PORTBAITS* — RESSEMBLANCE PAR LA DIMENSION
quelconque selon son exacte stature» sa dimension et son volume , le moyen qu*il convient d'employer semble appartenir exclusivement à la perspective; je dis qu'il semble appartenir » parce qu'en effet il y a des cas où la vraisemblance réclame ses droits» et où il ne suiEt pas de copier la mesuie réelle» géométrique et scénographique» mais où il faut ou réduire un peu ou augmenter un peu le volume de l'image. Ne parlons pas encore de ce cas tout relatif à la perspective > et supposons qu'il n'y ait rien autre chose à faire qu'à répéter exactement l'apparence des dimensions du modèle. Pour donner l'idée de la stature et du volume de l'individu » il est absolument nécessaire de savoir la perspective par théorie et par pratique. Les tâtonnemens des ignorans leur sont toujours funestes» et tel portrait » satisfaisant par plusieurs qualités » n'en reste pas moins médiocre par cela seul , comme dit le public » que les dimensions» et les proportions de la personne y sont mal observées. Tous les jours on entend se plaindre que tel ou tel portrait est trop grand » trop fort » trop long ou trop gros» trop court, etc. Or» il est certain que l'on admirerait au contraire la similitude de l'image» quant à cette condition » si l'artiste a?ait su mesurer et répéter les mesures de la nature; en sorte que c'eût été pour la ressemblance du portrait un avantage immense cpie ces exactes mesures.
Il n'y a donc rien de plus ingénieux è faire pour l'exécuAîond'un portrait que de prendre d'abord l'orthographie de l'individu placé dans la pose adoptée sur l'esquisse. Cette oKhographiesera la mesure de l'individurconsidérée sans les réductions scénographiqnai dépendantes des enfoncemens; et comme dans le plus grand nombre des
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attitudes, il se trouve que beaucoup de parties dil modèle sont placées tout proche du cadre ou de la vitre» il arrivera que le volume orthographique de ces parties sera le volume naturel. Mais si le modèle se présente» par exemple» aisis et ayant les genoux et les pieds tournés en face du spectateur , et que la tête soit éloignée du cadre de toute l'épaisseur de là figure» c'est à dire depuis le bout du pied jusqu'au dos » il est certain que la diminution scénographique de ces parties enfoncées derrière lavitre ou tableau » ou loin du cadre » les fera paraître beaucoup trop rappetissées » en sorte que si la distance adoptée est c6urte » cette déformation ou altération scénographique donnera l'idée d'un pied fort et d'une tête petite» de jambes grosses et grandes et d'un corps faible » et cela mBJgré la justesse de la représentation. Des choix aussi peu ingénieux empêchent donc l'illusion ou l'idée du vrai , parce que les moyens optiques de la peinture sont plus ou moins limités. En conséquence» le choix de la position et de l'aspect d'un portrait est très-important déjà sous ce seul rapport » et l'artiste ne saura faire un bon choix que » s'il sait prévoir les degrés de réductions scénographiques plus ou moins opposées aux dimensions réelles. Quant aux essais graphiques et multipliés qu'il ferait sur des cartons , ces essais le tromperont plus ou moins» et ils ne seront qu'un moyen fort incertain de réaliser ses pensées et de satisfaire son goût naturel s'il est bon- Cependant quel é&t le moyen à prendre » dira-t-on , dans le cas oh une figure assise se présente ainsi en raccouil^i ? Nous répondrons que ce moyen dépend du degré de raccourci et du degré d'invraisemèlancè ou de disproportion apparente qui résulterait de l'aspect et de
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h position d'une telle figure » en sorte que tantôt il conviendra de supposer le pied et la jambe en dehocs ou en avant du cadre , et de grossir par conséquent ces parties ( par ce choix , la tête s'approchant du cadre ou de la vitre, paraîtra plus grosse) ; et tantôt il conviendra plutôt de laisser les choses telles qu'elles sont, et de faire voir les pieds, les genoux, les mains dans leur grandeur réelle, et de laisser la tête selon son apparence réduite et ainsi diminuée. Tout cela dépend de mille et mille, raisons ou effets , que les artistes bien instruits et de bon sens sauront considérer tout à la fois. S\ le personnage-portrait a la tête forte, il ne conviendra pas d'en diminuer l'apparence en l'enfonçant dans le tableau; si au contraire elle est petite, et que les jambes et les pieds soient faibles aussi, il conviendra peu de les tenir en avant du cadre, et d'approcher ainsi la tête. Il est impossible- d'exposer ici tous ces cas différons ; mais ce que je dois dire , c'est que le peintre^ averti de ces différons effets d'optique et de convenance ou d'invraisemblance , doit plutôt changer sa disposition et la direction de sa ligne d'aspect, que de persister à lutter contre les équivoques défavorables au but qu'il se propose d'atteindre.
