‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 89 sur 104 · DES MANNEQUINS · texte numérisé non relu

DES MANNEQUINS

J^ous ne répéterons pas ici les lieux communs dès dio* tionnoires qui, à propos du mannequin, démontrent qu'il ne faut jamais le prendre pour la nature. Cet avertissement, tout judicieux qu'il est, n'empêchera pas les peintres qui pensent k abattre de la besogne en se passant des modèles vivans , de continuer à produire leurs figures d'après ces grandes poupées mouvantes , sur lesquelles aussi ils copient des draperies , se dispensant ainsi de consulter les draperies animées par l'action réelle du modèle vivant*

Il parait que l'art de construire de bons mannequins rembourés n'est pas facile : au moins le prix qu'on les fait payer aujourd'hui semble le prouver. Sept ou huit cents francs ne sont pas trop pour se procurer un beau mannequin neuf. Il est vrai de dire qu'ils sont très-perfcctionnés; mais ajoutons que^ malgré leur excellente structure, il n'est pas facile de les faire jouer selon toutes les ressources et toute la souplesse de leur ingénieux mécanisme. Le fabricant de mannequins répondra h cela que la maladresse et le peu de persévérance du peintre ne le concernent pas , et que ce i>'est pas sa faute si les artistes n'ont pas l'art do répéter sur le mannequin les finesses et les subtiles contrastes des mouvemens , et s'ils ne savent pas le faire fléchir librement dans tel ou tel

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sens , à telle ou telle articulation , et cela sans faire fléchir celles qui doivent rester fixes; si enfin l'acheteur ne sait pas tirer tout le parti possible de Texcellent instrument qu'on lui fournit. Cette obser?ation est assex juste; néanmoins il est certain que c'est une affaire quelquefois difficile pour le peintre que de parvenir à très-bien tourner et à faire jouer selon la nature toutes les parties mobiles de son mannequin.

Autrefois on ne connaissait que les mannequins de bois; ils étaient d'un grand secours; mais nos mannequins rembourrés et recouirerts d'un tissu élastique en tricot de soie sont d'une bi6n plus grande ressource encore.

Il a paru un petit ourrage que j'ai indiqué et qui traite du mtannequin ; mais il n'offre aucune bstraclion nouvelle ni importante.

Void «tt moyen très-économique et assex prompt de fabriquer soi-même ou de faire fabriquer un mannequin qui pourra durer de longues années : j'en parle par expérience.

Faites construire des traverses dont les mesures seront conformes aux proportions prescrites dans ce Traité, vol. Y, pag. 88. Composée ces traverses» taillées carrément^ de deux pièces superposées» de manière qu'elles puissent contenir , quand on les aura lié^ et serrées , un très-fort fil de fer cuit servant à former le lien des articulations . ou pour dire autrement , l'articulation ellemême. Ayex soin de comprendre dans les longueurs prescrites des traverses cet intervalle résultant du fil de fer qui apparaît entre l'une et l'autre extrémités arrondies des traverses. Ce gros fil de fer sera tordu en une ou deux boucles dans le milieu des traTerses 0(1 il sera incrusté ,

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de manière qu^en pliant les pièces et en les tordant , il ne puisse pas se déplacer ni jouer dans le bois où il se trouvera incrusté et assujetti. Par ce moyen , on pourra Faire fléchir par articulation les pièces ou les membres , et ils resteront dans le degré ou l'angle de flexion , c'est-à-dire, dans la position qu'on leur aura donnée. Un fil de fer bien recuit peut être plié et replié des centaines de fois sans qu'il se rompe , accident au reste qu*on pourrait aisément réparer. Lorsque le squelette sera constroit , on prendra de la paille neuve , et on en formera par brins parallèles les membres placés dans l'état dMMt et longitudinal. On liera solidement ces membres eii les renflant plus ou moins çk et là » puis on sciera la paille aux arli* culations, de manière que l'épaisseur ^es membres n'empêche pas les flexions. De l'étoupe , du* crin , etc. , compléteront le modelé des formes. Qnant aux masses solides du corps ou an milieu des gros membres , on peut les composer avec du li^ grossièrement râpé et lié en masse avec de la cire jaune et quelque réshie commune. On recouvre le tout avec du tricot de coton , et l'on ob* tient un mannequin aussi toupie qu'il est possible, qui ne varie jamais dans sa souplesse , et qdi n'exige ni cleft ni ménagemens particuliers. Il n'est pas difficile d'y adapter une tète et d'y figurer tons les doigts si ou le déaire. Une plus ample description ne servirait à rien aux personnes industrieuses q^ essaieiront d'employer ce moyen.

G^O PROCàDàS MATÀniELS.

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