CINQUIÈME LEÇON
NOUVEAUX FAITS RELATIFS A L’EXISTENCE DU MAGNÉTISME. — SOMNAMBULISME NATUREL ET MAGNÉTIQUE. — OBSERVATIONS DIVERSES. — SOMNAMBULISME PUYSÉGURIQUE. — LA VOYANTE DE PREVOBST. — RÉFLEXIONS.
« Il faut nous contenter d'admiret les effets mer ▼cilleux de cel cl ut que la Piovidrncc semble utfiir aux savant» pour les confondre el niunlrei les bornes de l'intelligence humaine. •
a La science au|unrd'bui a simplement lardé nos misères. »
« Il est dans l’homme un corps glorieux caché sous l’écorce de notre chair et de notre corps opaque et groMter. «
Dans ma dernière leçon, je vous ai entretenus d’expériences magnétiques dont les résultats sont concluants, pour prouver l’existence d'un agent particulier agissant sur l’organisation liumaine et lui appartenant en propre.
Les faits que je vous ai cités sont atlesiés par des hommes capables de bien observer et que l’on ne peut, sans injustice, accuser de crédulité; j'ai voulu, en agissant ainsi, appuyer d’une manière solide les propositions que j’ai énoncées: mes preuves étaient irrécusables. Aujourd’hui je veux en agrandir le tableau et en même temps augmenter votre croyance.
J’espère que les nouveaux faits dont je vais vous donner connaissance seront suffisants pour bien établir le résultat de l’actioD magnétique.
Je vous ai déjà prouvé que les propriétés vitales d’un individu organisé comme nous peuvent être modifiées d’une manière sensible par l’application de ce qu’on appelle le
196 COUDS DE MAGNÉTISME
magnétisme, à tel point que les cautérisations de la peau par des caustiques ne produisent aucune douleur.
Je vous ai cité des expériences décisives. Voyons-en d'autres encore.
Vous savez que, dans la vie habituelle, les organes pulmonaires ne peuvent ressentir l’impression d’un gaz délétère, comme l'ammoniaque, sans être altérés dans leur structure et subir des changements instantanés, auxquels nulle puissance humaine ne saurait se soustraire : c’était le moyen à employer pour reconnaître d'une manière posi tive l’extinction de la sensibilité. Eh bien! cette expjüOBce a été faite.
Vous m’avez entendu vous citer aussi des phén magnétiques produits à distance, même à travers sons, sans que les individus sur lesquels j'agissais cusseï été, en aucune manière, prévenus de mon action.
Je vous ai rapporté en détail les expériences de l’Académie royale de médecine en 182 5 et en 183 1; je vous ai dit que les commissaires avaient à peu près obtenu les mêmes effets que moi sur mon somnambule.
J’ai recherché devant vous si les hypothèses adoptées par les adversaires du magnétisme étaient suffisantes pour expliquer ces phénomènes, et il vous a été facile d’en apprécier la valeur; mais j’ai senti que pour que vous pussiez porter un jugement définitif, il fallait multiplier les faits. Sans doute, vous m’aurez déjà tenu compte de ma discrétion, en ne me voyant prendre mes preuves que dans des faits accomplis sous les yeux de médecins; car il est naturel de les considérer comme meilleurs juges de tout ce qui se passe dans l’organisation humaine , et cette raison a suffi pour qu’à cè témoignage fût aussi accordée ma préférence.
Je n’ai point cherché à m’appuyer des travaux des étrangers qui ont consacré leurs veilles à l’étude de la science
SOMNAMBULISME
qui nous occupe. Leurs noms et leurs ouvrages, moins connus parmi nous, eussent été des autorités moins importantes.
Vous apprécierez ma conduite , si vous voyez que, ne donnant rien au hasard, je me retranche derrière une masse de faits avoués publiquement par ceux qui les ont produits ou vu produire.
Je reviens donc, en suivant la même marche, terminer l’exposé des preuves du magnétisme.
Lorsque je vous ai parlé de l’extinction de la sensibilité que présentent certains individus placés sous l'influence ■Pflçpfiriur , vous doutiez peut-être de mes assertions; |,;les preuves écrites dont je vous ni fait part ont dù IfflBr tous vos doutes. Veuillez bien me permettre de £§|H9résenter encore quelques nouveaux témoignages. Le |g||Ber est du docteur Bertrand. * J’ai vu, dit ce docteur, f9É|Hsensibilité assez prononcée chez quelques somnam- » buTes magnétiques, pour qu’on pût les soumettre aux » épreuves les plus concluantes. Pour ne vous citer qu’un » des faits dont j’ai été témoin , j’ai vu un magnétiseur , qui » avait coutume d’endormir son somnambule devant une » réunion nombreuse, engager tous les spectateurs à se » munir d’une épingle et à l’enfoncer à l’improviste dans » quelque partie de son corps que ce fût ; le somnambule » chantait, et souvent, pendant ce temps-là, on enfonçait » jusqu'à quarante ou cinquante épingles qu’on laissait * fixées dans sa chair, sans qu’on pût observer dans le son » de sa voix le plus léger trouble. »
Journal de Toulouse (5 avril 1830). — « Nous avons été déjà témoin des expériences curieuses exécutées à Toulouse par M. le comte de B..., et c’est pour attirer l'attention de nos lecteurs sur un prodige nouveau de son talent, que nous avons tracé un rapide aperçu de l’histoire de la science. Le document qui nous parvient est tout à fait authentique; il raconte un fait qui s’est passé le
COURS DU MAGNÉTISME
15 mnrs, dans le département du Gers, chez M. le juge de paix du canton de Condom , et en présence de personnes dont quelques-unes sont de notre connaissance.
» Jean..., âgé de vingt-trois ans, métayer de M. de la Bordère, du canton de Condom , était atteint d'un abcès par congestion, à la partie antérieure de la cuisse : les gens de l’art qui donnaient des soins au malade déclarèrent que la ponction serait pratiquée ; mais l’opération exigeait la plus grande prudence et' beaucoup de résignation, parce que l’artère crurale traversait la tumeur développée d’une manière effrayante.
» M. le comte de B..., dont la force magnétique est remarquable, proposa de plonger le malade dans l'état magnétique, de produire le somnambulisme, et d’établir l’insensibilité sur la partie du corps où devait être faite l’opération, afin d’épargner au malade des souffrances inévitables dans l’état de veille.
