QUATRIÈME LEÇON
MM. I.ES DOCTEURS TESTE ET PIGEAIRE. — VOTE DÉFINITIF DE L’ACADÉMIE I)E MÉDECINE. — LETTRE DE L’ADMINISTRATION DES HÔPITAUX DE PARIS. — CAUSES DES EFFETS DU MAGNÉTISME. — DISCUSSION DES HYPOTHÈSES DE NOS ADVERSAIRES.
Messieurs,
Vous venez de voir échouer de nobles entreprises; nos célébrités médicales ont repoussé, d'un commun accord, la plus réelle des vérités. Mais derrière ceux tj ui succombent, marchent des hommes également résolus; ceux-ci doivent encore être Flétris, mais après ces beaux faits, la porte sera close, le magnétisme n'entrera plus à l’Académie par le chemin de tous, il y arrivera porté par l'air: car un jour, bientôt, on magnétisera en tout lieu, et l’on verra les portiers des édifices où s'enseignent les sciences magnétiser dans leurs loges, les élèves en médecine magnétiser dans les hôpitaux les malades que la pauvreté y conduit; sur les places publiques on exhibera le somnambulisme, il ne sera question que de doubles vues, tle prédictions, tle guérisons
CAUSES DES EFFETS DU MAGNÉTISME. i 73
miraculeuses, etc., etc. Le monde entier sera instruit du magnétisme, et nos académiciens auront encore un bandeau sur les yeux ; mais, après ce long sommeil de leur intelligence, ils sc réveilleront magnétiseurs. Que dis-je, leur langage sera ce jour tout changé: nos contradicteurs auront toujours cru au magnétisme; tous les faits leur étaient bien connus; ils avaient même magnétisé, en cachette, il est vrai ; ils sauront enfin prouver à tous qu’il n’v aura point eu de persécutions, point de rapports contraires à la vérité. Ainsi fera le temps bien plus que nos efforts.
Le docteur Teste, de même que son confrère le docteur Berna, fut évincé honteusement de l'Académie. Puis le docteur Pigeaire et son intéressante enfant, cette honnête famille sera déconsidérée, ruinée en partie par un long séjour à Paris(l). — Victimes de la vérité, soyez joyeuses, vous serez un jour bien vengées ; les masques tomberont d eux-mêmes, il n'y aura pas besoin de les arracher. Voyez- vous les Velpeau, les Bouiliaud, les Gerdy, les Magendi, et vingt autres savants de même trempe et de même intelligence, obligés de déchirer les pages de leurs chefs-d’œuvre, obligés de convenir que le magnétisme est un fait, que le somnambulisme présente, justifie les phénomènes que vous aviez observés et que vous veniez généreusement leur offrir, les croyant dignes d’en devenir dépositaires.
Selon ces grands hommes, on insultait à la raison humaine lorsque devant eux on parlait de magnétisme, en annonçant qu’on y croyait; nous étions tous dignes de pitié, et nos sages, pour ne pas trop nous humilier, nous tournaient le dos.
Je ne vous entretiendrai point de ces dernières luttes, car elles eurent le même caractère et la même 6n que celles i|ue je vous ai décrites, et voulant y mettre un terme, l’A-
(i) l’ifieaire, Puissance de rHectriciti animale, ou du Magnétisme vital , etc., 183g, i vol. in-8.
COl’KS DE MAGNÉTISME.
cadémie de médecine résolut, sous l’impression d’un beau mouvement d'éloquence du docteur Double (t), de clore à jamais toute discussion. Voici cette décision :
« L’Académie me permettra, dit M. Double, d’ajouter une réflexion : il est, je crois, de la dignité de l’Académie de mettre un terme à toutes ces demandes d’expériences des magnétiseurs, et qui manquent constamment. L’Académie de médecine a aussi ses questions de mouvement perpétuel et de quadrature du cercle dont elle doit désormais refuser de s’occuper.
» Je propose qu’à l’avenir il ne soit plus répondu aux demandes de cette nature,- et que l’Académie s’abstienne. »
( Bulletin de t Académie, t. VI, p. 22, 23, 24 et 25.) L’Académie demandait à voter paracclamation et allait approuver la proposition de M. Double, lorsque M. Mérat fit observer que les délais fixés pour le prix Burdin expiraient au l*r octobre 1840, c’est-à-dire dans trois semaines environ. Il fut alors bien entendu que la proposition de M. Double ne serait en vigueur qu’à partir du 1" octobre 1840. Déjà, en d’autres temps , cette proposition avait été faite par M. Bouillaud, mais elle était devenue éminemment opportune à l’expiration du temps fixé pour le prix; aussi a-t-elle été accueillie avec empressement par l’Académie. Depuis cette époque, on peut dire que l'histoire acudémique du magnétisme animal a été close, du moins en ce qui concerne i’Acudémie royale de médecine. Lorsque, en effet, quelque nouvelle proposition arrive de la part des magnétiseurs , le bureau traite ces propositions absolument comme le bureau de l’Académie des sciences traite les propositions relatives au mouvement perpétuel et à la quadrature du cercle , velut cegri somnia, et il n’en est plus question.
(i) Bulletin de l'Académie, t. VI, p. sa, a3, a4 ** *4.
