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pinceaux on lui apprit à manier la règle et le compas» on lui apprtt les élëmens de géométrie-pratique, on Texerça à corriger» à perfectionner son organe et ses idées par ce moyen , et qu'on la rendit capable, par ces études positives et généralement utiles , ainsi que par celles qui y sont analogues et qui concernent le coloris et les lois de la vision , d'entreprendre la représentation , soit d*une fleur, soit d'une tête ou d'un paysage. Et même , quant à Tautre moitié de la peinture , )e veux dire le beau choix et la philosophie de l'art, bien qu'il &ille consacrer beaucoup de tems pour parvenir à ce savoir complet , je crois cependant nécessaire et même indispensable de leur en faire connaître les élémens et la théorie première, afin qu'elles sachent distinguer ce qui est affecté et ce qui est laid , malgré la mode et ses mauyais exemples; ce qui constitue euGn l'ordre, l'harmonie et la beauté.
Biais vous toutes qui comptez sur votre goût naturel , sur votre gracieuse facilité , sur vos idées vives et rapides, vous ne savez donc pas que pour bien écrire seulement la fable du loup et de l'agneau , du renard et du corbeau, il faut être un Lafonlaine, c'est à dire un grand poète, c'est à dire un homme fort , très-profond en étude et en connaissance des anciens et de la nature. Vous ne savez donc pas que Al. Pierre ne pouvait faire un portrait parce qu'il n'avait point assez étudié la nature ou l'art, bien qu'il eût compoaé des peintures vastes pour des pendentifs et des coupoles, bien qu'il ait fourni des dessins pour des vignettes , des tapisseries , etc. , etc. Pauvres petites , que les messieurs saluent avec extase , que les papas admirent , que les soinlisants amis du papa admi-
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rent aass! > que les marchands de couleurs et de jolis cadres ont bien soin de méi^eger et d'encourager , savezvous bien que vous commencez Tart par le point le plus difficile; que pour faire deux yeux d'accord et pour placer une tête sur le coU il faut avoir travaillé , sué , pâli sur la perspective, Tanatomie, la mécanique vivante, et sur mille questions de l'art? Vous parlez en maîtres d'une broderie y d'une échancrure de robe», d'une manche à la mode d'un maintien de salon • et vous ùe savez m4me pas dire oii le spectateur doit se placer pour .voir du vrai point de vue tel ou tel portrait sortant de vos mains. Vous prétendez avoir un œil délicat et juste , et pour peindre vous vous placez trop près , trop au-dessus du modèle» et de manière >à faire des monstres ^ si vous copiez ce que vous voyez ; enfin ce modèle vous ne le connaissez pas. Si on vous demandait le profil de cette bouche» de ce nez que vous peignez de trois quarts , que vous parfondez, que vous polissez et lissez» vous ne sauriez pas même en faire la représentation. Vous dû pourriez pas dire » après que le portrait est' fmi » si c'est cette épauleci ou celle-là qui était la plus élevée dans le modèle; vous ne savez même pas pourquoi l'épaule qui lève doit être quelquefois dessinée plus basse , vous ne savez même pas ce que veut dire perspectif» géométral et propiartionnel. Continuez » rivales des Rosalba , des KaulTman » employez la peinture comme moyen d'attirer les complimens et les révérences, mais sachez que par vos ouvrages misérables vous flétrissez» vous dégradez l'art mohle du peintre » en donnant k croire qu'il est à la portée de tout le monde» et qu'avec de l'esprit^ de la facilité» un œil pénétrant et de la pratique du pinceau » on peutte met-
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tre au rang des habiles artistes» on peut exposer aux yeux du public des chefs-d'œu?re.
Ce n'est certainement pas l'aptitude ni le talent naturel qui manquent à ces centaines de personnes qui font de mau?ais portraits ; elles saisissent les physionomies; elles auîment y elles rendent quelquefois Qt expriment en partie la grâce d'une bouche, la finesse d'un regard, le tour heureux d'une cheyelurO; elles font enfin leurs portraits ressemblans, de manière à ce que chacun reconnaisse tout de suite l'original. Mais est-ce là l'art de la peinture, est-ce là une image des intentions , des vues et de l'esprit , de la nature ? Que signifient ces pauvres tableaux, à quel degré sont-ils rapprochés du vrai et du beau ? Où est l'unité de caractère, l'harmonie morale; où est le foyer de pensée qui tantôt nous échanflc doucement et par degrés , puis tout-à-coup nous éclaire, nous émeut et nous agite fortement ? Dans le portrait de cette toute jeune fille , a-t-on peint son ingénuité?. Non; elle est ressemblante, mais avec un air coquet qui n'est pas.le sien. Ce n'est pas là sa bouche timide, un peu boudeuse; ses lèvres presqu'unies l'une à l'autre, un peu mates, un peu pâles : c'est une autre bouche , c'est plutôt celle d'une veuve parée et à prétention; et ses yeux, si purs, si pleins de candeur» ils ne sont point exprimés par ce regard béte ou hardi» par ces paupières faites d'idées et qui ne disent rien.
