COMMENT 05 REPRÉSENTE L'EFFET DES LUMINAI RES ■ COLORÉS
JL*iRFLUf !fCB de la couleur du luminaire sur les objets qu'il éclaire, est proportionnée à sa grandeur et à. son énei^ie , plus , au degré de pureté de Tair que traversent les rayons colorés de ce luminaire pour atteindre l'objet situé plus ou moins loin. Cette influence peut être considérée et représentée soit géométriquement ou géométralement» soit perspectivement. L'effet coloré que produit > dans une chambre ordinaire un rideau rouge serrant à masquer le soleil qui pénètre par la fenêtre , est bien plus énergique au fond de cette chambre' qu'il ne le serait si cette même chambre s'allongeait et devenait une galerie; et cette différence augmenterait nonseulement en raison de l'éloignement du luminaire» mais en raison de l'obscurité de l'air contenu dans cette galerie. Un autre cas peut avoir lieu , c'est celui où l'air de la galerie serait lui-même accidentellement coloré d'une teinte contraire à celle du luminaire; telle serait» par rapport au rideau rouge» la teinte aérienne verte» qui résulterait de quelque tenture verte » ou bien d'une verdure quelconque provenant du dehors. Lorsque c'est le soleil qui est ce luminaire coloré » son influence est trèsforte» même lorsqu'un petit nombre seulement de ses rayons. pénètrent dans un site; c'est ainsi que la projection du spectre solaire » bien qu'elle spit le résultat d'une
9^ GOLORI».
très-petite ouverture « et qu'elle se fasse à travers l'aîr obscur d'une chamBre privée de lumière , produit une coloration très-forte sur le carton qui en est frappé.
Ces observations éveillent déjà l'attention sur l'obligation oii est le peintre de bien déterminer quelle espèce de luminaire coloré illumine et frappe les objets : quelle est la couleur générale de l'air , de quelles teintes sont les coupes accidentelles d'air qui régnent dans le site» quelle est enfin la situation» la position, ainsi que la coiUeur géométrique des surfaces atteintes par ce luminaire coloré.
Une autre observation que ne doit pas négliger le peintre 9 c'est que » lorsqu'un luminaire coloré se manifeste par une forte intensité de teinte sur les objets qu'il éclaire» il se manifeste aussi proportionnellement par une forte intensité de teinte sur l'air qu'il éclaire et qu'il pénètre ; en 6(yrte que plus cet air est chargé de corpuscules» plus il est teint de cette couleur du luminaire : voilh pourquoi » lorsque le soleil couchant trèsK>rangé illumine une atmosphère vaporeuse » tout le paysage a l'air d'être enflammé. Si au contraire l'air est pur » Tinfluence de Tazur du ciel a lieu sur les faces qui ne sont pas frappées de ce soleil rougeâlre. 11 résulte que si Ton représentait» par une couleur de vert entier, une draperie verte exposée à ce soleil rougeâtre et dans cette atmosphère » ce vert serait absolument faux» et cela d'autant plus que l'air serait luimême plus coloré en rouge; en sorte que» même sur les surfaces de cette draperie verte» qui ne seraient pas atteintes par le luminaire coloré» et qui seraient atteintes par l'azur du ciel » il ne conviendrait pas d'employer un vert trop entier» car cet azur serait rougi. Voilà une nouvelle
BEPRÉSEKT. DES SURF. EXPOSÉES A UN LVUlJi. COLORÉ. gS
preure de la nécessité de composer d*abord les échan* tilloDS du géométrique des objets , et d'y ajouter ensuite la modification de Tair et du luminaire.
C'est la juste imitation de ces rapports (plus des rapports scénographiques ) qui déjà produit cette harmonie naturelle si agréable dans les tableaux hollandais» flamands et yénitiens ; en sorte que chercher lo beau dans les combinaisons optiques et ne pas savoir obtenir le beau par cette justesse particulière de représentation » c'est une prétention ridicule, qui cependant est bien commune aujourd'hui : celte prétention » nous l'ayons déjà dit» provient du manque d'instruction ou d'écoles. Au reste » quel peintre pourrait rejeter une doctrine qui n'est autre chose que Texplication précise de ce qu'il cherche en tâtonnant ? car » le plus mauvais peintre reconnaît trè»-bien que» pour représenter avec justesse l'efTet d'une lamière colorée , il ne suffit pas de passer un glacis de cette couleur sur tout le tableau » et qu'il existe un calcul optique » auquel il convient de se soumettre.