Messieurs, cette sanglante injure à la vérité, cette platitude académique , restera pour attester aux générations futures la pauvreté de nos illustrations médicales actuelles, leur défaut de génie et de prévoyance, leur orgueil et leur vanité. On ajoutera ce méfait à tous les autres méfaits que commirent les corps savants, et l'on se demandera à quoi ils furent bons. L’histoire aura d’avance répondu : à empêcher le progrès humain, à tuer dans leurs germes les vérités les plus sublimes, à faire mourir de chagrin ou de misère les hommes <t élite que Dieu avait insjnrés !
Je vais vous donner, Messieurs, une dernière preuve des efforts que nous fîmes pour justifier de la vérité du magnétisme, non plus en en démontrant la réalité par le seul somnambulisme et ses facultés, mais en faisant constater son action curative; car, sachez-le, notre but, le but du magnétisme, c'est de guérir.
Voici une lettre, outrageant le bon sens, qui doit, comme les pièces que nous avons publiées, être inscrite dans nos archives. Quand vous en aurez pesé les termes, vous vous demanderez, sans doute, si vraiment nous sommes en progrès, ou bien si, quand il s’agit du magnétisme, et qu’il est question de l’appliquer au bien, quelque mauvais génie ne s’empare pas des gens qui ont pour mission de favoriser tout ce qui peut le produire.
La Commission du magnétisme, celle dont nous eûmes à nous louer, et qui, par l’organe de M. Husson, fit un rapport qui nous fut favorable, voulant, non pas seulement voir et constater les phénomènes du magnétisme, mais s’assurer des effets thérapeutiques qu’on lui attribuait, écrivit au conseil des hôpitaux pour être autorisée à faire quelques essais sur des malades ; il lui fut répondu ce qui suit :
<76 COURS DE MAGNÉTISME
A monsieur le docteur Bourdois de la Moite, président de la Commission du magnétisme.
Paris, 10 décembre 1827.
a Monsieur,
» Le Conseil général des hospices a entendu, dans sa dernière séance, la lecture de la lettre que vous lui avez adressée, sous la date du 3 de ce mois, relativement aux expériences commencées dans l'hôpital de la Charité, sur le magnétisme.
» Le Conseil a pesé tous les motifs présentés dans votre lettre; cependant il ne peut consentir à ce qu'il soit fait dans les établissements confiés à sa surveillance des expériences sur un traitement qui donne lieu, depuis longtemps, à des débats entre les hommes les plus instruits.
» En me chargeant, monsieur, de vous faire connaître cette decision, le Conseil m’a invité à vous témoigner tous les regrets qu'il éprouve de ne pouvoir seconder, dans cette circonstance, les intentions des médecins éclairés qui composent la commission que vous présidez.
» J’ai l’honneur d’être, etc.
• Signé Valdruche. »
Voilà comment répondait l'administration des hôpitaux. Sachez surtout que* dans le même temps, ces philanthropes éclairés permettaient l’emploi de l'acétate de morphine, de l’acide prnssique, de l’extrait alcoolique de noix vomique, et du nitrate d'argent-fondu.
Je termine cette digression et reprends mon enseignement en dehors de toute discussion.
11 sera donc prouvé qu’on peut modifier d’une manière très sensible l'organisaiion d'un individu, en face duquel on exécute certains gestes, avec une intention particulière.
J’abandonne ici, pour un instant, tous les autres phénomènes du magnétisme, pour ne m’attacher qu’à ceux ci : des individus magnétisés ont éprouvé des effets physiques tellement prononcés, que les lois de la vie qui veillaient à leur conservation ont été atteintes et changées; il y a eu, pour un instant, perturbation d’un grand nombre de fonctions, et dans cette tourmente «lu corps et de l’esprit est apparue une vie physique et morale toute particulière. Que cet état soit du somnambulisme, de {'extase, de la catalepsie, cela ne diminue en rien le merveilleux des phénomènes.
Quelle est donc la cause de ces effets si extraordinaires? Nous allons commencer l’examen de cette grande question, et tâcher d’en rendre la solution facile.
Nous espérons faire pénétrer dans votre esprit la conviction que nous avons acquise. Nous sommes certain que les effets produits par la magnétisation sont tous dus à l'émission d’un agent que vous nommerez comme vous le voudrez : que ce soit l 'archée de Van Helmont, le principe vital de Barthez, le fluide universel, le fluide magnétique, etc., les faits qui prouvent une influence directe des êtres vivants, indépendamment des agents physiques, se sont accumulés, et ion a donné le nom de magnétisme animal à la cause qui les
Peu nous importe le nom qu'on a choisi : quanta présent, il s’agit de prouver seulement que les explications des antagonistes du magnétisme soqi sans fondement.
Développons les hypothèses de nos adversaires :
« Les effets prétendus magnétiques sont dus à quatre » causes : l’ imagination , la copieur animale, l' éréthisme de ftb » peau, et b Veuillez' me suivre, Messieurs, et
COURS DE MAGNÉTISME
examiner avec moi si les magnétiseurs qui adoptent un agent particulier sont dans l’erreur, ou, si elle n’est pas tout entière du côté de leurs antagonistes.
