‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 8 sur 104 · DE L'EMBU · texte numérisé non relu

DE L'EMBU

LiOESQUE les couleurs à huile se sont embues par places, les unes dans les autres , il en résulte des aspects ternes , nébuleux, gris, que les peintres ont appelés embus. Outre

le cas particulier à cette combinaison pbysiqae des couleurs à huile 9 il y a d'autres cas analogues qu'on peut appeler généraux* Ces cas ont lieu lorsque les couleurs, trop peu saturées de gluten à leur superficie , n'offrent point l'éclat ^ la force » ou » pour mieux dire , la transparence intérieure qui résulte de l'absorption des rayons lumineux , en sorte que ces couleurs sont ternes , mortes et comme blafardes. Or il n'y a point de terme adepte pour signaler cette imperfection à laquelle les peintres savent remédier; et le mot embu est encore employé généralement, dans ce cas ^ mais à tort. Lors donc qu'en peignant au vernis , par exemple , il se trouve des places trop peu chargées de gluten , on ne peut pas dire que la couleur y soit embue , il faut seulement dire qu'elle est mate» faute de gluten suffisant Les peintres en miniature font souvent des fonds exécutés à gouache et qui paraissent ternes » ils les appellent embus ; cependant les gommes n*y sont point embues les unes dans les autres, ainsi qu'il arrive parfois aux huiles de la peinture. La technologie du peintre a donc besoin d'un terme général. Or notre dictionnaire lui offre fort à propos le mot ternissure , mot que l'on doit adopter sans hésiter. Ainsi on dira : Il y a sur ce tableau des ternissures provenant des huiles embues Il y a sur cette miniature des ternissures provenant du manque de gomme Ce vernis

offre des ternissures par le dérangement des molécules et le défaut accidentel de transparence L'essence de térébenthine frottée ou l'action du feu feront disparaître

les ternissures de ce vernis , etc.

Yoiià ce qu'on peut dire du terme embu; envisageons maintenant ce point sous le rapport de l'art.

l'ëhbu des couleurs. 67

Lorsqu'on peint à huile sur un fond ou subjectile préparé à huile » et qui n'est pas bien sec» les couleurs qu'on met dessus s'emboiFont en se séchant. Cet embu prorieol donc de la préparation trop fraîche de la toile ou du panneau , dont les couches ou l'enduit n'ont pas eu le tems de se sécher parfaitement. Les ternissures locales qui résultent de cet effet physique font ^u'il est difficile de mettre de l'accord dans un grand morceau ide peinture dcTenu ainsi inégal d'aspect par l'eiFet de l'embu. Si le peintre porte son pinceau sur un endroit qu'il ?eut fioir , il faut ou qu'il fasse tache, ou que» retouchant un espace plus ou moins considérable » il suive sa teinte nouvelle jusques sur ses confins indiscernables où elle disparaît sur la toile et sous son pinceau , et où elle se perd insensiblement dans d'autres couleurs. Les ternissures induisent donc le peintre en erreur; et c'est pour cela que» dans l'espoir de se débarrasser de ces effets génans , il frotte d'huile son tableau» afin de le remir. Mais ce même frottis augmente le mal aussitôt que l'huile vient à se sécher » car elle s'emboit de nouveau. Les huiles cuites sont moins gênantes parce qu'elles sèchent promptement et qu'elles ont peu le tems de s'emboire. En général , le peintre est fort assujetti lorsqu'il survient des embus ; aussi les praticiens exercés s'attachent-ils à les éviter; mais c'est souvent au détriment de la fraîcheur de l'ou- ^^8^' parce qu'il leur faut beaucoup d'huile pour finir dans le gras» c'est-à-dire» lorsque les huiles commencent à tirer et à devenir glutineuses sous le pinceau , et prêtes à se sécher en conservant leur brillant.

Beaucoup de peintres ont recours dans ce cas au vernb à reloucher: ce moyen est très-bon optiquement;

68 PROCÉDÉS HATÉRIBLS.

mais du vernis à tableau serait meilleur encore. Cependant ce moyen , considéré chimiquement , est vicieux , parce qu'il peut faire jaunir les couleurs» parce qu'il peut les retirer en les fendillant ou en les gerçant , el enfin parce que n'étant appliqué qu'en certaines places» il peut , avec le tems, rendre discordant le tableau.

Poursuivons l'examen de cette question en traitant en particulier des verni« inventés pour reloucher. Nous parlerons ensuite des vernis en général.

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