‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 26 sur 59 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

PHÉNOMÈNES PRODUITS Par la magnétisation. — CONVULSION, PARALYSIE MOMENTANÉE. — ÉTAT LÉTHARGIQUE ET EXTATIQUE.

— MAGNÉTISATION INDIRICTE. — VARIÉTÉS DES PHÉNOMÈNES.

— APPLICATION THÉRAPEUTIQUE. — DIFFICULTÉS DU RÉVEIL. — AVANTAGES DU MAGNÉTISME. — SOMNAMBULISME SPONTANÉ. — GUÉRISONS DIVERSES. — RÉFLEXIONS.

«Cest un piincipe qui oe dépend plut de l'homme, ni de la volonté de l’homme, ni de U raison, tu en un mot de rien qui toit de l'homme. »

• L’aconit et 1a cigué y sont toujourt à côte' des Oeurs immortelles. »

• La nature est voilée à leur Ignorance, ils ne savent ni ne veulent voir eo eux. ce que la nature leur annonce y exister, a

Messieurs ,

Dnns la dernière leçon, je vous ai rapporté quelques-uns des nombreux témoignages donnés par les médecins les plus recommandables, qui constatent, et l’action magnétique, et certains phénomènes physiques que produit cette action : Y insensibilité de la peau, etc., etc. "

Je vous ai ensuite tracé brièvement l'historique d’un état particulier dans lequel peut entrer momentanément un individu : je veux dire le somnambulisme. Je vous ai fait connaître une partie des nombreuses facultés qu’on lui attribue; et alors vous m’avez encore entendu vous citer des faits recueillis par une infinité de personnes revêtues d’un caractère qui les met à l’abri de tout soupçon.

J’ai abrégé cependant autant que je l’ai pu les citations, parce que le somnambulisme est aujourd’hui si commun, si facile à produire, que celui qui veut le constater peut, sans beaucoup de peine, l’observer fréquemment.

Laissant de côlé pour le moment tout examen critique.

PHÉNOMÈNES PKOUl'ITS PAR LA MAGNÉTISATION. ‘247

je vais vous entretenir de quelques effets rares que produit la magnétisation ; effets peu observés, et qui cependant méritent de l’étre attentivement.

Ils justifieront de plus en plus notre croyance en la réalité d’un agent; et les craintes que nous avons manifestées, relativement aux dangers qui re'sultent d’une application irréfléchie du magnétisme, vous paraîtront plus que jamais fondées.

Vous vous prémunirez contre les assertions de quelques magnétiseurs modernes, qui ne voient dans le magnétisme que des dangers qui n’y existent pas, et méconnaissent les véritables, qui sont inhérents à sa pratique.

Mon dessein est de vous faire connaître leur doctrine et les applications qu’ils en font au traitement des maladies; vous verrez que, dans un grand nombre de cas, ils agissent en aveugles, sans pouvoir se rendre compte de leur action, s’en rapportant entièrement h la bonté de l’agent qu’ils emploient, persuadés qu’ils sont que le magnétisme ne peut produire de fâcheux effets.

Cette croyance de leur part est sans fondement et demande une prompte réfutation.

Je vous ferai juges du mérite de leurs observations, en vous exposant les faits produits par ces mêmes magnétiseurs.

Si le magnétisme existe, messieurs, il doit avoir des lois, une manière d’agir particulière et, comme tous les agents de la nature, faire du bien ou du mal; c’est ce que sou emploi doit faire reconnaître. Les magnétiseurs n’ont constaté que le bien, ce qui est tout à fait contraire à l’avancement de la science.

Beaucoup de ceux qui se sont le plus livrés à la pratique du magnétisme ne possédaient, pour la plupart, nulles connaissances en médecine. Étrangers à cette science, ils n’ont tenu compte, dans leurs examens, d’aucun des accidents

248 COIIHS UK MAGNÉTISME.

île lu nature; Ils se sont bornes h nous dire : Nous avons guéri telle maladie, nous uvous guéri telle personne, sans nous apprendre autre chose du fait que le fait lui-méme. Ce témoignage était suffisant pour les gens du monde, 'mais il ne l’est pas pour le médecin : ce dernier doit rechercher en vertu de quelles lois le malade a été guéri, quelle marche u suivie la nature pour ramener l’équilibre, etc.

Les observations bien faites sont rares, quoique les expériences aient été nombreuses ; aussi la science du tuaguétisme est restée presque stationnaire, et nous a fourni peu de lumière, malgré la prodigieuse quantité de personnes qui se sont occupées de son étude.

Une routine aveugle a même gagné les plus instruits des magnétiseurs ; ils ont fait le bien, il est vrai, mais ils l’ont fait sans rechercher quelle source leur en fournissait les moyens. Cette conduite peut être bonne en morale, mais ne suffit point à la physique, on doit procéder d’une manière toute différente.

Les médecins modernes méritent encore un autre reproche : ils se sont occupés de la pratique du magnétisme, mus par un sentiment particulier, celui d’arriver à une conviction ; peu leur importaient les dispositions physiques daus lesquelles ils se trouvaient pour observer. Ils ne tenaient, non plus, aucun compte de l’état des personnes qu’ils magnétisaient; ils ne cherchaient qu’à faire nattre des phénomènes, et, lorsqu’ils avaient obtenu ce qu’ils désiraient, il était trop tard pour se rendre compte des sentiments et des causes qui les avaient déterminés. Il leur iaut, maintenant, recommencer cette étude et suivre une marche contraire à celle qu’ils ont adoptée, s'ils ne veulent encore porter un jugement précipité que le temps viendrait détruire. Le peu d’observations publiées par eux portent l’empreinte des dispositions que je viens de vous signaler: ils ontjuge le magnétisme sur des faits isolés; ils

ont tiré de ces faits des inductions qui ne sont nullement justifiées par la pratique éclairée du magnétisme, et ils n'ont pas produit tout le bien que leurs noms et leurs lumières avaient droit de faire espérer.

Il vous appartiendra bientôt d'examiner vous-méme la question que je soulève; ce sera à vous de redresser les erreurs qui ont été commises, mais il est de mon devoir de vous signaler ici cè qu’une pratique de plusieurs années m'a fait connaître de bon et de mauvais dans les doctrines enseignées et dans les effets magnétiques obtenus par les procédés en usage maintenant.

Je reprends l'exposé des phénomènes produits par la ma ■ ynétisation, remettant à une séance prochaine l’examen des doctrines.

Les faits magnétiques que je vous ai précédemment fait connaître sont ceux que l’on observe le plus communément; mais il en est d'autres qui naissent dans quelques circonstances rares, et qui sont, par cette raison, très peu connus, même des magnétiseurs exercés. Je vais vous en faire l’exposé.

Voici ce qu’on observe dans quelques cas :

Lorsque l’on magnétise pour la première fois, on est mù, en général, par un sentiment de curiosité, de doute et de crainte. Si la personne que l’on magnétise dans cette disposition est sensible à votre action, elle ne tarde pas à éprouver des effets qui vous surprennent. Si l’on n’a aucune méthode pour les diriger, et que l'intensité des phénomènes augmente, on veut aussitôt les faire cesser; mais loin d’y parvenir, comme on le désire, ils prennent un développement souvent effrayant. Le patient, tout à l'heure dans un état naturel, entre dans un état de convulsions extraordinaire : il se roule par terre, crie et se débat, et dans ce moment, plus on le touche ou laisse toucher, plus on augmente ses angoisses.

COURS DE MAGNÉTISME

Des convulsions produites de cette manière ont duré quelquefois six et huit heures sans interruption, et les personnes uinsi ufFectées restaient malades pendant plusieurs jours, éprouvant un sentiment de brisement accompagné d'une horreur profonde pour le magnétisme et le magnétiseur; ce mot seul, prononcé devant eux, les agitait violemment. L'état de calme finit par revenir; mais j’ai vu dans quelques circonstances, rares à la vérité, les malaises résister au repos, aux antispasmodiques, et persister pendant plusieurs semaines.

Ne croyez pas, messieurs, que les femmes nerveuses éprouvent seules ces effets ; des hommes bien constitués, qui ne connaissaient que de nom ces sortes de maladies, ont été ainsi désorganisés en quelques minutes, et ont éprouvé tous les effets dont je vi.ens de vous rendre compte.

Voici deux exemples de ces faits, que j’ai pris au hasard, car il y en a un assez grand nombre, et ils se ressemblent tous dans le fond.

M. de S. -C..., ancien militaire, avait entendu parler vaguement du magnétisme. Il voulut essayer de magnétiser sa fille, quoiqu’elle ne se plaignit d’aucun mal, et seulement pour voir s’il ne pourrait pas lui faire éprouver quelques effets. Pour cela, sans se douter de tout le mal qu’il al lait faire, il mit une main sur l’estomac de sa fille. Après quelques minutes de magnétisme, elle éprouva quelques mouvements convulsifs, qui, loin d’effrayer le père, ne firent que l’encourager à poursuivre son expérience. Bientôt mademoiselle deC... eut des convulsions très violentes, et son père, ignorant la manière dont il aurait pu les calmer, ne fit plus que les augmenter par sa présence, et même par l’effroi qu elle lui causait. Il fut forcé d’abandonner sa fille en cet état, et elle passa la nuit suivante dans des convulsions continuelles. Cet état dura huit jours. (T. D. M.)

Voici un autre fait dont le récit a été envoyé à M. de Puységur par \1. Segrettier, [>ropriéiaire à Nantes :

« Une jeune personne distinguée par sa naissance, et qui paraissait jouir de la meilleure santé, se trouvant au château de M. le marquis de B..., son parent, se mêlait, Comme le reste de la compagnie, de plaisanter sur le magnétisme. M. de B..., son oncle, renchérissait sur les autres, gesticulait à tort et à travers. Il dirige sur sa nièce sa prétendue influence, et les voilà à se magnétiser réciproquement. D’abord la jeune fille rit beaucoup; mais on ne tarda pas à voir que ce rire n’était pas naturel, et bientôt on passa de la surprise de ce phénomène à une terreur inexprimable, en s’apercevant qu’elle perdait par degrés la raisonet l’usage de ses sens. Elle vint en effet au point de ne plus voir, de ne plus entendre, de ne plus parler; elles yeux fixés, le cou tendu, semblable exactement à un aimant plus faible qui est entraîné par un aimant plus fort, elle suivait son magnétiseur partout, et n'obéissait qu’à ses diverses impressions. On voulut les séparer, mais cela ne produisit que des convulsions affreuses : son magnétiseur éprouvait, de son côté, des sensations extraordinaires qui, jointes au saisissement que lui avait occasionné l’état de sa nièce, le rendait méconnaissable par sa pâleur et son abattement.

» Au bout de quelques heures, l’état de la magnétisée se dissipant, elle se plaignit de beaucoup souffrir de l’estomac.

