assurer les bandes de pierres entr'elles avec des crampons de fer. On peut voir dans les magasins de cette fabrique la quantité de couleurs et de nuances dont on se sert dans cette espèce de peinture» par le nombre des tiroirs différens où sont les émaux » nombre qu'on peut porter au moins à trois mille.
» Quant aux petits tableaux , on les bâtit sur des tables de pierres de tavagna , ou sur des plaques de fer entourées d'un cercle de fer battu qui sert à contenir les émaux infixés dans le mastic. »
On a distingué la mosaïque de Fference de la mosaïque de Rome » parce que celle de Florence est une espèce de marquetterie composée de pièces de rapport inégales et beaucoup plus grandes que les cubes presqu'^aux de la mosaïque ordinaire : ces oUTrages en%iarquetterie sont appelés par le% Italiens tausia ou tassia , ou lavoro di eamesêo. Les diversités de la peinture en mosaïque ont fait adopter , par les anciens , diverses dénominations ; ils appelèrent donc Uthostroiùn» et opus seetiU la mosaïque par plaqoes ou dalles sciées et appliquées ; opus îesseta" tum ou virmieulatutn la mosaïque par petits cubes : p'est cette dernière que plus tard les Romains appelèrent musivutn oput ou opus muséum^ et que nous appelons mosaïque. Le pavé de la cathédrale de Sienne est un lavoro di conusio , auquel est associé un travail de niellure en stuc blanc et noir. Après Iq déconverte faite» en i56i par Cosme deMédicis, d'une grande quantité de différens marbres cachés dans l'épaisseur des montagnes de Pietra Santa » on composa beaucoup de pavés et de ta-
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bles exécnlés par pièces de rapport. Le sciage de toutes ces pierres dures est très-fatigant» et l'art d'incruster ce« matières précieuses » auxquelles on joint la nacre , les métaux , présente de grandes dl£GicuUés, A Florence , on compose aussi une espèce de mosaïque avec des cailloux diversement colorés : on appelle «eag/ca^a cette espèce de mosaïque; plusieurs artistes se distinguent encore dans la scagUola artificielle , qui est une espèce de stuc presr qu'aussi dur que la pierre même.
I^armi les auteurs qui ont écrit sur la mo6aïq4ie » on peut citer Fougeron, Gurlitt, Hcs£felin, Leviel^Minutoli : parmi ceux qui en ont parlé en paissant , oft peut citer Paciandi » Piacenxa » Buonarotti» FélilMen,. Caylos» Dagincourt, Lanzi, Spon, etc.; voyez aufisi le n* is« de notre Catalogue. Nous avons indiqué, Tol. i*', ks ouvrages descriptifs des mosaïques antiques » publiéa paor la grar* viire. On peut consulter encore Touvrage réceni, intitulé : Art de rornemaniste» du stucateur, du carreleur en pavés de mosaïque et du décorateur en divers genres, pa» M. ***. Paris, 1828; 1 voU in- 12. Cet ouvrage fait partie de l'Encyclopédie populaire (Audot, éditeur). Yoyea encore sur la mosaïque un article du Courrier de l'Eu, rope du 16 au 20 mars 1811 • etc. On trouve dans le Manuscrit deTbé<^ile (BiUiotbèq. pauline (leLeipsick), un chapitre sur la nature du verre propre à la peinture en mosaïque; ce chapitre , qui appartient au livre deo^ xième „ est intitulé : De vitro quad musivwfn opus de* corat. Dans le troisième livre, qui n'est point achevé, Théophile traite des outils propres à tailler les cubes de verre pour la mosaïque, à dorer ces cubes par la dissolution de l'or , à en nieller l'or , etc. ; il est intitulé ; I>4
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limis f et vasculis ad liquefaeiendum aurutn : De nigello imponendo etpoliendo.
Sur la peinture en marque tlerie.
La peinture en marquetterie , appelée aussi peinture en bois, s'exécute avec des feuilles ou des petites plaques de différens bois précieux et durs , découpés , rapprochés et collés à plat sur un assemblage de menuiserie ; souvent on associe à ces bois colorés des placages ou filets d'étain , de cuivre , d'ivoire , d'écaillé , etc. La délicatesse dans la disposition ou l'ajustement de ces placages constitue le mérite de cette espèce de mosaïque , à l'aide de laquelle on peut arriver à une certaine imitation. Quant k la fixité des couleurs de ces bois, cette condition est trèsimportante , et il est à croire que si cette espèce de décoration ou de peinture a été délaissée, c'est surtout à cause du peu de solidité des teintes fournies par ces lames ou découpures de bois rapportés.
