GRÈCE
des particuliers peuvent être funestes aux artistes, mais ne sont pas toujours funestes aux arts. Ne peut-on pas dire que si Archimède périt de la main d'un soldat. Protogène fut garanti par Démétrius. Je sais, lui disait ce peintre, que c'est aux Rhodiens que vous faites la guerre et non aux beaux-arts. Très-souvent même les artistes furent non-seulement respectés et épargnés, mais honorés et encouragés dans les catastrophes militaires. Enfin, si dans les tems de guerre un moindre nombre de peintres sont employés, voit-on pour cela moins de chefs-d'œuvre, et sont-ce toujours d'ailleurs les plus habiles qui succombent ? La détresse peut être générale ; mais des cala mités ne sont point des asservissemens. Qui sait si pour attirer les égards et fixer l'attention au milieu des terribles événemens delà guerre, les artistes ne redoublent pas d'efforts, ne recherchent pas même avec plus de volonté les pensées fortes, les combinaisons puissantes, les sujets essentiellement moraux et la magie de la beauté ? Au surplus, cette paix que l'on dit si favorable aux arts, parce qu'elle est favorable aux artistes, qu'a-t-elle produit en Europe pendant tout le 18^ siècle? On y a vu des peintres médiocres et d'un goût corrompu parvenir à la fortune, être caressés par la cour et la ville, être chantés par les poètes. Qu'ont-ils laissé à la postérité, rien que le ridicule dotant de louanges ? C'est au contraire dans le tems des combats que l'école moderne est sortie de sa longue léthargie, et si des guerres cruelles ont désolé l'Europe, ces tems fameux par les batailles furent constamment ceux des triomphes et des progrès de l'art.
CAUSES PRÉTENDUES DE l'eXC. DE l'aRT CH. LES GRECS. 2o5