» La journée et la nuitqui suivirent furent passées tantôt en convulsions, tantôt en sommeil magnétique, et cet état ne cessa entièrement qu’au bout de plusieurs jours. »

Le magnétisme produit, dans d’autres circonstances, un effet nou moins bizarre que celui dont vous venez d’entendre le récit, (/individu soumis à une expérience sent petit à petit ses membres s’engourdir ; il perd le sentiment de leur position : si vous persistez dans votre action sur lui, les muscles du thorax peuvent être affectés d’une paralysie

COGHS 1>E MAGNÉTISME.

Momentanée ; une difficulté s’ensuit dans les mouvements des muscles inspirateurs, et une espèce de râle se fait entendre. Le patient se plaint, demande du secours, et si vous ne savez faire cesser cet état, le malade peut courir des dangers. J'ui vu deux fois naître des effets semblables. Un se rendit maître des accidents, mais je sais que dans l’un des principaux hôpitaux de Paris, tin fuit semblable s’est présenté à l’observation de ceux qui expérimentaient alors. N’étant point prévenus de l’existence de ce singulier effet, ils furent fort effrayés, lorsqu’ils voulurent débarrasser la malade de l'oppression qu’elle éprouvait, de ne pouvoir y parvenir tout de suite ; ils ne purent obtenir la cessation de la paralysie qu’au bout de 25 à 30 minutes. La malade avait parcouru, pendant ce temps, tous les degrés de l'asphyxie: la respiration était devenue d'abord entrecoupée, puis insensible, la peau était violacée, les veines extraordinairement gonflées, et il y avait eu perle de la mémoire pendant plusieurs minutes. Il n’en résulta lieu de fâcheux, mais tous ceux qui furent témoins de cette expérience jiensèrent que si les obstacles opposés à la circulation eussent tardé encore quelque temps à disparaître, la malade serait infailliblement morte dans cet état.

Ceci doit vous faire tenir en garde contre une action que vous étiez sans doute portés à croire toute bénigne; et lorsque vous entendrez quelques enthousiastes vous assurer que le magnétisme n’a été donné à l'homme que pour faire le bien, vous vous rappellerez le fait que je viens de vous citer, et vous ferez peu de cas de leurs assenions, parce qu’elles ne sont nullement propres à servir de règles.

Dans le sommeil magnétique ordinaire, il se présente quelquefois un état particulier peu observé, et que les magnétiseurs craignent beaucoup de rencontrer, parce que peu d’entre eux possèdent les moyens de le conduire â bien : c'est l'état lét/iarqique et extatique.

Je vais vous le décrire :

Une personne endormie du sommeil magnétique (et en général ce sont les individus dont le sommeil est le plus profond) tombe dans un état extraordinaire, dont voici les principaux symptômes. Le somnambule, qui vous entendait parfaitement, cesse tout à coup de vous entendre, il ne vous sent plus; vous qui, auparavant, étiez dans un rapport intime avec lui, et qui pouviez imprimer quelques modifications à ses organes, vous avez perdu voire empire, il n’obéit plus à vos injonctions : il est muet pour vous comme pour tout le monde; ses mâchoires sont fortement serrées, et il serait plus facile de les briser que de les ouvrir; il n’exécute aucun mouvemqub 'I obéit aux lois de la pesanteur, et son corps est entraîné vers la terre.

Un phénomène non moins digne de remarque, c’est que les pulsations diminuent de nombre et de force; la température du corps baisse sensiblement, et vous avez sous les yeux le spectacle d’une mort apparente.

Si vous êtes familiarisé avec ce phénomène, et que vous n'ayez pas quitté le patient, il revient par degrés de cet état de concentration; son pouls reprend son rhythme habituel, et tout se passe comme auparavant. Si vous l'interrogez sur-le-champ, il vous dira les choses qui l’ont affecté pendant son état léthargique ; mais , par une anomalie bizarre, il peut à peine, quoique toujours en somnambulisme, se les rappeler pendant cinq minutes de temps ; il les oublie ensuite complètement et ne sait plus rien vous dire des sensations qu’il a éprouvées, quoiqu'elles eussent pour lui un charme inexprimable.

Aucun symptôme ne peut faire connaître l’instant où arrivera ce phénomène; je l.’ai observé un grand nombre de fois, et c’est souvent lorsque je pensais à faire cesser le sommeil magnétique ordinaire, que le somnambule tombait

COURS DE MAGNÉTISME

tout à coup et sans tua volonté dans cet état singulier, pour n’eu sortir quelquefois qu’au bout de plusieurs heures.

Cet état, Messieurs, le plus extraordinaire du magnétisme, et le plus dangereux peut-être, est aussi celui qui peut fournir le plus de lumières, quand on sait interroger à propos ces sortes d'extatiques. Si vous savez entrer dans les idées qui les dominent, vous obtenez les révélations les plus instructives; mais vous n'avez qu’un moment pour cela, il faut saisir l'instant où, sortant de leur extase, ils rentrent dans le somnambulisme ordinaire, car ils perdent bieutôt le souvenir de ce qu'ils ont éprouvé.

Cette crise semble être la limite d'un état de choses tout nouveau, que nous ne pouvons connaître qu'avec une extrême difficulté. C'est là ce que l'on pourrait appeler la magie de la vie, car tous les phénomènes qui naissent échappent à I explication, et il y en a un grand nombre qui éliraient notre raison. « Le mystère est immense et l'esprit s’y confond. »

Je regarde cette crise comme très dangereuse et pouvant amener des accidents fâcheux, si le magnétiseur abandonnait à lui-mème celui qu'il a plongé dans ce sommeil profond.

Je viens de vous dire, messieurs, que j'avais été témoin de plusieurs de ces crises, je pourrais donc vous donner des détails très circonstanciés ; mais je dois, pour faire plus d’effet sur votre esprit, puiser ailleurs que dans ma pratique un exemple de ces faits.

M. Chardel (1), ancien conseiller à la cour de cassation, s’est beaucoup occupé de magnétisme, et a publié plusieurs ouvrages dans l'un desquels se trouve le fait suivant :

(i) Chardel, Esquisse de la nature humaine expliquée par le magnétisme, 1826, 1 vol. ii*-8,p. 278. — Essai de pychofogie physiologique, 3* édit., augmenté** de notions puisées dans les phénomènes du somnambulisme lucide et les révélations de Swedenborg »ur le mystère de l'incarnation des âmes et sur leur état pendant la vie et apres la mort, 1844, 1 vol. in-8.

■ Un jour, en magnétisant une somnambule, dit » M. Chardel, plein de sécurité, je la laissais se promener » dans l'appartement avec une amie; elles causaient en- » semble et je ne m'occupais plus du mode extraordinaire » d’existence que je venais de produire, quand les deux » amies, je ne sais à quel propos, me prièrent de réciter « une scène des tragédies de Racine. Je me livrai impru-

> demment aux seritiments que cet auteur exprime si bien, » et je ne m'aperçus de l’émotion de ma somnambule » qu’en 1a voyant tomber sans mouvement à nos pieds. » Jamais privation de sentiments ne fut plus effrayante : le

* corps inanimé avait toute la souplesse de la mort, chaque » membre que l’on soulevait retombait de son poids, la » respiration s'était arrêtée, le pouls et les battements du

* coeur ne se faisaient plus sentir, les lèvres et les gencives » se décolorèrent, et lu peau, que la circulation n'animait » plus, prit une teinte livide et jaunâtre. Tout semblait » m’annoncer que je n’avais plus qu’un cadavre sous les

> mains; heureusement je ne me troublai point, la pureté » de tues intentions donnait à mon dévouement une éner- » gie calme, mais positive, et je me possédais trop pour ne » pas sentir que je pouvais exercer une grande puissance a sur ma somnambule. Je commençai à magnétiser sur a les plexus, j’inspirai ensuite un souille dans les narines, a dans In bouche et sur les oreilles; et peu à peu ma soma nambule recouvra l'usage de la parole : cette parole était a d’abord faible, mais bientôt elle se fit entendre ussez a distinctement pour répondre à mes questions. J’appris a que rien n’avait altéré la santé de ma somnambule, etc. a

Tous ceux qui éprouvent ces effets bizarres sont loin de s en plaindre ; ils désireraient au contraire leur prolonga* lion.

a Pourquoi me rappeler à la vie, disait une somnambule a dans l’exaliatiou magnétique. Si vous vous éloigniez, ce

COURS DE MAGNÉTISME

» corps qui me gêne se refroidirait, et mon âme n’y serait » plus à votre retour; et je serais parfaitement hen- » reuse (1). »

Toutes vous tiennent ;i peu près le même langage; mais vous devez bien vous garder de vous arrêter à leurs discours, il faut au contraire vous empresser de les faire sortir dé cet état, dans le doute où vous êtes si sa prolongation n’amènerait pas des désordres irréparables. Il est encore un autre motif qui doit vous engager à agir ainsi, c'est que vos forces s’épuisent, vous perdez votre énergie, et il peut arriver un moment où vous ne pourriez plus agir, quoique ayant la volonté de le faire, car cette volonté ne pourrait plus mettre enjeu le mobile nécessaire. Rappelez-vous toujours que vous n’étes qu’une machine sécrétant l’agent magnétique, et qu’il faut à la nature un certain temps pour le reproduire, lorsque par une cause quelconque vous l’avez épuisé. Tenez de l’huile en réserve, si vous ne voulez que votre lampe s’éteigne (2).

Je ne fais qu’esquisser le tableau des phénomènes qui naissent dans cet état extrême du somnambulisme ; mais ce

(1) Celte crise*donnc .«ouvent au somnambule le moyen de trouver ce qu’il lui faut pour opérer «a guérison ou celle des personnes avec qui il a été mis en rapport, lorsque dan? son somnambulisme ordinaire il ne l’avait pas aperçu.

Que de réflexions se présentent à notre esprit lorsque nous sommes témoins do semblables scènes; c’est bien alors que la vie nous paraît un mystère inexplicable. Le philosophe qui a dit : « Rien n’est après la mort, U mort même n’est rien, » pourrait bien s’être trompé. C’est une question que le somnambulisme résoudra un jour.

(2) C’est en raison de cette vérité* que souvent vous ne menez point à bien des effets qui naissent pendant l'application du magnétisme; vous voyez tous les symptômes du sommeil arriver et se suivre, il ne faut plus qu’un pas pour obtenir le somnambulisme, et cependant, malgré vos efforts, cette crise ne se produit point, et le patient retourne a son premier état : la cause cessant ou diminuant d'intensité, l'effet cesse ou s’amoindrit. Ce n’est pas une des plus faibles preuves de l’existence de l’agent magnétique.

que je vous en dis doit vous faire comprendre qu’il peut être dangereux de s’en rapporter à ceux qui vous disent qu’t/ suffit d'une bonne intention pour prévenir tout danger. Vous le voyez, il finit plus. — Il faut des connaissances, et une grande force morale que certaine constitution physique ou des liens de parenté ôtent presque toujours dans les circonstances critiques que je viens tle vous signaler. C’est pourquoi la présence d’une personne instruite du magnétisme est nécessaire dans un traitement où le somnambulisme s'offre accompagné de crises semblables; crises où vous placez l'âme vis-à-vis d’elle-méme, où l’ânie se sent elle- même.

