DE LA PEINTURE CHEZ LES ÉTRUSQUES
D'où les artistes étrusques ou toscans avaient-ils emprunté leur savoir? est-ce de l'Egypte ou de la Phénicie? est-ce Dédale l'ancien qui apporta l'art en Italie ? Assez de savans ont agité ces questions; Guarnacci, Tiraboschî, Lastri, Lanzi, Heyne, Becci, Gori, Passeri, Buonarotti et autres, pourront être consultés avec fruit sur ce point. Ce qui nous importerait ici, ce serait de spécifier le caractère de l'art étrusque, et de rechercher si l'examen ou l'analyse qu'on en ferait, ajouterait quelque chose à notre instruction.
Si nous interrogeons les anciens écrivains, nous obtiendrons certaines données sur ce caractère de l'art en Etrurie. Strabon nous dit que le style toscan est semblable au style égyptien ou au style grec très-ancien. Quintilien, en parlant de Scipîon et de Caton, compare le style de ces écrivains à celui de deux statuaires grecs, Egésias et Calon, qui firent voir, dit-il, dans leurs ouvrages beaucoup de la dureté et de la roideur du style
PEINTURE CHEZ LES ÉTRUSQUES. l45
toscan; et dans ce passage il établit, entre l'éloquence attique et l'éloquence asiatique, la même différence qu'entre la sculpture toscane et la sculpture grecque.
Malgré la roideur du style étrusque, il paraît que les artistes de cette école ont su produire de très-belles images. Pline, intéressé il est vrai à relever la gloire de l'Italie, fait un grand éloge de quelques peintures étrusques qu'on admirait encore de son tems. Mais quelque flattée que puisse être cette description, elle doit nous donner une haute idée des artistes de cette école.
« Je n'ai pu contempler sans étonnement, dit-il, les » peintures qui sont encore toutes fraîches et comme » toutes récentes, qu'on voit à Lanuvium, dans un temple » ruiné où elles subsistent au milieu de ces ruines sans » aucun dommage. Ces deux peintures sont de la même » main, et représentent^ l'une Atalante et l'autre Hélène; » chacune est le pendant de l'autre. L'artiste a peint » Atalante nue, et ces deux figures sont d'une exquise » beauté; mais Hélène est représentée avec toute l'inno- » cence virginale, c'est-à-dire, avant son enlèvement. » L'empereur Caligula essaya de faire enlever ces deux » peintures; la nature de l'enduit de la muraille ne le » permit pas. » Pline finit par dire, en parlant des peintures encore plus anciennes de Géré : « Quiconque les » estimera selon leur mérite, conviendra que nul art n'est » parvenu en si peu de tems à sa perfection, car il n'est » fait nulle mention de peintures à l'époque du siège de » Troie. »
Pline vante encore ailleurs d'une manière bien positive le talent des Etrusques. « L'Italie, dit^il, liv. 54, )) ch. 7, a fabriqué aussi des colosses : au moins voyons-
» nous dans la bibliothèque du temple d'Auguste un » Apollon étrusque de cinquante pieds de haut, depuis » l'extrémité du pouce du pied au sommet ; ouvrage qui » laisse h douter lequel est le plus admirable ou la beauté » de la figure, ou l'art avec lequel elle fut exécutée en » bronze. ;>
Mais nous voudrions nous former une idée de l'art ou du style étrusque, d'après les monumens que nous possédons. Je pense néanmoins que cette connaissance apporterait peu de fruit à notre peinture et à notre sculpture; la nuance qui distingue l'art étrusque du très- ancien style grec, et que nous connaissons, étant si délicate qu'elle ne peut influer que sur l'étude archéologique.
Winckelmann cite des peintures étrusques découvertes en Toscane ; mais il ne nous apprend rien sur le style qui les caractérise.
« Les seules peintures qui nous restent des Etrusques, » dit-il, ont été trouvées dans les tombeaux de l'ancienne » Tarquinie : on y voit de longues frises peintes, et des » pilastres ornés de grandes figures qui occupent l'espace » qui règne depuis la base jusqu'à la corniche : ces pein- » tures sont exécutées sur un enduit épais de mortier; » plusieurs sont d'une bonne conservation ; d'autres ont » été presqu'entièrement dévorées par l'air qui a pénétré » dans ces souterrains. » Il paraîtrait par la suite de la description que Winckelmann donne de ces peintures (découvertes par le père Paciaudi en 1760), que quelques-uns des sujets qu'elles représentent étaient exprimés avec beaucoup de clarté.
On doit rappeler ici l'erreur qui a fait long-tems attribuer à l'art étrusque les peintures qu'on admire sur tant
PEINTURE CHEZ LES GRECS. j^^
de vases grecs modelés en argile. La beauté des ligure^i peintes sur ces vases doit donc être considérée comme appartenant non à l'art étrusque, mais à l'art grec. Voyez ce qui a été dit précédemment, page 5i.
Winckelmann et d'autres savans ont distingué dans l'art étrusque trois périodes : cette question nous importe peu; aussi ne m'y arrêterai-je pas. Il serait de même assez inutile de recueillir ici ce que les antiquaires ont avancé au sujet de quelques particularités, soit dans le costume, soit dans les accessoires, pour prouver que certaines figures sont d'origine étrusque. La similitude qui, je le répète, existe entre le très-ancien style de l'art grec et le style de l'art étrusque, nous dispense de ces recherches. Au surplus ce que nous dirons au chapitre 5'2 jetera quelque lumière sur cette question. Ainsi passons à l'histoire de la peinture chez les Grecs.