PEINTURE CHEZ LES PERSES
tures de ce pays où il se trouvait du naturel dans le dessin et dans l'expressicn; on remarquait du caractère dans le style, dans les ajustemens et dans les draperies, mais le clair-obscur y était fort négligé, surtout celui qui tient à l'expression des formes, le clair-obscur de combinaison par masses étant quelquefois offert par le volume des draperies claires et obscures. Le besoin de n'apposer que des couleurs vives, dont l'éclat est si recherché par ces peuples, leur fait redouter les teintes ombrées et salies; ils ont cela de commun avec les anciens Egyptiens, les Chinois et les Indiens.
Voyez sur les peintures persanes qui ornent à Ispahan le palais du roi, ce qui est dit dans la Bibliothèque Britannique. Mai i8i3. 18^ année. Tome 53, page 66.
Winckelmann attribue le peu de progrès des Perses dans le dessin du nu, à l'austère bienséance qui, dans leurs mœurs, proscrivait les nudités. Les personnes trop étrangères à l'art ne savent jamais trouver dans l'art même les causes qu'ils n'aperçoivent souvent que trèsvaguement ailleurs. Tout n'était pas voilé et couvert chez les Persans : pourquoi donc les têtes, les mains, les cols ne sont-ils pas mieux dessinés que le reste de leurs figures? D'ailleurs les Perses, toujours vêtus d'habillemens serrés, offrent aux dessinateurs des mouvemens et des attitudes; une figure peinte peut être noble, animée, d'un beau jet, quoique les formes particulières n'en soient ni correctes, ni arrêtées. Quant à cette austérité, dont Winckelmann trouve la preuve dans un passage d'Hérodote, sans vouloir la contester ici, je ferai remarquer que cette assertion ne se rapporte qu'aux Perses de l'antiquité, que ceux d'aujourd'hui se plaisent dans les représentations de sutome II. Q
l5o HISTOIRE DE LA PEINTURE.
jels éroiiques el très-libres, el qu'on a vu plus d'un Perse en Europe se baigner publiquement.
Voici ce qu'écrivait M. Herder dans ses conjectures sur Persépolis. Cette citation en dira plus ici que tout ce que je pourrais ajouter. L'auteur commence par la description des deux figures colossales qui représentent des animaux.
« La distance du pied de derrière d'un de ces animaux, » à celui de devant, est de dix-huit pieds, et le travail en » est fait avec le plus grand soin dans vme des pierres » les plus dures. Ces figures, qui représentent la licorne » et le sphinx comme symboles de la puissance et de la » sagesse royale, ne sont pas exécutées dans le style » égyptien ; ils sont en demi-relief sculptés dans le mar- » bre, et leur marche est plus animée que celle des figures )) d'animaux égyptiens, même de ceux qu'on voit sur la » table isiaque. »
Quant à la figure divine qui accompagne la figure principale escortée d'un si grand nombre de personnages subalternes, l'auteur, après avoir rappelé les idées religieuses et symboliques qui ont trait à son sujet, et après avoir fait entendre que l'espèce de poésie sculptée dans ce monument était en harmonie avec ces idées, ajoute : « Cette figure est d'une simplicité si pure, si majestueuse » et si sublime, qu'elle est peut-être unique en son genre, » vu l'antiquité du monument.
» La composition entière, ajoute-t-il, est simple et » noble, les ornemens sont exécutés dans un style grand » et large; et tel autre monument ancien qu'on nous » vante avec enthousiasme, paraîtrait à côté de celui-ci » comme uae chétive cabanne. Des colonnades superbes.
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des files d'hommes et d'animaux supportent cette sim- » pie représentation.
» La figure principale est représentée tantôt debout, » tantôt assise, honorée par les hommes et accompagnée 7) par la divinité, mais toujours de manière qu'elle pré- » domine : est-ce un prêtre ou un roi ? La composition » entière prouve que ce ne peut-être un simple prêtre. » Sur la façade des tombeaux, ce personnage tient un » arc à la main, et cet attribut seul décide déjà la ques- » tion* D'ailleurs, partout on voit sur sa tête le turban » tel que le porte la figure céleste, et quelques autres » figures qui, sans contredit, représentent les principaux » parmi le peuple. Il ne remplit aucune fonction sacer- » dotale, quoique devant lui soit l'autel, dont il est cepen- » dant éloigné; au contraire, il remplit les devoirs de la » royauté : assis et tenant le long bâton royal, il rend » la justice à son peuple. Son siège est décoré d'orne- )) mens royaux, et ceux qui sont debout devant lui se » tiennent à une distance respectueuse. Au surplus, » toute la troupe qui s'avance vers lui ne forme pas une » marche religieuse; on n'y aperçoit aucun attribut de » sacrifice, mais on voit distinctement que c'est une file î) de sujets et de serviteurs du roi, et qu'il y a des officiers j> de tous les états et des peuples de toutes les provinces.
)) La figure du souverain est d'une noble simplicité : » il se distingue par une taille majestueuse et par un air » vénérable. On n^ découvre aucune trace de ce luxe » efl'éminé des despotes postérieurs de la Perse
» Sa tiare verticale et dorée ressemble à celles de ses
^ C'est ce luxe qui faisait que les Grecs appelaient persan tout ce qui était magnifique.
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i) .principaux serviteurs , et les officiers supérieurs en » portent une où l'on remarque seulement des plis. Sui- » vant l'usage généralement connu, on tient un rameau » au-dessus de sa tête, etc.. Si^es monumens avalent été » bien conservés, ils nous offriraient le plus ancien tableau » politique du genre humain qu'on puisse imaginer... etc.
» Quand on réfléchit aux irruptions que pendant des » milliers d'années les barbares habitans des montagnes » de l'Asie firent en Perse, et surtout quand on se rap- » pelle quelle horreur les Mahométans ont pour toute » figure sculptée, malgré toutes ces tristes mutilations, » on est contraint d'admirer la force étonnante avec )) laquelle le plus ancien monument de l'art qui soit » connu, brave la fureur des hommes et les dégradations » du tems. »
Voyez d'ailleurs les Voyages en Perse de Chardin, de Bruyn; les descriptions des antiquités de Persépolis, par Greave, etc. , etc.