La marquetterie était fort en usage chez les anciens; c'était une des grandes richesses de leurs appartemens; elle décorait les lits , les tables , les lambris, les parquets et les plafonds.'.... Cet art se perfectionna en Italie vers le XV* siècle : Jean de Vérone» contemporain de Raphaël » et assez habile peintre, fut le premier qui imagina de teindre les bois; auparavant on n'employait que les bois noirs et blancs. Outre Jean de Vérone , on a remarqué en Italie Filippo Bruneleschi , Benedetto de Majano et autres. En France, Jean Macé de Blois se distingua aussi dans l'art de la marquetterie; mais c'est surtout depuis la découverte de l'Amérique qu'une grande quantité de
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bois t naturellement colorés » ayant été exportés de ce pays , on parvint à composer des ouvrages de rapport , avec lesquels on put assez bien imiter la peinture.
Gomme Fébène est le bois qui entre le plus abondamment dans la composition des dessins ou tableaux en marquetterie , on appela ébénistes les ouvriers qui s'appliquaient à ce genre d'ornemens; on les appela aussi tabletiers^ Louis XIV mit à leur tête le célèbre André- Charles Boule , dont les ouvrages sont encore payés fort cher aujourd'hui : son fils lui succéda dans ce genre de talent.
Il serait y je crois, superflu de nous étendre ici sur le mécanisme de cette espèce de procédé , qui est iautant relatif à Tart de l'architecture qu'à celui de la peinture.
Plusieurs écrits nouveaux , sur l'art de la menuiserie et de l'ébénisterie , donnent des détails pratiques sur le placage et sur- la teinture des bois» sur leurs espèces et variétés » etc. , etc. On consultera avec fruit l'ouvrage de M. Mellet , intitulé : L'Art du menuisier en meubles ou de l'ébéniste» i vol. in-8^ Paris, 1 826 ; avec grarures; ainsi que le Manuel du menuisier» par M. Nosban, qui y traite de l'art d'exécuter le placage et la marquetterie (Collection de Roret; 2* édition; 1829.)
On peCEl consulter encore sur cette question les Mémoires de l'Académie ( 1704); — Truchot, sur l'Art de la Marquetterie; — Leviel; — Félibien , Principes d'architecture » chap. xiv » pag. i^5o et suiv. — Miliin » au mot Marquetterie. Voyez encore le Dictionnaire raisonné des Sciences et des Arts : on y trouve» au mot Marquetterie , plusieurs détails relatifs au mécanisme de cet art.
58G PROCÊDàs MATÉRIBLS.
Sur la peinture en tapisserie et en broderie.
L*art de tisser des tapi» , des tapisseries oroées de couleurs et même de figures , est aussi aocieu que Tart de la teinture et que l'art du dessin» Tous les peuples ont ùit usage de tapisseries , soit pour l'ornement des temples, soit pour celui des ameublemens. Quant aux modernes » ils ont prétendu atteindre les procédés matériels connus de peinture» en tissant des étoffes ayec des laines , des soies et des fils. L'éclat des couleurs en tapis* séries est séduisant , il est vrai » mais il dure peu; la tein> ture des laines peut être excellente, mais les couleurs doivent se corrompre par l'effet de cette aoême laine qui les reçoit et qui tend toujours à jaunir. Outre cet inconvénient » il faut regarder comme un obstacle insurmontable, quant à la justesse d'imitation» la grossièreté uniforme du tissu des tapisseries; le manque jde surfaces lisses et absorbant la lumière; la réflexion enfiji de la lumière sur tous les points du tissu , obstacle qui rend impossible l'expression des omibres et dea enfoncemens. Pourquoi donc prétendre à la magie du coloris , et même à l'illusion, par le moyen de la tapisserie? N'e8t-4I pas évident que des ornemens seulement» ou, si l'on veut, des décorations» doivent être exécutés par ce procédé; et que ce ne sont pas des tableaux tissés qu'il s'agit d'offrir au public, mais seulement des tapis pleins de beauté et de caractère. Ces tapisseries persiques » médiques ou babyloniennes » que les Grecs appelaient barbares » ont péri. Nous ne verroaa jamais celles qui » au dire des écrivains» représentaient des histoires héroïques ou divines;
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mais il est à croire que ces figures étaient isolées et représentées géométralement. Au reste , ces mêmes passages des historiens nous donoent à croire que les superbes tapis qui étaient suspendus dans les temples» dans les palais » étaient décorés par une frise supérieure et par une base , tout le milieu restant uni et sans ornemens : c*est cette espèce de tapisserie qu'il s'agirait de perfectionner sous le rapport de la composition , du style et du goût » et non ces tableaux où l'on vise à la dégradation aérienne et aux finesses des tons.