Reconnaissons d’abord que ces derniers ont pour eux les • rapports des anciens commissaires de 178/t, que nous vous avons déjà relatés; disons que ces rapports doivent inspirer quelque confiance, et ajoutons qu’ils ont encore pour eux de très beaux raisonnements : nous, Messieurs, nous avons simplement les faits, et nous allons les faire parler.
Nous commençons par convenir que l'imagination, la chaleur animale, l'imitation, etc., produisent des effets dans certains cas, que ces effets sont même incontestables.
Mais nous ajoutons, ensuite, que le magnétisme peut agir sans qu'aucune de ces causes puisse intervenir et expliquer suffisamment les effets qu'il produit.
Voici les motifs de notre croyance. L’action magnétique peut s’exercer de plusieurs manières : quelques magnétiseurs, touchent leurs malades, leur prennent les pouces, les frictionnent; d’autres, au contraire, se contentent de diriger simplement leurs mains en face de l’individu qu’ils magnétisent ; d’autres, enfin , ne font que les regarder, et penser à eux : tous, cependant, malgré des méthodes si différentes, obtiennent la production des mêmes phénomènes.
Maintenant, examinons si ce sont les causes que nous avons spécifiées qui agissent, ou si ce n’est pas plutôt notre agent.
Voyons d’abord la chaleur animale. Mais pour que cette cause agisse, il faut qu’on touche le malade, et nous venons de nous couvaincre que cela n’était nullement nécessaire, et que l'on pouvait agir à plusieurs pas de distance.
il en est de même pour \ éréthisme de la peau : pour agir sur cette partie, il faut encore la toucher, la frotter; et les procédés qui enseignaient cette méthode ont cessé d être employés saus que les effets magnétiques aient disparu.
Ij’imilation . Cette cause peut agir dans une assemblée, lorsque vous magnétisez plusieurs personnes ensemble; mais, si dans le silence et le recueillement, seul avec votre magnétisé, vous obtenez des effets plus marqués qu'en public, vous devez encore récuser l imitation.
J’arrive à l 'imagination, l'argument favori de ceux qui n ont jamais approfondi la question et qui u'ont examiné aucun fait.
• Je pourrais leur demander d’abord ce qu’ils entendent par imagination; peut-être seraient-ils fort embarrassés de nous donner de ce mot une définition rigoureuse, mais nous voulons leur épargner cet embarras.
Pour agir avec, on par l'imagination, comme on voudra, peu importe, il faut que l’individu sur lequel vous voulez agir soit instruit des effets que l’on compte lui faire éprouver, qu’il soit prévenu que vous avez une grande puissance ; il faut qu’il sache que vous pouvez agir sur lui par des causes occultes, ou bien, que vous lui imposiez, soit par votre attitude, vos regards, etc. Certainement, avec chacune de ces circonstances, vous pouvez parvenir à ébranler sou imagination. Mais si nous prouvons que l’action que nous exerçons est d'autant plus forte que 1 individu sait moins que nous agissons sur lui, si nous établissons par des faits certains, positifs, qu’un individu magnétisé à sou msu, même à travers d'épaisses cloisons, est sensible au magnétisme ; si nous voyons les enfants en bas âge, et les animaux dont l'organisation se rapproche le plus de la nôtre, éprouver des modifications dans leur état, lorsqu’ils sont soumis à la magnétisation, il faut bien admettre que l'imagination ne peut être regardée comme cause déterminante de ces phénomènes, et d’ailleurs ce que l’imagination a fait, l’imagination peut le détruire, et jamais les effets magnétiques ne cessent que par la volonté du maguétiseur.
Pour achever de dissiper vos doutes à ce sujet, nous di.
COURS RE MAGNÉTISME
sons que de nombreuses expériences faites par nous sur des individus dormant du sommeil naturel nous ont fourni des preuves suffisantes pour nous faire penser que cette disposition, toute passive, était la plus favorable pour le développement le plus prompt des effets magnétiques.
Pour réfuter tous les arguments de nos adversaires, je ne suis qu’embarrassé du choix des preuves ; je me bornerai néanmoins à vous citer des faits scrupuleusement vérifiés, des faits reproduits souvent dans mes expériences. Je laisse de côté les guérisons bien attestées d’une foule de maladies que l’imagination ne guérit point et n’a jamais pu guérir.
Écoutez d’abord la lecture d’une déclaration que j’ai faite et signée ; cette déclaration est entre les mains de la Commission chargée de vérifier les faits magnétiques, et, quoiqu’elle soit très importante, cette commission ne m'a jamais sommé de la justifier par des faits, ce qui peut faire présumer quelle n’a pas eu besoin de cette nouvelle preuve pour être convaincue du magnétisme.
J’ai déclaré que les individus dormant du sommeil naturel étaient très sensibles au magnétisme, et que cet agent produirait sur eux des effets physiques, semblables à ceux produits par les autres agents de la nature, le galvanisme, par exemple, avec cette différence, cependant, que le contact n’était nullement nécessaire.
Si j’ai bieu observé, dites-moi, Messieurs, où trouverezvous dans ces faits d’action à distance sur des gens passifs et qui ne peuvent savoir que vous agissez sur eux, ditesmoi où vous trouvez la moindre preuve en faveur des causes précitées; si vous n’adoptez l’hypothèse d’un agent, tout vous manque pour donner une explication raisonnable des phénomènes ainsi obtenus.