» La proposition fut acceptée. Au bout de deux minutes le malade fut plongé dans l’état magnétique. La lucidité ne fut pns remarquable. Jean répondit à son magnétiseur qu’il cherchait en vain et qu’il ne pouvait voir son mal. Dès lors le docteur Larieu fit, avec la plus grande dextérité, l’opération chirurgicale qui avait été jugée nécessaire. A plusieurs reprises il plongea le stylet dans l’ouverture faite par le bistouri, afin de donner issue à la matière purulente, lorsque son écoulement était empêché par des flocons albumineux; le pansement fut fait ensuite. Pendant cette opération, Jean demeura immobile comme une statue, son sommeil magnétique ne fut nullement troublé; et sur la proposition agitée par messieurs les médecins, de rompre l’état magnétique, M. B... réveilla s[>oiitanément le malade. M. le docteur Hoc s’approcha de lui, et lui demanda s'il voulait se soumettre à l’opération. Il le faut bien, puisque cela est nécessaire, répondit-il. C’est alors que M. R'>c lui
SOMNAMBULISME. 199
annonça qu'il était inutile de recommencer, puisqu'elle était faite.
» L’étonnement du malade fut à son comble, lorsqu'on lui en fit voir la preuve : il n'avait rien senti, rien éprouvé, et ne se rappelait que l'action de M. B..., lorsqu’il lui appuya la paume de lu main sur son front pour l'endormir. »
On trouve, il est vrai, dans les Mémoires de F Académie des sciences, page Û09, une dissertation de \1. Sauvage de Lacroix sur le somnambulisme d'une fille de Montpellier qui présentait l’exemple d’une pareille insensibilité. k*^l,e 5 avril 17 57, dit l'auteur, en visitant l'hôpital à dix N heures du matin, je trouvai la malade au lit. Elle se mit à
• parler avec une vivacité et un esprit qu'on ne lui voyait ja-
• mais hors de cet état; elle changeait quelquefois de propos,
semblait parler à plusieurs de ses amies, qui s’assem-
• blaieut autour de son lit; ce qu’elle avait dit dans son » attaque du jour précédent, où, ayant rapporté mot pour » mot une instruction en forme de catéchisme, quelle » avait entendue la veille, elle en fit des applications morales » et malicieuses à des personnes de la maison, qu elle avait » soin de désigner sous des noms inventés, accompagnant » le tout de gestes et de mouvements des yeux qu’elle avait » ouverts, enfin avec toutes les circonstances des actions » faites dans la veille, et cependant elle était endormi®
» C'était un fait bien avéré, et personne n'en doutait plus; » mais prévoyant tjue je n’oserais jamais l'assurer, à moins » que je n’eusse fait mes épreuves en forme, je les fis sur » tous les organes des sens, à mesure qu'elle débitait tous » ses propos.
» En premier lieu, comme cette fille avait les yeux ouverts,
» je crus que la feinte, s’il y en avait, ne pourrait tenir
• contre un coup de lu main, appliqué brusquement au » visage; mais cette expérience réitérée ne lui fit pas faire » la moindre grimace, et elle n'interrompit point le fil de
» son discours. Je cherchai un autre expédient : ce fut u de porter rapidement le doigt contre l’œil, et d’en appro- » cher une bougie allumée assez près pour en brûler les cils » des paupières, mais elle ne clignota seulement point.
» En second lieu, une personne cachée poussa tout à » coup un grand cri vers l’oreille de cette fille, et fit du bruit » avec une pierre portée contre le chevet de son lit : cette * fille en tout autre temps aurait tremblé de frayeur, mais » alors cela ne produisit rien.
■> En troisième lieu, je mis dans ses yeux et dans sa bou- » che de l’eau-de-vie, de 1 esprit de sel ammoniac ; j’appli- » quai sur la cornée même, d’abord la barbe d’une plume, » ensuite le bout du doigt, mais sans aucun succès ; le tabac » soufflé dans le nez, les piqûres d’épingles, les contorsions » des doigts, faisaient sur elle le même effet que sur une » machine : elle ne donnait jamais la moindre marque de » sentiment. »
Le dixième volume de la Bibliothèque Je médecine contient un mémoire sur une femme somnambule, qui était insensible aux coups de fouet donnés sur les épaules à nu. On lui frotta un jour le dos avec du miel ; ou l'exposa, dans cet état et pendant un soleil ardent, aux piqûres de mouches à miel, qui lui firent une multitude d’ampoules, sans quelle laissât échapperle moindre mouvement : mais étant réveillée, elle parut sentir de vives douleurs aux endroits affectés, et se plaignit amèrement des mauvais traitements qu'on lui avait fait éprouver.
Je vous cite ces faits qui semblent sortir du domaine magnétique, mais nous vous prouverons que la cause qui les détermine est la même ; le mécanisme de son action est seulement différent.
Voici de nouveaux faits dont la source est purement magnétique.
Jusqu’à présent, Messieurs, je ne vous ai entretenus que
Dinrti. ; Cm >
SOMNAMBULISME
d’effets magnétiques que je regarde comme les plus importants pour déterminer votre conviction ; car ces effets sont, par leur nature, moins sujets à contestation que ceux qui vont suivre, et il vous eût été impossible de les rejeter, sans nier l’évidence même.
Je vais vous tracer à présent l'historique d’un phénomène magnétique particulier, je veux dire le somnambulisme. Mais, avant ce récit, permettez-moi quelques réflexions; je crains tant de vous voir douter de la vérité, que je voudrais devancer dans vos esprits les objections que vont y faire naître les nouveaux phénomènes que je vais vous exposer.
« Qu’eût-on répondu, avant la découverte des lois des •> actions électriques et galvaniques, à celui qui fût venu » assurer que le frottement de la résine et du verre, parle » contact de deux métaux convenablement disposés, pou-
* vait donner lieu aux phénomènes étonnants que tout le » monde connaît? On n’aurait certainement pas manqué de » traiter cet homme de visionnaire, d’enthousiaste, etcon- » sidéré le résultat d’expériences positives comme des er- » reurs indignes de réfutation; cependant rien n'est plus » vrai que l’existence de ces phénomènes : qu’on prenne » donc garde de commettre une pareille faute à l’égard du
* somnambulisme magnétique. Si le contact de deux pièces » métalliques, le frottement du verre ou de la résine, corps » dont les propriétés sont à une distance incommensurable n de celle d’un système nerveux et d’un cerveau humain, » peuvent amener des phénomènes aussi extraordinaires, » pourquoi ne voudrait-on pas concevoir que deux systèmes » nerveux, deux cerveaux, mis dans certains rapports, pus- » sent produire un changement dans l’existence ordinaire » de ces organes, d’où résulte le phénomène du somnambu- » Usine. »
Eh bieu ! ce que je vous donne ici comme une hypothèse,
COURS DE MAGNÉTISME
va devenir une vérité aussi positive que celle qui est si bien établie maintenant pour vous. Autant il serait difficile de vous démontrer que les phénomènes électriques n'existent pas, autant on éprouverait de difficultés pour nous prouver que nous sommes dans l’erreur, car notre jugement, comme le vôtre, repose sur îles faits aussi solidement établis.
