‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 87 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DE LA GROSSEUR OU DIMENSION QU'ON DOIT DONNER A LA TÊTE DANS UN PORTRAIT -BUSTE, PAR RAPPORT A LA GROSSEUR NATURELLE DE LA TÊTE DE L'INDIVIDU.

fl 'ai été engagé à dire quelque chose au sujet de la grosseur des têtes dans le précédent chapitre; ici il nous faut reprendre cette question.

Comme il arrive que sur une tête vue perspectivement toutes les parties qui sont plus ou moins enfoncées dans le tableau » ou si Ton veut » plus ou moins reculées derrière le cadre . sont diminuées en appai^enoe par rapport au nez , dont le bout est censé toucher la vitre » et qui par conséquent conserve sa mesure ou dimension naturelle» on peut conclure qu*il convient d'avoir égard à cet;te diminution scénographique , et de tenir à cet effet la tête un peu plus forte qu'elle ne le parait. Mais la première chose à examiner ^vant tout » c'est ce degré de diminution , c'est-à-dire c'est de considérer si la distance produit en effet une diminution trop sensible par rapport à l'espèce de tête de l'individu dont on peint la ressemblance; car si l'individu a la tête petite, cette diminution , provenant de la perspective, deviendra une chose convenable : si au contraire la tête est grosse, cette diminution serait une invraisemblance.

Quant au moyen de grossir la tête , il peut consister soit dans l'agrandissement du dessin perspectif répété ea

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un dessin semblable , mais plus grand; soit dans l'opération par laquelle on considérerait le nez comme étant en avant et hors du cadre, et par conséquent grossi par rapport aux autres parties de la tête ou plutôt de la face; lesquelles parties sont vues sans diminution sensible, et restent dans la dimension véritable du modèle. C'est ainsi, que pour représenter avec vraisemblance la figure en pied d'un individu ayant une tête grosse , nous avons avancé ses pieds hors du cadre ou du tableau.

Indépendamment de ce moyen , emprunté à la science graphique , on peut , pour diminuer ou grossir en apparence une tête , user de quelques oppositions de volume. Ainsi , en mettant beaucoup de poitrine dans un portraitbuste , ou bien en agrandissant le champ sur lequel est placée cette tête ou ce portrait-buste , on semble rapetisser cette tête; de même qu'on semble la grossir en faisant voir peu de buste et peu de champ : et ici j'entends , par mettre beaucoup ou peu de poitrine , donner de l'ampleur par le vêtement ou le &ire paraître peu développé.

Il y a des tableaux-portraits qui donnent l'idée d'une tête plus forte que le modèle , par la seule raison quo le peintre n'a pas donné la solidité , le détaillé, la couleur et la touche qui conviennent pour les objets vus proches du cadre. Le ton vague et affaibli de ces têtes , leur touche suave , et propre à exprimer les fuyans et la distance aérienne, ces effets, dis-je, donnent à croire que ces têtes sont enfoncées dans le tableau; et comme leur dimension n'est point diminuée , elles font l'effet de têtes grosses et éloignées. Il arrive aussi , par une erreur analogue , que certaines têtes , peintes durement en minia-

PORTRAITS. DIMBHSION DES TÊTES. 34â

turc, semblent petites et proches du cadre , par la raison qu'elles sont peintes d'une manière aride , découpée et dépouTYue d'aérien. Ces équivoques ont lieu parce que tous les spectateurs calculent l'éloignement des objets d'après la dégradation aérienne autant que d'après la réduction du volume. Remarquez » en passant, qu'une tête qui n'est qu'ébauchée parait plus grosse que lorsqu'elle est finie, parce que premièrement les ombres en sont plus ragues, plus légères, plus aériennes qu'elles ne le seront au deuxième travail; et secondement, parce que les tons obscurcis, exprimant le modelé diminuent l'éclat des objets et semblent en diminuer le volume : en effet un globe, qui en peinture est du même diamètre qu'un disque , semble moins large que ce disque : en général les corps lumineux paraissent plus grands que les corps obscurs ; des têtes peintes à gouache et au pastel, semblent plus grosses que des têtes peintes h huile , surtout lorsque ces dernières ont poussé à l'obscur.

Les spectateurs qui ne voient qucr par les yeux du corps ne seront jamais d'accord sur la grandeur apparente de la lune ou du soleil , tant que l'on n'aura pas présenté à leur esprit l'idée de leur volume réel et de leur distance. L'éblouissement de ces corps trompe la vue, et rend plus incertain encore le sentiment de leur véritable dimension.

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