Non Messieurs , non Mesdames à palettes éclatantes , à chevalets de très-bel acajou, vous ne pourrez imiter la nature , ce qui veut dire : vous ne pourrez répéter le charme de ces yeux chastes» deux et pénétrans; le charme de ces attitudes naïves et éloquentes, le charme
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des êtres enfin, et par conséquent leurs fonoeset leur cou* leur, si vous n'avez pour maigres que des artistes ignorans et yaniteux, que des coureurs de cachet, qui vous focdaccroire |;entimcnt qu'avec du soin et de Ic^ résolution de pinceau , on produit de belles choses : professeurs saiis savoir et sans sincérité, qui , au lieu de vous faire envittger l'art de la peinture comme un art immense, qui est Tégal de l'art des poètes , vous invitent à la témérité, vous font voir dans un portrait une production sans conséquence et sans difficultés; et qui , au lieu d'élever votre talent sur des principes solides , positifs , puÂséa dans la géométrie , l'optique , la nature et la philosophie , tous étourdissent agréablement en vous parlant tout à la fois de génie, de dessins au pointillé, de Raphaël, de Seppia, du Parthénon , des nouvelles de l'Institut et de tous les jolis petits tableaux qui font fureur au salon.
En voilà asses pour donner à entendre qu'un bon portrait est ce qu'on appelle un bon tableau , et qu'il faut être peintre habile pour en produire. Terminons par une réflexion qui rentre dans notre sujiet
Gomment se fidt-il qu'à la vue de tant de mauvais porraitson n'ait pas ouvert les yeux sur la nécessité de change la marche d'instruction des élèves eu peiiiture» et que Ton veuille commencer l'élude de la figjure humaine par l'étude de la tête , qui certaiaement est de toutes les parties de la figure humaine celle qu'il est k plus dilEcfle de rendre? On s'obstine à vouloir imker des têtes et des portraits avant que de savoir construire ei^ gros toute une figure; on prétend atteindre à ce qui dépend le phis de la métaphysique et de- la philosophie de l'art ^ et on ignore même les moyens de représeQtçr des corps solides et im-
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mobiles; enfin on iait faire des portraits h un commen-
Sas lUFFÉRENS CBMES BN PBINTUAB.
trait les personnes ignorantes en peinture n'y voient rien à intenter » et croieal suffisantes seulement la patience et l'adresse pour bien copier. Néanmoins si on possédait la vraie définition de l'art, on reconnaîtrait» qu'a?ant de placer par exemple la tête et ses détails sur la toile, il faut bien être assuré de la légère inclinaison que peut avoir cette tête sur le col et le col sur la poitrine; et cette inclinaison, ce mouTcment (s'il confient qu'il ait lieu, puisque souvent la tête doit rester droite, bien qu'elle paraisse un peu penchée par l'opposition oblique de la ligne du col ) , ce mouTement, dis-je, ne faut-il pas examiner avec beaucoup d'attention , s'il est le mouvement propre à l'indi- - vidu , s'il est dans ses mœurs, dans ses habitudes» s'il n'est pas contraire à l'art» je veux dire à la vraisemblance, au mode enfin du portrait. Je ne parle pas du choix des combinaisons des lignes que donnent les bras , les vêtemens , les accessoires de ce buste. Je ne parle pas du choix du clair-obscur et du coloris , ni de son degré d'exagération , afin de le faire paraître plus vrai lorsque le tableau sera en place, et considéré sous tel ou tel jour. De plus , ne faut-il pas méditer sur la convenance du luminaire , sur celle de l'espèce d'air coloré ou incolore , propre enfin au sujet ? Ne faut*il pas méditer sur la disposition et la couleur des draperies , puitqu'elles peuvent enlaidir, rendre équivoque ou embellir la carnation du modèle, tout en favorisant la combinaison optique de l'ensemble? Enfin toutes ces qualités» et mille autres, n'appartiennentelles pas à l'invention , ne s'obtiennent-elles pas par la réflexion et la méditation , au lieu de s'obtenir , conune certains artistes le prétendent» par la témérité, par la