LE FINI PERSPECTIF ET LE FINI GEOUÉTRIQCE. S^J
OU si Ton veut le degré d'imitation auquel est parvenu et a cru devoir parvenir le peintre dans tout son tableau et dans les points particuliers de son tableau , soit quant à la perspective ou à l'apparence des objets ^ soit quant h la vraie et belle conformation des objets ou au géométrique de ces objets; fini, qui, par conséquent, comporte les deux qualités de vrai et de beau , qualités absolument essentielles à l'art libéral de la peinture.
Pour que l'on puisse saisir tout d'abord cette définition, je dirai que deux choses sont à distinguer : i"^ l'apparence ou le fini d'imitation par la'perspective, soit linéaire, soit chromatique, et 2^ la construction ou le fini d'inutation par la forme et la couleur géométrique , par le caractère enfin qu'on donne aux objets. *
L'exacte imitation optique ou pespective doit avoir lieu , quel que soit l'objet représenté; cette imitation ou cette perfection de l'apparence , étant , répétons-le , une chose toute distincte du degré de perfection de l'objet dont on veut rendre ou feindre l'apparence. On peut donc dire qu'il fout d'abord et absolument que le peintre fasse qu'on voie , à l'aide de ses couleurs , les objets de son tableau; et, puisque les hommes n'ont qu'une même sorte de perception , il est reconnu que le même degré de vérité perspective dans l'apparence doit avoir lieu sur tous les points ou objets du tableau , quels qu'ils soient. Il est aussi nécessaire qu'un fond représentée quinze pieds dans un portrait ait l'air d'être placé à quinze pieds , qu'il est nécessaire que la figure vue debout d'un portrait grand comme nature ait l'air d'être en avant et à fleur du cadre. Quel que soit donc le haut degré ou le peu d'importance d'un objet, il faut que, dans l'imitation, on voie cet objet ,
•i58 TorcHE.
c'est à dire qu'il faut qu'il existe optiquement à son plan
et dans son juste rapport optique atec les autres objets.
11 en est de même d'un discours, duquel on peut dire qu'il
faut que l'oreille de l'auditeur perçoive chaque mot,
même les moins importans : voilà donc un point déjà bien
distinct.
Cependant on pourrait faire remarquer à ce sujet que de même qu'un habile orateur rend plus sonores et plus sensibles certains mots qu'il croit devoir prononcer avec une grande clarlé et une grande énergie , et que de même qu'il cherche quelquefois à être entendu de près et de loin , ou plutôt de loin que de près, ou bien encore plutôt de près que de loin , et cela selon les cas » de même le peintre peut désirer que dans son imitation ou fiction certains objets soient vus ou perçus plus clairement, plus fortement que d'autres ; comme il peut désirer aussi que l'on voie et que Ton juge , et que l'on examine son ouvrage de près comme de loin, ou plutôt de loin que de près, ou quelquefois plutôt de près que de loin. J'admets donc ces cas qui se trouvent être compris dans ce que nous allons distinguer par le nom de fini perspectif vrai et beau. Ainsi la condition de beauté que doit offrir cette imitation toute optique ou perspective, consiste, disons-le ici en passant, dans cette imitation que le peintre veut opérer d'une courte distance ; imitation qui exige un soin particulier , et parcouséquent une touche très^fine et trèsdélicate sur tout l'ouvrage ; finesse et délicatesse que tout spectateur appellera du nom de beauté , etc, , etc. Nous reprendrons cette définition. Mais on ne peut guère concevoir que ce soit par une moindre justesse perspective que le peintre puisse subordonner certains objets à d'au-
LE FINI PERSPECTIF ET LR FINI GÉOMÉTRIQUE. sScj
très » comme Torateur qui subordoime certains mots , certaines phrases ou parties de phrase » en les faisant moins ressortir par la prononciation.
Quant au fini d'imitation par la forme » la couleur, etc., que le peintre donne aux objets , ce fini doit réunir aussi la condition du yrai et du beau. U doit être vrai : et c'est ce que nous avons déjà dit en parlant du possible et du vraisemblable ; or , pour que cette vérité et cette vraisemblance aient lieu, le fini est indispensable; car» sans ce fini^ Tobjet serait incomplet » et de plus ne pourrait être beau , puisque la condition du beau se rattache à ce fini par la construction ou la forme de l'objet. Mais, indépendamment de la beauté même de l'objet ou inhérente à l'objet , beauté exprimée par le fini , une autre espèce de beauté est exigée aussi du fini; c'est celle qui , étant du domaine de Tintelligence et non de l'organe , a été appelée convenance. Cette convenance prescrit donc le degré de ce fini géométrique sur tel ou tel objet, plutôt que sur d'autres, et elle fixe ainsi l'intérêt sur certains points déterminés. Nous comprendrons celte condition dans ce que nous al* Ions appeler beauté du fini géométrique.
