‹ Traité complet de la peinture (volume 4)Chapitre 89 sur 142 · PORTRAITS. — EE88B1IBLANCE PAR LA POSE · texte numérisé non relu

PORTRAITS. — EE88B1IBLANCE PAR LA POSE

Taîl pour attendre un meilleur moment; enfin se méfier même de ces hasards qu'on croit heureux et excellents, parce qja*ils séduisent et qu'ils semblent tirer tout à fait d'incertitude, tandis que souvent ils l'augmentent, et laissent bientôt l'artiste dans on plus grand embarras.

Il y a des peintres , et c'est le plus grand nombre , qui ont d'avance leur pose toute trouvée, et qui plient ensuite leur modèle à cette pose. Madame , Toulez-vons être en cette altitude-ci ou en celle-là ? roici la pose de la jolie comtesse de , il me semble qu'elle tous irait à merveille. D'autres fois c'est le modèle qui commande. Voici comment je voudrois être placé, dit au peintre le personnage qui devient aussitôt comédien, et que cette pose rend méconnaissable. Il est évident qu'avant de représenter un objet il dut le connaître, qu'avant d'adopter une attitude pour un portrait il faut pouvoir discerner si elle convient à l'individu dont on se propose la ressemblance, et qu'enfin ce n'est pas à la première entrevue seulement qu'on connaît l'air, les manières et les mœurs d'une personne. Or combien de peintres , faute d'avoir fait connaissance avec leur modèle , ne le reconnaissent presque plus la seconde fois qu'il se présente chez eux? Combien de ibis n'ont-ils imaginé que des contre-sens en composant seuls l'esquisse deJa pose de ce modèle, qu'ils n'ont encore aperçu qu'une seule fois ? On sait que Yandyck retenait à son dîner ses modèles; et il se trouvait très-bien de ce calcul.

Une des grandes diflicoltés c'est le choix de la meilleure pose entre plusieurs passablement bonnes; car, comme chaque individu ofire par ses attitudes, différentes façons d'être, cela exige du peintre un très-grand discerne-

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ment. En effet telle attitude , bien que donnée par l'individu-modèle , ne se trouve pas toujours être propre au sujet ou mode adoptés pour le portrait : c'est ainsi que s*il faut , par exemple , donner à un portrait de la di- . gnité , on devra renoncer à la pose pleine de naï?eté et de grâce donnée cependant par le modèle, par cela- seul qu'elle ne convient poiut au mode grave adopté pour ce portrait. C'est ainsi que la belle tenue accidentelle du modèle, bien qu'excellente en son genre et bien que conforme à la beauté de disposition optique , doit être rejelée , si pour sujet l'on a adopté des mœurs simples , modestes et ingénues , etc. , etc. Dans ces cas, donc, on n'^offrirait pas une ressemblance complète en copiant ce^ mêmes poses données par l'individu.

Il est certain que le meilleur parti à prendre dans un cas d'incertitude et de complication , c'est d'adopter une attitude très-simple , et qui ne soit nullement remarquée; mais, dans ce cas même , le portrait peut sembler manquer de caractère, car on exige, si toute la figure ou une grande partie de toute la personne est offerte sur ce portrait , que dans cette simplicité ressorte un caractère distinct. Or, je le répète, c'est ce caractère distinct qui est difficile à trouver, à imaginer, à réaliser, et peut-être à reconnaître quand il se présente. Le principe admirable de l'unité est dans ce cas l'égide et le grand moyen du peintre. L'attitude doit être une pour que la ressemblance soit une elle-même. Je ne reprendrai pas ici les leçons étendues que j'ai données ailleurs au sujet de ce précepte si utile et si important.

Mais, dira-t-on , voilà que vous nous inquiétez par ces mêmes difficultés que vous vpus attachez à faire ressortir;

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cepen danttant de méfiance n'a point accompagné le génie des fameuse portraitistes dont nous admirons les tableaux : d'ailleurs c'est le moyen de triompher de ces dilEcullés qu'il nous faut offrir ici , et non la recherche de tant d'obstacles. Je réponds d'abord que ces ayerlissemens au sujet de la difficulté de trouver une pose convenable sont des leçons, et servent déjà à garantir des mauvais choix. Je dirai ensuite que ces beaux portraits des maîtres n^offrent que rarement cette condition, et j'ajouterai même , en passant, que l'école anglaise nous fournit déjà des modèles supérieurs en ce point à ceux de plusieurs anciens maftres célèbres. Enfin j'ajouterai que c'est beaucoup que d'avoir appliqué à cette question le principe de l'unité, et que tout artiste pénétrant saura, en s'en servant , découvrir d'excellens choix, tandis que tout artiste qui n'aura pas l'idée de ce principe, ou qui n'en aura qu'un sentiment fort vague , ne fera voir que des attitudes insignifiantes et contraires même au modèle , tout en les empruntant à ce modèle.

