‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 105 sur 142 · DE LA REPRÉSENTATION DES CIELS · texte numérisé non relu

DE LA REPRÉSENTATION DES CIELS

Ijes ciels sont certainement un des objets qu'il importe le plus de bien représenter. Deux conditions sont à observer principalement dans la peinture des ciels : leur caractère immatériel» et leur couleur fuyante ou transparente. Nous avons assez démontré qu'aucune trace du pinceau j qu'aucun corpuscule de couleur ne devaient apparaître dans le ciel d'un tableau : la touche doit être tellement fondue sur un ciel, et surtout sur sa partie azurée; les couleurs doivent être si impalpables, si finement apposées , que l'idée de l'espace éthéré doit venir à l'esprit de tous ceux qui regardent le tableau. Et non-seulement ce caractère vague éthéré, et cette idée d'espace incommensurable doivent s'exprimer par la touche, ou, pour

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mieux dire, par toute absence de touche» mais ils doivent s* exprimer aussi par la nature de la teinte » par son caractère léger diaphane et aérien; or toutes les matières ne sont pas propres à ce résultat. Les peintres ont reconnu, par exemple , que Toutremer pouvait» plutôt que toute autre matière bleue, produire cette magie. Et comme ce bleu si fin du firmament est à nos yeux un composé de diverses teintes, les peintres ont quelquefois perfectionné leur imitation , en superposant leurs couleurs et en glaçant SUT un dessous rougeâtre , par exemple , une teinte azurée. Clatide Lorrain a mis beaucoup de magie dans ses ciels , et beaucoup de ces teintes rompues, qui n'en font qu'une à la fin , mais dans laquelle un œil exercé découvre toutes sortes de variétés. Le poli dé certains ciels de Karel-Dujardin n'est pas aussi magique ; celui de Yander^Heyden l'est un peu plus. Enfin il semblerait qu'en ceci, comme dans tout le reste, c*est la conviction du savoir plutôt que l'adresse et la patience qui ont fait atteindre le but.

Le précepte suivant de Lemière est excellent et trèsbien exprimé : < Fais plus sentir que voir l'impalpable » élément. •

< Un paysage , dit M. Deperthes ( Théorie du Paysage, » pag. 26. ) , ne peut être ni vrai , ni harmonieux, si le 1 ton du ciel n^est point le régulateur du ooloris répandu » sur le paysage. Il s'ensuit que , pour reproduire fidèle- » ment un point de vue , le ciel est le premier objet que » l'artiste doit imiter. •

Nous ajouterons que, puisque la teinte évanouissante ou la teinte générale de l'air doit être la première règle qui détermine l'altération perspective ou aérienne que

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doit éprouver chaque objet eafoncé ou oblique dans le tableau, on doit en conclure que la teinte du ciel est en efTet la première chose qu'il faille déterminer , et cela puisque la couleur du ciel influe principalement sur la couleur de Tair interposé*

Enfin Teffet des ciels, reiletde l'air, de l'espace « leur teinte, leur diaphanéité, leur caractère yoilé et vaporeux, ne seront compris et senlis que par les artistes qui posséderont la perspective ou l'optique de la peinture. Quant aux nuages, bien qu'ils soient plus sensibles^ plus matériels que le vide ou que le firmament, ils sont cependant si incorporels , si diaphanes lorsqu'on les compare aux objets terrestres, que le pinceau du peintre ne saurait guère être trop délicat, trop suave dans la représentation de ces masses légères , de ces ornemens plus ou moins brillans qui décorent la voftte céleste.

C'est à l'aide de la disposition des nuages qu'un peintre peut donner l'idée de la fonne voûtée de tout l'espace atmosphérique. Les nuages suspendus sur nos têtes parcourent l'espace dans une ligne parallèle à notre globe , et cette forme sphérique du globe doit être indiquée ainsi que celle de notre atmosphère. Or le dessin perspectif des nuages peut contribuer à cet effet; en sorte qu'il faut éviter de donner l'idée des nuages flottant borizontalementf puisqu'ils flottent circulairement. C'est encore le degré de connaissances en optique et en cosmographie qui influe sur la vérité d'exécution de ces représentations. Aussi est- il inutile de parler id de la hauteur des nuages , de leur clair-obscur , de leur direction par rapport au vent et par rapport au point de vue ; ou de la direction perspective des rayons du soleil, lorsqu'ils s'é-

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chappent à travers ces masses ou ces réflecteurs vaporeux » ou bien encore de la direction de la ligne des pluies accidentelles et locales, lorsqu'elles tombent par masses isolées sur les campagnes. Au reste ces questions doirent sembler intéressantes » même aux plus indifférens en matière de perspective ; car, lorsqu'il leur &nt déterminer l'air du vent d'après les nuages on d'après des girouettes, éloignées l'une de l'autre et placées à droite et à gauche par rapport au spectateur, ils sont souvent assez embar-

N'ayant voulu parier ici que de la représentation des ciels et non de leur composition , cette dernière question se rapportant au choix convenable des fonds » et ayant été traitée au chapitre i45» tom. iv, pag. 49^» i^ous nous contenterons iei de faire observer combien un ciel chargé de petits nuages est contraire au caractère de grandeur et de sérénité que comportent le plas souvent les sujets de la peinture; et nous rappellerons l'attention sur l'effet grand et magique des ciels antiques , et même de ceux de Técole primitive moderne. U est vrai que le peu d'éclat de la peinture à huile a £iit redouter l'emploi des ciels clairs et sereins , mais il est évident que l'effet en est trèsgrand , très-poétique, et que les nuages gris que Ton voit éparpillés dans une foule de tableaux de nos écoles sont contraires au grandiose et au charme esthétique qu'on exige dans la peinture.

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