‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 90 sur 104 · DES BOITES A. COULEURS · texte numérisé non relu

DES BOITES A. COULEURS

13 EAU COUP de peinlres croient qu'il convient que la boite à couleurs, qu'ils, placent. à côté d'eux quand ils travaillent , soit la plus complète possible et qu'elle contienne des tiroirs » dâs compartimens » des doubles-fonds , enfin qu'elle puisse servir de magasin , dans lequel on trouve sous la main non*seulement la palette , les pinceaux » les liquides 9 etc., mais aussi toute la provision des pinceaux , tous les flacons contenant les couleurs sèches , les huiles , les crayons ^ et même les clous » les pinces pour tendre les toiles , etc. , etc. Il est certain que celle disposition est mal entendue , et qu'il est plus commode d'avoir deux boites : une légère» petite, portative et à pieds roulans; et Tautre» grande et qui reste à demeure. Dans la première , ou ne placerait que les ustensiles indispensables, tels que la palette et les pinceaux ^ les couleurs et les liquides ; dans la grande on aurait tous les autres objets en provision. Je ne donnerai point ici la description de la première, qui pourrait être plus légère, mieux composée et d'un meilleur goût que celles que Ton trouve à acheter ordinairement; mais je vais donner la desoription de la grande boite renfermant en réserve toutes les matières nécessaires à la peinture. Nous avons déjà parlé de la boite graphique contenant les instrumens de dessin; ces instrumens ne figureront donc point dans celle-ci.

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La grande boite à couleurs , voyez fig. 5^6 » est composée de six tiroirs ou compartimens : celui du haut, ou le premier, contiendra les petits bocaux à couleurs sèches^ le deuxième» dont la dimension est double de celle du premier i contiendra les grands bocaux renfermant en pro^ vision les couleurs fines et les grosses couleurs; le troisième est destiné aux boites contenant les drogues sèches , la poudre da ponce , les gommes ,■ etc. ; le quatrième ^ qui sera de la même mesure que le précédent et lé premier y est destiné aux palettes > aux pinceaux « amassètes , etc. ; le cinquième > qui est double du précédent et de la même mesure que le deuxième , contiendra les grands bocaux; enfin le cinquième compartiment est une armoire à deux battans » et destinée aux autres vases et aux objets d*un gros volume.

DU BROIEMENT DES tlOULEURS. — DE LK COLIQUE MÉ- TALLIQUE DES OUVRIERS BROYEURS.

JM ous supposons que les couleurs qu'on soumet an broiement ont été lavées y décantées , passées au feu, s'il est nécessaire; nous supposons enfin qu'elles sont disposées et prêtes à être mélangées avec le liquide qui. doit leur servir de gluten.

Voici des détails sur la meilleure manière de laver les couleurs» lavage que nous avons déjà indiqué, pages su» 079 , etc. > de ce 9"*" vohime. Nous emprunterons ces dé-

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tails à JM. Kouvier» qui les décrit arec un soin serupuleux , et qui leê appUque surtout au layage de l'ocre.

c Ayez t dit -il , un groa rouleau de bois de deux ou trois pouces de diamètre, sur environ dix-huit on vingt pouces de long; enveloppez votre paquet d'ocre dans du fort papier I plaoez-'le sur une table et concassez-le» en le frappant de quelques coufM; écrasez-le ensuite fortement » en faisant aller et venir le rouleau , jusqu'à ce oue l'ocre soit brisée et réduite en poudre grossière comme du gros sable ; ôtez ensuite l'enveloppe de papier» et étendez une partie de cette poudre sur votre pierre è broyer : vous en prendrez le quart , la moitié » plus ou moins , selon là quantité que vous en aurez concassée , et selon la grandeur de votre pierre. Il ne doit pas y en avoir plus d'un quart de livre à la fois sur une pidrre de quatre pieds carrés. Vous étendrez un peu cette poudre , et au lieu du rouleau de bois» dont vous aviez fait usage d'abord » vous vous servirez d'une bouteille ordinaire , que vous roulerez sur votre couleur pour la réduire en une poudre plus fine* Ayez soin cependant de ne pas appuyer trop fort» de crainte de couper le verre sur quelques pierres dures et anguleuses » ou d'écraser les pierres en même temps que la bonne couleur. Si » dans l'une ou l'autre de ees deux premières préparations » vous aperceviez des parcelles de pierre » voos les enlèverez aussitôt , de crainte » encore une fois » de briser votre bouteille » qui doit être de verre n^ir et de forme cyKtidriqoe » ou à peu près.

