DES PIERRES GRAVÉES, MÉDAILLES, ETC., ANTIQUES
Mais, les artistes d'aujourd'hui ayant fait une étude plus sévère de la science et du gout des Grecs, il est possible qu'il paraisse à la fin quelque graveur qui rivalise vraiment avec les anciens; dans ce cas, il faut supposer qu'il ne cessera de cultiver le dessin comme le cultivaient les graveurs grecs, et qu'il sera toute sa vie de bonne foî dans son affection pour ces merveilleux modèles
Les médailles et les monnaies antiques, comparées h celles des modernes, donnent aussi les mêmes différences. L'art numismatique étant chez nous soumis à des censeurs et à des savans qui considèrent souvent le but historique comme le seul important et négligent trop l'examen du véritable style, il en résulte que l'artiste se trouve plus retenu, plus captif, lorsqu'il est forcé d'obéir aux inventions de ces censeurs, que lorsque seul il compose de génie un sujet quelconque, dans lequel les recherches de l'esprit et l'allégorie conventionnelle seraient évidemment inutiles et de mauvais goût, ce sujet pouvant être traité absolument dans le beau style de l'antiquité. Aussi nos médailles et nos monnaies sont-elles encore plus différentes de celles des anciens, que nos camées et nos pierres gravées ne le sont des pierres et des camées antiques.
Les gravures de l'antiquité offrent de si belles et de si instructives leçons que les peintres ne sauraient en rassembler trop d'empreintes. Ces empreintes étant peu coûteuses, on peut en faire de nombreuses collections. Au chap. 620, Pratique de la Plastique, nous indiquerons les
* Depuis quelques annces on a institué à Paris un concours pour la (gravure en pierres fines. Celui qui obtient le prix est envoyé' pensionnaire à Pvomc aux Irais cïe IV'tat.
moyens d'cxéculcr ces moules et ces empreinles, vrais trésors qu'on ne saurait trop apprécier. II semble inutile de rappeler ici aux élèves qu'ils doivent être en garde contre les copies et les imitations qu'on ne cesse de faire de ces pierres gravées ; le vice d'exécution et de style est, il est vrai, si sensible qu'il est à croire qu'ils ne seront pas dupes de ces supercheries : mais, comme c'est pour se former le goût et pour s'instruire dans l'art qu'ils se procurent ces empreintes, ils doivent avant d'y chercher des leçons s'assurer de leur antiquité. Quant aux observations particulièrement relatives à l'art et que l'on trouve dans les écrits faits sur les pierres gravées, sur les camées, les médailles, etc., les artistes n'y reconnaîtront que trop souvent l'incertitude des écrivains, et ils se garderont de prendre pour des principes assurés toutes ces assertions dictées par la démangeaison de parler de l'art et du goût à propos d'antiques, lorsque ceux qui en traitent ne possèdent que de l'érudition. Ainsi, sans m'expliquer davantage sur cette question délicate, vu les égards qu'on doit aux habiles archéologues, je citerai le passage de De Murr, qui décrit la pierre gravée, connue sous le nom de Cachet de Michel- Ange. Il dit donc, après avoir avancé sans preuves que cette pierre est le plus beau morceau du cabinet royal et peutêtre du monde, que le graveur a tenu les figures un peu alongées dans cette cornaline, parce qu'on ne peut pas s'écarter de cette proportion sans tomber dans le pesant. Or je demande quel service il a prétendu rendre aux artistes, en leur communiquant une pareille remarque, qui n'est basée ni sur la science des proportions ni sur celle de la géométrie de la glyptique , ni sur rien de