TEIHTE SELON LES LIEUX OU SONT VUS LES TABL. I
On peut dire qu'il n'est guère de tableau un peu grand, qui ne soit fort différent lorsqu'il est exposé dans un salon d'appartement , de ce qu'il étoit dans l'atelier du peintre : aussi le choix du site et du jour est-il si important (les marchands de tableaux y font grandement attention) que changer le jour qui éclaire un tableau , c'est quelquefob changer le tableau lui-même. Chacun sait que les panoramas doivent la moitié de leur succès an moyen auxiliaire du jour calculé qui les éclaire.
Comment donc procéderont , dans ces exagérations ou ces modifications , les peintres qui , ne connaissant ni la loi de l'achromalisme, ni les degrés d'illumination relatifs que manifeste telle ou telle couleur par rapport à une autre, ni les calculs qui font adopter des résolutions de clairobscur et de coloris , ni enfin la loi de l'unité et de l'harmonie, etc., etc.? Ils feront, répondra-^t-on , comme ont lait une foule de peintres habiles, qui ne s'embarrassaient pas dans tant de questions, et qui par leur sentiment seul ont trouvé juste, et ont triomphé très -habilement, trèsingénieusement des obstacles provenant du jour &ux et ingrat dea localités. Us feront » ajoutera-t-on, conmie a &it Rubens, comme ont iait Jacques Jordaëns et tous les bons élèves de Rubens. Cependant je demanderai si au contraire il n'est pas évident que ces habiles coloristes étaient instruits' de l'optique de la peinture, et $i ce n'est pas pour avoir ignoré ces règles, et ces questions d'optique que tant de parodistes de ces maîtres ont étalé leurs laids mensonges, leurs couleurs outrées et bizarres, et ont enfin, par des milliers de tableaux maniérés , rendu haisK sable la peinture.
Oui, les exagérations des teintes doivent être lé résultat
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du savoir et des mesures ; et quand même ce serait le sentiment que l'on interrogerait le plus souvent dans ces cas , la partie positive du coloris n'y doit pas moins être rigoureusement étudiée.
Au reste nous avons déjà parlé d'une autre espèce d'exagération , celle qui est relative aux objets d'une dimension colossale. Une troisième nécessité d'exagérer les teintes sera signalée au sujet de l'altération que subit avec le temps la peinture à huile. Il ne serait pas diiGcile de confondre ces choses , de s'égarer dans ces différences et de préférer la routine , la singerie et les à-peu-près hardis aux vrais procédés qui exigent de l'application et de l'étude.
De même que certaines gens à prétention ont le verbe haut et tranchant , de même certains peintres visent à l'effet, forcent leurs couleurs, et veulent frapper de loin. Mais l'homme éloquent ne frappe d'abord que modérément, et l'énergie bien entendue de ses discours captive peu à peu ; tandis qu'on se détourne de ces forts et bruyans parleurs dont les éclats n'expriment rien de sincère. L'orateur dont le ton n'est point forcé et dont l'énergie est naturelle sera donc toujours préféré. Rubens , dans ses beaux portraits, est vrai lorsqu'on les considère de la distance requise ; et vus de près , ils paraissent savamment outrés ; mais les portraits des parodistes de Rubens sont outrés de loin comme de près; ils mentent de près et ils mentent encore de loin. Quant à Vandyck, il n'a pas toujours cru devoir employer une aussi haute exaltation de teintes que son maître; cependant les parodistes de ce coloriste, si sage, si savant » parlent encore trop fort , même lorsqu'ils restent proches, et leur habitude de