I Ayez ensuite trois grandes terrines communes» nais vernissées » qui aient un bec pour écouler l'éafi ; jetez toute votre poudre d'ocre dans la plus grande des trois ,

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et remplissez-la d'eau de fontaine jusqu'à un pouce du bord; puis vous agiterez toute la couleur , en la remuant a?ec un petit bâton prière » et cela pendant enriron une minute » afin de séparer tous les cof ps qui peuvent aornager; laissez reposer la couleur jusqu'à ce qu'elle se précipite entièrement > et que l'eau qui est au-dessus pa* raisse claire; videz avec adresse cette eau , avec toutes les saletés qui surnagent; mais n'entraînez pas la couleur , ciir c'est celle qui reste dessus qui est la meilleure. Gela est fort aisé » pour peu qu'on y prenne garde, parce qu'il n'est pas nécessaire de vider toute l'eau i attendu que tous les corps qui surnagent , comme pailles» bois, crins^ etc. » s'écoulent facilement avec la première eau. Si vous apercevez encore des mofceaux d'ocre qui soient trop gros , vous les écrasez dans la terrine avec le bout de votre rouleau. Vous répétez deux ou trois fois ce premier lavage , jusqu'à ce que la superficie de l'eau reste parfaitement limpide et claire , ce qui a lieu au bout de huit ou douze minutes. Après cela » brouillez de nouveau , et agitez fortement et vivement la couleur , en ayant toujours soin qu'il y ait de l'eau en abondance , et jusqu'à un pouce du bord enyiron4 Tandis que toute votre couleur est comme suspendue dans l'eau » et sans attendre cette fois plus d'un quart de minute , vous la verserez dans la seconde terrine > en y laissant passer toute la couleur , excepté le fond» qui contiendra la plus grossière» ainsi que les pierres » qui se seront précipitées au fond du vase. Ces terrines doivent avoir une espèce de bec sur le bord, pour faire écouler l'eau , sans qu'elle puisse s'extravaser sur les côtés. Vous les choisirez de dix-huit ou vingt pouces de diamètre, sur six pouces de profoncleur environ.

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11 faut que ces terrines soient neuves et n'aient jamais servi , surtout à des choses grasses. Vous remettrez de nouvelle eau dans la première terrine; vous agiterez de nouveau le sédiment» et vous en verserez l'eau » avant qu'elle se clarifie» dans la troisième terrine» en ayant soin de n'y pas aller trop brusquement , afin que les petites pierres qui sont au fond ne viennent pas à se verser sur la bonne couleur. Vous viderez alors l'eau de la seconde terrine» qui sera devenue claire» sur l'ancien dépôt de la première» sans entraîner la couleur; et enfin, successivement» vous recommencerez quatre à cinq fois cette opération » jusqu'à ce que vous ne voyiez plus au fond du prenûer vase qu'un sédiment grossier et rempli de pierres. 11 ne faut pourtant pas pousser l'opération trop loin; cette couleur est à si bon marché » qu'il ne vaut pas la peine de perdre du tems à la recueillir toute » au risque même de la gâter : ainsi » rejetez tout-à-fait ce qui vous pamttra ne plus valoir grand'chose.

• Vous laisserez les terrines tranquilles jusqu'à ce que toute l'ocre se soit précipitée , et que l'eau qui est andessus soit claire comme celle de fontaine. Je suppose que vous ayez préalablement rejeté le dépôt pierreux» et lavé scrupuleusement la terrine qui le contenait; c'est alors , dans cette première terrine , propre et vide» que vous transvaserez toute votre bonne couleur. Mais » comme elle ne serait pas assez grande pour contenir Teaa des deux autres » vous aurez soin d'en verser ailleurs une grande partie sans entraîner de la couleur; et quand vous jugerez que la première terrine peut contenir le tout» vous rebrouillerez les deux autres l'une après Taulre , et vous mêlerez le tout ensemble dans la pre-

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mière terrine. Vous remuerez eacore toute la couljeur et l'eau avec votre petit bâton , afin de précipiter au fond le peu de pierrettes qui pourraient y être restées , puis vous laisserez le tout se reposer jusqu'à ce que Teau redevienne parfaitement claire.

» Alors vous décantez , c'est-à-dire vous viciez trèsdoucement toute cette eau; mais vous vous arrêtez à temps p quand vous arrivez au moment où la superficie de la plus fine couleur commence à être entraînée avec l'eau. Vous la laisserez reposer un peu , puis , avec une petite seringue, vous pompez avec précaution ce qui reste d'eau claire, sans le faire jusqu'à la dernière extrémité.

> Cela fait , votre couleur se trouve très-bien lavée. Vous ne l'agiterez plus du tout; cela est très-essentiel. Faites alors sécher la couleur au soleil ou sur un poêle chaud , à l'abri de la poussière. Quand elle ne contiendra plus d'humidité, elle se fendra et éclatera, comme font les fortes terres en été.

» Vous relèverez alors l'ocre avec assez de précaution pour ne pas briser les divers morceaux qui se seront fendus et séparés par la dessieation , et vous en ratisserez le. dessous avec un couteau.,. pour enlever et rejetèrent core les petites, et très-fibes pierrettes brisées, qui ont dû se précipiter au fond les premières , à cause de leur pesanteur spécifique.