Mais puisque cette découverte dernière n’a pas été généralement vérifiée par ceux qui se sont occupés de magné-
tisme, je dois la laisser de côté et vous citer des faits qui aient reçu la sanction de quelques savants.
J'avais assuré à beaucoup de membres de l'Académie de médecine que je possédais un somnambule doué d'une telle mobilité, qu’il sentait mon approche ou mon éloignement, et que, placé à douze ou quinze pas de lui, je pourrais, quand je voudrais, et sans qu’il en fût prévenu, lui donner des convulsions. Vous pensez bien qu’il avait été convenu que les observateurs prendraient toutes les précautions qu’ils jugeraient convenables pour que les expériences fussent concluantes et que la bonne foi du somnambule et la mienne ne pussent être mises en doute. Aussi, dès que celuici fut arrivé à l’Académie de médecine, on me pria de l’endormir; on commença alors ù lui tamponner la cavité des yeux avec des gants, puis on lui mit plusieurs bandeaux autour de la tête, et ces bandeaux couvraient parfaitement toute la face ; pour plus de sûreté, on résolut de ne pas proférer une seule parole et de faire par écrit des propositions d’expériences. Je me soumis à tout : les expériences commencèrent. — Eh bien ! Messieurs, à toutes les injonctions je répondis en accomplissant les faits dont, par écrit, on m’avait demandé la production.
Pour prouver que dans cette circonstance, il n’y avait pas en moi plus de sorcellerie que dans les examinateurs, je mis ceux-ci à même de produire des phénomènes analogues en agissant mentalement comme je venais de le faire, et ils y réussirent complètement.
Après plusieurs heures d’essais, je réveillai le somnambule dont le système nerveux était violemment agacé par les excitations nombreuses produites par ce genre d'expérimentation. Ces faits ont été attestés de la manière la plus formelle par MM. Husson, Marc, Tillaye, Fouquier, Guéneau de Mussy, etc. (Voy. p. 116.)
Vous est-il possible d’admettre dans tous ces faits, que
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je pourrais multiplier à l'infini, les causes adoptées par nos adversaires? Non, aucune d’elles ne saurait leur être applicable. Ils ont menti A la science; ils ont écrit sur des choses qu’ils avaient peu vues ou mal observées; et, par leurs fausses connaissances ou leur incurie volontaire, ils ont retardé les progrès importants que le magnétisme eût pu faire. S’ils eussent été animés de moins de préventions, et d’une bonne foi plus entière, peut-être cette science serait aujourd’hui l’une des découvertes les plus utiles à l’humanité. Les faits sont plus forts que les raisonnements. N’at-on pas argumenté contre la rotondité de la terre et contre les faits les mieux établis aujourd’hui? Vous savez qu’on écrivit, que, s’il y avait des antipodes, ils auraient nécessairement la tête en bas, ce qui semblait le comble de la déraison; on sait à quoi s’en tenir aujourd’hui sur ces assertions.
Je vais vous citer encore quelques faits dégagés de toutes les circonstances cpii pourraient paraître douteuses, afin de ne laisser dans votre esprit aucune incertitude, et de vous convaincre que. si nous adoptons l’existence d'un moteur particulier comme cause des effets magnétiques, notre croyance est fondée surdes faits scrupuleusement observés.
Expérience de /‘Hôtel-Dieu (û novembre 1820). — Nous étions tous rendus dans la salle ordinaire de nos séances, la malade exceptée. M. Husson, médecin de cet hospice, me dit : « Vous endormez la malade sans la toucher et cela très promptement. Je voudrais que vous essayassiez d’obtenir le sommeil sans qu’elle vous vit et sans quelle fût prévenue de votre arrivée ici. » Je répondis que je voulais bien essayer, mais que je ne garantissais pas le succès de cette expérience, parce que l’action à distance, à travers des corps intermédiaires, dépendait de la susceptibilité particulière de l’individu.
Nous convînmes d’un signal que je pourrais entendre.
M. Husson, qui tenait alors des ciseaux à la main, choisit le moment où il les jetterait sur la table. On m'offrit d’entrer dans un cabinet séparé de la pièce par une forte cloison, et dont la porte fermait solidement à clef. Je ne balançai pas à m’y enfermer, ne voulant éluder nulle difficulté et ne laisser aucun doute aux hommes de bonne foi, ni aucun prétexte à la malveillance.
On fit venir la malade, on la plaça le dos tourné à l’endroit qui me recelait, et à trois ou quatre pieds environ. Un s’étonna avec elle de ce que je n’étais pas encore venu. On conclut de ce retard que je ne viendrais peut-être pas; que c’était mal à moi de me faire ainsi attendre; enfin, on donna A mon absence prétendue toutes les apparences de la vérité.
Au signal convenu, quoique je ne susse pas où et à quelle distance était placée mademoiselle Samson, je commençai à magnétiser, en observant le plus profond silence, et évitant de faire le moindre mouvement qui put l'avertir de ma présence. Il était alors neuf heures trente-cinq minutes ; trois minutes après elle était endormie, et dès le commencement de la directionde ma volonté agissante, on vit la malade se frotter les yeux, éprouver les symptômes du sommeil, et finir par tomber dans son somnambulisme ordinaire.
