CHAPITRE
COMMENT ON REPRÉSENTE EN PERSPECTIVE LA TEINTE DES OBJETS RÉFLÉCHIS PAR L'EAU OU PAR LES CORPS POLIS.
Oi le corps poli qui réfléchit était absolument pur et incolore» la réflefxion qu'il renverrait à la rue serait l'image exacte, quoique renversée de l'apparence de l'objet, et il n'y aurait qu'à ajouter h Tapparence des formes et du ton de Tob jet celle de ses teintes ; mais la teinte du corps poli f qui réfléchit , influe sur la teinte apparente de l'objet réfléchi; elle s'y associe et en modifie plus ou moins Tapparence. D'autres modifications ont lieu indépendamment de celle-ci , et elles ont lieu soit par la nature de la contexture du CQrps réflecteur, soit par la position respective de l'œil du spectateur et de la surface qui réfléchit ; ces derniers cas peuvent varier k l'infini : h ces sortes d'exceptions près, la règle générale est de répéter la teinte apparente de l'objet , et de la mêler avec la teinte du corps poli qui la mire. Je dis la teinte apparente, parce que cette teinte, qui se réfléchit, peut être plus on moins atténuée par l'efiet de son éloigne-
TE15TES VUES PAR RfePLÏXKW SVR LES CORPS POLIS. f)g
ineat ; cl que c'e*l celte teînle déjà atténuée perspectif Tement par Tair , et non la teinte géométrique dont il 5'agît de répéter la réflexion.
Une comparaison très-sensible se présente ici à l'esprit , c'est celle de reffet ou de la marche du son dans récho. Le son géométrique est , par exemple , h voix humaine tell^ qu'elle sort de la bouche de la personne qui appellerait quelqu'un en face de la masse faisant écho; le son perspectif serait celui qui serait reçu sur la masse, oo le mur faisant écho; et le son réfléchi serait l'écho du son en retour sur la même personne , ou on retour sur une autre persomie placée obliquement k ce mur, et plus ou moins éloignée de lui. Dans tous ces cas la présence de l'air et son caractère modifient les sensations optiques et acoustiques; ainsi Tefiet, et par conséquent le caractère <le cel air, doit être exprimé. II Êindrait qu'un peintre pensâf toujours à l'effet aérien d'un son ébîgné , lorsqn'ilTeprésente l'effi^taérien d*un objet enfoncé dans le tableau; il devrait penser aussi que ces différences de sensations éprouvées par l'ouïe , sont si positives, que l'ouïe , ainsi que la vue, distinguent les plus petites distances du son et des couleurs, et quo, lorsqu'elles ne les distinguent pas, c'est que l'air est altéré par quelque dérangement accidentd , par quelque brisement ou réfiraction, ou impureté qui empêche son effet libt« et naturel. Les bruits incertains ou les couleurs incertaines qui le troublent sont ces accidens. Tour ceci prouve avec quelle justesse, avec quelle vraisemblance le peintre doit répéter la marclio optique et aérienne dans sa régularité, puisque, dans h nature même , les sens sont deçiis par des effets accid<^ntels , qui semblent être des ftiusselés.
1 OO GOLOBIS.
Le son de l'écho , en retour sur Taudlteur , perd de son intensité de réflexion par cette distance double ; c'est ainsi que la réflexion optique» produite par un corps enfoncé dans le tableau , éprouve une perte par cette distance doublée. Lorsqu'on est tout près d'uhe glace pure, on y voit les objets comme s'il n'y avait point de glace ; mais si cette glace est à quinze pieds dénoua » les images, ou pour mieux dire la réflexion des images est affaiblie par ces quinze pieds d^air ou d'éloignement qui nous sépare de la glace.
Le chap. 5o2 , tom. \i, explique toute cette question (Yoy. aussi le cbap. 4^20' ^' serait inutile de discourir sur le caractère toujou^ un peu ondulé des eaux qui ornent les campagnes , sur la hauteur du point de vue qui fait que la réflexion ou l'image de ces eaux est plus ou moins vive ou amortie , etc. Ces diverses particularités seront aperçues et recueillies par l'artiste studieux, muni du principe premier et fondamental.