Le somnambulisme, le plus étonnant des phénomènes dont l’histoire des sciences fasse mention, viendra bientôt
sons à peine, et déjà par lui on a rectifié des puis longtemps adoptées comme des vérités. On se ce que deviendront nos connaissances amassées de peines et de soins, s'il est vrai que des individus dans le somnambulisme aient une manière d’exister, des sens à part, une mémoire distincte et intelligence plus active que dans l’étal de veille
Mais avant de vous parler du somnambulisme magnétique, nous devons vous entretenir du somnambulisme naturel , afin de vous montrer l’analogie qui existe entre ces deux états.
« Tout le monde commit les histoires des somnambules naturels, entre autres celle de ce jeune séminariste, dont l’histoire est rappelée dans l 'Encyclopédie, qui se levait la nuit, écrivait ses sermons , faisait des corrections minutieuses ; écrivait de la musique, traçait son papier avec une canne, savait bien distinguer touies les notes, et, lorsque les paroles ne correspondaient pas aux notes, les recopiait dans un autre caractère; il relisait ensuite ce qu’il venait d'écrire, même quand on interposait une feuille de carton entre ses yeux, d'ailleurs bien fermés. »
Eh bien! leur état, d’abord variable chez chacun d’eux, est l’image de ce qui arrive dans le somnambulisme artificiel.
• L’action des somnambules naturels est d’aller d’un lieu
SOMNAMBULISME
dans un autre, les yeux fermés et dans la plus grande obscurité. Comment se fait -il qu’ils évitent avec autant d’adresse tous les obstacles qui s’opposent à leur passage?
Le domestique de Gassendi portait, la nuit, sur sa tête, une table couverte de carafes, il montait un escalier très étroit, évitait les chocs avec plus d'habileté qu’il n’eût fait pendant la veille, et arrivait à son but sans accidents. Comment la vue s’exerçait-elle donc sans le secours de la lumière?
Un somnambule écrivait les veux fermés, mais en se levaut il avait cru avoir besoin de chandelle; il en alluma une. Les personnes qui l'observaient l’éteignirent; aussitôt il saperçut qu’il était, ou plutôt il crut être dans l'obscurité, car il y avait d’autres lumières dans la chambre, il alla rallumer sa chandelle : il ne voyait qu'avec celle qu’il avait allumée lui-même.
La Bibliothèque de médecine (t. X, p. 477) fait inentiou d'un somnambule qui, se levant de son lit au milieu de la nuit, allait dans une maison voisine qui était en ruine, et dont il ne restait que les gros murs et quelques poutres mal assurées; le somnambule montait au plus haut de cette maison, sautait d’une poutre à l’autre, quoiqu’il y eût audessous un profond abîme.
Le même ouvrage rapporte l’histoire d’un autre somnambule qui, pendant la nuit, s’habillait, prenait ses bottes, ajustait ses éperons, et ensuite se lançait sur le bord d’une fenêtre d’un cinquième étage, qu’il prenait pour son cheval, et s’agitait dans cette posture avec tous les gestes d’un cavalier qui court la poste.
C’est ce qui fuit dire à Hehelini, médecin italien, auteur de plusieurs observations sur le somnambulisme , qu’il faut nous contenter d’admirer les effets merveilleux de cet état que la Providence semble offrir aux savants pour les confondre et montrer les bornes de l’intelligence humaine.
COURS DE MAGNÉTISME
« Les faits les plus nombreux et les plus authentiques, rapportés par les personnes les plus dignes de foi, prouvent que pendant le sommeil les sens externes étant fermés à leurs excitants ordinaires, le cerveau acquiert un surcroît d’activité, devient capable de choses au-dessus de sa portée ordinaire, et la faculté d’établir des relations au moyen des organes de la vue, du goût, de l'odorat, de l'ouïe, se transporte hors de ses sens sur des parties qui n’en sont pas douces dans l’état naturel. »
Le Journal de Toulouse du 30 juin 1855 publi très curieux de somnambulisme naturel, observé pa docteur Gaussail, professeur de l’École secondaire d decine.
Une jeune personne de vingt-quatre ans, ii la suite causes éminemment perturbatrices des fonctions nerveuses, a éprouvé divers accidents morbides, parmi lesquels ont longtemps dominé ceux qui constituent l’ hystérie, et qui depuis trois ou quatre ans sont venus aboutir au somnambulisme, sans toutefois abandonner leurs formes initiales.
En effet, d’après les renseignements fournis par M. Jules Naudin, médecin ordinaire de la malade, et ainsi que M. Gaussail a pu s’en convaincre lui-raérae au début de chaque crise somnambulique, on observe une distorsion et une secousse convulsive des muscles de la face, une roideur tétanique des membres, une agitation et une irrégularité extrême des battements du cœur, des convulsions tellement énergiques de l’organe utérin, que la main fortement appliquée sur la région hypogastrique est impuissante à les modérer : après une durée plus ou moins prolongée de ces phénomènes, le calme arrive avec le sommeil morbide.
Ce qui frappe tout d'abord l’attention dans ce nouvel étal est une animation particulière, on pourrait même dire une sorte d’embellissement des traits de la face; la malade
SOMNAMBULISME
s’exprime aussi avec lin timbre de voix plus élevé et un accent plus pur, des expressions plus correctes et mieux choisies que dans l'état de veille. Ces particularités, dit M. Gaussait, s'observent également dans le somnambulisme artificiel. Une autre circonstance bien digne de remarque, c’est l’étendue et la précision de la mémoire. Ainsi, à plusieurs reprises, M. Naudina pu obtenir de la malade endorraiedes détails quelle ne pouvait lui fournir éveillée sur les noms, les combinaisons et les doses des nombreux médicaments qui lui ont été administrés dans les divers traitements prescrits par plusieurs médecins.
Pendant ses crises, la malade n’éprouve ni souffrance ni malaise. Elle lit, elle brode, elle coud surtout avec une étonnante rapidité; il est vrai que ses yeux ne sont jamais complètement fermés par les paupières ; elle prédit, avec assez de précision, soit la durée de la crise présente, soit l'invasion de la crise prochaine, et indique ce qu elle fera pendant le temps que durera cet état. La durée de ces crises n'a rien de fixe; elles persistent souvent pendant deux, trois et quatre heures, quelquefois pendant tout un jour. La malade n’en conserve aucun souvenir, et elles ont été [>our elle comme un espace de temps retranché de son existence.
Plusieurs fois, au commencement des crises, il s’est manifesté une flexion convulsive de la jambe gauche portée à ce point que la face postérieure de cette portion du membre, y compris le talon et la plante du pied, était comme collée à la face postérieure de la cuisse et de la région fessière. La force avec laquelle se produit cette contraction est telle que deux fois l’une des planchettes d'un appareil destiné à maintenir la jambe graduellement amenée dans l'extension a été rompue ; l’épaisseur de cette planche est cependant d’environ 25 millimètres.