Je répétai cette expérience le 7 novembre suivant, devant M. le professeur Récamier. Celui-ci prit toutes les précautions possibles, et le résultat fut eu tout conforme à notre premier essai.
Voici les détails de cette expérience. Lors de mon arrivée, à neuf heures et un quart, dans le lieu de nos séances, M. H ussou vint me prévenir que M. Récamier désirerait être présent et me voir endormir la malade à travers la cloison Je m'empressai de consentir à ce qu’un témoin uusi: recommandable fut admis sur-le-champ. M. Récamier entra et m’entretint en particulier de sa conviction touchant les
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phénomènes magnétiques. Nous convînmes d’un signal; je passai dans le cabinet, où l’on m'enferma. On fait venir la demoiselle Samson ; M. Récamier la place à plus de six pieds de distance du cabinet, ce que je ne savais pas, et y tournant le dos. Il cause avec elle et la trouve mieux; on dit que je ne viendrais pas, elle veut absolument se retirer.
Au moment où M. Récamier lui demande si elle digère la viande (c’était le mot du signal convenu entre M. Récamier et moi), je commence de la magnétiser. Il est neuf heures trente-deux minutes; trois minutes après, M. Récamier la touche, lui lève les paupières, la secoue par les mains, la questionne, lü pince, et nous acquérons la preuve quelle est complètement endormie.
Mais ce n'était pas assez de ces deux faits pour admettre un phénomène aussi étrange; nous voulûmes encore multiplier les expériences en les variant, en changeant les heures et les circonstances accoutumées.
Voici ce que nous fîmes. Je me rendis, un soir, accompagné de M. Husson et autres médecins, dans la salle où était la malade. On me ht mettre à plusieurs lits de distance, en observant le plus grand silence, de manière que je ne pusse être vu. Je magnétisai la malade à sept heures huit minutes; à sept heures douze minutes nous nous approchons tous, et nous nous assurons que le sommeil et l’insensibilité qui le caractérisait habituellement existent au plus haut degré.
Il est inutile de dire que le jour d'expérimentation avait été choisi par le médecin en chef et non par moi; qu’on s'était assuré, avant l'expérience, que la malade ne dormait point, et enfin que mon action avait été dirigée à vingt pieds de distance environ.
Messieurs, pour détruire toute espèce d’incertitude sur le résultat de cette action prodigieuse, voici ce que nous fîmes, ou plutôt ce qu’on m’ordonna de faire.
M. Bertrand, docteur-médecin de la Faculté de Paris, avait assisté aux séances. Il y avait dit qu’il ne trouvait pas extraordinaire que la magnétisée s’endormit, le magnétiseur étant placé dans le cabinet; qu’il croyait que le concours particulier des mêmes circonstances environnantes amènerait sans ma présence un semblable résultat; que du reste la malade pouvait y être prédisposée naturellement. Il proposa donc l’expérience que je vais décrire.
Il s’agissait de faire venir la malade dans le même lieu, de la faire asseoir sur le même siège et à l'endroit habituel, détenir les mêmes discours à son égard et avec elle; il lui semblait certain que le sommeil devait s’ensuivre. Je convins, en conséquence, de n’arriver qu’une demi-heure plus tard qu’à l'ordinaire. A neuf heures trois quarts, on commença à exécuter vis-à-vis de lu demoiselle Samson ce que l’on s’était promis. On l'avait fait asseoir sur le même fauteuil où elle se plaçait ordinairement, et dans la même position; on lui fit diverses questions, puis on la laissa tranquille; on simula les signaux employés précédemment, comme de jeter des ciseaux sur la table, et l’on fit enfin une répétition exacte de ce qui se pratiquait ordinairement. Mais on attendait vainement l'état magnétique qu’on espérait voir se produire chez la malade ; celle-ci se plaignit de son côté, s’agita, se frotta le côté, changea de place et ne donna aucun signe de besoin de sommeil ni naturel, ni magnétique.
Le délai expiré, je me rends à l’Hôtel-Dieu ; j’y entre à dix heures cinq minutes. La malade déclare u’avoir aucune envie de dormir, elle remue la tête, et se trouve endormie dans l’espace d’une minute et demie, mais ne répond qu’une minute après.
Nous nous assurâmes de la réalité du sommeil en constatantde nouveau l’état d’insensibilité de la malade. Plusieurs fois j’ai fait cette expérience.
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Déjà, Messieurs, en 1784, on avait constaté le même phénomène. Voici ce qu’on écrivait de Lyon à cette époque, dans une lettre consignée dans un ouvrage qui a pour titre : Réflexions impartiales sur le magnétisme.
