TOME VIII
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ces degrés de beauté aient lieu , ne peut-on pas expliquer de combien telle teinte s'affaiblit ou se fortifie , selon telle ou telle situation au jour et au spectateur? Qui empêche aussi d'établir mathématiquement ce qui constitue la différence entre une teinte proche et une teinte éloignée de l'œil ? Oui , on peut déterminer à quel degré certains reflets, venant de la couleur du jour, ou venant de corps voisins , corrompent et décomposent les teintes qui les reçoivent. Toutes les causes des modifications apparentes des couleurs j que ces causes soient perspectives ou géométriques» ou géométrales, sont rigoureusement démontrables , ainsi que les moyens divers d'en répéter avec justesse les effets ? Si » par exemple , on sait que du rouge vermill<m est moins sensible quand il est oblique à tel ou tel degré , ne suifit-il pas de connaître ce degré d'obliquité» pour en répéter l'effet ou la dégradation? etc.» etc. Enfin» si la justesse et le sentiment des accords en musique s'apprennent par des moyens métriques et mathématiques» pourquoi n'en serait-il pas de même en coloris ; et pourquoi l'élève » qui sait mesurer et analyser» n'acquerrait-t-il pas de même le sentiment des accords et la justesse chromatique de la vue?
Mais coDune tout ce qu'on a écrit jusqu'ici sur cette partie a été dénué de méthode » et a été confondu avec toutes sortes de préceptes étrangers au coloris; comme aussi rien de positif ou de mathématique n'a été communiqué parmi tous ces préceptes » les peintres sont devenus très-méfians» très-incrédules au sujet des leçons relatives à la représentation par les teintes , et ils continuent de pratiquer selon leur routine» leur tâtonnement» et selon les lazzis de leur palette.
SBS PRINCIPES SONT DiMONTBABLES. ]()
Les fautes de coloris sont donc plutôt des fautes de raîsconement , des fautes de routioe , que des fautes d'organe et de sentiment. Eu effet « Tharmonie et le rapport exact des teintes peuvent être sentis par tout le monde; si, à côté d'un linge resplendissant» le peintre fait voir une étoffe d'un ton sans lumière» sans énergie do couleur» ce défaut ne prorient pas de l'organe» mais c'est un défaut d'obseryation » de comparaison et de savoir : des chairs sans éclat à côté d'étoffes brillantes , ou à côté d'un terrain qui reçoit beaucoup de lumière » voilà de ces fautes assez ordinaires » mais qui ne proviennent que de l'ignorance et du manque d'observation et de mesures comparatives de l'imitateur; et si la nature n'a pas été toujours sous ses yeux» il aurait dû au moins, à l'aide du simple bon sens, calculer les rapports principaux, en sorte que la connaissance des règles eût suppléé h la présence de l'objet. Quant aux finesses , c'est-à-dire aux perceptions des plus petits rapports » elles peuvent être difficiles à sentir et à imiter; mais la marche de la nature étant la même dans les détails que dans les masses , le même savoir aide dans l'imitation des petites choses» c'est-à-dire dans l'imitation des teintes délicates aussi bien que dans celle des grandes teintes très-sensibles.
Les erreurs que conunettent tous les jours les peintres à propos de coloris » prouvent donc évidemment qu'elles proviennent non de leur organe » mais de ce que les règles du coloris no leur ont été jamais démontrées; et ces erreurs semblent même avertir que ces règles sont démontrables. Beaucoup de peintres se demandent » par exemple , quelle est la vraie demi-teinte des obliquités sur les carnations : ils sont assez d'accord que sur un bras , sur
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une jambe» la demi-teinte doit êlre bleuâtre; ils en trouvent les causes» disent-ils» dans les veines vues en raccourci à travers le tissu de la peau ; il y en a qni prétendent que le bleu des veines» avec le jaune du tissu graisseux , produit nécessairement un ton vert dans ces demi-teintes » et qu'on doit imiter ce vert quand on veut peindre la chair avec vérité. Ceux qui ne sont pas bien certains de ces causes se contentent d'un ton grisâtre on roussâtre , espérant par là prendre un juste milieu » etc. Or» je demande si l'on peut dire que la chair soit généralement de telle ou telle couleur dans les ombres ou demi*ombres, et s'il n'est pas étonnant que pour imiter la nature » on procède ainsi par conjectures » à tâtons et sans l'assistance de la géométrie et de la perspective.
Tous ceux qui pour s'instruire copient les tableaux des maîtres coloristes perdent leur tems » à moins qu'ils n'aient compris» avant de copier ces coloristes, les motifs» les raisons de telles ou telles teintes; mais ils s'égarent tout-à-fait» lorsque certaines idées fausses viennent établir des préventions dans leur esprit. Gochin» par exemple» en parlant du grand tableau ovale que Paul Yeronèse a peint à Venise» dans la chambre du Conseil des Quarante » dit que c dans les parties ombrées les demi-teintes sont coloriées avec une variété presqu'aussi détaillée que les choses exposées au grand jour. » Un élève , qui prend pour un éloge cette observation » et qui voudra » dans la copie qu'il fera de cette peinture» réparer l'altération qu'ont subie les couleurs par le tems » ne manque pas de trop détailler ces teintes dans l'ombre ; cependant » s'il connaissait la règle qui explique l'affaiblissement de sen-