» Quand ces opérations sont terminées, ce qui ne prend pas beaucoup de tems , la couleur est pure , et se trouve prête à être broyée. Vous l'enfermez dans une boite ou une bouteille, si celle-ci se trouve parfaitement sèche, et vous en prendrez au fur et à mesure que vous en aurez

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besoin pour U broyer. Maû je conseille toujoors de la broyer à Teau avanl de la n^élanger avec Fhuîle s elle se broie mieux et plus promptement , et en quelques tours de molette vous eu fiûtes une vessie. II s'entend que la couleur » après avoir été bien broyée k Tèau d'abord , doit être ensuite bien séehéo en trodiisques avant d'être triturée à Thuile » ou avant d'être conservée en dépôt, soit dans une botte, ou, ce qui Tant mieux, dans une bouteille bouchée.

» C'est ainsi que vous laverez les ocres et toutes les couleurs terreuses qui vous paraîtront contenir des ordures ou des pierres , mais plus particulièrement les ocres jaune-clair , et rouge-clair.

1 Quant à l'ocre de rue et à l'ocre brun-rouge , elles sont rarement sales; néanmoins un petit lavage leur fera grand bien.

9 Les terres de Sienne , de Cologne et de Casse! peuvent très-bien être broyées sans qu'on leur fasse subir aucun lavage ; elles n'en ont presque jamais besoin ? c'est à vous de les examiner, et de voir si eHes contiennent des corps étrangers.

» C'est donc à ce petit nombre de couleurs que vous devez porter votre attentii^Q. Les autres sont ordinairement trè^-propres, et surtout las laques, les cmabres et tous les bleus, ainsi quekys noirs; mais le jaune de Naples est souvent mêlé d'ordures. Cela dépend des soins de ceux qui le vendent. Vous l^examinerez soigneusement , et le laverez s'il est nécessaire. »

Quant au brûlement des couleurs, voici, selon le même auteur, lo modèle de la boite qui peut servir à cette opération.

« Ayez un cylindre creux de tôle d^une ligne d'épaisseur» de la forme d'un très^til tuyau ée poâle; la tôle doit être fort unie en dedans : l'assemblage en aéra fait , non par soudure, car elle pourrait entr«r en &Mion , mais par de bons clous bien rivés de tous côtés » do fiaçon que cette boite joigne partout assee bien pour pouvoir contenir de l'eau, sans qu'i{ s*en perde. On donnera à celle boite ou cylindre deux pouoea six lignes de diamètre sur six pouces de longueur; l'un des fonds aéra solide, et l'autre extrémité de la botte aura un couvercle joignant bien, comme le dessus d'une tabatière; ce couvercle aura un rebord ou gorge d'environ un pouce pour embrasser la boite* Il ne faut pas songer à se servir de tôle mince et encore moins de fer blanc; cela ne Taudrait rien. A'ioutons qu'il but surtout éviter que la rouille ne s*y mette»

» On pourrait aussi faire MMge pour ce brûlement d'un creuset , en y adaptant un couvercle le plus solidement que l'on pourrait, et qui le fermerait hermétiquement par l'elTet du lut dont on renduirâit , Jut qui serait peu différent de la terre ordinaire des poêliers. » J'ajouterai ici que les petits pois de grès , dans lesquels on expédie de Brelagne le beurre, sont eux-- mômes des creusets exeellens.

11 est essentiel que le broiement des couleurs soit complet; cdb exige du tems , de la patience et des soins. Les couleurs mêlées d'huile ont surtout besoin d'être très^ finement broyées; par ce moyen l'huile étant plus divisée , fait moins de ravages , et la couleur a plus de beauté, plus de finesse et de transparence; elle acquiert plus d*émaillé. Certaines couleurs sont 1res -rebelles et doivent

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être broyées plusieurs fois h Teau et sécbées chaque fois. Nous avons déjà dit que les couleurs qui exigeaieot ou absorbaient le plus d'huile étaient celles dont les molécules laissaient entr'elles de plus nombreux interstices par l'effet naturel de leurs formes; car les molécules affectent, selon la matière, une certaine forme et une certaine disposition, et le broiement n'empêche pas que ces différences n'aient lieu. La simple vue ne suffit pas pour reconnaître cette disposition de molécules , surtout lorsque la substance est réduite en poudre impalpable.

Le porphyre y le granit d'Orient, l'écaillé de mer grise y et d'autres substances très dures sont excellentes pour le broiement des couleurs; mais aujourd'hui on ne se sert plus^uère que de glaces , c'est-à-dire, de glaces douchs et qui n'ont point encore été polies. Les molettes sont aussi de glace; elles n'offrent aucun inconvénient , et moyennant quelques précautions on ne les brise presque jamais.

Il faut incruster la glace dans un châssis à parquet assez creux pour emboîter cette glace de la moitié de son épaisseur. Ce côté incrusté doit être dépoli au grès. Composez ensuite un mélange de blanc de céruse , de craie moulue, et d'huile de lin dans laquelle vous mêlerez un peu d'acétate de plomb pour la rendre dessicative. Le tout étant bien broyé et suffisamment épais , déposez-le sur le parquet , de manière que cette couche forme une épaisseur de cinq millimètres environ. Frottez le dessous de la glace avec cette même couleur empâtée , et ensuite enfoncez la glace dans cette pâte. Aidez-vous alors d'un niveau » et assurez-vous du parallélisme de surfaces horizontales , en laissant peser sur la glace un poids suffi-

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