« Plusieurs fois on a fait l’expérience suivante : Une personne très susceptible a été laissée avec d’autres personnes prévenues, qui cherchaient à la distraire; pendant ce temps, on la magnétisaità son insu, de la chambre voisine, et l’effet était aussi prompt et presque aussi sensible que si l’on eût été auprès d'elle :1a seule différence qu’on y ait remarquée, c’est que ne sachant pas qu’on opérât sans elle, elle se contraignait dans le commencement de l’action, prenant pour un malaise naturel ce qu’elle ressentait, et elle ne cessait de se contraindre que lorsque l’action, pbrtée avec force, ne lui laissait plus la liberté de se dissimuler qu elle était magnétisée. Une seule expérience n’aurait pas été décisive, on les a multipliées ; on a constamment réussi à produire des effets plus ou moins marqués selon le degré de sensibilité de la personne magnétisée. *
Cette faculté prodigieuse que nous a donnée la nature n’est point douteuse, elle a été vérifiée et reconnue par un grand nombre de personnes. Il y a déjà longtemps que Van Helmont s’en était expliqué. « J’ai différé jusqu’ici (dit-il » dans ses ouvrages) de dévoiler un grand mystère: c’est » qu’il y a dans l’homme une énergie telle que par sa seule » volonté et par sou imagination, il peut agir hors de lui, » imprimer une influence durable sur un objet très éloi- » gné. »
Messieurs, cette faculté est une propriété évidente résultant de notre organisation; c’est en vain qu’on allègue pour la combattre des essais infructueux. Cent faits négatifs ne détruisent pas un fait positif. Eh ! Messieurs, il est trop heureux pour nous que nous ne puissions faire usage de ce pouvoir toutes les fois que l’envie nous en prendrait : nous
devons désirer qu'il en soit toujours ainsi, car je vous le demande, dans quel état de perturbation serait la société, si nous pouvions, à chaque instant, troubler chacun de ses membres! C’est déjà beaucoup trop que nous le puissions dans certains cas, puisque cela n'a aucun degré d’utilité et que les inconvénients en sont immenses.
La nature, en mettant des bornes à notre pouvoir, s’est montrée prévoyante.
Messieurs, le fluide magnétique animal ou la cause invisible des effets magnétiques, passe à travers tous les corps de la nature, ou tous les corps sont conducteurs de ce fluide.
Le fluide magnétique animal, peut s’incorporer dans tous les corps de la nature, ou chaque corps peut recevoir ce fluide, le retenir et produire par lui des effets magnétiques.
La liaison entre le fluide magnétique animal et les corps qui l’ont reçu est si étroite, qu'aucune force chimique ou physique ne peut le détruire.
Les réactifs chimiques et le feu n’ont point d’effet sur le fluide magnétique animal lui-même.
Il y a très peu d’analogie entre les fluides impondérables que les physiciens connaissent et le fluide magnétique animal.
Quelques expériences appuient ces propositions.
Un corps vitreux magnétisé , qui avait fait dormir un somnambule en quelque$»secondes, fut lavé avec de [eau et frotté avec du linge, puis présenté derechef au même sujet. Il s’endormit en une minute et demie.
Le même verre magnétisé, lavé avec de l’alcool, produisit le sommeil en une demi-minute.
Un verre magnétisé, lavé avec de l’ammoniaque, produisit le somnambulisme en un quart de minute.
Le même vetre fut mis dans de l'acide nitrique fumant ; après y avoir séjourné pendant cinq minutes, il fut mis dans
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une tasse de faïence avec de l’eau, et de cette eau le jeune somnambulisme le prit et s’endormit aussitôt qu’il l’eut dans ses mains.
La même expérience fut répétée avec de Yacide sulfurique concentré. L’effet était absolument le même.
Dans ces expériences, aucun réactif chimique ne put détruire la force magnétique du verre magnétisé; on crut s’apercevoir que cette force ne s'attache pas comme les odeurs, l'électricité et d’autres fluides semblables, à la surface des corps, mais quelle pénètre dans leur intérieur. L’expérience suivante parait confirmer cette conclusion.
Un gros piston de marbre magnétisé fut entièrement enfoncé dans de l’acide muriatique, jusqu’à ce que l’acide en eut enlevé à peu près la moitié de la masse, puis il fut ôté, lavé et présenté au somnambule : il s’endormit aussi vite que par l’attouchement du marbre entier.
Les autres fluides impondérables et expansifs sont entre eux dans un tel rapport, que l’un d’eux étant attaché à un corps solide, il n’en peut être séparé que par l’effet d'un autre fluide expansif. Par exemple, le fluide magnétique est chassé de l'aimant naturel ou artificiel par l'ignition et par le coup électrique, et la combustion change entièrement tous les rapports des corps avec les fluides expansifs, tels que leurs facultés conductrices, leurs capacités, etc. Âinsi, pour étudier la nature du fluide magnétique, on ne pouvait pas se dispenser d’exposer les corps magnétisés à différents degrés de température et à la combustion même.
On a donc fondu la cire, la colophane , le soufre, et f étain magnétisés, et après les avoir versés dans des formes cylindriques semblables à celles qu’ils avaient eues d’abord, on éprouva leur effet sur le somnambule : il n’indiqua aucune différence dans l'effet avant et après cette opération, il s’endormit aussitôt qu’il les eut pris dans ses mains.
Une baguette de fer magnétisée fut mise dans le feu et rougie.
Toute rouge elle fut jetée dans une tasse avec de l’eau et présentée au jeune homme par la même personne qui avait fait l'opération. Il s'endormit aussitôt qu'il l'eut dans ses mains.
Une grande feuille de papier entortillée et magnétisée fut brûlée sur une assiette de faïence. Le charbon et les cendres qui étaient restées sur l’assiette furent présentées au sont ■ nambule, qui en prit autant qu’il put avec sa main et s’endormit en peu de moments.
