INDICATION CHRONOLOGIQUE DE QUELQUES PEIN- TURES DU MOYEN AGE
l est probable qu'un ami zélé de l'art qui rechercherait en Europe les débris de la peinture du moyen âge, parviendrait à réhabiliter une foule de belles productions. Les gravures intéressantes publiées au commencement de ce siècle d'après les peintures du Campo Santo de Pise, ne font certainement pas regretter le retour que firent certains observateurs vers les tems chastes de l'art. Cette collection offre des morceaux d'une grande beauté. Espérons qu'enfin on se persuadera qu'il y a d'autres modèles à goûter et à admirer, que ceux des maniéristes célèbres dont les tableaux composent tant de cabinets en Europe, et qui se paient si cher, malgré leur mauvais goût et leurs impertinentes erreurs. Mais espérons aussi qu'on ne prendra pas le change et qu'on distinguera les ouvrages baroques et souvent demi-modernes des ouvrages sages, décens et nobles appartenant par leur style à l'antiquité, tome m. 3
Les musées de Vienne, du Vatican, de Paris, etc., contiennent plusieurs peintures de ce tems. On doit citer ia collection de peintures provenant des églises supprimées en Allemagne, collection appartenant à MM. Boisserie frères, à Heidelberg près Francfort, et formée par leurs soins. Je dois rappeler celle de M. le chevalier Artaud, à Paris, et dont cet amateur a donné la description (voyez le catalogue). Dans cet écrit, 2e édition 1811, l'auteur indique MM. Daniel Bourcard et Diénast, suisses, comme ayant réuni d'anciennes peintures flamandes , allemandes et hollandaises, ainsi que M. Vischer, ancien conseiller à Bàle, dont la collection se voit dans son château de VVildenstein. On cite aussi des manuscrits renfermant des peintures fort intéressantes. Mais en général les manuscrits ornés de peintures sont postérieurs à ce tems. Un grand nombre de gravures, indépendamment de celles des grands ouvrages de Bosio, de Ciampini, d'Arringhi et de Dagincourt, nous font connaître des monumens du moyen âge : j'en ai indiqué quelques-uns dans le catalogue des gravures faites d'après l'antique. (Voyez le ier volume.) Une des plus anciennes peintures de ce tems est celle que, selon Malvasia, on voit à Boulogne, et qui fut transportée à Saint-Thomas di strada maggiore; elle date de 45o. Vasi rapporte à l'an 44° la grande mosaïque de S*- Paul hors des murs à Rome. Elle représente J.-C. avec les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse. Ce fut aussi dans le 5e siècle, c'est-à-dire, sous saint Léon Ier, que furent peints les portraits des papes qu'on voit dans la même église, et dont on a continué la suite jusqu'à nos jours. J'ignore si l'incendie qui a dévasté cette église en 1824 a laissé subsister quelques-unes de ces peintures.
Voici, selon M. Artaud, la nomenclature des peintures à peu près de ce tems, qui existent à Rome :
« Il n'y a pas de doute, dit - il, qu'après celles des » thermes de Titus, qui sont évidemment du ier siècle, » et celles des catacombes, qui sont généralement des 4e » et 5e siècles, lesplus anciennes ne soient celles de l'église » souterraine de S^Urbain, au-dessus de la grotte de la » nymphe Égérie et de la vallée Caffarella; celles de l'é- » glise souterraine de S^Martin des Monts ; celles de la » chapelle de Sancta Sanctorum; de l'intérieur du cîo- » cher de Ste-Praxède; de l'oratoire de S'-Silvestre dans le » couvent de S^Martin des Monts; de l'église supérieure de » la Caffarella; du Calendrier de l'ancien laboratoire des » Cisterciens du monastère de S^Vincent et de SVÂ.nastase » aux trois fontaines, bâti en 624; de l'ancienne sacristie » de S'-Sabas, église qui appartenait aux Basiliens grecs » réfugiés ; de la sacristie de la basilique de SVPaul hors » les murs ; quelques fragmens dans l'église de Ste~Marie* » in CosmécUn ; les peintures de l'église souterraine de » Sts-Côme et Damien in Campo vacclno ; celles de » l'ancien portique de l'église de Ste-Cécile, dont le seul » tableau qui reste a été transporté dans l'intérieur de » cette église; celles de la chapelle des marbriers dans la » cour de l'église de Santiquatro; enfin celles du porti- » que de S1 -Laurent hors les murs.
)> Ces peintures annoncent par le style, le dessin et par » leurs vues d'architecture, tous les principes des écoles » grecques ; c'est aussi à la même époque qu'il faut rap- » porter les anciens tableaux que la piété et la dévotion » des fidèles, plutôt que des preuves certaines, firent sup- )' poser avoir été peints d'une manière surnaturelle. Les
» auteurs de ces peintures sont ou des religieux grecs ré- » fugiés à Rome et dans d'autres villes d'Italie lors des » 'différentes émigrations occasionnées par les poursuites » des iconoclastes, ou ce sont des élèves de ces mêmes » religieux qui en formèrent partout. »
Malvasia indique une peinture faite avant l'an 1000 à St - Jean in Monte 3 et une autre de même date à Sf- Àndré délie Scuole. La peinture de l'abbaye de Cluny en France date de 1000 (Lenoir). A Fiésole, les peintures qui sont à Ste-Marie primer ana sont mêmes antérieures à Fan 1000 (Lanzi). A Pésaro,on remarque, selon Oliviéri, une peinture antérieure a l'an ïooo. A Savone,on voit sur une porte une peinture datée de 1 oo i (Lanzi) . A Savone, les peintures de S^Urbain représentant des faits de l'évangile portent la date de 101 1 (Lanzi). A Aquilée, les peintures du souterrain et du chœur du dôme, datent de io3o (Bertoli). Les images attribuées à saint Luc sont, selon £anzi, du 11e et du 12e siècle. La Madonne à Stc-Marie in Cosmédin porte une épigraphe grecque. La Madonne que Camérino dit avoir été apportée de Smyrne est, selon Lanzi, la mieux peinte et la mieux conservée qu'il connaisse (Lanzi. Tom. 1. p. 5).
A Bologne on regrette, dit Malvasia, un saint Mathieu qui était très-beau au dire de ceux qui l'avaient vu avant sa destruction ; il était sur le maître-autel de SVMàthieu delta pesckèria3 et portait la date de 1110. On voit encore à Ste- Marie del Monte de Bologne, selon Malvasia, une Madonne accompagnée des douze apôtres et datée de 1 1 16, peut-être du même peintre qui exécuta le S*-Mathieu précédent. Le même auteur cite à Orviéto des peintures datées de 1199; et * Bologne, un tableau représentant J.-C.