‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 15 sur 174 · DES PIERRES GRAVÉES, DES MÉDAILLES ET DES MONNAIES · texte numérisé non relu

DES PIERRES GRAVÉES, DES MÉDAILLES ET DES MONNAIES

(^UE puis-je dire des pierres gravées, des médailles, etc. , s'il s'agit encore de comparer les Grecs aux Romains? N'est-ce pas le même avantage, quant au gout, quant h. l'invention et à tout l'art enfin ?

Rien n'était si commun à Rome que les pierres gravées. Elles servaient de cachet, de bagues et de parure. Ce fut sous Auguste, dit-on, que l'art de la glyptique fut porté à sa perfection. Mais cette perfection, c'était aux Grecs que les Romains en étaient redevables.

Les curieux les plus distingués de l'antiquité faisaient leurs délices des pierres gravées et des camées. L'his-

ioirc nous apprend que Scaurus, beau-fils de Sylla, fut Je premier qui, à Rome, en forma un cabinet. Pompéele-Grand, entr'autres riches présens, consacra au capitole le baguier de Mitridate, et, selon Varron et d'autres auteurs, il était plus beau encore que celui de Scaurus. César, devenu dictateur, consacra dans le temple de Vénus-Génitrix six armoires remplies de bagues. Enfin Marcellus, fils d'Octavîe, en plaça une précieuse collection dans le temple d'Apollon. Quant à Héliogabale, on sait qu'il les aimait au point d'en orner même ses chaussures.

Les modernes ne sont point parvenus au style et à la vivacité naïve du dessin qu'on admire sur les pierres gravées antiques. Outre le manque de goût et de correction qui décèle la main moderne, il y a dans les imitations un certain apprêt et une certaine recherche minutieuse et mal-entendue qui, dès l'abord, trahissent l'imitateur. Cependant certains graveurs modernes, nous dit-on, ont trompé souvent les connaisseurs les plus exercés, et leurs pierres gravées ont semblé égaler en beauté les pierres antiques. Sans attaquer ici la célébrité de ces habiles artistes, il faut convenir que l'erreur de ceux qui ont pris leurs ouvrages pour antiques tenait au mauvais goût qui avait régné jusqu'alors. Comme on était accoutumé aux styles maniérés, lâches et incorrects des écoles, tout ouvrage simple et de quelque pureté passait aussitôt pour un ouvrage grec ; et pour peu que le costume et l'érudition n'en fussent pas désapprouvés par les sa vans, l'ouvrage était vanté souvent au-dessus même des véritables antiques, et cela surtout si on y trouvait cette propreté d'exécution qui cependant contribuait elle-même h signaler l'imitation.

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