‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 63 sur 142 · EN QUOI LUI EST FAVORABLE LE MATER. DBS COVL · texte numérisé non relu

EN QUOI LUI EST FAVORABLE LE MATER. DBS COVL

1 effet de sa transparence la rend plus puissante dans les bruns. La peinture à colle o(&e il est vrai de grands avantages sur la peinture à huile , puisqu'elle gagne plus en lumière ou en clair qu'elle ne perd en obscur et en profondeur, mais elle n'a que peu de transparence. D'ailleurs, si on oppose à des peintures à huile des peintures exécutées a?ec des gluten très-diq)hanes ^ tels que des vernis , on reconna^ra que les teintes à huile quoique justes , ne répètent pas la transparence fine des ombres; là échoue donc le procédé à huile, bien qu'il soit moins opaque que le procédé à colle. Pourquoi tant de peintres polis • sentais leur panneau; tirent-ils parti du lumineux de la préparation , et prennent-ils tous les moyens d'ajouter à la transparence de leur représentation par la transparence de leurs matières ? Je considère donc celte insouciance pour la transparence matérielle comme le résultat d'une routine exclusive , et non comme le résultat d'une conviction provenant de comparaisons savantes. Ainsi que ces mêmes peintres déclarent , et avouent qu'ils émettent cette opinion parce qu'ils trouvent pernicieux chimiquement les glacis à huile ou l'addition des résines , ou bien les procédés par lesquels on superpose et on repeint les couleurs; on concevra leurs raisons : mais qu'ils ne prétendent pas h l'exacte imitation do la nature avec des matières qui s'opposent. naturellement à cette imitation.

c Celui qui aime , disent-ils , à jouer sur la toile avec » un pinceau trop léger , et à produire des glacis trans - • parens, qui ne s'obtiennent que par beaucoup d'huile , ' ne travaille pas pour la postérité; il oublie d'organiser > avec soin les masses de couleurs que doivrnt retrouver » encore fraîches les siècles à \niir. » Mais nous drmon-

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treroos plus tard , qu'en peignant sur des préparations h détrempe 9 on peut sans risque apposer très-légèrement les couleurs à huile. ( De très-anciens tableaux , plus frais que nos tableaux modernes » peuvent servir def)renve). C'est donc parce que leurs toiles sont préparées à huile que les peintres , redoutant l'influence de cette huile , préfèrent nourrir de couleur leur toile,. et peignent par . empâtement. Cependant cet empâtement ne sautait avoir lieu sans qu'il renferme l'huile dans ces épaisseurs » ce qui prépare toujours des ravages très-funestes* Deux ou trois couches de couleurs superposées » mais très-fines et ayant bien séché , produisent au contraire nn résultat moins funeste que cette couche unique et très-épaisse.

Pourquoi les décorations des théâtres , étant peintes à détrempe, et par conséquent mates, font-elles un bon effet ? C'est qu'il y a de l'air naturel entre les coulisses, et qu'il y a aussi beaucoup d'air naturel cntr'elles et les spectateurs; en sorte que le caractère de réflexion des molécules n'est pas sensible; mais, vues de près ^ ces peintures Ue font aucune illusion , ni sous le rapport des couleurs, ni soûs le rapport des lignes; et si on peignait de la même manière , et à colle , de petites décorations scéniques , elles seraient fausses et laides , parce qu'il y aurait peu d'air entre l'œil et ces petites peintures.

C'est pour la même raison que les tapisseries ne font pas illusion ; car elles ne répètent point le perspectif ou l'en&ncement , les particules qui les composent étant toutes aussi sensibles à la vue les unes que les autres. (In point en laine >, réfléchissant la lumière , ne peut donc ressemblera un point qui non-seulement est devenu infiniment petit par l'angle visuel , mais qui est enfoncé dans

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Fair, et doni par conséquent la réflexion lumineuse est Irès-alténuée. Une tapisserie ne peut donc représenter que le géométrique ou les raccourcb orthographiques des couleurs , mais jamais le perspectif ou le caractère aérien : aussi le» anciens ont-ils usé de ce procédé de la peinture en tapisserie , pour représenter des omemens de peu de relief seulement » on des animaux tus orthographiquement et sans fonds aériens; et c'est ainsi prohablement qu'étaient traitées les tentures si riches des Babyhmiens. Si nous pouvions voir aujoui^'hui ces lapisseries» nous reconnaîtrions combien est barbare la prétention de nos artistes de hante-Uce , qui veulent répétar la magie chromatique des tableaux, avec des laines de couleurs , également tissées. Enjin un clocher, représenté à un quart de lieue par une cinquantaine de gros points gris » ne sera jamais une image qu'on devra appeler le résultat d'une industrie très-reoommandable '•

