‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 75 sur 104 · BORDURES QUI ENTOURENT LE TABLEAU · texte numérisé non relu

BORDURES QUI ENTOURENT LE TABLEAU

mesquin peut afTaiblir la solennité^ la magnificence d'une composition. Cependant les modernes ne se sont guère réglés sur ce point que diaprés la mode prescrite par les marchands et par les doreurs; en sorte que des portraits d^enfans ont été » il y a cent ans > comme accablés sous les encadremens chantournés» bosselés et surchargés » tout semblables enfin à ceux de leurs grands-papas. Aujourd'hui la mode a remis en usage ces yieilieries , ces contre-sens 9 ces ornemens surannés , preuve évidente du peu de fixité des idées modernes sur tout ce qui a rapport à l'art de la peinture. Est-ce donc pour donner plus de physionomie de vieux tableaux qu'on a recours à cette singerie ? Est-ce pour mieux compléter des pastiches , et pour mieux s'assimiler aux anciens Flamands et Hollandais » et donner ainsi le change dans de vieilles galeries > que des peihtres anglais et français ont recours à ce singulier artifice? Je l'ignore; je pense seulement qu'ainsi que nos petites dames aiment à s'affubler aujourd'hui de bouffans pour rappeler les mœurs des anciennes prudes de qualité, de même nos peintres se plaisent à encadrer leurs œuvres à la façon du vieux tems , pour se donner l'air doctoral des académies d'autrefois. Cet habit du vieux tems ne fera pas de dupes , et si les grands seigneurs en Europe s'avisent jamais de se chamarrer 9 ce ne sera pas en reprenant des costumes qui , dans les rues , sont sur le dos des jocrisses et des marquis grimaçant pour un sou. Par fois donc on rencontre à présent ou un suave paysage , ou une plage tranquille et vaporeuse , ou même un bouquet tout printannier encadré dans une pesante et énorme bordure , soulevée en bosse comme la croûte rissolée d'un pâté. Un élégant de.

SqS PBOCiDis MATiBIEU.

dix -sept aùs fait Yo\r sa ipigoonne figure ainsi que «cm ha- |)it collant et bien écourté peints au lavis au travers d'un encadrement gothique» taillé et évidé en ogive; en sorte qu'à une certaine distance on se croit en présence de quelque vénérable diptyque consacré à un saint. Point du tout : approchez; c'est le portrait d'un employé ea grande tenue.

La saillie du profil est essentielle à une. bordure pour garantir le tableau ; d'ailleurs cette saillie de l'encadrement isole mieux U vision et concentre davaatage l'attention. (ie« grands tableaux historiques sortis du pinceau de David ont été très-copvenatilement embordurés ; leur largeur , leur relief étaient bien proportionnés ; qvant au mat , au bruni et aux divisioi^s 4^s espaces lisses et des espaces ornés » on conçoit que ces questions importent beaucoup. Or on peut affirmer de nouveau qoe l'unité est le seul principe h adopter sur ce point, soit pour la convenance, soit pour l'efiet optique de la masse et des détails. U est évident qu'un grand intervalle lisse doit dominer > et que la répartition des fileta ou des ornen^ens doit offrir une variété dont U source est cette même unité. Il faut aussi avoir égard au clair-obscur dans l'effet optique que produisent le profil et l'ornement de la bordure , en sorte que le caprice d'un menuisier ne doit point faire la loi. Le peintre doit donc dessiner le profil du cadre qu'il délire ; il doit en dessiner le plan , et même l'aspect de trois quarts pour en connaître le développement; il doit en composer les ornemens, et ajouter ainsi au caractère de tout son ouvrage. — Au chap« lâg > tom. iv, nous avons parlé du rapport qu'il y a entre la forme du cadre et |a disposition des objets; et au chap. 935, p. iâ4 > nous

Page 1