Tout lexposé précédent fait déjà ressortir quelque chose de très-inléressant de cette question, qui pourrait devenir la matière d'une longue et utile digression.
Si l'on ne consultait sur ce point que le vocal>ulaire , et qu'on appelât fini , le poli, le fondu, le léché, la propreté du pinceau , on bien la ténuité peinée ou l'extrême soin matériel, dégagé de tout calcul métaphysique, on n'apercevrait rien de bien important dans ce précepte , et Ton serait autorisé , d'après cette fsiusse définition du fiui , à assimiler au fini des cheis^l'cBuvre celui des plus
misérables productions miniaturées avec patience mais sans art. Si , d'un autre côté, l'on pensait que finir c'est terminer, c'est paracheyer une œuvre, qu'y aurait-ii d'instructif dans cette définition ? Tout le monde sait qu'il ne suffit pas de commencer, d'ébaucher un ouvrage, puis d'en rester là; on n'ignore pas que c'est la fin qui couronne l'œuvre, et que tout ouvrage doit être fini pour être complet. Mais quel ordre, quel calcul, quelle marche doit suivre le peintre dans cet art du fini ? C'est ce qui n'a guère été jusqu'ici déterminé dans nos écoles. Je dis quel ordre doit-on suivre , parce qu'on n'entend certainement pas par finir un tableau ce qu'on entend par finir la construction d'un édifice , ou tout autre ouvrage qui a son commencement et sa fin; c'est peut-être dans cette idée que les anciens écrivaient souvent : un tel faisait ce tableau , cette statue , etc. , etc. , au lieu de dire : un tel a fait; car fait étant synonyme de fini , c'eût été dire que ce tableau ou cette statue étaient suffisamment ou complè* tement finis , condition qu'aucun artiste ne doit se vanter d'avoir remplie. Quand David disait à ses élèves : « Ne » finissez pas ce qui est mal commencé, parce que ce » serait gûtcr vos yeux; mais recommencez;» le mot fini est pris alors dans l'acception ordinaire , et n'est nullement technique ; il s'oppose au mot commencer.
Il pourrait donc très-bien arriver que l'on s'embrouillât au milieu d'une question que le défaut de définition rend plus. ou moins compliquée; et on pourrait bien se croire autorisé, à cause de cette confusion , à déclarer qu'il convient d'abandonner au goût seul de l'artiste cette condition , bien qu'elle dépende très-positivement des règles : aussi est-ce le parti qu'a pris l'auteur de l'article suivant.
LE PINI PBRSPBCTIP £T LE FINI GÉOMÉTRIQUE. H^l
^ue Ton Irouve dans l'Eocyclopédie. c II serait difficile , » dit*iU d'établir précisément quand et jusqu'à quel point > il faut s'arrêter aux détails , ou les sacrifier. On doit V sur cela s'en rapporter au goût et'au- jugement de l'ari liste. » Cependant n'est-on pas en droit de demander à quoi serrent la perspective et la science de l'optique, si c'est le goiH de l'artiste qui doit être consulté comme règle, quant au fini ? A quoi sert aussi la loi de la convenance » qui ne laisse pas au peintre la liberté de finir ou de ne pas finir tel ou tel objet au gré de son caprice? Mab ne nous égarons pas nous-mêmes ici , et restreignonsnous dans l'analyse juste, qui. distingue évidemment le fini perspectif et le fini géométrique.