Pourquoi les dessinateurs, qui emploient le noir de l'encre ou du crayon, pourquoi les graveurs, qui em* ploient le noir d'impression , pourquoi les peintres à fresque , qui n'ont à leur disposition , comme ces derniers , que des matières mates, pourquoi, dis- je, ces artistes usent-ils dans les ombres de hachures, de tailles, de points , etc. ? et pourquoi , au lieu d'étendre le noir par

> Aa moment où je m'occupe de cet article ^ j'appreocU par le journal des Artistes, du i*' juin 1828, que le tableau de la Famille de Darius s'exécute en tapisserie à la manufacture des Gobelins, et qu'il ne faudn plus qoe huit ana poor achcrer cette copie. Ce n'est pes la première foia , comme on l'image bien, que je rencontre des annonces de &its et de procédés absolument en opposition avec les doctrinea que je crois utile de publier ici. Voyes, i ce sujet, ce qui sera dit au Chapitre 6o4.

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couchea et de le foadi*e tout entier , le superposent-iU par des touches qui laissent percer ou traverser le lumineux du dessous ou du fond? Pourquoi cet artifice, dis~)e, si ce n'est pour suppléer au défaut de transparence des matières ? Les peintres de Tantiquité ont eu recours à ce moyen. Dans la peinture, dite la Noce Aldobrandine , les ombres de la figure de Tépour sont traitées par hachures. Une fresque de Guido Reni , conservée dans le palais Bai^ berini , et représentant un enfisint couché, est peinte par des hachures dont Teffet est très-remarquable , à cause de sa transparence et du relicif vrai qui en résultent. On pourrait rappeler ici Tefiet des carreaux de craie ou de fil tracés sur les tableaux, lesquels carreaux semblent enfoncer les objets représentés sur le tableau , etc. Enfin cette méthode de laisser apercevoir le fond sur plusieurs points de la surface peinte , produit une unité de splendeur et de transparence qui l'emporte singulièrement sur la manière empâtée et lourde , qui ne produit que des blancs et des obscurs opaques et sans vie. Les Hollandais et les Flamands ont su très-souvent tirer parti de ces ingénieux procédés.

La plupart des peintres , ayant très-bien senti que les ombres obtenues par leurs couleurs plus ou moins réfléchissantes et mates ne donnaient point l'idée du tournant , ou , coDune ils disent du modelé ; et s'étant aperçus que le relief n'était par conséquent que faiblement exprimé (le .ton et la teinte quoiqu'exacts de leur palette n'exprimant ni l'air ni la transparence), ont , comme je Tai déjà fait remarquer, augmenté par compensation rintcnsîté de l'ombre et de la demi-ombre , afin de mieux (ionuer Tidée de la rondeur; mais de ce prétendu moyen

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de compensation est résultée Fobscuriié : tant de peintures à ombres noirâtres, mais maies » de nos musées ne justifient que trop cette critique. Les peintres à huile sont encore assez souvent dans }'nsage,pour imiter l'air, d'obscurcir surtout les ombres proches et d'éclaircir par des glacis clairs les ombres lointaines; de même qu'ils obscurcissent aussi les clairs et les bruns éloignés , et cela quoique l'air soit^ pur et qu'il soit clair ou brun. Ces moyens, imaginés pour suppléer à la transparence, sont évidemment contre la nature , et ils ne font point obtenir de succès; car du gris proche et mat ne saurait ressembler ni à du blanc ni à du brun éloigné; il ne peut ressembler qu'à du gris proche : de même des ombres* noires, sur les objets proches du tableau , ne font pas' supposer d'éloignement , mais bien un luminaire étroit , ainsi qu'un air sombre; ou bien encore elles font supposer une couleur géométrique, noire elle-même, sur cet objet proche.