D'ailleurs» pourquoi s'obstiner à représenter des figures, des portraits» des carnations en tapisseries? Ne voit-on pas aux Gobelins même le mauvais effet des tapisseries un peu anciennes » où la peau des personnages est comme hérissée de boutons» où leur teint est devenu livide et ridicule? Que» sur les métiers de haute et de basse lisse » on continue à tisser les plus belles couleurs » les ornemens les plus brillans » les plus délicats , les plus magnifiques; mais que l'on s'occupe du choix des sujets; que la philosophie préside à ces choix ; et parce que c'est une industrie fort belle que celle de peindre en tapisserie » qu'on n'en reste pas au goût bariliare autorisé par les ouvrages exécutés en Flandre d'après Albert-Durer » Lucas de Leyde » Van Orlay , Jean de Bruges » Jules Romain » et même Raphaël. Ce n'est pas parce qu'il est représenté en tapisserie » que le fameux Massacre des Innocens , de ce maître » est si expressif» si admiré » c'est malgré le mauvais effet de la tapisserie. Combien do figures mons trueuses sont encore étalées aujourd'hui devant le peuple sur les tapisseries déployées le jour de la Fête-Dieu ! Combien sont barbares » épouvantables ces personnages
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que les plis de l'étoffe, l'agiti^lion du vent , la décoloration des nuances rendent encore plus laids, pl.us désagréables ! On peut faire des choses admirables en tapisserie; mais on ne fera jamais de bons tableaux historiques : aussi, le tems et Targent qu'on y emploie ne sont-ils guère en mp port ayec le peu de perfectibilité de ce procédé de peinture et avec le peu de durée de l'ouvrage.
L'Encyclopédie s'étend suffisamment sur le mécanisme de la tapisserie employé à la manufacture des Gobelins» à celle de la Savonnerie, etc. Nous n'avons à nous occuper ici ni de la teinture des laines » ni du technique de cette sorte d'industrie.
Quant à la broderie , qui est une espèce de tapisserie faite à l'aiguille et en relief sur une étoffe, elle a été quel quefois pratiquée avec succès par des personnes de goût. On volt des fonds de ciels représentés avec des soies bleues dont les fils , couchés horizontalement , produisent un effet très-agréable, très-brillant et bien gradué. Le lisse de la soie plate est favorable à certains effets; il contraste^ par la position des fils, avec le travail différent des objets représentés en avant. La beauté des teintes et leur forme sont très-reqdarquables en ce genre de^ peinture, qui trop rarement est pratiqué par des personnes instruites, dans le dessin et dans le coloris : le grand Péplum , que les dames athéniennes tissaient et brodaient tous les ans en l'honneur de Minerve , était probablement un ouvrage d'un excellent goût.
Outre l'emploi de la soie brodée , on a encore essayé de peindre avec des plumes rares et de diverses couleurs. Selon Pernety , on voyait dans le trésor de la Santa Ca^a quatre portraits ainsi exécutés. Cependant il ne parait pas
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que les couleurs des plumés mortes résistent à Timpression de la lumière comme celles des oiseaux yiyans : c'est cette altération qui a fait abandonner peu h, peu cette espèce de procédé.
On a délaissé aussi celui qui^consiste à colorier avec des mousses. Un Allemand , nommé Bonavita Biank » fit » au commencement de ce siècle, des tableaux avec, les mousses diverses dont sont couvertes les montagnes des Alpes : on voit oes tableaux au cabinet do Weuzburg.
Autrefois il y avait à «la Cour un artiste dont le titre était celui de sablier chez le Roi. Cet officier coloriste , lorsqu'on avait posé les grands plateaux de dessert , arrivait avec des cornets remplis de sable de couleurs ; et , d'une main adroite et savante, il traçait sous les yeux des convives des dessins et des compartimens qui s'échappaient avec grâce de ses cornets.
Je vais terminer par quelques observations relatives à l'art de la niellure.
Sur la niellure.
Puisque nous avons parlé de la' mosaïque , de la marquetterie et des incrustations , nous pouvons dire un mot aussi sur l'art de la niellure , dont la définition ne se trouve pas en général dans les ouvrages publiés sur la peinture. Il est vrai que la niellure s'exécute par des praticiens qui ne composent point les dessins originaux « mais il eu est ainsi de la mosaïque, et la niellure tient aux sgrafitti, à la graphie pittoresque, et en général, à la pein-
ture.