Pourquoi prendre tant de précautions, dira peut-être un peintre? Ne s'agit-il pas de copier l'individu-modèle et de répéter dans son portrait son attitude habituelle, puisque le modèle est la nature ? Nous avons suffisamment expliqué ailleurs que le modèle n'est pas toujours la nature, et que celui-là pourrait se tromper beaucoup qui croirait que la pose habituelle du modèle est celle qu'il faut toujours choisir et copier sans modifications. Nous reviendrons sur ce point. Quant à ces précautions, à ces craintes qui déplaisent peut-être aux artistes peu profonds , je dirai qu'une foule d'observations pourraient être développées sur ces belles questions qu'ils trouvent de trop ici, questions do^t

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l'iuiporlancc pourrait élrc démonlrée par de nombrou^ios réflexions dont nous croyons devoir nous abstenir.

Nous avons vu qu'un portrait est une production d'arl. et par conséquent une produclion philosophique, morale et utile : or, lorsque les modèles ont des défauts, soit dans la contenance , soit dans les manières et le geste eu général, l'art doit, ou rendre haïssables ces défauts en les montrant avec leur caractère, ou il doit les déguiser, ou bien encore Tarlisle doit renoncer à les peindre. Les rendre haïssables serait en faire une critique, que ne sup])orlerait pas le modèle qui demande son portrait : les déguiser serait s'éloigner de la ressemblance : et renoncer à peindre de semblables personnes, serait le fait d'un ar* tisle délerminé par un courage bien rare.

Les meilleurs portraits que nous connaissions, soit antiques, soit modernes, en marbre , en bronze ou en peinture , n'(\\priment point de laides mœurs : il n'y a que les misérables productions qui oflVent de telles images; mais si un peintre s'est habitué, pour faire ressemblans ses modèles , à les voir en laid , il linira par représenter en ell'et In laideur, croyant obtenir une forte ressemblance. C'est ainsi que , sans qu'il s'en doute , il produira des caricatures, quelle que soit la nation h laquelle appartient la personne qui se soumet à ses pinceaux. Tous les Français il les représentera donc maniérés, toujours riants et indiscrets : il rendra gauches et pesans les Allemands; il fera d'un Italien un mauvais acteur de mélodrame , et d'un Anglais il en fera un être sec , froid et <run sérieux très-comique. Or, la vraie théorie peut préserver de ces écarts, et garantir le portraitiste de semblables parodies. C'est donc aux cjualilés et non aux

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défauts qu'un peintre de portraits doit faire reconnaître les nations ^ et cela parce que ses images doivent plaire et instruire^

Comment se (ait-il qu'aujourd'hui tant de peintres de portraits ne produisent que des idées inconvenantes , triviales 9 et 9 en fait d'attitudes » ne sont que des ouvriers singes d'autres portraitistes ? Ces peintres , tout en saisissant la ressemblance des visages , sont sans décence , sans goût p sans grâce » ne font reconnaître dans leurs ouvrages ni le rang , ni Tâge , ni le tempérament du personnage représenté; ou Jbien ils déguisent ces caractères sous un air emprunté. D^où vient qu'on a donné à ce magistrat une pose d'Adonis ? Pourquoi cette fille de dixsept ans prend-elle, dans ce portrait un air de grande cérémonie? Souvent une veuve de quarante-cinq ans est représentée dans son portrait rêveuse et languissante comme la jeune bergère naïve et délaissée. Un commis a le port d*un généralissime; un prêtre se présente avec un maintien tout mondain ; une marchande étale des airs de châtelaine ; un savant fait voir bêtement du bout du doigt sa science dans un livre; le botaniste tient un brin d'herbe; le musicien, la main sur son clavier, cherche au ciel ses inspirations : le peintre est encaissé entre son chevalet, sa toile « sa' boite à couleurs, et il tient gauche^ ment une planchette , appelée palette, puis une baguette, puis des pinceaux , etc. , et il regarde hardiment les passans. Quels choix trivials, ridicules! et que ceux-là sont ignorans et ont l'esprit médiocre , qui applaudissent à ces peintures parce que les couleurs en sont vives , fondues , attrayantes , et parce que la face est ressemblante à celle de l'individu I