Je le dis avec conviction, c’est aux personnes qui auront des connaissances approfondies de cet état physiologique, qu’il appartiendra de diriger les traitements magnétiques, car on peut bien magnétiser vingt fois, cent fois, sans faire naître des effets inquiétants. Mais du moment que vous acquérez la certitude que ce cas peut arriver, vous ne devez vous livrer à la pratique du magnétisme qu'en connaissant parfaitement les effets qu’d peut produire, et en possédant les moyens de faire tourner ces effets au profit du malade ; autrement vous pourriez vous préparer des regrets, car vos actes magnétiques ont la vie en puissance : en prenant du feu dans votre sein, craignez que vos habits ne brûlent.

Lorsque je vous parlerai de faction thérapeutique du magnétisme, vous reconnaîtrez que son application demande quelques ménagements et un grand discernement dans le choix des maladies que vous voulez traiter.

Vous verrez quelquefois agir cet agent comme le ferait un violent excitant ; déterminer, en cette qualité, des effets funestes, quand les organes de l'individu que vous magnétisez sont incapables de soutenir l'impulsion qu’il leur communique. Je vous ai dit, dans la dernière séance, qu'une malade magnétisée par moi à l’Hôtel-Dieu de Paris présen-

COURS DE MAGNÉTISME

tait 60 à 65 pulsations par minute avant l'opération : eh bien, l'action magnétique, en moins de cinq minutes, faisait monter le pouls d’une manière extraordinaire ; on comptait alors 115 et 120 pulsutions dans le même espace de temps.

Ainsi, voilà une augmentation de près du double dans les battements du cœur. Magnétisez un malade affecté d’une tumeur anévrysmale, ou d’une phthisie avancée, et vous reconnaîtrez que cet agent physique possède plusieurs des inconvénients des autres agents de la nature.

Autre observation. Si l'action magnétique une fois mise en mouvement, peut s’exercer sans votre participation , quelle prudence ne doit-on point avoir pour l’employer?

Il est reconuu par moi, et un grand nombre de faits me prouvent que je ne suis pas dans l’erreur, il est reconnu, tlis-je, que la personne que l’on magnétise peut, dans certains cas, ne rien ressentir de votre action pendant la séance, et en éprouver tous les effets plusieurs heures après, au moment ou vous n’étes plus à même de les diriger.

Magnétisation indirecte. — Il est reconnu que des individus placés près des personnes que vous magnétisez peuvent éprouver tous les effets d’un magnétisme direct, et ces effets être d’autant plus bizarres, que cette action ne s'adressait point à ces individus. — J’ai quelquefois produit le somnambulisme de celte manière, et je vais vous en citer un exemple.

il n'y a pas longtemps que je fus appelé pour donner mes soins à un jeune enfant, fils de M. le comte de B..., on ne me dissimula point que l'enfant était très mal, et que mes soins étaient réclamés comme une dernière ressource, de laquelle cependant on espérait encore. — Comme le malade était d’une faiblesse extrême, une jeune femme, qui lui portait un tendre intérêt, le tenait sur ses genoux. Je le magnétisai dans cette position, ■entouré de quelques personnes qui eussent voulu, aux dépens de ce qu’elles possé-

PHÉNOMÈNES PRODUITS PAR La MAGNÉTISATION. 259

daieut, rappeler cet infortuné à la vie. line faible lampe éclairait ce tableau, et un profond silence remuait autour de nous. — Mou action dirigée sur le malade, et à uu pied de distauce environ, ne larda pas à produire un effet salutaire. Les douleurs que l'enfant éprouvait, et qu'il manifestait par des cris et des mouvements convulsifs, se calmèrent promptement, et il jouit de quelque tranquillité.

Il en fut tout autrement à iégard de la personne qui le tenait sur ses genoux : ses yeux s étant fermés, elle tomba dans uuéiat complet de somnambulisme, bientôt de grosses larmes inoudèreut ses joues; nous voulûmes prendre 1 enfant quelle nuvait point quitté, mais elle le retint et ne s'en dessaisit qu à mou invitation fortement exprimée, et après nous avoir donné des preuves d’une grande lucidité.

Le lendemain elle s’endormit de lu meme manière, etc.

Mais, Messieurs, souvent les sensations éprouvées de celte manière ne vont point jusqu à produire le sommeil, il eu résulte quelquefois des spasmes, des convulsions, et un état insolite rompt l'équilibré qui paraissait exister avant 1 opération.

Je magnétisais une dame qui éprouvait peu d’effets sensibles du magnétisme ; une personne qui accompagnait cette dame sentit, pendant 1 opération, tous ses membres s’engourdir, et eut des picotements aux paupières.

Le ieudemum, magnétisant la uieme personne sans songer à produire d autres effets que sur elle-même, la dame qui l’accompagnait éprouva encore plus d’eifcls que lu veille, et elle fut courbaturée toute la journée.

Le surleudemain , le sommeil magnétique se déclara chez elle, et cependant, comme je viens de le dire, je ne songeais nullement à produire cet effet; elle se réveilla bientôt, mais, succombant de nouveau au sommeil, se rendormit et s’éveilla de meme; et ce singulier état se prolongea malgré moi peudant plusieurs heures.

COURS DC MAGNÉTISME

Le même fait m’est arrivé il y a peu de temps chez une malade, femme d'un conseiller d'État. — La femme de chambre de cette dame, qui assistait aux séances, afin de me suppléer en cas de besoin, fut prise de mouvements nerveux qui devinrent effrayants. — Je me levai pour les faire cesser, mais celte personne s’enfuit en criant quelle ne voulait pas que je l’approchasse, et que je lui faisais du mal; elle revint bientôt cependant, un peu plus calme et attribuant à son imagination les effets qu elle avait éprouvés; bien rassurée, elle s’assit à sa place accoutumée, et je continuai, comme avant cette scène, de magnétiser sa niaitresse. Mais au bout de cinq minutes, et sans que je cherchasse à agir ailleurs que sur ma malade, elle fut prise de nouveau des mêmes accidents, et courut s’enfermer dans sa chambre en poussant des sanglots et se plaignant d’une gêne dans la respiration «pii ja fatiguait beaucoup. Cet état dura plusieurs jours, et servit bien plus à la conviction des personnes qui m’entouraient que les effets thérapeutiques que j’aurais pu produire.

Variétés des phénomènes produits par le magnétisme. — .Elles sont nombreuses, et nous sommes loin, je crois, de les connaitre toutes (1); cependant vous pouvez sui- . vre partout son action physique. — Il n’est plus possible d’expliquer ses divers effets par d’autres causes que par celles de l’émission d’un agent particulier, agent soumis ù notre volonté, et qui semble être constamment à notre disposition, dans tous les cas surtout où les organes qui le contiennent et le forment sont dans leur intégrité, mais agissant au dehors en vertu des lois qui lui sont alors particulières et qui ne nous sont pas encore bien

(i) Beaucoup rie magnétiseurs ont cessé de magnétiser lorsqu’ils curent reconnu l'existence de phénomènes si bicarrés. Ne croyant point à la possibilité de les diriger, ils se sont soustraits à la crainte de les produire. Oltc crainte était puérile; il fallait étudier.

l’HÉNOMl' SES PRODUITS l'AU LA MAGNÉTISATION. 261

révélées. Pour achever «le vous convaincre «le celle double vérité et vous empêcher de chercher d’autres explications contraires à celles que je viens de vous donner, voici d'antres observations peut-être plus décisives.

Dites moi pourquoi, près d'une personne qui dort du sommeil naturel, ne lui voyez-vous rien éprouver de contraire à ce qui se passe ordinairement dans cet élat? C’est parce «pie vous êtes restés dans un état passif, et que votre magnétisme est latent : permettez- moi cette expression.

Mais si, au contraire, vous dirigez sur le dormeur la force que vous avez appris à reconnaître en vous, bien «juc placés à quelques pas de distance dans l'état où vous étiez avant, comment se fait-il qu’au bout de quelques instants succède à ce calme un état d’agitation sensible, et que le patient exécute quelques mouvements; et si vous ajoutezàcct indice du changement qui s’opère en lui d’autres symptômes, tels que la difficulté de respirer et le réveil instantané, comme si on l’eût touché avec une bouteille de Leyde légèrement chargée ; si vous pouvez reproduire ces effets dans beaucoup de circonstances semblables en employant les mêmes précautions, il faut bien nécessairement avouer que le système nerveux de l'individu que vous avez magnétisé a subi l’impression de quelque chose d’étranger ; et cela me parait si évident, que je n’ose insister davantage.

Je passe encore à d’autres expériences. Vous vous rappelez que j’ai endormi, à l’Hôlel-Dieu, une maladeà travers des cloisons fort épaisses ; le fait ne peut être douteux, je l’ai répété plusieurs fois, et les précautions étaient prises par les témoins de manière qu’ils ne pussent être dupes d’une mystification.

Mais, comme un fait isolé ne peut être concluant, je vais vous en citer d’autres.

Lorsque vous avez obtenu le somnambulisme par les procédés mis en usage maintenant, il vous est facile de

COURS DE MAGNÉTISME

produire celle crise en variant votre manière d’agir. Voire somnambule, qui ne s’élait endormi qu’au bout d’un temps souvent fort long, finit, après quelques séances, par s’endormir très promptement; quelquefois même ce temps n excède pas trente secondes. Lorsque vous êtes parvenu à lui imprimer cette mobilité, vous pouvez l’endormir sans faire aucun geste qui puisse trahir votre intention. Votre volonté fortement exprimée produit ce résultat. Ce n'est certainement pas la volonté seule, car il n’est pas prouvé que son empire [misse s’exercer au dehors (1), mais elle a mis en mouvement le véritable principe agissant, un agent qui, s'irradiant dans un espace qui n’est pas encore connu, va pénétrer le genre nerveux du sujet que vous voulez endormir, et causer le somnambulisme, qui n’est lui-inème qu’un des nombreux effets que sou mode d’action peut produire.

Cela parait si vrai, que vous n’agissez point sur le patient, lorsque faisant des passes et des mouvements, vous n'avez point l'intention oit une intention contraire à celle qu’il vous faut pour endormir, le magnétisé vous avertit luiméuiedu peu d’effets <|U 'il éprouve; mais si vous changez tout à coup votre disposition morale, et que vous vouliez l’endormir, vous le voyez fléchir et céder promptement à un pouvoir qu’il sent être irrésistible.