« En résumé, dit \1. Gaussail, abstraction faite de détails
COURS DE MAGNÉTISME
fournis par les parents de la malade et qui tiennent par trop du merveilleux, ce que nous avons constaté avec plusieurs confrères, parmi lesquels se trouvait M. Marchant, suffit pour établir qu’il s’agit d’un cas peu ordinaire et extrêmement intéressant. Un effet, il résume presque à lui seul ('ensemble des névroses, et il semble donner un démenti à certaines données généralement acceptées de la science physiologique, en ce sens surtout quil continue la valeur de cet élément du diagnostic négatif dans les affections nerveuses, signalé par M. Cerise, et dont il y a deux ans j’ai entretenu l'Académie, savoir : ï immunité des ./bÿjftt/o/ts nutritives et assimilatrices au milieu des perturbiiqjpH^ ^ Jonctionnelles les plus profondes et les plus variées, pifisqu‘3 est avéré que le degré d’embonpoint que conserve la mtjîMlé* depuis cinq aus n'est nullement en rapport avec la pefl|^ quantité d’aliments quelle ingère. J’ajoute que des bains* presque froids et prolongés pendant trois et quatre heures paraissent avoir un peu modifié l’état morbide de cette jeune personne. »
Un lit dans la Patrie du 18 août 1855 : « Un cas de somnambulisme assez rare vient de se produire, à Lyon, chez une jeune fille de quinze ans. Une robe de noces avait été commandée à sa mère, qui, indisposée, lui en confia la confection. La jeune fille, ayant interrompu son travail pour prendre un peu de repos, s est relevée bientôt après, a achevé entièrement la robe en dormant, l’a rendue à trois heures du malin, est rentrée à sou domicile, et s’est recouchée sans se réveiller et sans qu’on se fût aperçu de son action. Ce n’est que le lendemain, à son réveil, que, ne retrouvantplus la robe, elle crut qu’on la lui avait volée, et alla raconter sa mésaventure à la mariée, qui lui montra, à sa grande stupéfaction, l’ouvrage terminé. »
La nature nous offre encore des phénomènes analogues chez les hystériques, les cataleptiques et les extatiques.
SOMNAMBULISME
« Les facultés intellectuelles, exercées pendant les songes (dit M. P.icherand), peuvent nous conduire à certains ordres d'idées auxquelles nous n'avions pu atteindre durant la veille : c’est ainsi que des mathématiciens ont achevé pendant leur sommeil les calculs les plus compliqués, et résolu les problèmes les plus difficiles. »
Il serait superflu de vous citer d’autres témoignages de ces faits, ils sont généralement admis. Peut-être que l'explication de phénomènes si étranges nous sera bientôt révélée, j'en ai le pressentiment; je crois qu’en étudiant les lois qui servent à la production du sommeil que nous savons faire naître, nous trouverons la clef de ces deux états. * Une chose remarquable, c’est que les somnambules prétêt dent ne pas dormir. Ce n'est pas un état de sommeil .dans lequel nous sommes, disent-ils, car nous voyons, nous sentons, et nous eatendons lorsque vous le voulez, et nous possédons ces (acuités à un degré plus élevé que dans notre état habituel.
SOMNAMBULISME PÜYSÉGUHIQUE.
Il est aujourd'hui difficile de savoir qui a reconnu le premier, parmi les magnétiseurs, le somnambulisme magnétique. On fait honneur de cette découverte à M. de Puységur; il parait cependant qu'il s était manifesté chez plusieurs malades, au traitement de Mesmer. Mais, soit que l’on ne reconnût pas d’abord ce sommeil, soit que Mesmer trouvât bon d’en garder pour lui la connaissance, afin d'ëtre longtemps supérieur à ses élèves, personne ne s’avisa d’interroger les dormeurs, et I on ne vit jamais Mesmer s’occuper d’eux en public.
M. de Puvségur, retiré à sa terre de Busancy, prèsdeSoissons, mettait en pratique les leçons de son maitre, et gué-
COURS DE MAGNÉTISME
rissait les malades qui venaient le consulter, en employant les procédés qu’il lui avait fait connaître.
Ce fut là, au milieu d’un grand concours de malades et de curieux, que l’on reconnutle somnambulisme, et qu’il parut s’offrir pour la première fois avec toutes ses merveilles.
M. de Puységur, magnétisant son jardinier, le vit s’endormir paisiblement dans ses bras, sans convulsions ni douleurs ; interrogé, il répondit sans se réveiller.
Il serait difficile de vous rendre les sensations qu’éprouva M. de Puységur à la vue de ce phénomène, qui, jap effet, était bien capable d’émouvoir.
L'état somnambulique de cet homme continua pendaoiV quelque temps, et M. de Puységur en profita pourN^n-* struirc.
Voici ce que lui-même écrivait à ce sujet : » C’est avec ' » cet homme simple, ce paysan, homme grand et robuste,
„ âgé de vingt-trois ans, naturellement affaissé par la ma- » ladie, ou plutôt par le chagrin , et par cela même plus » propre à être remué par l’agent de la nature; c’est avec » cet homme, dis-je, que je m'instruis, que je m'éclaire.
■ Quand il est dans l’état magnétique, ce n’est plus un » paysan, ne sachant à peine répondre une phrase, c’est » un être que je ne sais nommer. Je n’ai pas besoin de lui » parler, je pense devant lui, et il m’entend, me répond;
» vient-il quelqu’un dans sa chambre, il le voit si je veux,
» il lui parle, lui dit les choses que je veux qu’il lui dise,
» non pas toujours telles que je les lui dicte, mais telles que » la vérité l’exige. Quand il veut dire plus que je ne crois „ prudent qu’on entende, alors j’arrête ses idées, ses » phrases, au milieu d’un mot, et je change son idée tota- » lcrnent. »
M. de Puységur ajoute : « Je ne connais rien de plus » profond et de plus clairvoyant que ce paysan, quand il
SOMNAMBULISME. 209
» est en crise. J’cn ai plusieurs qui approchent de son état, » mais aucun ne l'égale. »
Plusieurs tombèrent ainsi en somnambulisme, et le moyen de faire naître cette crise fut dès lors connu.
Beaucoup de personnes s’empressèrent d’aller voir ces phénomènes nouveaux, qui passaient alors toute croyance, et constatèrent leur réalité dans plusieurs ouvrages qui furent imprimés en 1784.
Voici l’extrait d'une relation des faits; elle est de M. H. Cloquet.
