‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 82 sur 104 · DES CRAYONS · texte numérisé non relu

DES CRAYONS

JLjjbs crayons employés aujourd'hui sont la pierre noire d'Italie» la sanguine, la mine de plomb , et les crayons artificiels ; on se sert de plus du charbon de fusain% d<9 craie » etc.

La pierre d'Italie a toujours été considérée comme le crayon dçs dessinateurs; il est vrai que son noir n'est pas d'un ton fort intense , et que l'on n'obtient pas avec ce crayon les noirs profonds si recherchés des crayonneurs qui , à propos de dessin , ne s'occupent guère que des efTets piquants du clair«obscur; mais c'est avec la pierre d'Italie que les habiles peintres ont tracé , ont accusé les plans » }es former , et ont indiqué les principaux caractères de la figure hqmi^ine. C'iGtst avec ce crayon qu'ils ont cherché les lignes, l'expresaiou des mouvemens, des flexions et des raccourcissemens , l'expression enfin des physionomies et la forme des paysages et des arbres* Lorsque Di^vid et son élève Drouais faisaient des études recherchées et sévères d'après l'antique, d'après ces beaux portraits rendus vivans par le ciseau grec , c'était avec des traits , des hachures exécuté;» à la pierre d'Italie que ces dessinateurs çavans se rendaient compte et des plana et des lignes doQt la justesse anima leurs dessins.

La pierre noire doit être douce, moelleuse, et facile ^ enlever avec la mie de pain. Pour qu'elle ne se desr

6i8 pb<9c£dès matériels.

sèche pas, on la tient dans des endroits humides; car» pour essayer un crayon de pierre noire, il importe qu'il aoit attendri suflSsamœent pa^ Thilfialdité. Cette pierre est une espèce d'ampelite ou de chiste produite par une terre bitumineuse qui contient des principes sulfureux et inflammables; elle se décompose facilement à Tair, à la manière des pyrites sulfureuses.

Autrefois on se servait beaucoup d'uno pierre ronge appelée sanguine » on la préférait à la pierre noire , parce qu'elle ne peut paa s'effacer et qtai'elle oblige h bioD crayonner au premier coup. La sanguine ne ^'estompe pas avec succès» car elle change de couleur sous Tealompe, et les parties ainsi frottées jaunissent et font tache. Les traits de cette espèce de crayon ae cotttr'épreaTent aisément et se fixent smr le papier lorsque le dessin a été plongé dans Teau) car alors la colle dcr papier se détrempe ua pea et cela saffit pod^ y fiMr le crayoa.

Les crayons de nriae dé plomb sont utileâ pour tracer fineinent » et lorsqa'eii a besoilk d'en eiilever souvent et d'en corriger les traits ; ce qui Sé Ml k l'aMe de la gomme élastique ou de la ttiie de pain rsssie.

On a beaocotip perfeciJottifiié les cràfotiè êe mine de plomb ou de plombagine; il y en a de gfDS qui se placent dans le porte-crayon; il y en a qui sent enfermés dans des tubes faits de bois de cèdre. Aujourd'hui on recherche surtout hss crayotis de Brookmann. Yorci les marques par lesquelles les variétés en soill indiquées; dans cet ordre on cttttiitience par les plus durs : HHH , IIH » H » F , HB , B« La dui*été graduée des i^rayons de Conté est imKquée par led nM i , s , 8 elt 4» ^n commençant par les phis tettdres.

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On emploie encore les cra jODt des fiibricans dont les noms suirent :MiddelU>n» Jacob Levi» Lazard « Lorry , etc. La meilleure mine de plombagine est celle de Bor* rowdale» en Angleterre; il sn£Eit de scier ce percariiare de fer on cette graphite pour en obtenir des crayons excellens» Conté est parrtena à triompher de Tétat grannleux de la plombagine de France, et ses crayons sont aussi fort estimés.