• Ou fit plusieurs contre-épreuves avec des objets qui étaient journellement entre les mains de tout le monde. On les lui mit sur les cuisses et dans les mains, mais il n'en fut aucunement affecté.
Les objets magnétisés, conservés avec soin, produisirent au bout de six mois les mêmes rffets. Us semblaient n avoir rien perdu de leur force magnétique.
Toutes ces expériences, faites avec le plus grand soin par le professeur Reuss et le docteur Lœwenthal, médecins à Moscou, ont été répétées par moi sur plusieurs sujets magnétiques, avec une légère différence dans les résultats. J'ai reconnu, en outre, que toutes les fois qu’un somnambule, éveillé ou endormi, s’approchait d’un lieu qui recelait des objets magnétisés, il éprouvait dans son état physique des changements remarquables. Dans le plus grand nombre de mes expériences, j’avais eu le soin de bander les yeux des somnambules, et dans aucune il ne m’est arrivé de leur faire connaître le but de mes essais. Un jour, après avoir expérimenté et cherché avec opiniâtreté si quelques corps de la nature n’isolaient pas le somnambule de l’action de son magnétiseur, je m’avisai de prendre dans la bibliothèque de la personne chez laquelle je faisais des expériences un in-folio volumineux. Je magnétisai le somnambule à travers les couvertures du livre, en dirigeant mes doigts eu pointes; bientôt il éprouva les effets de la magné-
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tisation comme si aucun corps n’avail été interposé entre lui et moi. Je magnétisai alors le somnambule à travers l'in-folio entier, et bientôt je vis avec surprise que l’épigastre, que je cherchais à actionner, n’éprouvait rien, tandis que la tête et les pieds ressentaient l’action magnétique d’une manière visible; ce ne fut qu’en insistant un peu de temps que l’épigastre ressentit à son tour l’effet du magnétisme, mais d’une façon plus faible. Je répétai cette expérience sur d’autres organes, et toujours ces organes éprouvèrent très peu mon action, lorsque tout le reste du corps en était convulsé. Des essais répétés dans toutes les circonstances ne me permettent pas le doute sur ce fait extraordinaire ; c’est que ce qui isole le plus de tous les corps connus, est le papier superposé en grand timbre de feuilles.
Nous terminerons cette leçon par quelques réflexions ingénieuses suggérées par ces dernières expériences à M. de Eschenmeier, célèbre philosophe de Tubingen.
« Il y a donc, dit-il, un principe actif qui résiste à toutes les forces mécaniques, physiques et chimiques, qui s'attache aux corps par un lien indissoluble, qui pénètre dans leur substance comme un être spirituel, et triomphe même de l’action dufeu. Mais son existence, indubitable par les effets qu’il produit, ne se dévoile pas aux sens de l'homme dans son état ordinaire; il n’y ^ que cet épanouissement de notre personnalité, effectué par le rapport magnétique, qui nous met à même de voir, d'entendre et de sentir ce principe de vie ; qui reçoit sa vigueur de 1a volonté de l'homme et agit avec une énergie proportionnée à 1a force île cette volonté. Quand il agit avec une grande énergie sur un organe doué d’une force égale, mais négative, ce qui suppose toujours l’existence d’un contraste spécifique ( comme lorsqu’un homme fort le dirige sur un garçon faible), alors ce principe agit comme l’éclair et parait anéantir tout à fait la vie. Dans l'état de veille ordiuaire, l'homme n’est que daus un
rapport général avec les êtres qui l'environnent; il défend, dans cet état, l’individualité de sa personne par la force de sa volonté contre toute influence qui attaque la partie spirituelle de son existence, et cette volonté tient plus ou moins l'équilibre avec la volonté et l’action des autres créatures. Mais cette résistance ne subsiste qu’autanl que le corps et l'âme conservent leur union intime ; c’est dans cet état que nous jouissons delà connaissance parfaite de nousmêmes, et les notions, les sensations et la volonté, en harmonie avec le bien-être du corps, conservent aussi entre elles la juste proportion. Dans cet étal, qui peut être regardé comme intermédiaire entre celui purement spirituel et celui des animaux, l'bonnue a devant lui, d’un côté un monde idéal, de l’autre côté un monde corporel. Mais aussi longtemps que sa personnalité tient ferme et qu’il conserve la connaissance de lui-même, il ne peut pas réellement entrer ni dans l’un ni dans l'autre de ces deux mondes ; il ne peut qu'abaisser son idée en donnant l’empreinte de la vérité, de la beauté et de la bonté à ses notions, à ses sentiments et à ses actions ; mais il n'est pas en état de se transporter lui- même dans cette région où fidée parvient à l’état de pureté et de clarté. Ce n’est que libre des entraves du corps qu elle y arrive. Voilà les deux limites entre lesquelles se tient l’existence de l'homme dans l’état de veille ordinaire.