« Attiré, comme les autres, à ce spectacle, j’y ai tout » simplement apporté les dispositions d'un observateur » tranquille et impartial, très décidé à me tenir en garde » contre les illusions de la nouveauté, de l’étonnement; » très décidé à bien voir, à bien écouter. »
M. H. Cloquet, après avoir décrit les procédés employés par M. de Puységur pour agir sur les malades, et diverses scènes de magnétisation, ajoute :
* Le complément de cet état (l’état magnétique) est une » apparence de sommeil, pendant lequel les facultés phy- » siques paraissent suspendues, mais au profit des facultés » intellectuelles. On a les yeux fermés ; le sens de l'ouïe est » nul, il se réveille seulement à la vue du maître.
» Il faut bien se garder de toucher le malade en crise, » même la chaise sur laquelle il est assis, on lui causerait » des angoisses, des convulsions, que le maître seul peut ■ calmer.
» Ces malades en crise ont un pouvoir surnaturel par » lequel, en touchant un malade qui leur est présenté, en » portant la main, même par-dessus les vêtements, ils sen- » tent quel est le viscère affecté, la partie souffrante; ils le » déclarent et indiquent à peu près les remèdes convev nabies.
» Je me suis fait toucher par une femme d’ù peu près
COURS DE MAGNÉTISME
» cinquante ans. Je n avais certainement instruit personne » tic l’espèce de ma maladie. Après s’étre arrêté particuliè- » renient à ma tête, elle me dit que j’en souffrais souvent, » et que j’avais habituellement un grand bourdonnement » dans les oreilles, ce qui est très vrai. Un jeune homme, » spectateur incrédule de cette expérience, s’y est soumis ■ ensuite, et il lui a été dit qu’il souffrait de l’estomac, qu’il » avait des engorgements dans le bas-ventre, et cela depuis » une maladie qu’il a eue il y a quelques années; ce qu’il a » confessé être conforme à la vérité. Non content de cette
* divination, il a été sur-le-champ à vingt pas de sou pre- » mier médecin se faire toucher par un autre qui lui a dit » la même chose. Je n'ai jamais vu de stupéfaction pareille » à celle de ce jeune homme, qui certes était venu pour » contredire, persifler, et non pour être convaincu.
* Une singularité non moins remarquable que tout ce » que je viens de vous exposer, c’est que ces dormeurs qui, » pendant quatre heures, ont touché des malades, ont rai-
* sonné avec eux, ne se souviennent de rien, de rien absolu- » ment, lorsqu’il u plu aumuttre de les désenchanter, de les » rendre à leur état naturel rie temps qui s’est écoulé depuis » leur entrée dans la crise jusqu’à leur sortie est pour ainsi » dire nul. Le maître a le pouvoir, non-seulement, comme » je l’ai déjà dit, de se faire entendre de ces somnambules » en crise, mais je l’ai vu plusieurs fois de mes yeux bien » ouverts, je l’ai vu présenter de loin le doigt à un de ces b êtres, toujours en crise, et dans un état de sommeil spas- » modique, se faire suivre partout où il a voulu, ou les en-
* voycr loin de lui, soit dans leur maison, soit à différentes b places qu’il désignait sans leur dire. Retenez bien que le b somnambule a toujours les yeux bien exactement fermés.
» J’oubliais encore de dire que I intelligence de ces malades b est d’une susceptibilité singulière : si, à des distances assez » éloignées, il se tient des propos qui blessent l'honnêteté.
Di<
SOMNAMBULISME
» ils les entendent pour ainsi dire intérieurement, leur âme » en souffre, ils s’en plaignent, et en avertissent le maître :
» ce qui plusieurs fois a donné lien à des scènes de confu- » sion pour les mauvais plaisants qui se permettaient des » sarcasmes inconsidérés et déplacés chez M. de Puy- » ségur.
* Il suffit au maître, pour réveiller les somnambules, de > leur passer les doigts sur les yeux. *
M. de Puységur, que sa philanthropie avait porté à s’occuper du magnétisme, s’empressa de livrer sa découverte aux personnes qui s'occupaient comme lui de cette science; partout où l’on put obtenir le somnambulisme, l’admiration qu’inspirait cet étrange phénomène était si grande, qu’on allait consulter ceux qui le présentaient comme on va consulter des oracles, et l’enthonsiasine n’avait point de bornes chez ceux qui étaient témoins de ces scènes.
Cependant on se familiarisa peu à peu avec cet état, et la réflexion vint le faire mieux apprécier.
Je dois vous dire, avant de continuer, que ce nouvel effet du magnétisme, qui aurait dû hâter le développement et la connaissance du magnétisme, en arrêta, au contraire, les progrès ; on ne s’occupa plus que de somnambulisme, on abandonna l’étude de la cause qui le produisait, pour ne considérer que le phénomène en lui-même; il présentait, il est vrai, plus de charmes, et il flattait davantage l’amourpropre de celui qui le faisait naître, en lui montrant sa puissance, que des effets qui n’étaient manifestés que par des guérisons accompagnées seulement de quelques phénomènes physiques peu appréciables.
Vous apprendrezqu’aujourd'hui même c’est encore le défaut de ceux qui magnétisent : ils sont, pour la plupart, en admiration devant leurs somnambules, aussi ignorent-ils ce que c’est que l’action magnétique. Lorsque je vous enseignerai la doctrine de ces magnétiseurs, vous verrez qu’ils
COURS DE MAGNÉTISME
sont aussi loin de la vérité, en expliquant la cause du somnambulisme, que ceux qui, n'admettant que les faits, les expliquent par des causes hors de la nature.
Je ne veux point, Messieurs, vous entretenir des débats auxquels donna lieu la découverte du somnambulisme ; on contesta sa réalité comme on avait contesté celle du magnétisme; on nia même sa possibilité, avec une obstination aussi grande que celle qui faisait, aux juges de Galilée, nier le mouvement de la terre. Mais les magnétiseurs, sans s’émouvoir, et certains de la vérité de ce qu’ils avançaient, continuèrent, sans relâche, de produire le somnambulisme au grand jour.
Le témoignage de beaucoup de personnes, tout à fait désintéressées dans cette question, ht douter les plus incrédules ; et, depuis soixante-dix ans, époque de la découverte du somnambulisme, plusieurs milliers d’observations de cette crise ont été recueillies dans toutes les parties de la France, par ceux mêmes qui avaient contesté la réalitéde ce phénomène.
Quelles que soient les lois en vertu desquelles le magnétisme produit un état singulier dans l’individu qui y est soumis, la multiplicité des faits ne permet aucun doute sur la réalité du phénomène.