Les crayons noirs artificiels sont très-usités» et ceux de Conté sont presq[ae les seuls <|u^on emploie aujourd'hui. Il y en a de ronds , de ronds vernissés; il y en a de carrés. Ceux qui sont roàds sont nnmérotés. Le n* 1 est le pins dur, puis le n* », et enfin le n* 3 qui est k pins mou de tons» Il y en a aussi des noirs vernis qui sont uniquement de Tespèee dure» Quant aux crayons noirs tneloutés, ils sont très-tendres, et on les écrase sur un papier à part pour fournir des teintes à l'estompe. M. Humblot, gendre de M. Conté, lui a succédé et a imaginé des perfectionnemens industriels dans cette &* brication. Le brevet d'invention qui donnait à M. Conté le droit d'exercer seul cette industrie est expiré depuis long-temS) et les procédés qu'il emploie sont connus et appartiennent au public^ aujourd'hui. En Hf^lande , en France on a contrefait ces crayon», ainsi que ceiix de Brookmattn«

Plusieurs personnes , et entr'autres te général Lesnet, ont fait encore dids crayons de divers OMileiirs, et qui dtf%rent du pastet en ce qu'ils lont solides et sent cen« tenus dans du bois Comime le erayon de ploaèagine.

Lés crayons de charibem m foivt suvtoit avec des bran* ches de fusain , ai^brisseau appelé anssf bonnet d^ prêtre^

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On met ces baguettes dans un canon de fer bouché aux deux extrémités , et on le place sur le feu. Les traits du fusain s'enlèvent ou s'effacent aisément au moyen d'un morceau de peau plucheuse.

On dessine encore sur des ardoises en traçant arec un crayon d'ardoise très-tendre. Les traits qui en résultent s'effacent très-aisément arec le bout du doigt; on en trouve de fort grandes qui sont employées pour les démonstrations graphiques dans les écoles.

Très-souvent on fait usage du ccayonde craie pour tracer sur une toile ou sur un panneau noir. Les peintres surtout tracent à la craie avant de peindre , ou tracent ainsi les corrections de leur tableau. Pour iàite ces panneaux noirs , il &ut employer le bois de chêne. On le noircit avec du noir de fumée dissous à chaud dans la colle de Flandre. On entretient ce noir en frottant de tems en tems le tableau avec le dépôt qui se fait dans les bonteilles d'enere» ou avec de l'encre réduite et épaissie par l'ébuUition , puis on frotte et on lustre par le firottement ces panneaux.

U y a un choix à faira dans les crayons de craie , qui souvent sont pierreux. Lorsqu'ils sont trop tendres on les durcit facilement au feu en les y exposant sur une pelle. On fait de bons crayons blancs en preqant quelques morceaux de figure de plâtre» ou à leur défaut en gâchant à l'eau du plâtre vierge qu'on laissera sécher; broyez-le ensuite très-finement sur une glace; ajoutez-y une quatrième, partie de terre de pipe également broyée et incorporée au plâtre; laissez un peu sécher la pâte pour lui donner une consistance maniable » ou » bien encore , posez-la sur un morceau de craie qui Qn boira l'eau ; for-

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mez-en vos crayons en les roulant sur la glace avec la main; lorsqu'ils seront presque secs, roulez-les encore pour les affermir davantage, et laissez-les sécher à fond ayant de tous en servir.

Tous les crayons se taillent en présentant la lame du canif à la pointe du crayon soutenu sur l'index, et en commençant par aiguiser cette extrémité , la lame étant dirigée vers le milieu du crayon. On construit avec du papier plié une petite caisse» au-dessus de laquelle se fait cette opération; par ce moyen les miettes du crayon ne salissent rien. On vient d'inventer une râpe mécanique à cylindre, qui , tournée par une manivelle , use et aiguise à volonté le crayon.

Les dessinateurs emploient aussi la plume pour tracer à Tencre : la plume de corbeau est celle dont on se sert le .plu9 ordinairement; on fait aussi usage volontiers de la plume de canard. Pour les préparer , on passe rapidement leurs tuyaux dans le sable chaud; on ôte avec un couteau la première graisse , puis on les repasse six ou sept fois dans ce sable.

Quant à la résine élastique propre à enlever les traits du crayon de mine de plomb , nous dirons que cette résine , appelée improprement gomme élastique, se nomme caout-chouc, et^qu'elle est une substance insipide , blanche et inodore à l'état de pureté , possédant une grande ténacité , fusible à une chaleur modérée , et brûlant en répandant une odeur fétide. Le caout-chouc est insoluble dans l'eau et dans l'alcool , mais non dans l'éther et les huiles volatiles; il est extrait par iocision de Vheveacaout'chouc et de quelques autres arbres, d'où il découle sous la forme d'un suc laiteux : on l'emploie dans les arts

6 S) PROGÈDis «ikTÉBIELS.

pour la composition de plusieurs rernis et pour la con fection de dîfférens instrumeus élastiques.

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