Quand vous êtes distrait en magnétisant, les effets sont beaucoup plus lents à se manifester, et vous n’en obtenez aucun si votre attention est absorbée par une occupation de votre esprit sur des choses qui ne sont point relatives au magnétisme (2).

(i) « La volonté seule el sans fluide n’opérerait rien.» (Réponse d'une somnambule.)

('i) • La volonté »*st une grande pièce, de très grande importance, et doit l’homme étudier surtout à la bien régler. » (Ch A non.)

» Vous voulez des lèvres, mais votre cœur est loin de vouloir. *

PHÉNOMÈNES PROIHJITS PAR LA MAGNÉTISATION. 263

Ces faits, Messieurs, ne sont point tles faits observés par quelques individus isolés; interrogez tous ceux qui se sont occupés du magnétisme avec quelque attention, ils vous répondront qu'ils les ont vérifiés.

Veuillez bien vous rappeler ce que je vous ai dit d’une séance expérimentale qui eut lieu à l’Académie de médecine, sur un somnambule qui, les yeux tamponnés et la face couverte d’un triple bartlleau, sentait néanmoins mon approche ou mon éloignement; rappelez-vous qu’il m’était facile de déterminer dans ses extrémités des mouvements convulsifs qui cessaient et reprenaient à ma volonté, et cependant j’étais à sept ou huit pas de lui, aucune parole n’était proférée, et le signal pour agir m’était donné par des tiers qui avaient pris les plus grandes précautions pour vérifier ce fait étonnant. (Voy. pages 123 à 126.)

Souvenez-vous encore que j’ai magnétisé l’un des commissaires chargés de l’examen du magnétisme, et qu’il en a éprouvé lui-méme les effets les plus évidents et les moins contestables, dans des organes qui n’étaient point soumis à sa volonté ; que ces effets physiques arrivaient toujours de la même manière et dnns le même espace de temps. (Voy. page 105.)

Je ne finirais, s’il me fallait, Messieurs, vous entretenir de tous les faits prouvant d'une manière positive l’existence du magnétisme animal. Mais comme mon intention est bien moins de vous convaincre par eux, que de vous engagera expérimenter vous-mêmes, je borne ici cet exposé. Je vous enseignerai bientôt des procédés qui, vous facilitant les moyens de produire vous-mêmes des faits, hâteront votre croyance, persuadé que je suis que personne n’a en privilège la faculté magnétique, qu elle est le résultat de notre organisation, le produit de la vie et d’un mouvement que nous |>ouvons imprimer à nos organes, dans des circonstances particulières ; il vous sera donc facile de vous

264 COURS DE MAGNÉTISME

couvaincre de la vérité de tout ce que nous vous avons dit ; et un jour, j’en ai l’espoir, vous nous direz que nous n’avions rien avancé qui ne fût fonde, si vous avez surtout la prudence de ne vous prononcer qu’apres a'voir magnétisé, uou pas une seule personne, mais plusieurs, et si vous vous placez dans les circonstances favorables que nous vous avons appris à distinguer (t).

Je vais continuer de poursuivre le développement de l'action magnétique, vous la montrer agissante dans notre organisation et y faisant naître des effets analogues à ceux que produit notre principe vital.

Vous reconnaîtrez encore dans cette circonstance l’action indépendante de l’individu qui la reçoit et de celui qui la donne, soumise elle-même à de nouvelles lois; il ne vous sera plus possible de vous méprendre sur ces résultats, et d’attribuer les phénomènes qui se manifesteront à d’autres causes que celles que notre volonté met en jeu.

Application du magnétisme au traitement des maladies. — Voyons le magnétisme appliqué comme moyen thérapeutique, et dirigé en cette qualité sur tles organes malades; examinons son action et les modifications qu’éprouveut les parties qui- y sont soumises.

Vous allez reconnaître que la vie se trouve augmentée ou diminuée, que tous ces effets semblent provenir de la saturation des organes malades par un principe essentiellement actif et pénétrant; vous vous expliquerez alors les bonsou mauvais effets qui résulteutde l’emploi de ce moyen de guérir, et l’étude de cet agent vous deviendra plus facile, à mesure que son existence matérielle vous sera démontrée.

Lorsque je commençai mon instruction magnétique, je

(i) « Combien est grande l'inconstance des mortels et leur témérité, en matière d’expériences nouvelles î Car, si l'effet ne réussit selon leur désir, ils abandonnent aussitôt l’entreprise commencée cl tournent hâtivement à leurs premières coutumes, se réconcilient avec elles. •

PIIÉNOMÈNKS PRODUITS PAU LA MAGNÉTISATION. 265

croyais ce qu’avaient écrit des hommes graves; j’ddoptais comme article de foi leurs axiomes ; je ne pouvais penser qu’ils eussent affirmé des choses dont iis n'avaient pas la certitude. Je n’ai pas lardé à être désabusé, et j’espère vous convaincre de leurs erreurs.

Le premiers faits bien tranchés qui yinrent m'éclairer méritent de vous être racontés : ils serviront h votre instruction, si jamais vous magnétisez, et vous donneront, dans tous les cas, des idées plus justes sur le magnétisme et de nouvelles preuves de l’effet physique de cet agent.

Dans beaucoup d’ouvrages sur cette science vous lisez : que rien n'est comparable, en vertu, h l'action magnétique, son influence est une véritable panacée; magnétiseurs, vous pouvez tout, même des miracles, si vous savez bien employer votre puissance.

La tête exaltée, après avoir réellement obtenu quelques succès, je me croyais capable de guérir les maladies les plus invétérées. Je magnétisais donc des malades affectés de maladies pulmonaires très avancées et déclarées tout à fait incurables par d’habiles médecins.

Je pensais que cette maladie affreuse devait céder aux bienfaits de l’action magnétique; car j’avais lu que l’on avait réussi à en guérir de semblables. Voici ce que j’obtins dans cette disposition.

Les malades, magnétisés avec une grande énergie, nelardèrent pas à ressentir vivement mon action ; ils éprouvèrent d’abord un grand calme, suivi d’un sentiment de bien-être: il fallait s’arrêter là. Mais continuant, ne sachant point encore doser le magnétisme, à cet heureux effet succédaient bientôt des accès de toux, qui, se déclarant avec une violence inaccoutumée, étaient suivis de sueurs et d’un état d’angoisse qui forçaient les malades à me prier de cesser. Je les engageais au contraire, tant était grande ma confiance, à persister, pensant que ces mauvais effets étaient

COURS DE MAGNÉTISME

le résultat d'un effort de la nature pour se débarrasser du mal; mais les symptômes fâcheux continuaient de se développer, les pommettes se coloraient, les yeux devenaient brillants, et une expectoration forcée amenait des stries de sang vermeil : j’étais alors contraint de suspendre le magnétisme (1).

J’ai répété quelquefois cette expérience, et j’ai toujours vu le même effet avoir lieu.

Dans ces cas. le magnétisme agissait bien évidemment comme un agent physique, puisqu'il portait le trouble dans beaucoup de fonctions, et augmentait considérablement la circulation du sang. Ce phénomène explique très bien les effets fâcheux qui avaient lieu, car, dans ces maladies, tout ce qui agit comme excitant est pernicieux. Ce ne pouvait être l’imagination des malades qui avait produit le trouble, car ce trouble avait lien dans des organes soustraits à la dépendance de leur volonté. Je promettais à ces malheureux leur guérison : vous savez «pie dans ces maladies on se berce jusqu’à la fin de douces illusions; plusieurs croyaient que réellement je pouvais les sauver. Ils auraient donc éprouvé, si leur imagination y eût eu quelque part, un changement favorable, et le contraire avait lieu.

Je passe sur ces faits pour vous en citer d’autres aussi concluants.

Difficultés du réveil dans le magnétisme. — Vous trouverez encore dans les recueils de pièces sur le magnétisme, que l’on peut, lorsqu’on le veut, réveiller un malade que l’on a rendu somnambule. — Eli bien! Messieurs, il vous arrivera, dans quelques cas, ce qui m’est arrivé : des malades endormis par moi en quelques minutes ne purent

(i) Un semblable effet serait capable, lorsque ces maladies sont moins avancées, de produire des crises favorables qui assureraient le retour de la santé; maison attend jusqu'au dernier moment pour essayer l'emploi du magnétisme.

être réveillés qu’au bout de plusieurs heures; je mettais cependant en usage les procédés recommandés en pareils cas. Mais, vains efforts, plus je voulais obtenir le réveil, plus l'intensitédu sommeil se faisait remarquer; et souvent, à force de passer nies doigts sur les paupières pour déterminée leur ouverture, je produisais des ecchymoses qui n'étaient nullement senties, et le réveil ne s’opérait qu’au bout d’un temps très long : en sortant de ce sommeil, les somnambules passaient dans un autre état, et le moindre bruit alors opérait seul leur retour à la veille.

Je pourrais vous citer un grand nombre de faits semblables qu’il est impossible d’expliquer sans recourir à l’hypothèse d’un agent dont nous subissons les lois.

J’espère que vous serez désormais disposés à accepter cette vérité, et que vous rejetterez comme non fondées toutes les explications qui paraissent opposées à l’admission, comme réel, d’un agent physique.

Résumé. — Je termine ici l’exposé des faits particidiers qui sortent de l'ordre habituel des phénomènes produits par le magnétism^, et je les résume tous afin que vous ne puissiez les perdre de vue, puisque les faits sont seuls écoutés maintenant, et qu’on les regarde, avec raison, comme faisant loi.

Je vous ai dit qu'un homme placé de certaine manière, et connaissant le magnétisme, pouvait agir sur son semblable et déterminer dans son organisation des phénomènes presque toujours appréciables, surtout pour des personnes auxquelles l’étude des lois de la vie n’était pas étrangère. Je vous ai fait l'énumération des principaux effets attribués aux propriétés de l’agent magnétique, en vous prévenant qu’ils ne naissent point dans l’ordre que j’indiquais. Je vous ai dit que cela paraissait dépendre de quelques causes cuchées, et en outre de l’idiosyncrasie de chaque individu, et j’ai ajouté que le plus petit symptôme de votre action était

COURS I)E MAGNÉTISME

quelquefois suivi d’un dérangement marqué dans le jeu de la machine humaine.

Je vous ai cité beaucoup de ces phénomènes en m'entourant toujours de témoignages qu’il vous eut été impossible de récuser.

Vous avez pu vous apercevoir que, lors même que ces témoignages n’existeraient pas, je pourrais vous parler avec autant d’assurance de l’existence du magnétisme, puisque les phénomènes qui naissent de son application sont très faciles à obtenir, et que l’on ne récuse personne pour les faire naître et pour en devenir juge. Vous aurez été frappés des phénomènes étranges qui arrivent quelquefois il la suite de la magnétisation : je veux parler du somnambulisme et de ses nombreuses merveilles.

