SES PRINCIPES SONT DÉMONTRABLES
sdtion par VeSet des obliquités , il ne se rendrait jamais coupable d'une faute d'optique aussi grave.
La plupart des peintres exagèrent leurs teintes ayec talent, ils les combinent avec art, mais souvent avec trop de prétention et par contresens , en sorte que tout ce coloris ne s'obtient guère que par singerie, etc. Cependant quelle Êicilité, quelle précision , quelle magie ne déploieraîent4ls pas si, doués de ce talent imitatif , ils n'opéraient que selon les règles ! Un peintre, qui a copié Tiziano toute sa vie, ne produit au fait que des copies très-reconnaissables et très-inférieures à l'original , parce qu'il n'a jamais bien compris les causes de ces tableaux. Quand on dessine une tête d'après Albert-Durer ou d'après Holbein , on Êiit des contresens dans les lignes , mais c'est parce qu'on ignore les lois de la graphie; il en est de même des teintes, on les force ou on les affaiblit à contresens lorsqu'on ne connaît pas les règles mathématiques de la chromatique. Il était donc tout naturel que les discoureurs sur la peinture attribuassent à toutes sortes de causes les erreurs en coloris. II était naturel qu'il y eût dissidence parmi les artistes sur ce point. C'est ainsi que Depiles , qui sentait peu les beautés du dessin et du nu sur l'antique , disait que les coloristes ont été bien plus rares que les dessinateurs; et cependant Hagedorns nous dit au contraire que l'original du coloris de Tiziano se trouve plus aisément dans la nature que l'original de la Vénus de Médicis. La nature, ajoute-t-il , nous conduit plutôt à un beau coloris qu'à un dessin parfait.
Aujourd'hui on ne|[colorie pas gris dans l'école française , on Tise à une harmonie très-forte , et de nouvelles matières colorantes favorisent cette exaltation. Du tems
de Boucher on y coloriait gris ; sous David on coloriait blanc et noir. Qu'ont à dire les discoureurs à ce sujet ? répéteront-ils que la cause est dans le climat? On a redit que si les français colorient, gris , la cause en est dans le climat» dans l'atmosphère nébuleuse de leur pays; ce sont de pitoyables allégations , car le climat des grands maîtres flamands et hollandais est encore plus froid , plus brumeux. Les français ont colorié gris , parce qu'il est tout naturel de colorier gris lorsque , sans l'assistance des moyens mathématiques de l'art, on recherche froidement et sans choix à imiter ce qu'on a sous les yeux , lorsque l'on n'a dans l'esprit aucune exaltation qui en* hardisse , et que la plupart des beaux modèles en coloris vigoureux étant forcés et mensongers » on désire ne pas perpétuer de teH mensonges , dont la hardiesse d'ailleurs intimide beaucoup ceux qui prétendraient les imiter. Mais on colorie gris dans tous les pays en général , quand on ignore l'art de mesurer par des comparaisons immédiates l'imitation à la nature. On colorie gris quand , s'en rapportant à la seule sensation oculaire, on trouve que les couleurs du tableau sont suffisamment vives et puissantes, quoiqu'elles soient très-éloignées encore delà beauté et de la puissance de la nature. Or, si on n'aperçoit nnllement ces différences, c'est qu'on ignore les vrais procédés optiques et perspectifs; c'est qu'on néglige de mettre de tems en tems Timage ou la vitre à la place du modèle et de se retirer au point de distance; c'est qu'on ne calcule pas les rapports qui existent entre le jour que reçoit le tableau et le jour que reçoit le modèle, etc.; enfin on colorie gris quand de plus on ignore que l'art du coloris est autre chose qu'un art d'illusion , et qu'il faut l'assaisonner d'une exagération