‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 83 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DES PORTRAITS-BUSTES, DES PORTRAITS-DEMI-FIGURE, DES POUTRAITS EN PIED ET DES PORTRAITS EN PETIT OU EN GRAND.

Portraits^busles.

JM ous devons interroger encore ici le principe si fécond de l'unité. Par portrait- buste on entend la représentation d'une partie plus on moins grande de la poitrine surmontée de la tête. Dans un bu^e, le bas de l'humérus est plus ou moins caché par le cadre» et les mains ne sont point aperçues. Puisque dans un buste sculpté où l'on ferait Toir les bras et les maios , cette disposition produirait un mauvais effet , pourquoi n'en serait-il pas de même en peinture , et cela malgré la circonscription du cadre ou de la bordure» en-delà de laquelle il -semble qu'on devine le reste de la figure ? Enfin l'unité d'un buste finit en bas de la poitrine» et ici pour être entendu il suffit de dire que la tête ne doit pas » par spn volume » être égale ou aussi grande que la poitrine » car on n'appellerait plus un tel portrait un buste» mais une tête.

Le clair-obscur favorise ou déravge plus ou moins cette disposition optique» et l'on comprend très-bien que si h la tête d'un vrai buste on ajoute une collerette ou une barbe blanche» cette dimension agrandie le sera aux dépens de la poitrine» qu'ici je suppose vêtue de brun » et il en résultera duplicité entre la téta et celte portion de

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la poitrine. Tenons-nous-en donc au principe général de Tunité.

Si le peintre y qui est étranger à ce calcul optique , se sert d*une toile d'une dimension contraire à cette disposition » et s'il s'assujettit à la mesure de celles qu'on trouve toutes préparées chez les marchands» il arrivera souvent qu'il aura trop ou pas assez d'espace à remplir » et il se verra forcé d'ajouter des mains ou d'autres objets à ee buste ou bien à enr retraneher une partie.

A l'aspect d'un buste qui &it voir trop de corps et trop de bras, le spectateur demande à jouir plus complètement de ce qu'on lui indique, et il se troure mal à l'aise quand» faute d'espace» le peintre lui a refusé ce complément. Il ne convient donc pas d'adopter indifféremment un espace plus ou moins limité, mais il y a un rapport rigoureux à suivre dans toutes ces mesures et toute cette disposition. Dès qu'on aperçoit les hanches dans un portrait on désire voir le ]en et la position de ces hanches; il en est de même» ainsi que nous allons le dire» des jambes et des pieds. Mais lorsque le buste finit tout au bas du sternum et vers les fausses cotes » il n'y a d'expesé au spectateur que l'articulation de la tête sur le col » et celle du col sur la poitrine; et il n'exige guère l'indication du reste du corps quant au mouvement; seulement il importe que la justesse de construction de ce buste fasse pressentir le mouvement et la construction du reste de la figure. Ainsi lorsqu'on désire faire voir les mains dans une iigure-buste , il faut adopter la figure à mi-corps.

En général il convient de laisser voir les points d'articulation ou les sections principales d'une figure» parce que vers ces points se caractérise mieux l'apparence du mouve-

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ment. Un buste n'ofEre donc» comme nous venons de le dire » que Tarticulation de la tête et du col, plus l'attache de l'humérus et le jeu des clavicules, lia figure à mi-corps au contraire fera voir en plus la flexion des yertèbres vis-à-vis lo nombril , plus TarticulatÂn des hanches » des cuisses et des genoux. Une figure coupée aux aines déplaira donc par le défaut d'unité: coupée au-dessus des genoux , celte figure peut encore déplaise » et cependant si on la coupe à mi-jambe elle déplaira bien davantage. Mieux Y9Lul donc jpeprésenter la figure en pied, parce que dans ce choix l'unité reste bien conaervée. Il résulte que les vraies divisions doivent avoir lieu à travers les pectoraux pour ce qu'on appelle une tête : vers le sternum pour un buste sans les mains : vers le milieu de ia cuisse pour un portrait ou figure à mi-corps; et jusqu'au sol » ou en pied , pour un(> figure entière.

'Portraiis-demi-figare. Il ne faut jamais» je le

répète» commencer par prendre une toile d'une dimension arrêtée» et chercher ensuite à composer sa disposition dans cette toile » car le hasard seul pourra faire rencontrer juste; mais il faut faire un carton^préparatoire sur lequel on rogne» on agrandit l'encadrement à v^loBté et selon que le requiert le sujet. Ainsi lorsqu'on ne reut pas qu'un portrait soit ce qu'on appelle une tête ou un buste» et que l'on veut développer les parties» faire voir les mains » la contenance du corps et le jeu du squelette » et que cependant on ne Tout pas £ûre voir toute la figure en son entier » il convient de sectionner le portrait vers le milieu des cuisses à peu près ; il en résultera un portrait demi-figure. Si la %ure est assise on pourra la sectionner au-dessous du genou plus ou moins

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bas selon les cas : il est évident que par ce choix on laissera aperçues les articulations importantes, et que Ton pourra faire sentir le mouvement dominant de toute la personne. Le caractère de disposition d'un tel portrait sera déterminé , les mains et les bras pourront être aisés » et non gênés » et comme emprisonnés dans la bordure.