Enfin je vous ai entretenus de quelques effets particuliers, ■* bien capables de faire craindre que, dans certains cas, le

magnétisme ne produisit entre des mains inhabiles des accidents qui pourraient devenir irréparables.

Vous vous serez dit sans doute qu’il fallait, pour tirer un grand parti médical du magnétisme, l’avoir étudié d’une manière spéciale et être versé dans les connaissances physiologiques,et vous aurez trouvé mes conclusions conformes à votre manière de voir.

Mais, Messieurs, lequel d’entre vous pourrait rester froid au récit de tant de choses extraordinaires, et, en apprenant rpie la nature l’a doué de la puissance la plus utile, puisqu'elle tend à notre conservation, se refuserait à acquérir les moyens de lui donner le développement dont elle est susceptible, et d’apprendre l’art de soulager son prochain, quand il ne lui faut, pour y parvenir, qu'un peu de travail et de bonne volonté?

C’est une découverte bien précieuse que celle qui, après tant de théories incertaines, fournit enfin quelques principes incontestables au plus dangereux de tous les arts, celui de

conserver et de guérir; une découverte qui, dans une science jusqu a présent conjecturale, offre des roules lumineuses, où nous n’apercevions que sentiers obscurs ou d’inévitables écueils ; une science qui eu mérite à peine le nom, dit M. de Laromiguière : « Qu’est ce qu’une science qui n’a ni prin- » cipes arrêtés, ni matériaux fixes, ni méthodes constantes ? » Qu'est-ce qu’une science qui change de nature et de forme » au gré de tous ceux qui la professent ? Qu’est-ce qu’une » science qui n'est plus aujourd'hui ce qu’elle était hier; » qui tour à tour vante comme autant d’oracles, Hippn- » craie, Galien, Boerhaave, Frédéric Hoffmann, Brown , etc.? Et * pour tout dire, enfin, qu’est-ce qu’une science dont on a » demandé, non pas si elle étaii, mais si elle était possible?»

La médecine, telle que nous la pratiquons aujourd'hui, est nécessairement dangereuse, parce qu’il est impossible, quoi qu’on en dise, de la fuire résulter de règles certaines. Pour qu’elle résultat de règles certaines, il faudrait qu’elle nous fournit un moyen constant de trouver dans le corps organisé le lieu où réside l’obstacle qui s’oppose au mouvement réparateur de la nature ; il faudrait, de plus, quelle nous fit connaître exactement comment agissent les forces, c’est-à-dire les remèdes que nous pouvons employer pour vaincre cet obstacle, et la quantité de leur action dans chaque circonstance donnée : or, qui osera nous dire que cet obstacle n’est pas souvent caché de telle sorte qu’il échappe à la sagacité la plus exercée! Qui est-ce qui a saisi, je le demande, les rapports qui peuvent se trouver en une organisation malade, et le remède employé pour la délivrer de la douleur? Qui est-ce qui a mesuré l’action des remèdes à travers la prodigieuse variété des tempéraments et des âges? Et si presque jamais vous ne pouvez rassembler que des doutes, et sur le mal qu’il vous faut combattre, et sur l’effet des ressources que vous mettez en œuvre pour le détruire, oh ! combien de fois ne peut-il pas arriver que

COURS DE MAGNÉTISME

vous vous trompiez et sur le mal et sur le remède, que vous agissiez contre la nature qui veut guérir, et non pas contre le mal dont vous vous êtes empressé de suspendre les progrès. Et qu’est-ce alors que l’art de la médecine pour l’homme qui u le plus de génie, qu’est-il autre chose que l’art d’assembler assez souvent, si vous le voulez, d'heureuses conjectures? Mais, dans les mains de l'homme qui n’a point de génie, dans les mains de cette foule d’hommes médiocres qui le pratiquent chaque jour avec tant d’effronterie dans la société, qu’esl-il? Quand vous mesurez ses ravages, n’étes-vous pas tenté cent fois de le regarder comme le droit funeste de dicter des proscriptions et d’exercer des vengeances ?

MM. les savants, et surtout les médecins, sont opposés au magnétisme animal ; ils le traitent avec mépris : cela n'est pas très moral, mais cela est très naturel. Le champ des sciences ressemble au sol de la Sicile, qui ne doit sa fertilité qu’uux agitations du volcan qui brûle dans sou sein : il faut qu’a de certaines époques ce champ se bouleverse sous les pas de ceux qui ie cultivent ; il faut que le génie, comme lEtna, travaille puissamment, et purmi des secousses profondes, les germes que ce champ recèle, et que, pour le parer d’une fécondité nouvelle, il sème pendant quelques instants sur sa surface désolée 1e désordre et la tempête. Mais les patres de la Sicile voient-ils sans murmurer leurs paisibles demeures ravagées, leurs riches moissons envahies parles torrents enflammés? Et quand un homme de génie vient ébranler dans le champ des sciences une masse d’idées, je le répète, pourquoi veul-ou que les hommes qui vivent en repos sur cette masse demeurent spectateurs indifférents du bouleversement qu’il produit?

Pourquoi veut-on qu’ils contemplent d'un œil sec leurs masures philosophiques chancelantes? Pourquoi verraientils avec indifférence la terre qui les a nourris, après diverses

agitations, se couvrir tout à coup de plantes inconnues qui ne peuvent devenir leur pâture? Saus doute on ne résisté pas plus au génie qu'à la nature : tous les deux sont puissants comme la nécessité; mais si ces hommes croient avoir un moyen d’arrêter le génie, quel que soit ce moyen, excusés par l'instinct de leur conservation, pourquoi craindraient-ils d’en faire usage? Est-on jamais coupable en défendant ses foyers?

Vous, Messieurs, qui n’avez point d’intéréis de corps, vous vous livrerez à l'étude du magnétisme; car ce n’est pas seulement comme phéuoinène curieux que le magnétisme s’offre à nous et réclame notre attention, c’est comme moyen de guérison, comme principe d existence. En effet, sous sou empire, tout parait se revivifier, les seus reprennent leurs fonctions et la nature semble se renouveler. Mous vous avons déjà fait remarquer que ses divers effets modifiaient d’une manière remarquable notre organisation et changeaient parfois les symptômes qui caractérisent la lésion de nos organes. De mémorables exemples nous apprennent ce qu’on en a obtenu de bien; des guérisons inespérées ont eu lieu, c’est en vain que l'on chercherait à les contester, quand les antagonistes du magnétisme eu conviennent eux-mémes. Mous pouvons donc espérer que l'action de ce nouvel agent, mieux connu, rendra son application plus facile et plus sûre, et que l'on évitera les dangers que je vous ai signalés.

Avantages du magnétisme. — Sans considérer le magnétisme comme une panacée, nous devons cependant vous signaler tous ses avantages.

Vous le savez, Messieurs, la chirurgie a déjà profité plusieurs fois d’un des singuliers états du somnambulisme : l’ insensibilité Quelques opérations ont été faites sur des somnambules. M Cloquet, chirurgien distingué, a pu faire une opération qui a duré douze minutes, et qui lui a permis

COURS DE MAGNÉTISME

d’enlever un sein cancéreux sans que l’opérée ait ressenti la moindre douleur pendant l’opération.

M. Cloquet a rendu compte de ce phénomène étonnant à l'Académie de médecine. Comme vous le pensez, de semblables assertions ont trouvé beaucoup d'incrédules, mais cela n'altère en rien l’exisicnce du fait matériel.

Vous savez encore que M. Ilécamier a appliqué luimême des moxas sur plusieurs individus dormant du sommeil magnétique, et bien que ces moxas aient produit des eschares de dix-huit lignes de longueur sur autant de largeur, les malades ne se réveillèrent point et ne manifestèrent par aucun signe la douleur qui devait en résulter. Vous savez cpie ces douleurs sont extrêmement vives. M. Réramier est convenu de ce fait au sein de l’Académie, en déniant toutefois l’utilité du magnétisme. Mais il n'est pas, heureusement pour le magnétisme, le seul juge de cette question.

Je dois vous rappeler encore ici le fait non moins important que ceux que je viens de vous faire connaître : l’épileptique endormi par le docteur Frappait, et qui a été plongé durant son sommeil, et d’après ses ordres, dans une cuve pleine d’eau à la glace, où il est resté un certain temps. Ce fait s’est passé dans un des premiers hôpitaux de Paris, an Vul-de-Crâce,en présence du médecin en chef, M. Rroussais, et de plusieurs autres médecins. Le même somnambule subit une opération qui devait être encore plus douloureuse, car on lui appliqua, toujours d’après ses ordres, un large cautère actuel au mollet, ce qui a contribué à sa guérison.

Tons ces faits, Messieurs, ne sont encore que des ébauches ; avant la fin de ce cours je vous entretiendrai d'opérations récentes et plus complètes.

Messieurs, cet état magnétique si incompréhensible, qui permet l’emploi de moyens si actifs, moyens que les plus

courageux des hommes envisagent toujours avec une sorte d’efFroi; cet état, dis-je, nous offre encore d'autres ressources. •

Ce somnambule dont la peau et les muscles, à une très grande profondeur, sont devenus insensibles, a cependant • les perceptions cérébrales beaucoup plus actives que dans l'état de veille, et si ses nerfs ne lui apportent plus rien du dehors, par une compensation libérale, la nature a voulu que son intelligence s’en accrût.

C'est surtout dans cetétatoù l onconnaitla sagesse infinie du créateur de toutes choses ; i’étre le moins favorisé des dons de l’esprit possède souvent, à un degré bien supérieur, les moyens de pourvoir à sa conservation et à celle des personnes mises en rapport avec lui. Nous voyons se manifester, dans cette espèce d’extase, des phénomènes moraux incompréhensibles qui n’auraient point lieu dans l’état ordinaire.

Cet individu, qui ne vit plus physiquement, possède une existence intellectuelle bien surprenante, il a des sen • salions qu’il ne nous est pas permis d'éprouver ; il semble avoir le plein exercice d’un sixième sens qui lui permet d’apprécier le désordre qui existe dans ses organes et de irouver Je moyen d’y rétablir l’harmonie. Bien qu’il se trompe quelquefois, les exemples où il juge sainement sont bien plus nombreux, et semblent justifier l’empressement que certains magnétiseurs mettent a rechercher celte crise. Ces divers phénomènes, vrais dans tous les points, feront, Messieurs, (pie vous accorderez quelque indulgence aux personnes qui, considérant la découverte du magnétisme animal comme devant être la seule médecine, ont répété ce que disait un ancien philosophe, Sénèque : Ad id sufficit, nntura tpiod posctl. Lu nature suffit à ce qu’elle demande.

Messieurs, ce «pie l’art produit aujourd’hui, la nature

coins DE MAGNÉTISME.

nous le montre constamment, cl nous ne faisons <|iie l’imiter. Voici quelques exemptes de somnambulisme spontanés; j'emprunte cet article au Journal du magnétisme, t. XI, p. 609..

