CHAPITRE
DE LIHPORTANCE ET DE LA NÉCESSITÉ DE LA JUSTESSE DE REPRÉSENTATION PAR LES TEINTES.
jS ous ayons ru que Fart de la peinture n'est complet que lorsqu'on réunit à se^ diverses parties le coloris. Il est yrai qoe bien des peintres ont su produire la beauté sans ce moyen ûndiqiensable» et en employant seulement le secours de» traits, et celui des tons du clair-obscur; maïs il eal éyidenl qu'un tableau sans teintes ou sans coloris n'est pa» une production de l'art de la peinture proprement dit » mais seulement une représentation monochrome
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et parllculîère. Ceci étant posé» il faut reconnaître que, pour ce qui concerne le coloria, ce n*est pas tout qu'il y ait des couleurs et des nuances dans une peinture pour qu'elle soit complétée par le coloris , mais qu'il importe et qu'il faut absolument que les proportions de ces couleurs et de ces teintes artificielles soient dans un juste rapport avec les teintes naturelles des objets représentés; car c'est alors seulement qu'il y aura coloris , et de plus beauté de coloris si l'artiste a su faire un beau choix.
Le peintre, en exposant des couleurs sur son tableau , s'engage donc dans le coloris , et s'oblige h répéter selon son art des rapports justes et des teintes conformes en apparence à celles de la nature : aucune raison ne peut le dégager de cette obligation.
On a entendu de tout tems, soit des peintres intelligens dans le dessin mais ignorans dans le coloris , soit des discoureurs mal instruits sur la peinture , répéter et affirmer qu'il n'est pas nécessaire d'être coloriste pour produire de bons tableaux , et que cette partie de l'art pouvait très-bien être regardée comme accessoire à la peinture, puisque tant d'habiles maîtres, qui semblent n'en avoir pas tenu compte , sont cependant parvenus à une haute célébrité; nous répondrons plus tard à ce fisiux raisonnement.
Ce qui distingue plus particulièrement la peinture de la sculpture , c'est le coloris ; car bien que le relief de la sculpture et celui de la plate-peinture , comme on disait autrefois , s'obtiennent par des moyens en quelque sorte analogues , il est certain que la couleur ajoutée à la platepeinture &it de celle-ci un art distinct et tout particulier. Au surplus, il n'y a guère que des peintres qui aient
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aTancé que la justesse de coloris pouTaii êlre considérée GOBome une condition peu rigoureuse de la peinture , car le public semble l'exiger dans tous les tableaux. Et re* marquons ici le mal-entendu qui embrouille si souvent les idées et qui cause des dissidences d'q>inion à ce sujet. En e&t , ce sont les calculs apprêtés du coloris et la recherdie inconvenante que ces peintres méprisent » mais non la justesse des teintes à Taide de laquelle ils peuvent exprimer les formes et les distances » et sans laquelle l'imitation de ces formes et de ces distances serait fausse et sans effet. C'est donc la vérité des couleurs que le public vante et qu'il recherche d'abord. Le public » en présence des peintures flamandes et hollandaises , se complaît d'abord dans la justesse , dans l'illusion des teintes, et cela souvent malgré le peu d'intérêt qu'inspirent les sujets veprésentés ; mais en présence de plus beaux sujets, le public retient ses louanges , dès que le coloris en est faux et sans vraisemblance » et il en est péniblement affecté. Les personnes qui font peu de cas du coloris ne comprennent pas en quoi consiste ce moyen de l'art; elles n'ont qu'une idée fausse de ce moyen. Certes, on aurait raison de faire peu de cas et d'être ennemi du coloris s'il n'était qu'un mélange ingénieux de teintes .conventionnelles et fantastiques , et si au lieu d'ajouter à l'intérêt par le complément chromatique du spectacle ou par son unité, il n'ofSrait qu'une parure vaine, qu'un fard importun y qu'un apprêt enfin obtenu par de fâcheux eftoriê; mais ce n'est pas ainsi que la théorie explique et définit le coloris. Disons plus : disons qu'il faut concevoir l'excellence du coloris comme on conçoit l'excellence du dessin; disons que les finesses » les précisions du coloris ,.
