‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 76 sur 104 · BORDUBBS QUI ENTOURENT LE TABLEAU. S^Q · texte numérisé non relu

BORDUBBS QUI ENTOURENT LE TABLEAU. S^Q

avons parlé de la nécessité de savoir manier la règle et le compas : mais combien de peintres de nos jours seraient embarrassés , même pour fournir au menuisier ea profil exact et ces mesures I

Aujourd'hui presque toutes nos borduies sont dorées ; ç*^t encore une affaire de n)ode et d'habitude : tous les anciens tableaux de Hollande , de Flandre , etc* , étaient embordurés avec du bois noir. La teinte triste de ces bordures n'était peut-être pas choquante à cause de l'effet brillant des tentures en cuir doré imprimé à ramages » et qui couvraient les murs des beaux appartemens ; peutêtre aussi adopta-t-on ces bordure^ noires sans trop réfléchir à ce choix; malgré tout , il est certain que» dans nos galeries modernes » l'œil est iatigué de la grande quantité de dorures qui brillent sur toutes les bordures des tableaux, et il est évident que l'on regrette quelquefois les bordures noires, parce qu'elles laissent reposer la vue , et que d'ailleurs elles sont favorables à l'éclat et à l'effet des couleurs. L'or, que l'on prodigue aujourd'hui sur tous les accessoires de nos ameublemens, oblige à dorer aussi les bordures , au milieu desquelles la peinture n'est plus qu'un accessoire. On entasse les tableaux sur les murs ; on en chamarre les salons , les cabinets , les boudoirs; on les accroche sans ordre; on les enmiaga-' sine enfin; en sorte qu'il faut biea que tous ces objets , jetés pêle-mêle les uns contre les autres, offrent au moins l'éclat résultant de la dorure pour compenser l'effet désagréable de la confusion : puisqu'un tableau est un meuble soumis à la mode , son cadre doit nécessairement y être soumis.

Les peintres de l'antiquité entouraient-ils leurs tabh'aux

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de bordures ridies et brillantes? Nous Tignorons; mais certainement ils Tentouraient d^une bordure : nous ignorons encore si celte bordure était mobile et ajoutée au tableau ^ ou si elle était tracée et peinte sur le panneau lui-même. Nous savons seulement que ces bordures, peintes sur le cbamp de la peinture , étaient usitées chez les Romains : les découvectes &ites dans les ruines noos en offrent plusieurs exemples. J-ai fait remarquer, voL 2 » pag. 5 1 » que la belle peinture de la Noce Aldobrandine avait été entourée d'une bordure représentant un feuil* lage de pampre serpentant autour du sujet. L'encadre* ment peint sur le subjeictile même permettait à chaque peintre d*en composer le dessin et. d'en tracer le caractère conformément au sujet; et peut-être doit-on affirmer que les moyens que donnent les couleurs appliquées sur le champ même de la peinture, d'accorder la bordure avec le sujet , sont plus variés et plus susceptibles d'effet que ceux qui proviennent de l'art du menuisier, du doreur et des ornemanistes. Mais ne nous étendons pas davantage sur cette question.

Il serait fort utile aux peintres qui se trouvent éloignés des ressources qu'on trouve dans les grande^ villes , de savoir dorer eux-mêmes ou de pouvoir £Biire dorer leurs bordures. Nous allons donc leur donner le moyen trèsfacile de les dorer d'une manière fort solide et suffisamment brillante : ce moyen consiste dans la dorure dite à huile.

Donnez plusieurs couches au bois, soit avec des couleurs dures , broyées à l'huile cuite et coupées de beaucoup d'essence; soit avec des couleurs à la colle. Dégorgez, poncez et adoucissez avec le plus de soin que

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VOUS pourrez cette préparatioD. Lorsque le tout est bien sec et bien net, appliquez le gluten. Ce gluten ou cette mixtion consiste en unie buile cuite , très-visqueuse , très-dessicative et rendue plus fluide par la présence d'une huiieesscntielle» telle que celle de térébenthine (on a appelé quelquefois or-couleur» le gluten qui se fait naturellement avec les vieilles huiles épaissies des pinceliers). On charge et on colore ce gluten avec un peu d*ocre très-fine. Lorsque cette couche commence à se sécher et à happer, il iaut y appliquer les feuilles d'or à l'aide d*une queue de morue en putois 5 ou% l'aide de bilboquets garnis de drap» ou bien encore avec un tampon de coton. L'or s'applique aussi au livret» c'est-à-dire, que la feuille d'or restant à découvert dans le livret » on applique le livret lui-même sur le gluten ; en sorte que toute cette feuille quitte le papier pour passer sur le cadre. Un peu d'exercice a bientôt appris à coucher l'or uniment et avec régularité. On remplit ensuite les parties oubliées » on laisse sécher et on époussette. Cette dorure est suflGUamment belle » et elle peut très-bien se nettoyer.

Quelques-uns ajoutent dans l'huile quelque résine brillante et même de l'asphalte; ce procédé rend la surface plus unie, plus éclatante » et le poli de l'or est plus beau. L'huile dite grasse » fortement chauffée dans un poêlon qu'on laisse s'enflammer lorsqu'il s'en dégage une fumée noire» et qu'on éteint peu d'instans après, est encore fort bonne poor composer cette mixture : on en augmente ensuite la fluidité avec de l'essence de térébenthine.

Au lieu de ces feuilles d'or » on peut jeter sur la mixture de la poudre de cuivre» ce qui imitera le bronze, etc.

On ne s'y prend pas toujours convenablement pour

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fixer le tableau daos Mt bordure : car on ae aert ordinai* renient de clous » que l'on iicbe dans le bois de cette bordure , et dont on replie ensuite la tête et rextrémité en les couchant sur le châssis où est tendu le caneyas. Ce moyen est fort impar&it en ce que TeiFort du chfiasi» , qui souvent est voilé » est trop grand pour la résiatance du qIou » que l'on n*ose cependant enfoncer trop avant parce qu'il percerait la dorure : un excellent expédient , c'est de fixer sur le cadre » avec des vices , une bande de fer, qui traverse en diagonale les quatre coins du châssis, et qui force ainsi le châssis k demwrer en placer et h s'enfoncer dans la feuillure de la bordure, (Voy* la |ig« 5ai. ) A défaut de ce moyen » il convient d'employer des bandes de fort papier , bien collées sur le châssis et sur le cadre : on maintient d'abord le tout avec des clous , et la force du papier sui&t pour faire conserver au châssis sa position plane et pour maintenir le tout solidement.

Je vais ajouter ici une indication utile relativement au moyen de suspendre le tableau aux murailles.

Lorsque l'on veut suspendre un tableau le long d'un mur» et qu'on désire lui donner l'inclinaison nécessaire pour que le spectateur ne voie pas la toile en raccourci , on a l'habitude assez mal entendue de ficher en bas de la bordure deux clous dans le mur , et de faire reposer sur ces deux clous le bas de la bordure, ce qui fait &îre la bascule au tableau. A ce moyen défectueux il faut substituer celui-ci. On fixe derrière la bordure une corde attachée par les deux bouts à l'un et h l'autre milieu des pontans de la bordure. (Voyez les figures Sas et 5a5« ) L'angle que fait cette corde doit avoir son sommet à la hauteur de la bordure elle-même; on accroche ce som-

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met de l'angle de la corde, en le mettant k cbeyal sur un clou » et le tableau fait bascule de lui-même : l'incUnaison du tableau est en rapport de la longueur de la corde.

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