Si l'on m'objecte ici de nouveau que les peintres ne trouveront jamais de procédé préférable à celui qu'ont employé Rubens, Vandyck , Domenichino , David , etc. , et qu'en conséquence cette recherche sur la transparence ne peut conduire qu'à une chimère , j'objecterai aussi les exemples laissés par Giorgione , par Tintoretto , Paul Véronèse et tant d'autres , qui tentèrent avec persévérance d'obtenir cette transparence. J'ajouterai que si on ôte aux tableaux de Tiziano , de Corrégio , de Rembrandt , de Van Ostade , leur transparence matérielle , l'on verra disparaître la magie de leur teinte ; magie qu'il est impossible aux copistes de répéter , s'ils emploient des couleurs opaques et sans légèreté.

Tiziano représenta , dans son tableau des Pèlerins

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d'Emmaiis (musée de Paris) , un chat qu'on aperçoit t ainsi que les pieds des personnages , sous la table , entre la nappe et le terrain : je ne doute pas que, lorsque ce tableau venait d'être fait, il y a trois cents ans, Timitation de l'effet de ces objets, représentés dans l'obscurité, ne (&l très-vraie; mais je suis assuré aussi que Tiziano n'arriva à cette illusion qu'à force de couleurs transparente» et de glacis superposés. Plusieurs autres tableaux de oe coloriste magique et vrai pourraient servir encore à prouver ce que j'avance ici; d'ailleurs Raphaël Borghini n'hésite pas à dire , en parlant de ce célèbre Vénitien , que son pinceau allait voilant çà et là ses teintes avec l'asphalte,* et qu'ainsi il parvenait à imiter les ombres et la distance. Les teintes diaphanes de la Vénus Colonna , que j'ai eu occasion de citer, n'ont pu être exécutées que par l'addition de l'asphalte , et peut-être du copal ou de l'ambre , que Paul Véronèse ajoutait à ses couleurs. Les restaurations que fit à ce tableau , au commencement de jce siècle , un peintre vénitien , qui employait le vernis au mastio saos huile, étaient plus vraies de teintes que les parties originales , et cette comparaison servit à m'édairer sur cette question. Je doute aussi que Van Ostade , qui représenta ce Marché aux Poissons qu'on voit au musée de Paris, et dans lequel on aperçoit, sur des tables , divers poissons posés à des places successivement plus enfoncés les unes que les autres, je doute, dis-je, qu'il ait obtenu ce traosparent avec des couleurs broyées à l'huile seule , et posées sans quelque artifice particulier, artifice qui consbtait non-seulement dans la touche, mais dans un certain poli , qui rappelle l'effet que reçoit la basalte sous le brunissoir, qui la rend brillante et ccmmie

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transparente de terne qu'elle était d'abord. L'usage de la prélo» pour polir la peinture » a été indiqué par des écrivains flamands.

Sans parler dès à présent des moyens matériels du peintre , je crois devoir terminer ce chapitre en faisant remarquer la dliTérence qu'il y a entre les ciels peints au lavis , les ciels peints à gouache, et les ciels peints à huile. Quant aux ciels peints au vernis, ils sont bien plus diaphanes encore , surtout s'ils sont fixés sous verre , et tels que les Chinois en envoient quelquefois de Canton en Europe. Pour ce qui est des ciels exécutés à l'encaustique , ils ont l'avantage d'être splendides et transparens en même tems. Si , pour représenter l'azur du 'ciel , on mêle du blanc avec du bleu , on aura du bleu opaque et blanchi; on n'aura pas , comme au lavis , du bleu faible : à huile moins on met de blanc dans du bleu , plus la teinte reste bleue; il devrait cependant y avoir sur la palette un bleu léger, sans ôtre blanchi. De là l'avantage de la peinture à la cire, dite encaustique, parce qu'on met autant de cire que l'on veut dans une couleur quelconque, et qu'ainsi on obtient une teinte aussi légère qu'on le veut. La cendre d'outremer est préférable à de l'outremer blanchi par l'oxide de plomb. Il en est de même du noir afEaibli ; il ne doit point être éclairci par du blanc : il en est de même aussi du blanc léger , tel que du lait mêlé de beaucoup d'eau , il 9e saurait être représenté en peinture avec du blanc mêlé de noir, mais avec un glacis do blanc; c'est aussi avec un glacis de blanc qu'on représente les gaees très-légères , posées sur des dessous-bruns.

Enfin disons que si les peintures en tapisserie plaisent

U la vue , c'est que les laines offrent des couleurs afibiblies à tous les degrés, et non des couleurs masquées et blanchies par du blanc; mais« il faut le répéter» ce qui rend faux les tableaux en tapisseries , c'est que leur tissu , égal partout , réfléchit également la lumière sur tous les points de la superficie.

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