» L’existence d'un nouveau rajiport spécifique peut changer cet état. Une impulsion quelconque, principalement une volonté étrangère, peut pénétrer dans ce cercle d'indifférence qui détermine l’étal ordinaire, elle en ouvre les barrières et en écarte les contrastes jusqu'à un certain degré. Alors, d’un côté, la jmrtie humaine devient plus spirituelle; elle ne jiart plus de sou premier point de vue, elle ne se contente plus de contempler la région de fidée comme une constellation éloignée, mais elle s’y transporte elle-même, elle franchit les limites des sens et acquiert des organes
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nouveaux. De l'autre côté, la partie organique, devenue plus matérielle, commence à agir comme les fluides impondérables de l’électricité, du magnétisme minéral , etc. Dans cet état de contrastes exaltés, lhommc est capable de recevoir objectivement le principe vital même, ou de le voir, de l'entendre et de le sentir; dans l’état ordinaire, c’est impossible, puisque alors ce même principe est activement ce qui entend, voit et sent, et ne peut donc être en même temps entendu, vu et senti passivement. Dans l’état de veille magnétique, où les contrastes se trouvent exaltés, la partie spirituelle est moins liée à la partie organique; l’œil delà fantaisie, devenu lui-méme plus intelligent, se place audessus du principe vital et le reçoit objectivement. On ne peut pus expliquer autrement et les constants effets des substances magnétisées sur les somnambules et les influences immédiates du magnétisme. Dans la veille magnétique, la partie spirituelle s’affranchit de l’empire du principe vital et le regarde comme un être subordonné; c’est par la même raison que les somnambules, étant sujets à l’influence énergique de la volonté du magnétiseur, peuvent envoyer leur propre principe vital comme un messager pour prendre connaissance des régions les plus lointaines. Leur œil, semblable à un rayon de lumière, s'étend à des distances immenses, ne prenant que la direction prescrite par la volonté du magnétiseur. C’est le même principe vital qui s’attache aux corps par un lien indissoluble, sans y être aperçu dans l'état de veille ordinaire, parce que cet état n’admet aucun rapport spécifique et s'oppose plutôt à touteslcs influences ; mais il est très bien senti dans la veille magnétique par un organe réceplible. »
On ne pourra blâmer un essai qui a pour but de rapprocher de notre contemplation ces mystères de la nature qui échappent à nos yeux : l’acte de la génération, la formation, le mouvement, la guérison, ne sont-ce pas «les mys-
tères? Concevons -nous comment l'âme est liée avec son instrument, sur lequel elle fait résonner les accords infinis de ses notions, les mélodies de ses sentiments, les harmonies de ses idées et de ses résolutions ? La hauteur île l'explication doit être proportionnée à la sublimité du problème; tout l’ordre physique et organique des êtres et tous les principes établis à ce sujet ne peuvent résoudre ces problèmes du magnétisme animal qui appartiennent proprement à la psychologie, où Ise expériences physiques et chimiques ne peuvent plus servir On ne peut souffrir aucun mysti-
cisme dans la nature ; les opérations qu elle a couvertes du p1 us profond mystère ne sont secrètes que pour nos sens, elfeotjfi le sont pas pour l'entendement et pour le principe qui ore les produire à la lumière.
plaise enfin à la philosophie de descendre de ses rtwbstances nqiiJfrselles, de ses esprits, de ses lumières et (mitres notions générales, aux faits qui demandent si impérieusement son explication ; qu’elle essaie enfin I application de ces principes généraux aux faits généralement reconnus, tels que l’acte de la génération, de la formation, de la guérison, de la perception sensuelle, de l’influence physique de l'âme sur son corps, etc. : alors on verra si la pompe avec laquelle on annonce ces principes ne fera pas place à une très grande modestie et à l’aveu qu’ils ne mènent pas loin. Celte tâche est bien plus difficile à remplir que dé s’amuser à poser des principes généraux, que l on trouve déjà tout établis dans les écoles ionienne, éléatique, pythagoricienne et platonicienne. Venons-eu à leur application, et je crains bien qu’ils soient tout à fait insuffisants.
Dans la prochaine leçon, je reviendrai sur les phénomènes dont je vous ai entretenus, afin de justifier complètement notre croyance. Je crains,' Cependant, de vous fatiguer par un grand nombrede citations, mais ilest nécessaire de bien établir les preuves dç, le isteuce du magnétisme
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aviint de vous parler des effets thérapeutiques que nous lui attribuons. Je vous entretiendrai plus tard du somnambulisme et des principales facilités qui sont inhérentes à cet état.
Nous ferons en sorte de ne vous citer que des faits vérifiés par un grand nombre de médecins : leur témoignage, sans doute, sera d’un grand poids pour vous.
Mais i appelez-vous toujours que les mêmes faits sont attestés pur une foule de personnes instruites, qui, pour être étrangères à la médecine, n'en méritent pas moins beaucoup de confiance, et bien que je choisisse de préférence les assertions de médecins, je ne crois pas pour cç|p qu'eux seuls doivent être juges. l.es phénomènes inpujjiiétiques ne demandent, pour être appréciés et reconnus, que l’exercice des sens, et, grâce à Dieu, nous en .sommes tous pourvus. Dans cette circonstance, c’est un triomphe poifr. nous de prendre nos preuves chez ceux qui s'opposèrent avec le plus de constance aux progrès du magnétisme, ceux qui, pendant longtemps, accablèrent de leurs dédains et de leur supériorité les personnes qui venaient leur raconter avec naïveté et conscience les phénomènes dont ils avaient été et les témoins et. les agents.
Ce sera, Messieurs, une preuve de plus en faveur des -esprits persuadés qu'il faut tôt ou lard rendre hommage à la vérité.
somnambulisme.