L'expérience des siècles a consacré et presque rendu banal le dicton que « la vérité finit tôt ou tard par se taire jour. » Mais on dirait, quand on suit la marche des choses d’ici-bas, que la Providence, quia dicté cette loi, s'impatiente quelquefois (gratta sit verbo ) d’assister en témoin impassible à son accomplissement trop tardif, et qu’elle crée, quelle accumule alors les moyens qui peuvent servir à assurer, à hâter le moment de la juste victoire.

C’est le spectacle que nous offre en ce moment la science mystérieuse encore, et immense cependant, que nous appelons magnétisme animal, vis-à-vis du mauvais vouloir des corps savants. Pendant que d’un côté un parti pris et un aveuglement incroyable, et surtout impardonnable, ferment les yeux à l’évidence, de l’autre les phénomènes les plus étranges, les plus extraordinaires, se produisent sans être recherchés ni provoqués, en même temps et en nombre tel sur tous les points du globe, que le ridicule, dont le parti de l’opposition s’était fait une arme, commence à retomber sur ceux qui l’avaient appelé à leur secours.

Même dans l’extrême nord de l’Europe, où lu tempéra-

(i) Le livre le plus curieux de tous les livres serait celui qui rassemblerait tous les faits spontanés de clairvoyance, de prévision, de vue à distance, qui se manifestèrent dans l’antiquité, et qui, aujourd’hui même encore, ne cessent de se produire. Ce livre enseignerait aux hommes ce qu’ils ignorent encore : c’est que, dans chaque créature dont Dieu a permis l’existence, il y a comme un reflet de sa toute-puissance.

ture de l’air et l'état île l'atmosphère sont bien loin d'être favorables au développement des phénomènes magnéti- (|ues, ceux-ci se présentent pourtant sous la forme du soin • nambulisme naturel. Les corps savants ont beau se retrancher derrière les poursuites des parquets, et ordonner contre les imposteurs les douches et la camisole de force, les merveilles d’une puissance incontestable sautent aux yeux de tous avant que ses adversaires aient pu déranger ou briser par la violence les ressorts délicats qui les avaient produites. Chacun sent qu’une vérité longtemps méconnue et réprimée peut devenir pour l’humanité un véritable bienfait, lorsqu’enfin les hommes de la science seront forcés de céder nu cri général de l'opinion publique, et de condescendre de leur hauteur présomptueuse à un examen sérieux et à un emploi raisonné d’un pouvoir encore occulte patleur faute.

Le vif intérêt éveillé par la lucidité extraordinaire d’uu jeune pâtr e, somnambule naturel et habitant d’un village de la Silésie, ne s’est pas encore refroidi, que déjà, à cent cinquante lieues de là, dans l’extrême nord de la monarchie prussienne, quatorze somnambules des deux sexes surgissent l'un après l'autre. M. Bessel, habitant des environs de Dantzick, en a vu deux. Sur la demande à lui laite par la Société du magnétisme nouvellement formée à Berlin, il a adressé A celle-ci un rapport des faits qui se sont passés sous ses yeux et dont j’ai l'honneur d’exposer ciaprès le résumé.

L’un des deux somnambules en question est une jeune fille de seize ans, qui, par suite des phénomènes que sort état a offerts, a été transportée à l’hôpital de Dantzick. M. Bessel n’a pu l’y voir qu’une setde fois; elle ne parait être qu’au début de ses facultés somnambuliques ; elle ne parlait pendant son sommeil que sur des sujets religieux, en forme de discours, sans répondre aux questions que les

COURS DE MAGNÉTISME

assistants lui adressaient. Une seule fois cependant elle répondit à M. Bessel qui la questionnait, par ces paroles : « Le Seigneur ne m'a pas inspirée pour répondre à vos questions. »

L’auteur du rapport ne se trompe probablement pas en craignant que les tentatives faites par les médecins de l'hôpital, pour arracher leur victime au somnambulisme et pour découvrir ce qu’ils supposent être une fourberie, ne réussissent que trop tôt à arrêter le développement d’un étal dont la marche progressive demande ordinairement tant de ménagements.

Le second somnambule dont le rapport fait mention, le nommé Koelmer, est garçon forgeron*: c’est lui que M. Bessel a en l’occasion d’observer pendant cinq semaines des mois de juillet et d’aofit 1852, en s’entretenant souvent avec lui sur des sujets religieux et scientifiques. M. Bessel avait été chargé par la Société du magnétisme de Berlin d’enguger le somnambule Koelmer à partir pour cette ville, où son état aurait été suivi et guidé par les membres de ladite Société. Mais l’avocat général venait d ordonner contre lui une poursuite pour cause de probabilité d’imposture, de manière que M. Bessel ne put pas donner suite à la négociation en question. Au reste, Koelmer n'avait pas paru disposé à accéder à celte proposition , même lorsqu'il aurait été libre encore de l’accepter : « En- » gage-les, disait-il à M. Bessel, de lire ce que le prophète » Joël écrit dans les versets 16 et 17 du troisième chapitre, » et qu’ils en fassent l’application à notre temps. »

Sur les objections de son interlocuteur, il répliquait : « S’ils tiennent à étudier l’état magnétique, qu’ils lisent ce que Joël écrit dans les versets 1 et 2 du premier chapitre. » Sur lu question s’il ne pourrait pas dire ce que ces versets contenaient, il les récitait textuellement, en disant : « C’est bien ce que saint Pierre [nous dit aussi dans son premier

discours de Pentecôte, et ce que suint Luc nous rapporte dans le deuxième chapitre de son Histoire des Apôtres, versets 17 et 18. » Lorsque M. Bessel lui faisait observer qu’à Berlin il n’aurait au moins rien à craindre pour sa personne, il reprenait : « Dis-leur de lire le neuvième chapitre de l’évangile de saint Jean — le monde est encore le même qu’il était alors : — de même qu’à Jérusalem on chassait du temple et de l’assemblée des scribes l’aveugle-né, parce qu’il ne voulait pas parler selon leur gré, de même on agirait avec moi. Nous avons ici assez de médecins qui peuvent étudier mon étui et qui l'étudieront à leur manière, et tu verras alors comment on en usera avec moi. »

Koelmer est orphelin depuis la neuvième année de son âge, où il est entré au service de personnes étrangères ; il n’a jamais appris à lire, et il n’a jamais eu entre les mains la Bible, à ce qu’il prétend au moins, assertion au reste qui a de la probabilité, quand on sait qu’il est catholique. Malgré cela, ses discours sont remplis de citations textuelles de la Bible. On remarque, au reste, assez souvent un manque de logique et de langage correct dans ses propos; il parle quelquefois en vers, mais rarement. Sa vue à distance est très remarquable. Ainsi, il savait toujours dire a M. Bessel, pendant le séjour de celui-ci à Dantzick, ce que faisaient sa femme et scs enfants, demeurant à plus de douze lieues delà. Et lorsqu’un jour M. Bessel lui exprimait des doutes sur l’exactitude de ses assertions, Koelmer lui répétait ce que madame Bessel avait écrit à son inari dans une lettre arrivée la veille, et que ce dernier avait gardée dans son portefeuille sans en faire part à personne ; de même Koelmer savait dire au juste de combien de chapitres se composait l’ouvrage d’un auteur du duché de Meckleinbourg qui, en traitant une question de théologie, avait prié M. Bessel de consulter notre somnambule sur ce travail.

COURS DE MAGNÉTISME

Koelmer soutient néanmoins qu’il lui est beaucoup plus facile rie se mettre en rapport avec les esprits d’un monde au-dessus de la portée des sens, qu'avec des êtres matériels, vu que ceux-là ('mettraient au moyen de leurs oscillations (vibrations) spirituelles plus de lumière transcendante. — Des personnes en vie lui apparaissent à distance comme les images de nos songes se présentent à nous; il est obligé, à ce qu’il dit, de faire |Jes efforts pour les fixer et pour les empêcher de lui échapper. Il trouve plus facilement à distance des personnes vertueuses, quand on y dirige son attention, que des personnes vicieuses, parce que les premières lui enverraient bien plus de rayons de lumière transcendante (spirituelle).

Il s’applique à donner une explication des passages les plus obscurs de l’Apocalypse.

Selon lui, toutes les religions de la terre auraient été fondées par des somnambules, plus ou moins avancés dans leur clairvoyance, laquelle se serait souvent présentée à eux, même hors de leur sommeil somnambulique. Selon lui,' Jésus-Christ a préexisté de toute éternité dans l’idée de Pieu, et il a agi, déjà bien longtemps avant son apparition sur la terre, comme le flambeau du plus pur amour dans les régions des esprits plus et moins élevés, vu que les esprits plus élevés avaient connaissance de la pensée de Dieu, d’après laquelle ils devaient un jour avoir dans le Christ un médiateur auprès du Père; mais le Christ n’aurait pris que depuis son apparition sur la terre, son origine comme être pensant et agissant, semblable en cela à toute autre créature humaine, mais doué d’une plus grande force spirituelle et sans avoir eu un générateur terrestre.

Ce qui, dans les révélations de Koelmer, me paraît offrir le plus d’intérêt, c’est sa théorie du mode de perception, suivie aussi bien par les somnambules que par l’homme dans son état de veille. Koelmer voit, quand nous regar-

dons tin objet quelconque, sortir de chacun de nos yeux un rayon lumineux et coloré, se dirigeant sur l’objet fixé. Il voyait sortir de l’oeil droit de M. Bessel un rayon composé des sept couleurs de l’arc-en-ciel, tandis que celui sortant de l'œil gauche du même individu ne montrait que quatre de ces couleurs. Ce fait provenait, selon Koeliner, d’une faiblesse du nerf optique de cet oeil, et un examen minutieux auquel M. Bessel soumit ses yeux donna raison à l'assertion du somnambule. Celui-ci dit que quand nous regardons un objet avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, quand enfin notre esprit participe vivement à cet acte de perception par notre organe de vision matérielle, un rayon plus intense part du plexus solaire (ou du nerf de l’âme, comme il s’exprime), et un autre du cœur pour se porter sur l’objet de notre attention. Tous ces rayons de l’esprit s’accompagnent, s’excitent et se complètent mutuellement. C’est â eux que le rayon spirituel du somnambule se suspend, pour ainsi dire, et au moyen desquels il voit alors ce que nous voyons ou même ce que nous désirons voir. Il appelle cela « la vue par le rayonnement de l’esprit. » Koelmer savait toujours dire à M. Bessel les objets que celui-ci regardait, même quand il s’était placé derrière lui. Quand M. Bessel rappelait vivement à son souvenir une chose très éloignée de lui, soit par le temps, soit par l’espace, Koelmer savait toujours lui dire si le rayon spirituel de son interlocuteur avait dù pénétrer à des distances- plus ou moins grandes; mais il ne savait pas reconnaître clairement les « chrysopines » que le rayonnement plastique de l’esprit des autres formait dans l’éther, parce que le développement de sa clairvoyance n’était pas encore assez avancé, à ce qu’il disait lui-même. Un jour, cependant, lorsque M. Bessel, en retraçant vivement dans son imagination l’image de sa maison et de sa famille, engageait Koelmer à suivre le rayonnement de son esprit, celui-ci s’écria-: « Oh! voilà que tu viens de sentir

