‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 22 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

COMMENT ON REPRÉSENTE BN GlÉOMÉTRAL LA TEINTE DB6 OHBRAG>fi9.

Il y a trois cas à considérer au sujet de la teinte des ombrages : i"" lorsque l'ombrage ne reçoit aucun reflet coloré; a"" lorsque l'ombrage reçoit des reflets colorés; et 5"* lorsque la grandeur ou Téloignement du tableau nécessite une exagération dans la teinte de l'ombrage.

Quand aucun reflet n'est envoyé sur la surface ombragée d'un objet , sa teinte n'est modifiée que par un obscurcissement incolore plus ou moins intense; en sorte que cet obscurcissement peut être répété h l'aido d'un noir achromatique » mêlé dans la teinte de la surface , ou superposé et glacé par dessus cette surface.

La teinte d'une sur&ce ombragée doit être , je crois , difl*érente de la teinte d'une surface devenue ombrée par l'eflet de son obliquité au luminaire. £n efiet cette surface ombrée peut et se décolorer et changer de teinte : c'est ainsi que l'ombre du bleu , par exemple , est , ainsi que nous l'avons &it remarquer , un peu roussâtre; mais l'ombrage , reçu sur la demi-teinte d'une étofie bleue» ne doit produire qu'un obscurcissement incolore , qu'un achromatisme pur et simple» à moins que la nécessité d'exagérer 4 à cause de la distance de laquelle on verra le tableau , n'obUge à altérer la teinte qui doit représenter cet ombrage , et h moins encore qu'il n'existe des re-

TEIKTE 9Mà OMBRAGES. ^5

flîeU étraagers. Je pense deac q«'uB ombrage n'est qu'un voUe incolore, fui fait ressembla la teinte ombragée à oc qu'elle serait géométriquemoat sous nn jour plus sombre, et ^ue ce voilé doit laisser apparaître la couleur propre et géométrique de l'objet; en sorte qo*un glacis , résultant d'un noir achromatiq«e , peut produire cet efiet sur le tableau» La fausëeté des iimbrages » étrangers» à la couleur dek «urfiice ombragée, est remarquée tous les jours sur le» iaèleaux mal coloriés. Quan( à Paul Véronèse et à Tiziano , ils ont été très-réserrés ïlans les teintes de leurs ombrages , et jamais ils ne sont tombés dans les excès si ordinaires à tant de maîtres accrédités.

Le plus souveol Tombrage a Ueu , accompagné de reflets colorés; alors le reflot dominant a ^i'autant plus de valeur que la teinte ou surface est fortement ombragée. C'est ainsi qu'un reflet jaune, projeté iurdu bleu demi ombré , produit un yerdâtre sensible ; mais cette teinte verdâlre n'a pas lieu au mène di^ré dans l'ombrage de ce bleu reflété par le même jaune , en sorte que la surface bleue.» qui Mçoit l'ombrage , paraît plus jaunâtre , dès qu'elle reçoit ce reflet jaune , puisque le géométrique bleu a été abaissé » obscurei ou presque anéanti par Tefièt de l'ombin^e. *

Il est inutile , je crois , d'ajouter que cette teinte de l'ombrage est soumise » ainsi que la teinte géométrique , à l'influence de l'air coloré , mais qu'elle n'est pas soumise à l'influence de la couleur du luminaire, puisque celui-ci ne l'atteint ]pas directeitient , vu l'interposition du corps qui porte ombrage.

Quant h l'exagération nécessaire dans la leîole des om-

brages , cette exagération' consiste dans une énei^ie ou une exaltation surajoutée / et de laquelle nous sommes dispensés de parler expressément ici, puisque nous en traiterons en particulier au chap. 5 1 y. Cependant nous devons dire que souvent on est forcé de donner une teinte roussâtre aux ombrages , et d*employer à cet effet un glacis de brun ou de bitume pur : cela vient de ce que, si l'on n'employait que l'achromatisme noir produit par le noir d'ivoire, il arriverait qme la réflexion lumineuse, qui a lieu sur la toile ou tableau , détruirait l'intensité de cette obscurité artificielle. 11 faut donc y suppléer par une teinte forcée, dont l'énergie et l'exaltation neutralisent cet éclaircissement. Quand on peint en petit , le noir incolore suffit , parce que l'œil du spectateur reste proche de la toile ; mais en grand , l'air qui nous sépare de la toile dévore les teintes de l'ombrage , et dans ce cas une exagération devient nécessaire pour soutenir le ton. C'est ainsi encore, que si le tableau est placé dans un air gris, il arrive que l'ombrage, imité par du simple noir glacé ou superposé, parait gris, parce que l'air gris éclaire ce noir : or , le peintre ne possédant pas du noir matériel plus noir que le noir d'ivoire , il faut qu'il y supplée par du brun roussâtre, puisque l'air gris, qui est interposé entre l'œil du spectateur et cet ombrage roussâtre, le fera paraître presque incolore. Lorsqu'au contraire le tableau est vu dans un air noir, le noir d'ivoire suffira , parce que Tair noir ne peut pas rendre gris ce noir du tableau; mais, d'un autre côté , le bitume roux fera toujours un bon effet , parce que l'air noir tendra h le décolorer. Voilà pqfirquoi , dans tous les tableaux des coloristes « les ombrages sont un peu animés par une

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leinie forte , plus ou moins ûiordoré. Un ombrage , dans un tableau à la Rubens , vu dans une chambre sombre , parait incolore , quoiqu'il soit très-rougeâtre ; mais il parait exagéré au grand jour, et surtout au soleil. Quant à l'ombrage qui existe sur un corps déjà roux, il est nécessaire que cet ombrage reste roux, malgré rabaissement achromatique résultant de la grande distance, et cela , parce qu'il convient de conserver la teinte géométrique de l'objet. Aussi , dans une draperie couleur de robe de capucin , les ombres et les ombrages seraient fiiux s'ils étaient rendus avec du noir.

II nous resterait à parler ici de la teinte des trous fort obscurs , car bien que le volume assez petit de ces bruns^ et la distance donnent à croire qu'il est indifférent d'employer telle ou telle teinte pour les imiter , il faut cependant se conformer à la variété de la nature , même dans les effets où la couleur semble peu manifestée. Je dirai donc que si , pour représenter les trous ou les plis profonds que produisent les chairs dans certaines flexions, on usait de la même teinte qui sert à représenter les trous ou les plis profonds d'une étoffe bleue , jaune ou verte , cette teinte produirait un effet faux , et ôterait la vie de la carnation. En général , le noir convient peu à l'imitation des trous obscurs , parce qu'il donne moins l'idée de la transparence ou de l'absorption des rayons lumineux que ne le font les laques très-brunes ou le bitume bien choisi.

Éclairé par ces démonstrations, le peintre froid animera ses ombrages , et le peintre trop exalté saura tempérer l'énei^ie menspngère de ses bruns. •

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