Examinons maintenant quel est cet état particulier, et voyons si son élude mérite l’attention ou le dédain des gens instruits. Cette question va nous faire juger si les admirateurs du magnétisme vont trop loin dans leurs croyances, et si les corps savants sont excusables de la lenteur qu'ils mettent à se prononcer sur son existence. Car, « en suppo- » sant qu’on n’eût obtenu de cette découverte qu’une action » sensible sur les corps animés, elle n’en offrirait pas moins » en physique un de ces phénomènes curieux et extraordi- » naires qui nécessitent l’attention la plus sérieuse, tout au » moins jusqu’à ce qu'il soit prouvé par des expériences
SOMNAMBULISME. 213
» exactes, multipliées et retournées en tout sens, qu’il n’y » a aucun avantage réel à en espérer.
« Mais cette dernière supposition serait inadmissible au* » jourd’hui, puisqu'il est prouvé que l’action du magnétisme » animal est un moyen de soulagement et de guérison dans
* nos maladies. Seulement, l’indifférence sur un fait de » cette nature serait un phénomène plus inconcevable que » la découverte elle-même. »
Messieurs, avant de vous entretenir de mes propres expériences sur le sommeil somnambulique, je vais vous donner connaissance des divers résumés des facultés attribuées aux somnambules.
Vous remarquerez qu’il n’existe aucun type commun. Il y a autant de différence entre les hommes en état de somnambulisme que l'on en trouve entre eux dans l’état de veille.
Le premier résumé est de M. le comte de.Redern, savant dislingué, qui s’est beaucoup ocdupé du magnétisme :
« Le corps est plus droit que dans l’état de veille, il y a
* une accélération marquée dans le pouls et une augmen- » tation d’irritabilité dans le système nerveux; le tact, le
* goût et l’odorat sont devenus plus subtils ; l’ouïe ne per- » çoit que les sons venant des corps avec lesquels le som- » nambule se trouve en rapport direct ou indirect, c’est-à- > dire en communication de fluide vital, parce *pie lui et » son magnétiseur les ont touchés; ses yeux sont fermés » et ne voient plus, mais il a une vue que l’on peut appeler » intérieure, celle de l’organisation de son corps , de celui » de son magnétiseur, et des personnes avec lesquelles on » Je met en rapport. Il en voit les différentes parties, mais » successivement et à mesure qu’il y porte son attention; ■ il en distiugue la structure, les formes et les couleurs : il » a quelquefois la faculté d’apercevoir les objets extérieurs
* par une vue particulière ; ils lui paraissent plus lumineux,
COl'BS DE MAGNÉTISME.
> plus brillants que dans l’état de veille. Il éprouve une » réaction douloureuse des maux des personnes avec les- » quelles il est en rapport; il aperçoit leurs maladies, il pré- » voit les crises, il a la sensation des remèdes convenables, » et assez souvent celle des propriétés médicinales des sub- » stances qu'on lui présente... bon imagination est disposée » à l’exaltation : il est jaloux, rempli de vanité et d'antour- » propre, disposé à user de petites jongleries pour se faire » valoir... Sa volonté n'est pas ina< tive, mais elle est très .» aisément influencée par le magnétiseur. On remarque des » oppositions très frappantes entre ses opinions ordinaires ■> et celles de l’état de somnambulisme; il condamne ses ■ actions, et parle quelquefois de lui-même comme d’une » personne tierce qui lui serait tout à fuit étrangère. Il s’ex- » prime mieux ; il a plus d’esprit, plus de combinaison, plus » de ruison. plus de moralité que dans l’état de veille, dont
» toutes les idées lui sont présentes Lorsque le som-
» nambute revient à l’état de veille, il oublie entièrement » tout ce qu'il a dit, fait et entendu pendant l'accès de la » meusambulunce, etc. »
Voici ce que dit un membre de la Faculté de médecine :
« Le malade réduit en somnambulisme n'entend rien de ce qui se passe à côté de lui; immobile au milieu des plus grands iqouveinents, il semble séparé de la nature entière, pour ne conserver de communication qu'avec celui qui l'a mis dans cet état.
» Celui-ci a acquis (par le seul fait de la magnétisation) un rapport intime avec le malade; à l'aide d’une espèce de levier invisible, il le fait mouvoir à son gré; et telle est la force de son empire, que non seulement il s’eu fait eutendre en lui parlant , et par signes, muis encore par la seule pensée ; et ce qu'il y a de (dus étrange, c'est que le magnétiste peut communiquer sa propriété à d’autres personues par le simple
SOMNAMBULISME. 215
contact, et dès ce moment la communication se continue entre le somnambule et son nouveau directeur.
» Le malade étant mis en somnambulisme, il se fait chez lui une désorganisation qui rompt l'équilibre de ses sens; de manière que les uns éprouveut une dégradation extrême, lorsque certains autres acquièrent un degré prodigieux de subtilité.
» Ainsi, chez quelques-uns, l'ouïe se perd ou s'affaiblit, lorsque la eue devient d une pénétration prodigieuse; chez d’autres, lu privation de la vue et de l'ouie est compensée par une délicatesse incroyable du toucher ou du goût.
» Chez plusieurs, un sixième sens semble se déclarer par une extrême de la faculté intellectuelle, qui surpasse la portée ordinaire de l'esprit humain, etc., etc. *>
Si vous voulez avoir plus de détails sur les facultés attribuées aux somnambules, voyez le Uapport de Al. liusson à l'Académie de médecine, en 1825, page 78.
Mais voici un autre médecin qui va encore plus avant que M. liusson, dans l'affirmation des faits.
Je dois vous faire toutes ces citations, avant de vous dire jusqu'à quel point les faits qu elles contiennent me paraissent fondés.
Daus un mémoire adressé à l'Académie de médecine, afin de provoquer ce corps à I étude du magnétisme, M. le docteur Foissuc (1) s'exprime ainsi :
« En posant, dit-il, successivement la main sur la télé, >> la poitrine et l'abdomen d'un inconnu, mes soinnatn- » bules eu découvrent aussitôt les maladies, les douleurs et » les altérations diverses qu’elles occasionnent; ils indi- » quent, eu outre, si la cure est possible, faedeou éloignée, » et quels moyens doivent être employés pour atteindre ce » résultat par la voie la plus prompte et la plus sûre. Dans » cet examen, ils ne s’écartent jamais des principes avoués
(i) Fuissac, Mémoire sur te magnétisme animal, IÜ35, in-8.
COURS DE MAGNÉTISME
» de la saine médecine. Quoique ce soit promettre beau- » coup, je n'hésite point à le faire. Il n'est point de maladie » aiguë ou chronique, simple ou compliquée, je n'en
* excepte aucune de celles qui ont leur siège dans les trois » cavités splanchniques, que les somnambules ne puissent » découvrir et traiter convenablement.