Fini perspectif. Il est nécessaire de considérer
séparément dans le fini perspectif les deux conditions de vérité et de beauté. Le fini perspectif vrai n'est autre chose que le résultat optique que fait obtenir sur le tableau la pratique de la scénographie et de l'orthographie appliquées aux traits et aux couleurs. Ce caractère de vérité perspective doit avoir lieu sur toutes les parties, sur tous les points du tableau , quel que soit leur peu d'importance; car un objet, un point du tableau faux d'apparence , c'est à dire faux par la représentation optique , est ctmme une tache qui arrête l'œil : c'est un équivoque qui distrait, qui offusque l'esprit. Enfin il faut absolument que tout ce qu'qn y introduit soit vu, que tout ce qu'on y dit soit entendu. Quant au fini perspectif beau , il consiste dans le degré de soin imitateur, et dans la fine précision de la touche et de tout le travail ; il consiste aussi dans le soin particulier qu'obtient le peintre dans l'intontion bien louable de satisfaire l'œil et l'esprit TOME vin. 16
24^ tovchb.
des spectateurs qui Toudraient contempler de près certains objets de son tableau. Nous reviendrons sur cette définition : parlons d*abord du fini perspectif vrai.
yétiU dans le fini perspectif. — Le fini perspectif vrai est réglé d'une manière toute positive par les lois de la science perspective. Le peintre n*est point le maître y dans certains cas , de négliger telles ou telles conditions optiques de la représentation. Il faut qiie tous les points ou que toutes les lignes perspectives soient justes; en sorte que ce que nous appelons Ici fini n'est au fait que Texactitude graphique apportée snr tous les points du tableau. Quel artiste prétendt'ait s'affranchir de cette obligation y ou prétendrait à rexceltence dans des tabletfux privés de ce fihi , puisqu'il n'est autre chose que la vérité elle-même? Et rappelons ici que cette Vérité dans le fini perspectif est obtenue non-seulement par l'espèce de direction , par le degré de force et par la grandeur des touches, mais aussi par l'espèce de tons et de teintes « par leur degré de diaphanéité ou d'opacité » etc. ; en sorte que vouloir la vérité pei* le fini perspectif c'est vouloir être très-naturel , c'est vouloir produire l'illusion; c*est enfin vouloir ce qu'ont voulu tant de peintres » qui cependant et malgré tout leur talent , n'ont pas eu une idée suffisamment nette de cette condition ; car ils ont cherché le fini ailleurs que dans la perspective; ils ont pris le changé » et ont appelé fini ce qui était touché avec finesse; ils bnt enfin été jusqu'à toucher d'une manière minutieuse certaines parties de leurs tableaux» tandis qu'ils restaient fort négligens sur d'autres partieii.
Toils les tableaux de Denner» qui peigmiit en grand»
LE FINI PERSPECTIF BT LE FINI GJ&OMéTRIQUB. 243
et qui YisaîX surtout au ctraclère microscopique des têtes, n'ont jamais été approuvés par les persoBues bien iostruites de la perspective; e%, malgré le fini extrême du pinceau, ces tableaux dq sauraient servir à prouver l'avantage qui résulterait d'un fiui tel que tant d'amateurs l'entendent, et tel que Diderot le désirait. £n efiet» si les détails de l'épiderme et de toute la carnation sont rendus d'une manière extrêmement finie dans Denner , si l'on peut compter les pores de la peau, les cheveux et les poils , ses fonds et ses draperies n'en sont pas moins d'une faible vérité; sesfond^ne fuient p^int assez» et ses draperies sont souvent sans perspective» Ce peintre prouve donc que le fini doit d'abtrd être tout perspectif, et que la patience/ le plus subtil pinceau, la meilleure vue , l'emploi même de la loupe , ne produiraient que des contre-sens» et seraient mêaie des moyens opposés à rillusion , saus Tobéissance aux lois qui règlent les rapports matbématk{ues de la perspective, linéaire et aérienne.
On peut même ajouter c|ue les tableaux de Denner , ou d'autres , ne procurent aucun plaisir à cause àe ce désordre même» et que» dans les eoliectîons et les musées» l'œil du spectateur s'arrête bien plus vcdontierssurles tableaux dont la représentation est bien d'accord en général » et comme dit le public » dont l'optique est bien entendue ( eu bien encore » qu'il s'arrête plus volontiers sur les tableaux bien pensés et bien composés que sur ceux dont le pinceau est si prétentieux et si lécbé.