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Par décence dans les portalts on ne doit pas entendre uniquement ce décorum qu'on obtient par des poses nobles y distinguées et propres aux gens élevés en dignités et aux personnes illustres; on doit entendre cette simplicité, ce naturel qui rappellent les belles mœurs et l'excellente éducation* Par décence^ on veut dire ce maintien gracieux par son abance , noble dans sa naïveté » remarquable enfin par son bon ton et par cette franchise qui est autant éloignée d'une négligence trop libre et trop fieimilière que d'une hypocrisie , qui toujours est choquante : c'est donc cette retenue fine dans le geste et cette discrétion naïve qui sont tellement rares dans les portraits d'aujourd'hui, que« lorsqu'on leur compare ceux de Yandyck » de Tiziano^ ceux de G. Terburg, etc. » ces peintres semblent être autant d'artistes grecs en ce point.

Si tous les individus manifestaient au-dehors leurs mœurs et leur caractère par une attitude , une contenance toujours conformes à ces mêmes mœurs» le peintre n'aurait qu'à choisir parmi ces diverses poses données par le modèle, et toutes seraient vraies ou vraisemblables; mais les choses ne se passent pas ainsi. Des attitudes usitées chez tel individu expriment souvent fort peu le caractère qui lui est propre. Un homme simple et naïf a quelquefois des habitudes de corps qui dénotent la recherche et la prétention. Une personne dissimulée offre quelquefois les dehors de la sincérité. Sur dix attitudes empruntées au modèle, il n'y en aura souvent pas une seule qui lui convienne; et cependant il en existe une» et c'est cellelà qu'il faudrait trouver et qu'il faudrait répéter. Lors donc que le hasard sert mal le peintre , il faut bien qu'il ait recours à son imagination, à son discernement; U

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Taut qu'il modifie la donnée qu'il croit ta neill^re; il faut qu'il eombise et qu'il réalise enfin le idÉod^ ju portrait par une attkudle meilleure que celles qu'il a aperçties : et» quand il aura composé , saiaî et fixé cette allitnde, 'chacun trourera qu'elle est rraie papce qu'elle est confenable. Qn reconnaîtra que c'est bien-l'altitade du personoage, parce que cette attkiiide est oelle q«'il devait a.F<Mr le plus souvpnt , et qp'il aurait peat-étre eue en effet sans des causes accidentelles et étrangères à Tiodifidu^ Voici un homme de soixante ans qui se pose ordinaîr rement assis les deux mains placées surjes bras de- son 4 fauteui) , les deux genoux écartés et h» pieds panfllèle»: * faut-il absohimeni le représenter ainsi pour qu'il soit trèsretsemblant? Non; car c'est t^uloit seulement que les geos de sa maiaen le reconnaissent; ce n'pst pas vouloir qnec'haqtte spectateur reeopiTi isse l 'espèced u p|rsoD|iage, et devine cB qnMI est f^n ne voyant que mn image. Le portraitiste ne doit envisager que le bot de sop art/ et non la satisfaction de quelques parenj^^ qui ne aon^^connaîsseurs que quant au^ comparaisons superficielles. Ajoutons qu'un bon p<)rtrait est ressemblant de lofo et par la pose «ialement , en sorte qu^en cachant la tête on peut reconnaître le personnage. C'est selon cette idéeqit'opérait le peintre Sustermans; car» au dire de Lauzi, il couvrait là tête de ses portraits » afin de voir si en pouvait y reconnaître l'individu en n'en tpereevant que le corps et l'attitude.

< Le plus grand défaut d'un portrait , dit Depiles , c'est 1 de ressembler à une personne pour laquelle il n'a point » été fait; car il ne se trouve pas dans le mon<fe deux per- « sonnes qui se ressemblent, n Je pense que le plus grand

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