PEINTURE CHEZ LES PERSES. I
» représentations de la nature que les Grecs admiraient » dans les tapis de Perse.
» Les Perses, ainsi que les Arabes, ont connu la mo- » saïque : cette industrie est estimable quand elle re~ » produit d'une manière indestructible les ouvrages des j) grands maîtres; mais si les Perses n'avaient pas de » bons tableaux à traduire en mosaïque, qu'importe qu'ils » aient eu l'adresse de ranger d'une manière solide des )) cailloux les uns à côté des autres ?
» On ne connaît le nom que d'un seul peintre persan; )) mais on l'a retenu, non parce qu'il était peintre, mais » parce qu'il adapta au christianisme l'ancienne doctrine )) des deux principes. D'ailleurs tout ce qu'on dit de » Manès est fort incertain : il est même douteux qu'il ait » été persan. On dit qu'il se nommait d'abord Curbicos, » ce qui est un nom grec. Est-on plus certain qu'il était )) peintre ? On loue le peintre Giotto en Italie, parce qu'il » fit un cercle sans compas : on loue, dit-on, le peintre » Manès en Asie, parce qu'il tirait des lignes droites sans » règle; mais cela prouve tout au plus que Manès avait 7) de la fermeté dans la main, et l'adresse de Giotto ne » prouverait rien de plus, si l'on ne savait d'ailleurs qu'il )) fût le meilleur peintre de son tems.
» Les Persans modernes n'ont fait aucuns progrès dans » les arts : l'empereur Schah-Abbas eut le caprice de » vouloir apprendre à dessiner; il fut obligé d'avoir re- )) cours à un peintre hollandais qui se trouvait alors dans )) ses états. »
Cette citation, qui nous apprend le mépris extrême que l'auteur faisait des artistes persans, ne nous instruit de rien autre chose. Je conviens qu'il n'est pas très-facile
de donner des notions intéressantes sur des questions de cette nature; mais un ouvrage tel qu'une encyclopédie laisse à croire qu'on y trouvera au moins quelques recherches faites sans prévention ; car ce parti pris de dénigrer et Persans, et Egyptiens, et Chinois, ne nous éclairera jamais dans la pratique des arts. J'avoue que ce que je dis dans ce chapitre apprendra fort peu de chose au lecteur sur ces matières ; mais ne pensant pas que par le dédain je puisse déguiser adroitement mon ignorance, je tâche plutôt d'exciter l'intérêt où la curiosité sur ces points historiques de l'art, que de détourner le lecteur de ces comparaisons et de cette étude.
Les Persans d'aujourd'hui peignent avec des couleurs très-vives. M. Olivier, qui a publié son Voyage dans là Perse, où il a habité huit ans, m'a dit y avoir peint luimême à la manière des Persans, qui emploient la gomme dans leurs couleurs, et qui recouvrent ensuite tout le tableau de plusieurs couches de naphte. (Voyez à ce sujet ce qui sera dit au chap. 691 de la peinture encaustique.)
On a reçu à Paris, en i8o4, un portrait du roi de Perse : ce portrait, exécuté en Perse, semblait avoir été peint par le procédé que je viens d'indiquer. La peinture n'était point soluble à l'eau, et les tons ne manquaient pas d'intensité. Les ornemens, les perles, les pierreries, les diamans, étaient tous comptés et exprimés avec plus de patience que d'art, mais le travail en était assez délicat
Je suis tenté de croire qu'on a beaucoup exagéré l'ignorance des Persans en peinture. J'ai vu des pein-
l Cette peinture a e'te grave'e sur un dessin fidèle, exe'cute' par M. Grégorius,