Le principe fondamental étant donc qu'il faut donner l'idée de la dimension naturelle de l'individu, les rigoristes en perspective ont fort mal raisonné en ne raisonnant que pour la perspective et point du tout pour la peinture : c'est ce qui fait que l'on rencontre beaucoup de portraits bien dessinés en perspective , mais qui donnent au spectateur l'idée de personnages petits ou grands, minces ou gros , bien que les originaux ne fassent point voir ces caractères. Ainsi la géométrie doit apprendre, et h mc^
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surer Tob jet , et à donner la juste idée de l'objet » k Talde de changeoiens prescrits par la vraisemblance.
Un moyen pratique très^facile d'exprimer la stature de l'individu, c'est» s'il est grand» de le placer haut dans le cadre » c'est à dire de mettre peu de champ au-dessus de lui , et s'il est petit d'en mettre beaucoup. Ce moyen est efficace» surtout dans les bustes» parce qu'un portraitbuste placé bas donne à croire que les pieds du modèle» posant sur le sol » sont peu éloignés du sonmiet de la tête » au-dessus de laquelle on voit beaucoup d'espace. Ce moyen est comparatif relativement à d'autres por^ traits; c'est ainsi qu'un enfiint doit être moins haut que son père» quelle que soit l'espèce de l'image qui les représente Tun et rautre< On peut en dire autant au sujet de la corpulence : un homme gros qui remplit le cadre de son portrait » et dont les coudes sont près du bord du tableau » semblera plus gros que sî beaucoup de champ» placé de côté » l'isolait dans la toile. Mais il suffit d'avoir averti l'artiste k ce sujet.
Traiterons-nous maintenant la question assez délicate que nous venons d'indiquer » savoir s'il convient de corriger dans le portrait d'un personnage illustre sa petite stature en l'augmentant» Il me semble qu'il n'y a qu'un mot k dire sur ce point. .Si le but de l'art est de plaire » d'instruire » d'être utile enfin par l'impression que produisent les belles choses feintes sur le tableau » il est évident que» pour opérer selon ce principe» il ne faut pas représenter les portraits des héros» des princes et des grands hommes exactement selon leur petite stature» si telle elle a été»* car dans ce cas on n'aurait pour approbateurs que ceux qui veulent faire de la peinture une espèce de
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chronique et une mute exclusirement historique , maïs on n'aurait pas l'approbation des philosophes ou des moralistes ; car» s'il y a des critiques qui n'exigent de cet art que des faits # des mesures et des copies serviles » il y en a d'autres qui Teuleot que l'artiste soit poète » et qu'il s'é* lève aux hautes régions du beau. Certes» il serait absurde de représenter Frédéric , roi de Prnssse » Voltaire » Rousseau , comme des personnages d'une bellecorpulence » ou de représenta Bonaparte avec une hante stature» ou Louis XVIII avec un corps trop aminci; de même il serait faux de peindre Gharlemagne arec une taille moyenne ; de tels contre*sens seraient rqioussés par toutes les traditions* Hais » d^un autre côté » un portrait étant une production d'un art noble» une production d*undes beaux^ arts» tout spectateur raisonnable exigera que » dans ces images-portraits» la ressemblance soit présentée sons la pbs belle Apparence » et que les citfaetèffés de l'individu soient exposés conformément aux lois du beau. Ainsi Voltaire ne doit point être représenté tel qu'il était» c'est à dire maigve et décharné; Frédéric ne doit point £iire voir une figure héténoclite; le maréchal de Saxe ne sera pas trapu » ni Agésilas d'un physique trivial et rabaissé. Les Romains» élèves des artistes grecs» en ont agi ainsi » et leurs empereurs, leurs héros n'ont rien deirivial dans leur stature ou leur embonpoint; et si la ressemblance de leurs corps est conservée et bien sentie » c^est avec d'ingénieuses DMdifications et par de savans embellissemens. Or la science des proportions et l'art de les modifier sont indispensables pour atteindre ce but; et c'est pour les avoir ignorés que tant de peintres ont chargé la laideur de leur modèlcB» ot que même» sans le* vouloir» ils y oot ajouté.