» Déjà (continue ce médecin) un grand nombre de fois » j'ai fait une application heureuse du magnétisme animal » au traitement de maladies qui jusque-là avaient été tnc- » connues ou regardées comme incurables. Je m’en suis s aidé avec le même succès dans les maladies ordinaires, » connues par leurs symptômes, leur marche et leur ter-
* minaison, et j'ai toujours observé que les indications » fournies par les somnambules étaient pleines de sagacité, » de précision et de certitude. »
Je suis forcé, Messieurs, d’accumuler les témoignages eu notre faveur, à mesure que les faits deviennent plus extraordinaires ; ainsi , ne soyez donc pas surpris si je ne les abandonne pas encore, pour remonter à leurs causes et vous donner mon opinion sur leur valeur.
Les phénomènes magnétiques ont été trop longtemps contestés, pour me permettre de ne vous citer que des faits isolés : je dois vous faire connaître que le nombre des personnes instruites qui les ont constatés est considérable ; et lorsque vous ne pourrez plus mettre en doute l’existence du phénomène dont je vous entretiens, il me sera plus facile de vous donner les moyens d’arriver à le produire vous-mêmes.
Les épithètes peu honorables que l’on donne journellement duns le monde aux personnes qui s’occupent du magnétisme animal me prescrivent cette réserve. Vous le savez, on ne nous épargne guère : nous devons donc nous justifier, non par des raisonnements, parce qu'ils prouvent peu, mais par des faits, qui sout plus concluants.
SOMNAMBULISME
Je suivrais une autre méthode, si l'Académie de médecine de Paris s’étoit enfin prononcée en faveur du magnétisme, le ridicule serait alors pour ceux qui nieraient son existence; mais lorsque je vois des hommes, d'ailleurs estimables, reculer devant l’opinion de quelques confrères, et cacher la vérité, parce qu'ils craignent les luttes qu’il leur faudrait soutenir en sa faveur, il est de mon devoir de vous faire connaître l'opinion des gens sensés, qui, moins timides, ont osé publier leurs travaux et dire ce qu’ils avaient observé dans le magnétisme.
« En général, dit M. Deleuze (1), le somnambule magné- » tique saisit des rapports innombrables; il les saisit avec
(i) Virgile nous montre la sybille parlant à Enée clans l’e'tat que nous présentent quelques somnambules.
« C’est le Dieu, dit-elle, c’est le Dieu lui-méme qui me saisit! Lorsqu’elle parlait ainsi à la porte du temple, tout à coup on vit de l’altération sur son visage. Elle changea de couleur, scs cheveux se hérissèrent, sa respiration s’embarrassa, et je ne sais quelle fureur divine s’empara de ion cœur. Aux approches du Dieu, «a taille sembla croître, et ses paroles ne furent plus celles d’une mortelle. »
.... Deus, ecce deus! Cui talia fanti Ante fores, subito non vultus, non color unus,
Non compta; mansére coma; sed pectus anhelurn;
Et rabie fera corda tument, majorque videri,
Net; mortale sonans, afflata esi numine quando Jam propiore dei....
(Liv. VI de YÉnéide, vers 4;.)
L’esprit, dit-on, agissait avec tant de force sur ceux qui allaient dormir dans les temples, qu’ils étaient ravis, hors d’eux-mêmes, de sorte qu’ils avaient des visions divines extraordinaires, et qu’ils découvraient divers mystères. Lorsque l’esprit commençait à agir sur eux, leur visage se changeait, ils avaient des mouvements propres à effrayer les assistants, ils tombaient par terre comme s’ils eussent eu le mal caduc; étendus par terre, ils y demeuraient couchés comme des morts, pendant assez longtemps ; quelquefois tout leur corps tremblait d’une manière effrayante; d’autres fois ils demeuraient couchés semblables à des troncs, comme si leur corps fût devenu immobile. Se réveillant ensuite do leur extase et de leur songe, ils récitaient des visions surprenantes que l’esprit leur avait procurées.
« Lorsque les Lapons veulent connaître ce qui se passe loin des lieux où
u une extrême rapidité, il parcourt en une minute une série ■> d'idées qui exigerait pour nous plusieurs heures ; le » temps semble disparaître devant lui : lui-même s'étonne b de la variété et de la rapidité de ses perceptions; il est b porté à les attribuer à C inspiration d'une autre intelligence. b Tantôt c'est en lui-même qu'il voit cet être nouveau ; il se b considère lui -même en somnambulisme comme une perb sonne différente de lui-mémeéveillé; il parle de lui-même b à la troisième personue, comme de quelqu'un qu’il conb nait, qu’il juge, à qui il donne des conseils, à qui il prend b plus ou moins d'intérêt. Tantôt il entend une intelligence,
ils se trouvent, ils envoient à la découvrrie le dcmon qui leur est familier; et après s'être exalté l'imagination au son des tambours et de certains instruments de musique, ils éprouvent une sorte d'ivresse, pendant laquelle des choses dont ils u’eussent jamais eu connaissance dans leur état naturel leur sont subitement révélées. *
On trouve dans l’histoire profane plusieurs exemples semblables ; il y a entre autres le fait suivant, tiré d’un livre qui traite des rites, des cérémonies et des mystères en usage parmi les brames. Il a été écrit bien avaut l'expédition d'Alexandre le Grand, dans l'Inde. Il y est dit que, par une pratique commune dans ce pays-là, qu'on appelle Matiica machom , ils obtiennent une nouvelle sorte de vie. Ils considèrent la région épigastrique comme étant le siège habituel de l’âme. Ils promènent leur main depuis cet endroit du corps jusqu’à la tête; ils pressent, ils frottent quelques nerfs qu’ils supposent correspondre à ces différentes parties; ils prétendent qu’en agissant ainsi ils transportent l'âme au cerveau. Aussitôt que le brame se croit arrivé à ce point-là, il pense que son corps et son âme sont réunis avec la divinité, et qu’il en lait partie.
■ Toutes les fois que je le veux, dit Cardan, je sors de mon corps de manière à n’éprouver aucune sensation, comme si j’étais eu extase. Lorsque j’y eutre, ou, pour mieux dire, lorsque je me mets en extase, je sens que mon âme se sépare de mon cœur, comme si elle s’en retirait, ainsi que de tout le reste du corps, par une petite ouverture qui se fait d'abord à la tête, et particulièrement au cervelet. Cette ouverture qui s’étend tout le long de l'épine dorsale, ne se maintient qu’avec beaucoup d’efforts. Dans cette situation, je ne sens rien autre chose, sinon que je me sens hors de moi-même, étranger à moi-même. Mais c’est avec peine que je me maintiens dans cet état pour quelques instants seulement. *
Tout cela, Messieurs, est du aomuambuiisme, n'importe le moyen employé pour le produire.