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aoni ée$ fiaesses d'expression sans lesquelles la nature n'est qalacofnplètemeDt représentée* Le cekms doit au* tant par sa justesse que par sa beauté charmer le ae^timeot; il doit reproduire tout ce que les nuances sur tob ou tels objets de la natu» ont de délicat, d'énergique , d'enchanteur. N'eat-ee donc pas le coloris qui, en yivi- Gant les carnations, répète la jeunesse, la force , la pudeur, l'ailliotion, et tant d'airtres passions ou tant d'an-* Ires caractères? On doit donc conclure que les vrais connaisseurs qui vantent avec raison et qui reoonmian* dent ai aniemment le coloris sont dans le même cas que les enthousiastes pour le dessin. Ce n'est pas le cdoris à peu près vrai qu'ils chérissent , qu'ils réclament , c'est un coloris tout^è-^fait vrai , et qui fasse tressaillir par la justesse dn nalarel; c'est non-seulement un coloris dont l'exactitude soit reconnue et approuvée , mais un coloris qui enlève , qui transporte , qui soit surprenant par son expression et sa naïveté : enfin , c'est un semblable coloris que recherchent les connaisseurs , et c'est celui que recommandait firéquemment David à ses nombreux élèves, lorsqu'il leur répétait en présence du modèle : « Il ne »faut pas être plus maniéré dans les teintes que dans les •formes.»
La justesse de représentation par le coloris est indispensable , non-seulement parce qu'elle concourt au but de l'art qui est d'intéresser et de produire de belles images à l'aide de la vérité, mais aussi parce que le manque de justesse dans le coloris iaît tous les jours beaucoup d'ennemis à la peinture.
Si nous recherchons d*abord quelles sont les causes de cette espèce de dégoût et d'aversion qu'éprouvent cer-
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lainefl penonnes pour la peinture» nous tronyeronfl qu^ello provient de ee que te caractère des couleur» naturelles de» objets étant un debors qu'il est fecile de sentir et de comparer anx imitations de l'art, il arrive cpsw les fiiosselés de ee genre sont très^cboqnantes. En second Uen^ il faut attribuer ce dégoût à l'irritation de Famour-propre |nqné des e^èces d'énigmes qui résuheot des teintes &C-tiees et conventionneUes , énigmes d'autant plus désagréables que les peintres affisctent afec bardiesse et même arec une sorte de profusion remploi de ces couleurs sans îustease toutes admises par convention*. Dans pe cas cerlains spectateurs aiment donc à se venger par des dédains et par des critîfues mépriiantQ9 pour Tart loi-même.
Quant à rfaifioence que peut avonr la ju^esse des teintes sur la vérité d'expression des tableaux , les'epplmtions que l'on ferait de cette influence sensent innombrables. En effet , que de choses n'exprime pas ou ne rappelle pas bujâstesse de coloris; vérité qui, coomie on dit, doit £iire un miroir de k petntiire I Combien d'idées réveille cette justesse, et combien de sentimens elle fait naître I Ponrqooi r^andait^elle des larmes cette balle femme que nous remarquâmes un jour contemi^ant l'image exacte de son pays peint dans un panorama? C'est que la vérité de l'imitation par les trintes était si forte, les détails , les sites, l'atmosphère, étaient si semblables aux siles et à l'atmosphère de sa patrie, qu'elle s'y crut transportée; et nulle idées associées , mille souvenirs vinrent alors troubler son cœur. Je demande donc si cette peinture , sans cette heureuse et savante justesse de teintes, on bien si one exc^lente carte topographique des mêmes lieux , eût prodoit le même résultat ?
Ce serait employer une objection bien faible, que d'alléguer le peu d'impression morale qui résulte de la plupart des tableaux flamands et hollandais, bien qu'ils soient excellons par leur coloris. La cause de ce peu d'effet métaphysique provient non du peu de puissance de cette exactitude de coloris , mais bien du choix peu intéressant des objets représentés. Et c'est ce choix médiocre même qui sert à nous faire connaître tout ce que peut produire sur l'esprit et le cœur l'art de la peinture » dès que la justesse du coloris est ajoutée à l'intérêt du sujet et de l'invention; car de la seule justesse de coloris dans ces tableaux résulte une magiq qui attache et qui enchante tout le monde; et cela d'autant plus que la naïveté est le caractère dominant de ces peintures , naïveté bien rare dans les écoles si fécondes en productions ajustées à la manière des académies.
Enfin répétons-le : par la justesse du coloris » le peintre exprime non-seulement les caractères » tels que l'inqulé-* tude ou le trouble , la santé ou la langueur , la tendresse ou la perfidie » la jeunesse ou l'âge mûr; mais cette justesse • cette exacte représentation des teintes sert à caractériser les modes dans le sujet , parce qu'elle peut rendre certaines nuances de l'air ou de la lumière, parce qu'elle peut exprimer la variété des saisons , des climats ou des individus. Mais comment indiquer , par des discours » ce charme des tableaux où l'on retrouve , oix l'on savoure des yeux la fraîcheur, la jeunesse des teintes printannières , l'incarnat des roses ou le doux éclat des verdures ; Tazur léger du matin , les feux pourprés de l'horizon , le bleu suave et vaporeux des montagnes , les teintes vives des mousses et des feuillages , l'éclat des étoffes et des
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