Il y a donc des tableaux qu6 1^ fiiux connaisseurs appeUent fiais, et dans lesquels cependant manque presque tout ce qu'un peintre > qui conçoit bien la nature et le
fond de 8on aii » aurait mis dans une simple esquisse* Le désordre perspectif dans le fini ou dans le détaiHé n'esl jamais racheté par le précieux de ce même fini et de ce détaillé mal entendus; en sorte que les peintres ignorans ont bien tort d'imaginer que le succès d'un tableau dépend de la force de la vue , de la finesse de Tontil , et de la patience de l'artiste. Si l'on supposait que l'on ne dût peindre que pour des yeux perçans , il en devrait résulter que les tableaux très-minutieux et très-délicats de fleurs et de fruits, de paysages ou d'inlérieurs » feraient toujours un effet délicieux par la représentation détaillée des plus petites parties des objets ; mais il arrive tout le contraire , bien que l'on compte souvent, soit l'étamine des fleurs , soit les plus petites parties des insectes, soit enfin tous les brins d'herbe dans ces peintures microscopiques , exécutées par un travail extrêmement fin et délié. Une corde, un panier, une chaîne d'or savamment indiqués, c'est-àdire indiqués selon le plan qu'ils occupent et selon la convenance, peuvent faire plus d'effet que si l'on en dé^ taillait très-petitement sans nécessité et contre le bon sens, tous les brins , toutes les plus subtiles parties. D'ailleurs , le peintre qui sait feindre dans un portrait barbare tous les fils d'une houppe , ne doit être'remarqué que par son ridicule , puisque , dans ce même tableau, les têtes semblent nécessairement négligés , sans détails savans et sans fini. Que Léonard de Vinci , au contraire, qui sait nous représenter Joconde ou la Féronnière» par un dessin excellent des yeux» delà bouche, des joues, etc. , soit d'ailleurs servile imitateur des détails, des ornemens, des broderies , des chevelures , sur ces mêmes tableaux si vivans , ce grand talent et cette perfection pour les choses {H4n-
L£ FINI PERSPECTIF ET LE FINI G^Olli^TRlQUE. ^4^
cipales rautoriseot en quelque sorte h cette recherche des choses secondaires.
Finir ne consiste pas non plus à observer sur la toile une continuité de pinoeau qui n*est interrompue par aucun laissé, ou à produire une fonte recherchée de couleur, qui , telle agréablement et nettement qu'elle soit exécutée , n'offre rien de plus que du poli et un certain métier. Finir optiquement, c'est, on doit s'accorder à le dire , rendre entièrement , à l'aide de la perspective , l'apparence do tous les caractères des objets.
Dans les têtes de Léonard de Vinci , les caroncules des yeux ne sont ni cernées , ni écrites sèchement , ni exécutées avec un fini ou un léché conventionnel et à prétention : son fini sur les figures est parfiiitement bien entendu , et le bon sens lui a toujours suggéré l'idée de proportionner le fini à la force d'apparence des parties. Les doigts de ta Joconde, par exemple, ont les extrémités et les ongles peintj d'une manière un peu indécise et peu arrêtée, parce que ces extrémités échappent h la vue par l'effeCde leur obliquité; mais qui oserait dire que cette mam ainsi traitée n'est pas d'un fini excellent? En effet il ne convient nullement de rechercher avec affectation des détails , là où les détails échappent à la vue, mab bien sur les objets les plus proches de la vue. Au reste Léonard de Vinci doit être cité comme le peintre qui a pouss/) le plus loin le vrai fini. Son tableau de Sainte-Anne , et ce portrait que nous citons ici de Lisa Joconda, sont des modèles admiraJ>le6 sous ce rapport.
Diderot pensait que l'immensité du travail read les peintres d'histoire négligens dans les détirfls. « Ah ! dit-il , B sî un sacrifice , une bataille , un triomphe , une scène
• publique pouvaieot être rendues a^ec la même Férilé » dans tous ses détails qu'une scène doi^estique Aq Greuie » ou de Chardin I Mais presque toutes les grandes com- » positions sont croquées» ete. »
Ce vœu, qui est celui de plusieurs critiques, est ordinairement mal entendu; ce qu'on doit désirer, c'est que ce soient les caractères des personnages qui se trouvent être le mieux exprimés, le plus rendus et le plus touchans de vérité: c'est plus d'émotion qu'on attend des tableaux; et si l'on croit indiquer le vrai moyen de la produire en réclamant le fini des accessoires , des étoffes et des détails , on est dans l'erreur. Quand les peintres d'histoire sacrifient trop bs accessoires et évitent de les rendre , c'est afin de ne pas détruire le peu de rendu de leurs ligures. Ce sont donc les figures qu'il fiiudrait perfectionner d'abord, pour perfectionner ensuite les accessoires. Ainsi ce que le spectateur a le droit de réclamer, malgré la loi de l'unité de vision et de perspective, c'eat que l'intérêt résultant du fini soit dirigé sur les objets les plus essentiels; mais on aperçoit qu'il s'agit ici de la beauté du fini.
