‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 2 sur 142 · MPOBTA9GB DE LA JUSTESSE DES TEINTES · texte numérisé non relu

MPOBTA9GB DE LA JUSTESSE DES TEINTES

métaux; ou la force des ombres sur les rivages et dans les grottes dont Fair pur réfléchit à peine les rayons du jour? C'est ce charme des couleurs qui nous réjouit dans les imitations du pinceau , et qui nous fiiit tressaillir par leur justesse. Elles nous tiennent dans une douce extase , soit qu'elles répètent la parure des fleurs et des animaux, soit qu'elles offrent les nuances des fruits et des étoffes , ou enfin la fiyacité purpurine des carnations. Cette justesse des car> nations ne donne-t^Ue donc pas la yie aux personnages , ne complète-t-eDe donc pas l'image de Thomme ; et s'il est Trai que la sculpture est barbare lorsqu'eUe essaie de se parer de eouleurs artificielles , ne doit-on pas reconnaitre que c'est le propre de l'art divin de la peinture de nous faire voir sous l'épiderme la diaphanéité de la chair, et la rougeur du sang ? Oui , c'est au peintre qu'est réserve le pouvoir de créer et de rendre permanens les plaisirs les plus exquis de la vue et les charmes les plus attrayttss de la beauté.

Ils sont donc bien dangereux pour l'art ces prétendus eonoaisseurs qui , en présence des mille et mille tableaux factices de nos musées et de nos cabinets , s'extasient en termes mystérieux sur le coloris de ces mêmes peintures dont les teintes ne sont cependant que conventionnelles, outrées et maniérées I ils sont bien dangereux aussi ces maîtres qui applaudissent aux efforts des élèves qui vont recherchant et singeant les teintes bizarres , téméraires , que certains peintres hardis parviennent à mettre à la mode , et que le public , accablé de tant de faussetés qu'il voit autorisées par ces maîtres , finit par goûter, au moins pendant un certain temps !

lO COLORIS.

LA JUSTESSE DE REPRÉSENTATION PAR LE COLORIS EST NÉCESSAIRE POUR PRODUIRE L'EXPRESSION DB LA BEAUTÉ.

i^i chacun est choqué de la prétentioa et de l'ignorance d*un peintre qui se flatterait de parvenir à la beauté , à la perfection des formes, sans la yérité et sans la grande justesse des lignes et de la sciagraphie, ne doitH>n pas être choqué de même des yains efforts de celui qui» ignorant ou dédaignant les moyens d'être vrai par les teintes» aspirerait cependant à la beauté du coloris? Le vrai » comme on le sait , ne peut point se déaassocier d» beau ; et une grande partie de ce que notre sentiment nous fait reconnaître pour harmonieux dans un tableau n'est » au fait , que le résultat de la très-grande justesse de représentation. Les peintres qui auront pratiqué la méthode que nous proposons dans certains chapitres sur le coloris» et particulièrement dans le 607*» sentiront cette vérité » et ils reconnaîtront dans leurs exercices combien s'approche du beau et de l'harmonie une teinte par cela seul qu'elle est juste et correcte : enfin , ils ne penseront jamais qu'il puisse exister de beauté de coloris sans justesse de coloris. Je suis loin d'en conclure néanmoins que rien (|ue le vrai doive produire le beau » mais j'affirme qu'il n'y a point de beau sans le vrai; je fais cette réflexion ici pour l'opposer aux personnes qui » donnant une extension forcée au vrai , ne le restreignent

SA TiBITi NiCfiSSAlBB A l'eX»B£MI01I DE LA BEAUTÉ. 1 I

pas dans la simple ressemUaoce avec rindividuel » mais réIeDdeoi jusques à la ressemblance avec la nature générale » coUectire et parfisâte » saisie dans tontes ses intentions; ce qui; dans ce cas, assknile Timitation à la perfection.

Plnsieurs critîqoes se croient peut-être autorises k dire que , pour parvenir en peinture à la beauté d'un objet , il n'est pas nécessaire que la beauté du coloris soit au même degré que la beauté de la forme. Mais ce serait avancer une grande erreur» et il est même assea remarquable que certaines figures de femmes peintes par Tiziano ou par ses imitateurs sont plus admirées » plus goûtées en général , malgré leur incorrectiaa et leur cboi^^ trivial de formes , qw boaucoop de figures miens: 4essinées et d'un meilleur goût , exécatées dans les écoles romaines et lombardes. Combien ne gagneraient pas en beauté la Sainte-Cécile de Raphaël , la Joconde et la Ferronnière de Léonard de Vinci y si ces figures étaient d'un coloris moins faux ? £t amibien perdraient en vérité et en poésie TAntiope de Corrégio » les Yénaa , les Danaé 4e Tiziano , ai elles étaieat semblables en coloris à tant de misérables cofk* que de* igpMmuits o9ent fiure tous les jours de ces ia* meiises figures? ^

Enfift le précité ; rUnn^m beau que le vrmi » est le préceple des eoloru^tes comme des dessinateurs; c'est le précité de tous les hommes , c'est le précepte de tous les arts; mm , que dis** je ^ c'est le précepte que dicte à tons le» bommes et dam t^s les temps le sentiment seul de leur c^maewation. Pourquoi la couleur iactice des figures eonlées en cire exeite-i-eHe en nous l'idée pénible de la laideur ? pourquoi des teintes inaccoutumées

1 s COLORIS»

sur le5 fruits » sur la carnatîoD , produisenl-elles un seotiment de répugnance et par fois même le dégoût ? C'est que rhomme a le sentiment du vrai et du faux , comme il a la connaissance du juste et de l'injuste , du moral et de l'immoral , de la pudeur et du crime.

Concluons que sans la justesse des teintes on ne saurait obtenir la beauté par le coloris.

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