COURS DE MAGNÉTISME

profondément par le cœur et de penser vivement par l'esprit; car j’ai vu sortir de ton cœur un rayon resplendissant qui, en se joignant au rayon de ton âme (i), s’est porté vers tes foyers. Maintenant j’ai pu reconnaître en toi la clarté chrysopine que ton esprit vient d'imprimer à l’éther, et ainsi j’ai pu voir en réalité ta maison, ta femme et tes enfants! »

Sur la demande de M. Bessel, le somnambule donnait l’explication suivante des chrysopines, ou images immatérielles que le célèbre Tschocke (2) voyait parfois dans son état somnambulique, et par lesquèlles il reconnaissait une grande partie de la vie passée «les hommes : « Quand notre esprit ne retrace les choses du passé qu’avec peu d’ardeur, il forme seul les pensées et les images; mais quand un tel travail de notre esprit se fait avec, beaucoup d'énergie et avec une pureté de sentiment agréable à Dieu, alors notre ange de paix envoie son rayon spirituel à la rencontre du nôtre, et porte ainsi les chrysopines avec beaucoup de force dans nos âmes, de manière que les sentiments du passé V Nsont ranimés et que notre imagination est ramenée d'uu objet du passé à l’autre. Notre ange plane bien souvent autqur de notre âme et l’entoure des chrysopines émanées de . son esprit pour exercer ainsi sur elle une action plastique. Or, les chrysopines vues par Tschocke n’étaient autres que celles que sou ange formait dans L’éther, pour la perception de son protégé. Mais pour que nous et notre ange puissions un jour embrasser d’un seul coup d’œil toute notre vie passée, celui-ci porte dans sa main droite le livre de notre vie au moyen duquel il intercepte toutes nos chrysopines fortement dessinées, à peu près de la même manière que

(i) Il désigne le rayon partant du plexus solaire par le terme du rayon tin nerf de l'âme,

(a) Auteur très populaire en Allemagne.

nous recueillons sur une plaque d’argent l’image (daguerréotype) d’un olijet matériel. Ce livre n'est cependant- pas composé, comme nos livres, d’une suite de page^ mais d’étoiles qui brillent dans la main de l'ange, semblables aux étoiles du firmament, et qui ne sont obscurcies d'ombres que quand de mauvais penchants et des pensées impures débordent noire cœur. Aucune joie que nous avons éprouvée, aucune larme que nous avons versée ne sera perdue pour.notreélre spirituel. Mais, continue notre somnambule, ce ne sont que les larmes de l’ampur, de. la miséricorde et de la reconnaissance qui, connue des perles brillantes, nous luiront là-haut. Leslarmçs de méchanceté, de la vengeance et de l’envié, se trouvent marquées en noir. Vous verrez dans ce livre, marquées en couleurs sombres ou resplendissantes, toutes les personnes sur lesquelles vous aurez dirigé le regard de votre esprit, ou qui l’auront dirigé sur vous en haine ou eu amour. » Koelmer prétend que l’ange Gabriel dirige son esprit, et il explique cette direction ou inspiration, en disant que l’ange fait pénétrer le rayonnement de ses chrysopines si bien jusqu’au fond de son âme, que lui, Koelmer, dominé par une exaltation irrésistible, ejst obligé d'énoncer ce qu'il aperçoit tlans ces vibrations (oscillations) spirituelles de l'ange; il ajoute qu’il y a grande difficulté pour tout somnambule, et surtout pour lui-mème, si peu versé dans l’élocution de ses pensées, de trouver les expressions propres à peindre ce qu il a vu ou senti, et que celles-ci restent toujours bien au-dessous de ses sensations ; que bien souvent il est incapable, vu son état de clairvoyance peu développé, de saisir avec la clarté nécessaire les chrysopines de l’ange, ou bien que celui-ci retire quelquefois son rayon spirituel, et qu’il est alors obligé, lui Koelmer, de parler par la seule force de son propre esprit, ou de celui d’une autre personne quelconque, au rayonnement spirituel de laquelle il s'accroche, pourainsi dire, dans

COURS RE MAGNÉTISME

le sentiment de sa faiblesse ; que quelquefois, mais rarement, il s’opère en lui une métamorphose complète, l’esprit de son ange gardien prenant entièrement possession de son corps, de manière que l’esprit du somnambule plane alors au-dessus de sa dépouille. Koelmer dit qu’il ne peut pas persévérer assez longtemps dans cet état pour s’élever, comme d’autres clairvoyants, vers les régions célestes.

Il est somnambule depuis le mois d’octobre 1851, fait constaté par l’enquête judiciai re.

Sa santé ne s’est pas altérée du tout, et il est assez robuste pour vaquer aux devoirs de sa pénible profession.

Le 21 du mois d’août 1852, il s’est prescrit, pour se tirer de son état somnambulique, la médication que voici :

7 pétales de rose,

16 bractées de tilleul,

14 grains d'hélianthe ;

Le tout bouilli dans l/8‘ de litre d’eau, jusqu’à réduction du liquide au volume de trois cuillerées à soupe.

Cette décoction devait rester enfouie dans la terre pendant six jours, et lui être donnée en trois doses quand il la demanderait pendant son sommeil.

Le 18du mois d’août, lorsque M. Bessel revint à Dantzick pour voir Koelmer, tous les préparatifs concernant l’ordonnance de celui-ci avaient été faits; mais notre somnambule, se trouvant alors impliqué dans l’enquête criminelle, subissait le premier examen des médecins et ne pouvait prendre le remède qu’il s’était ordonné.

Avant de terminer celle leçon, permettez-moi de vous faire connaître quelques faits de guérison pour vous convaincre de la puissance du magnétisme employé comme moyen de traitement; vous allez reconnaître que les maladies les plus rebelles à la médecine ordinaire peuvent être guéries par le magnétisme. La raison qui vous dit que vos soins peuvent être infructueux vous trompe souvent. C’est pourquoi vous devez, dans tous les cas possibles, essayer l’emploi du magnétisme, persuadés que, bien dirigé, il ne fera pas de mal s'il ne fait pas le bien que vous en attendez.

Voici un exemple frappant du faux jugement des hommes, et de l'inépuisable bonté de la nature, secondée par le magnétisme.

Caroline Hnudoin, âgée de vingt ans, d’un tempérament lymphatique, passa sa première enfance à Genève; là, sa mauvaise constitution se développa davantage, soit par l'action du climat, soit par l'usage des mauvais aliments. Tout le système glanduleux s'entreprit ; la gorge, les seins, •les aisselles, présentèrent des engorgements d’une nature tout à fait scrofuleuse; plusieurs de ces engorgements s’ouvrirent et donnèrent issue à une suppuration abondante et sans cesse renaissante. On combattit cette maladie avec les moyens les mieux indiqués. On réussit à fermer plusieurs de ces émonctoires; mais d’antres engorgements se formèrent et s’ouvrirent, un surtout, au bras gauche, intéressa les os et les chairs de manière à nécessiter l’amputation du bras; elle fut résolue et pratiquée du consentement de la malade qui, fatiguée de souffrir de cette énorme plaie, regardait comme un bienfait d'en être débarrassée.

Ce fut à I hôpital Saint-Louis que cette opération fut pratiquée. Eile eut tout le succès possible : la cicatrisation

COURS DR MAGNÉTISME

eut lieu, un peu lentement cependant, et la malade put sortir de l'hôpital, où elle avait passé plusieurs mois parfaitement traitée. Mais sa constitution infectée de scrofules ne lui luissa aucun repos. Une plaie s’ouvrit au sein et résistait aux traitements les mieux indiqués. C’est dans cet état que je connus cette jeune fille qui, sans aucune for-' lune, était destinée à souffrir et mourir jeune dans un hôpital. Ému au récit de ses souffrances, je me décidai à la magnétiser plutôt par instinct que par conviction du bien que je pouvais lui faire, car je ne croyais point qu’il fût possible de guérir une maladie semblable.

Au bout de trois minutes de magnétisation elle s'endormit. Elle commença par me dire que si elle m’eût connu sept mois plus tôt elle eût conservé son bras; il y en avait trois qu’il était amputé. Elle s’indiqua des moyens de cicatrisation pour les plaies du bras et du sein, et ces moyens employés réussirent complètement. Il restait à faire la chose la plus importante, changer sa constitution ou la modifier de telle manière que les accidents passés ne reparussent plus, et que ceux à venir fussent neutralisés. Le magnétisme avait développé assez de lucidité pour permettre à cette personne de donner des conseils à d’autres malades, mais pas encore assez pour trouver des moyens de guérison pour elle-même. Un jour qu elle s occupait d un malade et paraissait très préoccupée de son rétablissement, elle interrompit cette consultation et me déclara que le 2 U août, à neuf heures du soir, elle tomberait dans un état de sommeil profond qui durerait pendant trente heures ; <pie ce sommeil serait très tranquille, si deux jours avant elle n’était point contrariée; que, dans le cas opposé, elle serait très agitée, et que, par une envie inexplicable, elle chercherait à mordre ses chairs, qu on eût à prendre les précautions nécessaires pour empêcher un si funeste penchant, et que la surveillance fût de tous les instants. Elle

déclara que pendant cette crise de trente heures elle 11e prendrait absolument rien, qu’elle n’aurait aucune évacuation, et que toute l'humeur scrofuleuse se rendrait aux intestins pour être ensuite évacuée par un dévoiement qui durerait pendant douze heures ; elle assura que l’on entendrait, pendant son sommeil, un bruissement à l'épigastre, bruissement occasionné par le transport de l’humeur scrofuleuse. Elle prédit ensuite sa guérison parfaite et la cessation de son sommeil lucide. Elle fit cette déclaration devant quinze personnes qui dressèrent et signèrent un procèsverbal, après avoir toutefois constaté l’état scrofuleux de cette fille qui était on ne peut plus manifeste.

Dans l’intervalle qui nous était laissé, plusieurs personnes prirent connaissance de la déclaration et de l’état de la malade, et se promirent de vérifier un fait si étonnant de prévision.

Le jour prédit, plusieurs personnes devaient se rendre directement chez la malade, au Petit-Carreau.