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Une autre raison doit déterminer le peintre à ne pas se contenter de calquer exactement Findividu-portrait » c'est lorsque cet individu est remarquable par une structure ou une proportion quelconque si particulière que l'exactitude de r^nage qu'on en ferait ne suffirait pas pour donner au spectateur l'idée suffisamment positive de cette structure ou de cette proportion particulière. Ainsi supposons qu'on ait à faire le buste d'une personne dont la tête est très-forte : si on met beaucoup d'ampleur dans le vêtement , si de plus on fait voir beaucoup de poitrine» la tête semblera troppetile/malgré l'exacte mesure; et si » en évitant ces comparaisons défa vendables, on ne satisfait pas encore suflGisamment l'esprit et l'œil du spectateur 9 il faut sans hésiter employer l'augmentation » et représenter la tête plus grosse qu'elle n'est en effet. L'observation contraire s'applique aux têtes petites. Ici la question du vraisemblable ressort dans toute son in> tégrité f puisque la mesure vraisemblable est plus vraie que la mesure naturelle elle-même.
On pourrait remarquer beaucoup d'autres cas où la modification de dimension est favorable à la ressemblance, c'est à dire à l'idée que l'on veut donner de la vérité ou de l'individu. Parlons seulement du cas oii la distance, de laquelle sont considérés les portraits dans des lieux vastes, est si grande» que l'apetissement optique de l'image laisse à penser que l'individu représenté dans cette image était lui-même petit. Il est certain que l'agrandissement est d'obligation dans ces cas; cependant on doit remarquer que les meilleurs peintres ont craint à ce sujet de tomber dans l'équivoque » et de donner à croire que l'individu représenté était lui-même colossal. Cette retenue
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est sage» et si une exaltation est permise» elle doit être très-réservée et s'éloigner peu du naturel. Les portraitscolosses ont quelque chose de faux qui détruit ce que Tagrandissement a pu avoir de noble et de magnifique.
Observations sur la qualité de grandeur esthétique appliquée à un portrait.
Nous avons indiqué en différens endroits de cet ou* vrage la qualité de grandeur esthétique , question qu'il eut été convenable peut-'étre de traiter dans un chapitre particulier. Celte espèce d'omission nous engage à désigner ici sous un titre secondaire cette même qualité qui , comme on l'imagine aisément , doit s'appliquer au portrait aussi bien qu'à toutes les autres espèces de tableaux ou sujets de peinture. L'esthétique est» avons-nous dit , la science des sensations» et le beau esthétique est le beau de sensation. Quant à la grandeur esthétique en peinture » et par conséquent lorsqu'il s'agit d'optique » elle consiste dans la grandeur qui résulte » non pas de la grande dimension exclusivement » mais bien de la sensation que produit une disposition grande » simple dans les lignes et dans les masses ; il est donc évident que celle condition ou qualité peut être très-convenable dans lu composition de certains portraits. Les héros» les princes» les souverains doivent être représentés dans des images capables de produire ce grand esthétique » ce grand de sensation qui impose même dans les représentations de moyenne dimension. L'Hercule de Lysippe n'avait, comme Ton sait, que quelques pouces» et Stace nous apprend qu'on y retrouvait la grandeur et la majesté de ce dieu. ( Voyez ce que nous avons dit» tom. iv, pap. 697. )
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Le grand esthétique frappe daos un portrait lorsque la disposition en est simple , lorsque le champ n*est pas trop Taste » et qu'il est même resserré* La grandeur des lignes et des masses » le silence dans le clair-obscur , dans les couleurs , et même dans les lignes , silence et calme imposant que nous avons déjà tâché d'expliquer ( voy. tom. lY, pag. siGi.)» contribuent à cette grandeur, à cette sensation. Les grandes parties d'un tel portrait doivent donc être, pour ainsi dire» incommensurables, et tout l'aspect doit offrir quelque chose de magique par ce grandiose qui est l'effet de l'art. Mais je renvoie le lecteur à ce qui a été dit au chapitre i «4 • de la Théorie de ta Beauté. ( Tom. tv, pag. 910. )
EnCn quel est l'observateur qui, ayant eu occasion de voir de nombreuses collections de tableaux réunis avec goût, n'ait pas été frappé de cette gravitésolennelIe,de cette simplicité grande , de ce choix imposant de masses et de lignes dans les nobles portraits des Tintoretto, des Palma, des Tiziano, des Vandyck, etc. , etc.? Serait-ce donc par hasard, ou par une cause toute physique, quç ces peintres auraient donné du grandiose à leurs portraits ? Non ces peintres avaient acquis , à force d'essais , l'art très-puissant de simplifier les masses , d'agrandir les lignes , etc., et le succès de leurs combinaisons les conduisit directement à ce grand esthétique , à cet incommensurable dont nous désirons de faire comprendre ici l'effet et le caractère.
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