Il faut que le peintre , pour se faire une idée juste d« fini, soit préoccupé sans cesse du principe de la perspective, d'après lequel les objets, au fur et à mesure qu'ils s'enfoncent d'après le tableau, ou que leurs surfaces se présentent obliquement à la vue et même au luminaire sont moins sensibles à l'œil , sont moins vus et moins déterminés optiquement , etc. Il résulte que finir c'est rendre avec détail , avec netteté , vivacité œ qui est proche et perpendiculaire à notre vue; c^est exprimer les objets par une touche vive et sensible , et cela qudie qu'en soit la teinte et quel
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qu'eo s#it le ton : de méoM ç*e|t readre avec un travail transparent, fin, et oomme insensible, tout ce qui s'éloigne ou se présente obljquwient dans le tableau. D'après cette définition , il ne doit pas paraître étonnant que des théoriciens , et que Depîles entr^autres , aient reconunandë de b^eancoup finir et de beaucoup soigner les devants du tableau; mais ces auteurs auraient dft s'expliquer, puisqu'il faut pest-étre un soin plus grand, c'est kdire p)us de patience encore peur exprimer œ qui est fuyant. En efiet cette touche însensibie , mais qui laisae apercevoir suiCsamment les objets rapetisses, par la distance , cet art délicat de iaire disparaître la toile , et cela proportiounellemeot ou selon renfoncement jusqu'au ciel ou au firmament , par exemple , qui doit être comme immatériel et plus finement peint encore que les montagnes ou les lointains, plus immatériel enfin que les nuages même; ce fini, dis-je, exige nn grand soin, un calcul aoutenu par le vraisembkbie , et un artifice fort délicat ; tandis que le détaillé des devants et la force de la touche sur les premiers plans, exigeojt plus de travail que de magie. C'est le fini ainsi conçu qui est une précieuse condition de l'art , et une de ses grandes difficultés; mais ce n'est pas ce travail minutieux, partout ressenti et compté, n'exprimant que le près et jamais le loin, ou pour dire autrement, faisant toujours voir la toile pnochc du spectateur, et jamab la profondeur, l'enfoncement , ou bien les plans obliques; une telle louche, en effet , détruit toute idée d'air et d'espace. Cette loi du près et da loin est bien simple; et cependant il semble qu'elle ait été ignorée de la plupart des peintres ; al je ne crains pas de dira de nonveau que les pUis instruits en cette partie
dateat de Tépoque où Desai^es, par les soios et les écriU d' Abrahan Bosse , puUia sa théorie*
Miinteoant que noua aTOos suffisamment expliqué ce que c*est que le fini perspectif Trai , il conyîent d'avertir de nouTeau que cette condition n'est pas à elle seule le fini complet tel qu'on doit l'entendre dans l'art libéral de la peinture » et qu'il ne &udrait pas conclure de ce que nous Tenons de dire , que le peintre a atteint le but dèslors qu'il a été vrai par le fini selon la perspective. Cette condition du fini ne suffit donc pas; et la beauté optique, ainsi que la beauté intellectuelle, réclament aussi leurs droits.
Cette idée fausse et limitée que tout peintre est vrai, et que sa tâche est remplie dès-lors qu'il a bi<;n représenté en perspective , fut la cause que tant de tablaaux précieux de Hollande et de Flandre sont restés sans intérêt par te sujet. Les objets, dans ces tableaux» sont peu étudiés sous le rapport du géométrique : la composition est nulle , et le dessin des figures assez fiH)id, mais l'apparence est vraie; et cette figure de paysan, presque informe , ce vêtement si laid, ce linge si mal ajusté, sont regardés comme excellons , par cela seul que leur aspect est trèsnaturel dans la fiction , l'art de la perspective ou de la représentation étant , selon ces artistes » l'art complet de la peinture.
Passons donc à la condition du beau dans le fini perspectif.
Beauté dans U fini perspectif. — Comment concevoir la beauté du fini perspectif? Nous avons indiqué plus haut que cette beauté résultait d'abord du degré de soin imitateur, et ensuite de l'attention soutenue du peintre