• Le mot. niella, dit Millin, désigne chez les Italiens,
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et le genre du travail qiit répond à la damasquinure, et la matière elle-même qu'on y emploie. Dans ce dernier sens , nieUo est un mélange d'argent et de plomb qu'on enchâsse dans les creux ou tailles faites sur toutes sortes de bois durs et de métaux. Les anciens connaissaient cet art et le désignaient par nigellum. Ils Font employé comme ornement de plusieurs ouTrages» notamment pour des candélabres dont les éditeurs des antiquités d'Hercnlanum ont donné diiférens dessins , tome tiii (Luceme)» Quelques auteurs français» et entr'autres Vigenère» ont traduit l'italien niella par nellure , mais il est bon d'observer que nellure et fielUr sont des dérivés qu'on aurait dût laisser dans la langue » et qui n'ont point été adoptés par les artistes ni par les grammairiens. On ne les trouve dans aucun lexique, excepté dans celui de Ménage. Au commencement du xvi* siècle » Francesco Francia , or^ fèvre et peintre à Bologne , était célèbre dans ce genre de travail , qui parait être une espèce d'émail sur argent. Dufresne, dans son Glossarium latinitatts medii œvi, explique le mot nigellum par émail noir ou noirâtre , lait d'argent et de plomb , dont on remplit les cavités d'une gravure. Yigenère , dans son commentaire sur la traduction française de Philostrate» et Bulenger, dans les cinquième et sixième chapitres de son ouvrage de Pictural plasiice, êtatuariâ, pag. i3i» parient de ce genre de travail , et cherchent à prouver que les anciens l'ont connu » et que c'était leur encaustum. Une description plus détaillée du procédé de faire le niellum se trouve dans les chapitres sy, â8 et Si du troisième livre de Theophiluê Presbyter , que Lessing a publié dans ses Beytrœge tut GesêhihU und lUteratur. On peut encore
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consulter le Vocabolario Toscano dell* arte del disegffio, etc., da Filippo BaldinuccL In Fiorenza^ 1681 , iQ-4** — I'^ Traiiato intorno oîto prineipali arti delV ttreflceria, etc. » da Benvenuto Cellini; in Fierenza, i568; in»4"* — ^^ Georg. Famri ^ Vite dé pittôri ^ seuliari, etc. Livorno^ ^7^7' îi^'A*» ^om* 1 , cap. 35.
« La niellure fut cultivée particulièrement à Florence dans le xv* siècle; mais cet art fut presqu'abandonné dans le siècle suivant : on l'employait pour les calices , les paix» les reliquaires, ainsi que pour les poignées ou montures d'épées, pour des dessus de table, pour des bracelets et d'autres meubles ou bijoux domestiques. Ce genre de travail se remarque encore sur des coffrets d'ébène^ ornés de distance en distance de petites plaques aussi d'argent historiées, fleuronnées et représentant des figures. On grarait sur ces lames d'argent telle histoire , telles fleurs , telle figure, tel portrait qu'on voulait; puis on remplissait le creux des tailles d'un mélange d'argent et de plomb. Ce mélange noirétre produisant l'eflel de l'ombre; l'argent produisait celui de la lumière : il se répandait nécessairement sur tout l'ouvrage une espèce de clairobscur déterminé , sans doute , par les tons qui résultaient de ce mélange.
» Il est étonnant que les anciens , qui ont excellé dans l'art de graver sur les pierres fines , sur les crystaux et même sur les métaux en creux et en relief, n'aient pas inventé l'art de tirer des empreintes des ouvrages qu'ils exécutaient. Dans plusieurs anciennes églises on trouve des tombeaux couverts de plaques de cuivre, sur lesquelles on voit des figures gravées dans le moyen-âge au simple trait , absolument semblables à nos planches gra-
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vées : on en conservait dans le Musée des monumens français à Paris. Il y a dans le cabinet des antiques une lame de cuivre , qui a été publiée dans mes Monumens inédits, sur laquelle on voit un grand nombre de figures gravées de manière à en pouvoir tirer facilement des empreintes. Cependant la gravure faite sur métal» dans Tintention d'en tirer des empreintes » ne date pas de plus loin que du milieu du xv* siècle; la gravure en bois , qui parait avoir donné naissance à Timprimerie, ne lui est antérieure que d'environ cinquante ans. •
M. Duchène aîné a publié , parmi ses divers écrits relatifs à l'art de la gravure , un ouvrage sur les nielles. Voyez le Catalogue des auteurs» au vol. i** de ce Traité.
Quant à la damasquinure» art qui concerne le ciseleur, et qui consiste à incruster par force » dans dés filets creusés souvent h, queue d'aronde dans le métal» d'autres filets d'or ou d'argent ; cet art dépend lui-même de l'art du dessinateur ornemaniste. Ce qu'on appelle guiilochis, espèce de ciselure laissant jouer la lumière par ondes , n'a rien de commun avec la damasquinure. Ce nom damasquinure vient de Damas » ville du Levant » où l'on a conservé la méthode antique dans laquelle s'illustrèrent jadis les artistes grecs, entre autres Glaucus de Chio» qui » dit-on » fut l'inventeur de ce genre d'ornemens.