Il faut donc» pour représenter avec vérité l'efTet d'un on de plusieurs luminaires colorés» commencer par déterminer sur un plan général (en ayant égard aux i*éductions qu'on peut avoir imaginées pour contenir sur ce plan les distances véritables) » il faut déterminer» dis-je » la couleur des objets influencés par la teinte du luminaire. Ces degrés de coloration par le luminaire seront donc exprimés et répétés selon l'effet géométrique naturel. Les modifications» selon l'éloignement de l'objet au luminaire» seront «i ooire arrêtées et exprimées sur ce plan» et chaque sur&ce exposée plus ou moins de biais ou de face à ce laminaire » sera teinte de sa couleur proportionnelle-
f)6 COLORIS*
ment à l'obliquité. Ainsi » de quelque côté que soit projeté ce luminaire coloré , soit qu'il arrive du fond du tableau , comme dans les soleils couchans de Claude Lorrain , soit qu'il soit supposé de côté comme dans quelques tableaux de Both, de Svan'welt ou de Cuyp , soit qu'il arrive pardevant , comme si une vitre teinte ou un voile coloré était ce luminaire » il faut , dis-je , que le peintre délermine géométriquement tous ces cas sur son plan ou au moins dans sa tête , à l'aide de signes ou de cbiffîres déposés sur le papier; puis il ajoutera la condition ou modiflcation scénographique» en usant d'une teinte éva* nouissante juste , et en tenant compte soit des coupes d'air coloré soit d'autres causes dont un esprit analytique et bien préparé, saura juger la conséquence et faire un usage bien entendu.
Je pourrais » au reste « ajouter ici une preuve de la nécessité de procéder» dans ce cas » par calcul et non à vue. Je dirai donc que quand la couleur du luminaire ou de la fenêtre vient à changer par l'effet des nuages ou de l'heure du jour, elle frappe également toute la surface du tableau , c'est-à-dire tous les points de celte sur&ce, mais qu'elle ne frappe également sur le modèle que quelques surfaces, et beaucoup d'autres inégalement» selon leur obliquité ou leur situation par rapport à cette lumière ou fenêtre. D'autres faces , complètement obliques des objets» ne reçoivent pas du tout ce jour direct et coloré. Tout le tableau semble donc jauni» rougi ou bleui par le luminaire coloré » et il n'est pas facile alors de juger le caractère qu'auront les - diverses teintes du tableau lorsqu'il sera exposé à une lumière ou à un jour incolore et ordinaire. Le procédé à suivre, d'après na-
BEPRàSENTATION O^S LpHRTAIRES COLOBiï\ 97
lure» ou en présence de la nature, exige donc un certain calcul , et autre chpse que les comparaisons par sensation; or ce calcul est celui que notre théorie indique ici. Un peintre ignorant veut-il un effet chaud de couleur , il ébauche d'un ton chaud , puis il prend des modèles qu'il place sou% la lumière bleue du nord; en sorte que plus il copie ce qu'il voit / plus il fait de contresens ; car le» teintes dorées de son tableau paraîtront (tchromatisées ou grises sous cette lumière bleue du nord , qui frappe sur sa pa|ette et sur sa toile. Aussi certains peintres , etsurtout les Vénitiens du second ordre , ayant aperçu tous ces embarras résultant d^une imitation individuelle*, exacte^piais çans harmonie» ontxils pris le parti d'imaginer une vérité. générale, qu'ils ont ^pelée harmonie, et de colorier dé sentiment et sans consulter de modèle de couleurs; mais si plusieurs fois ils ont rencontré juste, la plupart du tems leurs effets manquent de vérité; aussi les Hollandais, ainsi que les Flamands, en ont-ils fait très-peu de cas. D'autres peintres ont voulu copier, timidédient et sans raisonner, ce qui s'offrait à leur vue; ib commirent aussi de lourds contresens , qui résultèrent des erreurs optiques qu'ils no pressentaient pas : tout ceci prouve que la rn^ie méthode consiste dans la science, qu'il faut ensuite mettre en pratique à l'aide do sentiment.
Les cas les plus compliqués s'éclairciront , si l'en suit notre théorie; on pourra analyser tous las effets; on découvrira, on distinguera toutes les causes , quelle que soit la couleur de l'air, celle du luminaire; quels. que soient les accidens provenant soit des nuages réflecteurs soit des grandes portions azurées de l'air; soit enfin que la couleur de l'air domine sur celle du luminaire, ou que la