‹ Traité complet de la peinture (volume 5)Chapitre 57 sur 174 · DE L'INFLUENCE DES RICHESSES DE LA GRÈCE SUR LES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DES RICHESSES DE LA GRÈCE SUR LES BEAUX-ARTS

Ije vulgaire croît volontiers qu'un Périclcs, un Alexandre, un Léon X ou un Louis XIV, ont fait paraître de grands artistes en disposant de grandes sommes ; en sorte que, selon les personnes qui pensent ainsi, l'argent serait la cause dominante de Féclat des arts. Certainement on simplifierait beaucoup la question, si on pouvait réduire ainsi toutes les causes de cet éclat à l'état de pauvreté ou de richesse des gouvernemens, et il serait fort avantageux à la fortune des artistes que de pareilles idées entrassent dans la tête des souverains opulens. Mais il a été reconnu trop souvent que les prodigalités mal appliquées étaient peu profitables à l'art. On a reconnu que si l'état doit faire en faveur des beaux-arts une part honorable dans les largesses du trésor, ce n'est cependant point avec de l'or seulement qu'on se procure de grands artistes et des chefsd'œuvre. Les richesses des Grecs n'enfantèrent point de merveilles ; ce furent plutôt leurs belles statues et leurs admirables tableaux qui produisirent leurs richesses : et si quelques villes, telles que Corinthe, jouirent de l'opulence à certaines époques, presque toujours elles furent pauvres : telles furent Argos, Sycione, iËgine, et même Athènes, qui cependant peupla pour ainsi dire toute la Grèce des images merveilleuses de ses héros et de ses dieux.

Que les nations soient riches en institutions; que l'état sache dépenser pour augmenter et perfectionner l'instruction, pour encourager le vrai savoir, pour paralyser l'intrigue ; que la moitié seulement des sommes abandonnées à l'adroite cupidité des solliciteurs soit confiée à des mains sûres et habiles, cette moitié suffira : bientôt, au lieu d'être réduit à faire parade d'une vaine quantité de tableaux et de statues médiocres, on aura à se glorifier d'avoir fait naître^ de véritables talens et de posséder un petit nombre d'ouvrages excellens. Enfin peut-on demander ici quelle influence exerça, soit la richesse, soit la pauvreté des Rhodiens sur Protogène, qui se voua pendant sept ans à la plus stricte sobriété pour produire son fameux Jalysus , et qu'importait cette opulence ou cette pauvreté du pays à Zeuxis, qui ne se faisait plus payer de ses ouvrages, mais qui en faisait don aux rois et à sa patrie? D'ailleurs vit-on dans les tems modernes que Correggio, Claude-Lorrain, Poussin, Rhimbrandt, Gérard-Dow, etc. durent leur génie, leur savoir et leurs succès à l'opulence de leurs souverains ? S'il en était ainsi, le secret serait facile ; qu'on paye doublement , on aura des chefsd'œuvre. Certes, il est nécessaire de doter noblement le génie ; mais si les nations pauvres savent bien enseigner les arts, elles sauront bientôt devenir riches en artistes et en tableaux de prix. Nous savons au reste que beaucoup d'écrivains sortis des bonnes écoles de pays assez pauvres ont honoré les lettres et illustré leur patrie.^

CAUSES PRÉTENDUES DE l'eXC. DE l'aRT CH. LES GRECS. 2o5

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