Si Ton faisait sectionner la figure par le cadre au bas des jambia»» l'unité de toute la figure seraitévidemment détruite , et le spectateur qui désirerait naturellement connaître la place et le jeu des pieds sur la jambe et sur le sol trouverait d'un très-mauvais goût ce retranchement qui semblerait être reiTet d'un accident.

PoriroUs en pied. « — La ressemblance d'un' individu n'étant complète qu'autant que son unité ou intégrité est manifestée et répétée dans l'image / on comprend aisément qu'un portrait complet est un portrait en^pied» c'est-à-dire où l'on a représenté les pieds et les extrémités du pericmnage» On a raison d'appelel* complet un portrait en pied : en effet, pourquoi n'offrirait-on qu'une partie de toute la figure» et ne ferait-on voir qu'une moitié d'homme? C'est l'homme, c'est toute la personne qu'on veat retrouver et comparer à l'image; c'est toute cette figure enfin qu'on veut voir mieux , pour ainsi dire , dans ce portrait ouvrage de l'art qu'on ne la voit ordinairement dans la nature elle-même.

Si l'on ne compose pas plus souvent des portraits en pied y c'est ou par économie ou par la crainte d'être embarrassé à cause de la grande dimension du tableau » ou bien encore c'est à cause de la difficulté qui existe h réussir dans une figure entière. Les personnes qui ne jugent du mérite des productions que d'après la dimension

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OU l'étendue de Touvrage » supposent que Taddition de deux pieds et d'un peu de la jambe» et que l'addition des bases de quelques meubles ainsi que du sol , ne doivent pas être pour le peintre une grande augmentatien de travail. Ce* personnes ne tiennent pas compte de la très-grande différence de mérite qu'il y a à faire bien un portrait en pied et à faire bien un portrait, demi-ligure. Cependant c'est la place de ces pieds dans le tableau , x!^t leur mouvement « leur correspondance avec la têle, c'est tout cet ensemble enfin qui est une chose difficile : aussi un portrait en pied n'est-il beau , n'est-il intéressant que lorsqu'il sort du pinceau d'un artiste très-habile.

Nous avons cru devoir , pour être|^lus intelligibles ici, offrir un portrait divisé par buslA, demi-figure » figure en pied et tâle. (Yoj. les fig. Sai » 532 et 523. )

Portraits en petit et en grand. Malgré le succès, et je pourrais dire le charme, de cette foule de portraits en petit sortis de la main des maîtres de l'école hollandaise , flamande , etc. , en peut avancer que la dimension naturelle» c'est-à-dire, telle qu'est celle de l'individu placé à fleur du cadre, et vu parspectivement, est la plus favorable à l'expression de la vérité , et la plus satisfaisante , généralement parlant , en ce que le spectateur peut , en s'approchant de l'image , découvrir des caractères que la dimension des petits portraits ne permet pas de rendre sensibles , et en ce que l'idée d'un modèle petit accompagne presque toujours le spectacle que donne une très-petite peinture.

Aux chapitres 167, 168 et suiv. , nous nous «ammes étendus sur la question relative au choix qu'il convient^de (aire de l'une ou de l'autre dimension; et nous avons

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cherché à démoDtrer ce qae nous veDons de dire en passant , qu'une image en petit est conventionnelle et toujours petite malgré Texactitude perspective. Nous renvoyons à ces chapitres, en répétant seulement* ici que s'il est vrai, optiquement parhint, que la petitesse de dimension soit une chose fort indifférente dans le cas où la représentation est parfaitement correcte, et puisque la petite toile, comme la grande, produisent le même effet optique sor la vue , par rapport à Tobjet naturel , cependant rien ne peut persuader le speotateur qu'un petit tableau n'est pas un petit tableau , ou qu'un portrait d'un pied, par eiemple, n'est pas en effet uw figure d'un pred; la dimension de la bordure étant là pour lui le rappeler. Les portraits grands comme nature et vus de loin ont donc un grand avantage sur les portraits en petit , surtout lorsqu'il ne s'agit pas de figures délicates et mignones, et qu'il s'agit de personnages au contraire mâles et héroïques. En effet , le portrait d'an guerrier bien rendu en grandeur naturelle sera plus frappant que le même portrait exécuté en petit par un miniaturiste.

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