J’avais recommandé aux personnes qui devaient surveiller la malade, avant le développement entier de sa crise, de la faire coucher une demi-heure avant, afin d’éviter avec le plus grand soin qu’elle fût tourmentée. Tout fut enfin exécuté ponctuellement. A neuf heures précises, nous nous rendons en grand nombre près de la malade. En arrivant, nous apprenons que son état de crise s’est développé seulement quelques minutes plus tôt qu'elle ne l avait prédit, mais qu'il était complet. Nous entrons daus la chambre, et nous trouvons cette pauvre fille, la fuce gonflée, la langue sortie de la bouche, et serrée et presque coupée par les dents ; une extrême raideur des membres et des mâchoires, qu’il eut été plus facile de briser que d’ouvrir. Après avoir magnétisé les masséters, de manière à faire cesser l'état de raideur des mâchoires, je fis rentrer la langue qui était déjà devenue noire, et qui fort heureusement n’avait été entamée

COURS DE MAGNÉTISME

ijue dans une petite partie. Personne ne s’était aperçu encore qu’un doigt avait été non-seulement mordu, mais qu’il y avait perte de substance; le morceau manquant avait été par elle avalé au commencement de son sommeil. La main fut pansée : il s'échappait de la plaie, non pas du sang, mais une grande quantité de lymphe rosée, ce que tout le monde put constater. La gravité de cette crise ne me permit pas de m’éloigner; je restai pendant les trente heures près de la malade. Je n’eus qu’à me louer de ma détermination ; car, pendant plusieurs heures, elle fit des efforts inouïs pour porter sa main à sa bouche et la reraordre; elle ne put qu’atteindre le drap et en enlever un morceau.

Tout se passa comme elle l’avait prédit, et je me félicitai démon nouveau succès.

Encore d’autres exemples :

Une femme de quarante ans, épuisée par d’anciennes souffrances, ne pouvant plus faire un pas sans béquilles, décidée à faire essai du magnétisme, arrive à Paris en litière ; elle met deux jours à faire quatorze lieues: plusieurs syncopes ont eu lieu pendant le trajet. Magnétisée à sou arrivée, elle tombe en somnambulisme; mais le sommeil ne présente point de lucidité. Les effets magnétiques que le magnétiseur développe sont d’une telle nature (1) qu’il ne craint pas d’annoncer que, dans quelques jours, la malade marchera sans béquilles. Il invite la malade à venir à un jour fixe assister à une soirée dansante qu’il donne dans sa maison. Le doute de la malade et des assistants n’efFraie point le magnétiseur; il prévient au contraire beaucoup de monde pour reconnaître et constater son annonce et le triomphe du magnétisme. La malade est magnétisée tous

(i)Pour celui qui aurait vu galvaniser un cadavre, les effets eussent été les mêmes. La malade, d’une maigreur et d’une pâleur extrêmes, immobile avant lu magnétisation, était tout à coup remuée avec violence, et retombait dans sou immobilité à l'instant où cessait la maguétisatiou.

les jours, lein'atin; et tous les jours, on peut constater un nouveau progrès. Au onzième jour, elle commence à faire quelques pas, soutenue sous les bras seulement, et abandonne ses béquilles. Le dix-septième, elle vient à la soirée du magnétiseur, elle monte l’escalier seule, se promène et reste jusqu'à une heure du matin, rentre chez elle sans avoir éprouvé d'uutre fatigue que celle qu’aurait ressentie une personne bien portante.

Après de tels faits, quel médecin pourrait dédaigner un auxiliaire si puissant, lorsqu'il ne lui faut qu’un travail de peu de durée pour apprendre ce qu’il en peut tirer d’avantages?

Mademoiselle Lacour, fille d’un commissionnaire au Mont-de-Piété, demeurant à Paris, cour des Fermes, jeune personne de dix-huit ans, malade depuis cinq ans et demi, après avoir, au commencement de sa maladie, éprouvé quelques améliorations par l’emploi de divers traitements, cesse tout à coup, après une chute, de pouvoir marcher : une luxation du fémur, parfaitement caractérisée, survient. Des médecins habiles sont appelés, les moyens indiqués par eux sont employés sans succès. Ces' médecins annoncent que la maladie a un caractère scrofuleux, ce qui In rend tout à fait incurable. Cette déclaration est faite aux parents de la malade. M. Dupuytren confirme cette déclaration, et conseille l’amputation de la jambe : on essaie encore cependant l’emploi des moxas, conseillé par M. llroussais : la malade ne va pas mieux. On parle du magnétisme, comme moyen douteux, mais le seul qui restât à essayer. On me demande si je veux en faire l’emploi : je m’y refuse d’abord, pensant que la maladie était trop grave et devait être incurable. Pressé de nouveau, je cède aux sollicitations : je me rends chez la malade, qui ignorait absolument ce que c’était que le maguélisme. Après cinq minutes de magnétisation, elle s’endort : je l’interroge; elle déclare devant plusieurs

COURS DE MAGNÉTISME

personnes qu’elle marchera le 25 juillet il midi, sans béquilles, et sans boiter, et qu'elle n'aura jamais de rechute: elle demande seulement à être magnétisée pendant quinze jours de suite ; puis de deux jours l'un, jusqu'au jour indique. Nous en étions à cinq semaines. Je me conforme entièrement à son indication : j'engage plusieurs médecins à suivre son traitement. Douze de mes élèves l’examinent attentivement, et s’y rendent plusieurs fois par semaine. Le temps prédit arrive; toute la famille, qu’une maladie si affreuse affligeait cruellement, ne peut croire à un rétablissement si prochain; ce serait un miracle, et personne ne croit plus aux miracles; mais, moi, j'étais bien certain que la malade marcherait. Los effets produits parle magnétisme étaient manifestes pendant chaque séance : une sueur très abondante et gluante venait avertir que les articulations se nettoyaient de l'humeur qui les obstruait; la peau avait changé de teinte ; les forces reparaissaient aussi ; les digestions étaient redevenues bonnes; il n’y avait plus que la jambe malade, qui d'abord plus grande que l’autre, et ensuite plus courte, qui présentât encore un raccourcissement assez sensible. Le 24, la malade affirme de nouveau que le lendemain elle marchera à midi, sans béquilles et sans boiter. Il y avait alors six mois qu’on ne l’avait levée, et cinq ans et demi qu’elle était malade. Le 25, à onze heures et demie, je vais chez elle : tout l’appartement était envahi par une foule de personnes venues pour être témoins d’une guérison presque sans exemple. L’incrédulité est peinte sur toutes les figures; on me taxe i\’enthotisiasle , de jeune homme : chacun croit qu’une mystification m’attend.. l’avoue que tous ces discours avaient porté dans mou âme un trouble inexprimable : une sueur froide coulait de mon front ; j’étais pâle et tremblant, et cependant quelque chose me disait que dans un instant j’allais recueillir le prix de mes peines, et que ma foi aux prévisions somnambuliques,

éprouvée par un grand nombre de prédictions toutes réalisées, allait être encore justifiée. A midi précis, je m’approche de la malade; elle était dans son lit, habillée; je lu magnétise devant tout le monde. lorsqu'elle fut endormie, je lui rappelle sa promesse, je la somme de la tenir ; je lui commande avec force de se lever et de marcher : elle sort du lit, lentement, et pose ses pieds à terre, pour qu'on lui mette des souliers. La foule immobile fixe ses yeux sur la jeune fille et sur moi, et reste muette, impressionnée par un spectacle si nouveau ! A un signe de ma volonté, on s’écarte pour ouvrir un passage. Je commande de nouveau à la malade de marcher; elle tâte d’abord le sol avec son pied malade ; elle semble mal assurée, fait un pas, se recueille, et enfin avance jusqu’à l’extrémité de l'appariement, sans être soutenue ni appuyée sur personne. lille revient â son lit, chacun la suit ; je la réveille brusquement et lui dis de marcher, ce qu’elle ne sait pas encore avoir fait. ICI le tâtonne de nouveau le sol, et marche avec la même hésitation; mais bientôt, prenant de l’assurance, elle fait plusieurs fois le tour de l'appartement, •

Je m’arrête, Messieurs, car il est hors de mes forces et de mon sujet de vous peindre toutes les impressions que ce spectacle si sublime venait de produire sur la foule assemblée.

Croyez-le, Messieurs, je prends seulement quelques guérisons obtenues par moi, car si je voulais vous citer toutes celles qui entre mes mains se sont opérées, quelle que soit votre ardeur à m’écouter, j’épuiserais vos forces, car il faudrait bien des volumes pour en contenir la description, et que serait-ce doue, si je prenais ailleurs qu'en moi, si je fouillais dans tous les ouvrages qui traitent du magnétisme.

Réflexions. — Les anciens philosophes, par leur intelligence, avaient pénétré dans les plus secrets ressorts spirituels de la nature. Ils avaient pensé que non-seulement le

principe spirimel de vie est dans la nature de chaque être, pour son existence et pour sa réparation, et suivant l’axiome des sapes :

Nature contient nature; nature s'éjouit en nature; nature surmonte nature; nulle nature n’est amendée, sinon en sa propre nature.

« Apprenez, disaient-ils encore, que c'est de la nature seule que vous recevez la guérison et la santé, pourvu que vous sachiez l’aider. Comme vous ne craignez pas que votre lampe s’éteigne, tandis que vous avez de l'huile pour y mettre, ne craignez pas non plus que les maladies vous assaillent, tandis que la nature aura en réserve un si grand trésor. Cessez donc de vous fatiguer nuit et jour dans la recherche de mille remèdes inutiles, et ne perdez pas votre temps dans de vaines sciences, ni dans des opérations fondées sur de beaux raisonnements, en vous laissant entraîner par l’exemple. »

Je viens. Messieurs, de vous, donner la preuve que l’on peut, sans aucun remède, guérir beaucoup de maladies regardées aujourd'hui comme incurables, et justifier quelques-uns des axiomes des médecins de l'antiquité.

Désormais, vous considérerez le magnétiseur comme une sorte de machine électrique, mettant en mouvement, par ses propres forces et par sa volonté, un fluide doué des propriétés les plus admirables. Les nerfs conducteurs de ce feu principe, le recevant, le porteront dans toutes les parties de l'individu soumis à la magnétisation, il s’y répandra comme une rosée salutaire, pour humecter les parties mobiles et délicates qui doivent se toucher, sans jamais se réunir; entraînant avec lui la matière nutritive qui doit les soutenir, les développer et les réparer, il établira entre tous les organes une sorte de sympathie conservatrice qui les fera concourir au soulagement les unes des autres; il se mêlera dans l'estomac avec les aliments, deviendra le pre-

mier agent île la digestion, et enfin le premier remède auquel auront recours les malades qu'un sot aveuglement ne fera pas préférer une médecine inventée par les hommes vains et orgueilleux à un moyen simple et universel que la nature a établi comme une loi nécessaire à son équilibre.

Dans la prochaine leçon, je vous entretiendrai du magnétisme dans l'antiquité, et de son état actuel en France.

Page 1