LB FINI PERSPECTIF BT LE FINI G^OMÉTBIQUE
pour rendre vraie et exacte l'imitation "considérée d'un point plus proche que le point de distance déterminé , en sorte que le spectateur puisse jouir des objets du tableau » même lorsqu'il s'en approche» et jouir par conséquent de la beauté du travail, de la forme ou du soin de l'exécution , et même du caractère du géométrique de l'objet. La beauté du fini perspectif comprend aussi la perfection d'imitation de l'objet que l'on a situé exprès vis-à-vis le rayon principal , afin qu'il soit mieux aperçu; elle comprend aussi la grâce, l'aisance de la touche^ qu'on réserve pour l'objet le plus intéressant du tableau : ces choix en efiet appartiennent plutôt au beau qu'au vrai , ou , pour mieux dire, ils appartiennent h la philosophie de l'art plutôt qu'à la perspective. Il faut ajouter encore, parmi les beautés dont est susceptible le fini perspectif, l'art employé dans lés touches ou coups de maître, que le peintre ne donne qu'à la fin , pour parachever entièrement son ouvrage ; touches finales qui sont propres à foire croire que l'exécution ou l'imitation a été produite sans peine, comme par la volition d'un pinceau toujours franc et assuré. Ce sont ces diverses conditions particulières que nous allons tâcher d*expliquer.
Le soin imitateur avec lequel un peintre conduit le JSni perspectif a pour résultat non-seulement la vérité de l'image, mais aussi une espèce de beauté. Le spectateur , tout en applaudissant à la justesse de l'imitation , et en goûtant avec plaisir la similitude qu'il y a entre la fiction et la réalité , admire en même tems , comme une beauté de peinture, cet accord dans les teintes, dans les tous et dans les diminutions linéaires. L'unité d'aspect , l'ensemble juste et la vraisemblance optique, qui résultent
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d'uae exacte perspective linéeire et aériepne , il les appelle de véritables beautés d'art. C'est uae beauté eneibt, cette suite uoo interrompue de teintes efc de lignes scéoographiques correctes : ce sont des beautés , ces touches continuellement conformes à Toptiq^e, et répétant la sensation qu'éprouve l'œil en présence des objets réels. Cette correction devient donc uae magie ^ et ce soin semble être l'œuvre du génie*
Si l'on se persuadait que c'est le hasard qui » dans tous les tems chez les modernes » a servi la théorie de la peinture 9 et si l'on était averti de l'ignoranee dans laquelle de grands artistes sont restés toute leur vie » au sujet de plusieurs questions importantes » on ne s'étonnerait plus de ce que presque tous les peintres ont eu chacun une méthode difi^rente de fini perspectif» bien qu'il n'y ait qu'une seule et unique science perspective.
f lies premiers ouvrages de Tiziano » dit Vasari » sont
» esécuiés avec un soin et une déliealesse ÎMroyables .
» qui les rend également agréables , vus de près comme
» de loin; et les derniers sont exécutés avec des coups
» de pinceaux heurtés » et des couleurs moins Ibndues ,
» de manière qu'ils ne font pas 1» même plaisir quand on
9 s'en approche que lorsqu'on s'en éloigne : et oette dei^
» ni^re manière de peindre » qui venait de son grand âge,
* est cause que beaucoup de peintres ayant voulu l'imi-
» ter , et làîre parade d'une grande pratique » ont fait des
» ouvrages de peu de valeur; et cela» parce qu'en s'ima-
» ginant mal à propos que ses derniers tableaux ont été
» faits sana soin et sans peine. Ils se sont trompés lourde-
» ment» parce qu'on connaît » en les examinant bien,
» que Tiziano les a fort travaillés. »
LE FINI PERSPECTIF ET LE FINI GEOMliTRIQUE. SÔl
Lorsque la distance adoptée par le peintre est trèsgrande , il ne semble pas autorisé pour cela h ne calculer son fini que pour cette très^ande distance ; car quel plaisir éprouverait celui qui voudrait s^approcber un peu du tableau? Le peintre n'a certainement pas le droit d'éloigner le spectateur du tableau dès qu'il est portatif» et qu'il diffère en cela des coupoles , des plafonds ou des coulisses de tbéitre, qu'on ne vient {limais considérer de près.
C'est donc une beauté attachée au fini perspectif» que la beauté résultant du travail soigné et châtié » travail qui procure au spectateur un rimi plaisir lorsqu'il examine de près le tableau. Si la peinture n'étott, répétons^le» qu'un art d'illusion et de déception de la vue , le peintre aurait rempli sa tÂcbe dès-lors que l'image , considérée àa point de distance , paraîtrait semblable an modèle t mats si la peinture est un art de beauté, un art noble et libéral » elle doit piaîre de près comme de loin. £t certainement on ne justifiera pas un peintre de sa rigueur optique , lorsque cette rigueur prive le spectateur non^seulement du plaisir de retrouver la nature dans l'image vue de près , mais lorsqu'elle lae laisse pas m6me des comparaisons possibles à l'œil , dès l'ioslant qu'il quitte le point de distance pour s'approcher un peu du tableau. De loin j'aperçois, dans un portrait, la chaussure délicate ou les gants souples et légers d'une femme jeune et charmante : ses jeux douK briUent par un poli attrayant , et sont caractérisés par une humidité expressive; mais aussitôt que j'approche, cette chaussure , qui de loin indiquait un pied si élégamment formé , ces ganta , à travers desquels je voyois une main si belle » n'offrent plus que de larges hachures de
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toutes sortes de couleurs , que des masses entremêlées , brouillées » auxquelles je ne comprends rien. Certes je préfère la touche lisse et uniforme de Raphaël , de Sebastion del Piombo , de Léonard même , bien que ces maîtres n'aient pas su produire de loin un excellent effet optique; je la préfère » dis-je , à ces touches si désagréables de près , non-seulement pour la vue qu'elles blessent y mais pour l'esprit , qui se trouve tout désappointé , parce que ses idées s'embrouillent en s'u|>prochant de l'image , et parce que chaque coup de pinceau lui rappeUe qu'il est en présence d'une peinture.
D'un autre coté , on pourrait avancer que cet art de tromper les jeux par quelques traits magiques du. pinceau 9 cette facilité indicative, et ce savoir qui produisent beaucoup avec peu^ sont des qualités précieuses , j'en conviens; mais ces qualités ne sont précieuses que lorsqu'elles se concilient avec la convenance : ces indications ont quelque chose qui surprend , et qui plait en mêmetems; mais c'est lorsqu'elles ne sont pas plus exagérées que ne le sont celles de Yandyck , de Paul. Véronèse , de Spagnoletto » etc. Mais » dès qu'il s'agit d'un tableau pur et sévère , la brosse du décorateur ne convient pas ; dès qu'il s'agit d'arracher des larmes, d'exciter l'âme et d'y réveiller d'heureux sentimens , le badinage de l'outil , les jets hardis de couleurs , les taches savantes ne conviennent pas non plus.
Entre le système qui veut qu'on assimile la peinture à un miroir fidèle , et le système qui veut que d'habiles indications soient suflEUantes pour l'imitation, n'y a-t-il pas uD juste milieu ? Nous pouvons donc blâmer le poli , le lisse monotone également étalé , et Iilûmer aussi les