SOMNAMBULISME. 219
» une àme qui lui parle, qui lui révèle une partie de ce qu’il » veut savoir. »
Ouvre* le Cours de matière médicale de Desbois de Rochefort, publié par M. Lullier-Winslow (1), et vous pourrez y lire un chapitre qui contient toutes les preuves nécessaires pour se former une opinion sur le magnétisme. Voici quelques-unes des assertions de l'auteur :
« 11 reste évident, dit-il, que le magnétisme animal est un » principe essentiellement inconnu dans ses éléments, mais » très évident dans ses étonnants effets ; que ce principe » impalpable, impondérable, dont la nature nous est incon- » nue, quoiqu'il paraisse avoir quelque rapport avec lelec- » tricité, est tellement subtil, qu’il semble être mis en mou- » ventent ou en action, et transmis d’un individu à un * autre, par le seul acte de la volonté; et que lorsqu'il agit, » il développe, sur beaucoup d'individus, des phénomènes » très variables, dont les principaux sont la suspension » momentanée de la toux, des bâillements, une sorte de » stupeur ou d'abasourdissement, un sommed plus ou » moins profond , un état demi-cataleptique, des convul- » sions, et enfin un véritable état de somnambulisme, sou- » vent accompagné d’une sorte de transport des sens vers » l'épigastre et d’une incroyable extension de la sensibilité.
» C’est ce somnambulisme, effet extrême du magnétisme » animal, qui a promis et qui permet quelques applications n utiles au diagnostic et au traitement des maladies. C'est » au moyen de ce développement incompréhensible, inex- » primable, de la sensibilité générale, que les somnambules » magnétiques, non-seulement parviennent sans le secours » des sens, à la connaissance des objets qui les environnent » et sur lesquels leur attention est dirigée ou se dirige natu- » Tellement, mais encore acquièrent la faculté de connaître » des objets placés à une distance, ou placés (relativement
(i) 1817, 2 vol. in-8, 1. 1, p. 77.
COURS DE MAGNÉTISME
» au somnambule) au delà des corps bien reconnus opa- » ques, et par suite de connaître le jeu et le mouvement de » leur propre organisation, ou de celle des individus qui » leur sont présentés. Les faits les plus positifs, les plus » avérés, les plus irrécusables, justifient, assurent, garanb tissent tous ces phénomènes du somnambulisme magnéb tique, et ont prouvé que dans certaines circonstances la b clairvoyance des somnambules pouvait être d’un grand b secours pour déterminer le siège et la nature des malab dies, surtout celles qui se rangent dans la classe des b organiques, b
Ce médecin donne ensuite la nomenclature des maladies dans lesquelles on l'a employé avec succès.
Écoutez encore ce qu'un autre membre de l’Académie de médecine, M. Chardel, disait à cette compagnie, lors de la discussion sur le magnétisme :
« Au rang des phénomènes provoqués le plus constamb ment par l’action magnétique, il faut placer : 1° Un soinb ineil profond et prolongé qui précède et quisuitconstamb ment la production du somnambulisme; 2* l'exaltation b des facultés intellectuelles ; 3* une perfection de la vue, b qui permet au somnambule d’apercevoir le fluide magné* b tique; U° la faculté d'acquérir des notions sur l'état des b organes internes, etc., etc. »
Je voudrais, Messieurs, abréger toutes ces citations, mais je ne le puis maintenant. Je dois vous citer encore le témoignage d'un homme tout à fait désintéressé dans la question du magnétisme, et ce sera le dernier.
Après avoir parlé du somnambulisme naturel en général, et du somnambulisme symptomatique , M. le baron Massias s’exprime ainsi à l’égard du somnambulisme magnétique (1): . » Le somnambulisme artificiel, dit-il, est le produit de
(i) Voyez son Traité de philosophie psycho-physiologique) i83o, i vol. in-8.
SOMNAMBULISME
certains procédés consistant en gestes, attouchements, actes de la volonté qui le déterminent chez les sujets propres à en éprouver les effets; il est comme inoculé par le magnétiseur. L’état naturel de celui chez qui il agit avec succès, l’état magnétique qui survient, sont ordinairement séparés par quelques temps de sommeil. Dans la crise, un grand nombre de facultés sont endormies, ce qui a fait conserver le nom de somnambulisme au magnétisme animal, bien qu'il y ait quelquefois magnétisme sans sommeil.
» Tandis que le somnambulisme naturel est purement organique et individuel, et ne met le somnambule en communication qu'avec lui-méme, le somnambulisme artificiel met le somnambule en rapport avec le magnétiseur et les personnes avec lesquelles celui-ci le fait communiquer.
> Une portion seulement des facultés intellectuelles du somnambule restent éveillées; elles le sont toutes pour le somnambule magnétique à l’égard de ceux avec qui il est en rapport.
» Le somnambule naturel dépend de son imagination et de certaines impressions corporelles; le somnambule magnétique dépend de la volonté et des moyens de son magnétiseur.
» Il se fait identification de l’organisation du somnambule magnétique, de celle de son magnétiseur, et des personnes avec qui ce dernier le met en rapy,rt au moyen, d’un léger contact; de sorte qu’il a en lui la notion de ce qui se passe organiquement dans autrui, qu’il senties maladies qu’il n’a pas, et qu’il a l’instinct des remèdes qui leur conviennent ; ce qui, au grand scandale de la médecine classique, a donné naissance à une médecine magnétique.
» Le somnambule magnétique a la connaissance de l’état, de l’organisation d’une personne absente, par l’intermédiaire d’un vêtement qu’elle aura porté ou d’un objet quelle aura touché.
COURS DE MAGNÉTISME
b 11 a le pouvoir de se rappeler ou d'oublier, au gré de son magnétiseur, ce qu’il a éprouvé durant l'accès du somnambulisme.
* Il se fait en lui, lorsque le veut le magnétiseur, interversion des sensations, et il trouve doux ce qui est amer, et amer ce qui est doux. Il change également ses goûts et ses déterminations habituelles.
o Quelquefois, lorsque l’action du magnétiseur dépasse les forces du somnambule , ou par une prédisposition des orgaues de celui-ci, il tombe dans une léthargie parfaite, voisine de la mort.
» On devrait croire que les facultés intellectuelles du somnambule tombé dans une léthargie absolue sont aussi inertes et aussi uulles que ses facultés corporelles ; il n’en est point ainsi. Il y a pensée, rêves et somnambulisme dans le somnambulisme. Revenu de sa léthargie et placé dans un état de somnambulisme antérieur, le crisiaque raconte tout ce qu’il a ressenti de ravissant et de merveilleux durant son apparente insensibilité absolue. Ce qui pour le spectateur était mort, pour lui était une nouvelle existence, cent fois plus active et plus intense que la vie habituelle. Les mêmes accès se renouvelant, les mêmes visions se renouvellent ; rendu à l’état de simple somnambulisme, la mémoire lui e s’efface qu’à un réveil complet, etc. b