‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 27 sur 59 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

HISTOIRE DES DIVERS SYSTÈMES ÉTABLIS POCR RENDRE RAISON DES EFFETS DU MAGNÉTISME. — AMULETTES. — TRACES DU MAGNÉTISME CHEZ LES PEUPLES DE L’ ANTIQUITÉ. — GUÉRISONS DES MALADIES PAR LES ROIS ET LES EMPEREURS. — PRINCI- PAUX AUTEURS QUI ONT RÉUNI EN CORPS DE DOCTRINE LES OPINIONS DE LEUR TEMPS SUR LE MAGNÉTISME : PARACELSE, ARNAUD DE VILLENEUVE, AGRIPPA, VAN HEI.MONT , BOYLE , PORTA, STAHL, MESMER, PUYSÉGUR , FARIA , DELEUZE , BER- TRAND, I1ENIN DE CUVILLERS, GEORGET , ROSTAN , AUBIN- GAUTHIER, MIALLE, GARCIN, THOURET, MONTÈGRK, BOUILLAUD, VIRET, D’BSLON, CUVIER, LAPLACE, ETC.

«L'nme de l'homme est, dans son esprit, ce que l’œil est liens son corps; ttm> les deux voient, l’une les choses intelligible* et compréhensibles, l'autre les choses sensibles; et la raison le veut sans contradiction. •

s I. homme doit être l*ohjet de sa propre observa • liou. C’est U plus grande et la plus sublime élude qu’il pms«e faire : mais, pour arriver à ce haut degré de la science, il faut qu'il se sépare de lui-même; c’est-à-dire que l'être intellectuel domine tellement l’être extérieur, qu'il puisse le juger comme s'il lui était aussi étranger que tous ceux qui l'entourent daus l'ordre maiéiiel, »

Messieurs,

Dans la dernière séance, je vous ai annoncé que je vous ferais aujourd'hui l'historique des divers systèmes qui

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avaient été établis pour rendre raison des effets particuliers résultant de l’emploi de ce qu’on appelle le magnétisme animal; et qu’ensuite je vous entretiendrais de l’état actuel du magnétisme en France.

Il n’entre pas dans mon plan de rechercher les premières traces de la manifestation du pouvoir que nous croyons aujourd’hui exister en nous. Ce pouvoir a dû nécessairement se manifester dans tous les temps, s'il est, comme nous le pensons, le produit de notre organisation physique.

Il ne faut, en effet, que jeter un coup d’œil sérieux sur l’histoire des divers peuples de l’antiquité, leurs mœurs, leurs opinions, leurs nombreuses religions, et leurs superstitions, etc., pour s'assurer que le magnétisme a été counu de tout temps, et pour trouver de nombreuses traces de son existence.

La puissance de cet agent alternativement oubliée et retrouvée, recherchée d’âge en âge, a été l’objet des travaux d’une foule de philosophes : on sait quel pouvoir les anciens accordaient à certaines pratiques.

L'usage des amulettes , pratiques magnétiques que les magnétiseurs font revivre aujourd’hui parmi nous, rattache l'époque actuelle aux premiers temps. On les retrouve chez tous les anciens peuples : les palladiums, les pénates, ne furent dans l'origine que des amulettes.

Les prêtres des anciennes religions étaient médecins; ils avaient étudié plus particulièrement la nature, dont ils célébraient l’auteur. C’est avec les connaissances qu’ils avaient acquises dans cette étude que les mages, les hiérophantes, \esbrahnunes, les gymnosophistes, les druides, etc. , etc. , ces compagnies si révérées dans l’antiquité et surtout dans l’Orient, dont les chefs étaient à la fois prêtres et rois, qu’ils parvinrent à opérer des phénomènes si extraordinaires en employant des verges, des hâtons, des flèches; c’est à l’aide de ces connaissances, qu'ils faisaient éprouver des sensa-

tions fortes, ou occasionnaient des douleurs, qu’ils se vantaient de guérir et guérissaient des maladies par un simple attouchement, une simple direction de la main, un simple regard ; en un mot, qu’ils produisaient tant d’effets merveilleux si célèbres dans l’histoire, auxquels on ne croit pas aujourd’hui, parce qu’on en a oublié l’origine, parce qu’on en ignore la cause, et parce qu’on juge mal à propos qu’ils ne sont appuyés que sur l’ignorance, la crédulité, la superstition, etc. La fourberie devint un moyen tout simple d’expliquer ce qu’on ne connaissait pas ; le magnétisme passa pour une invention superstitieuse, comme si la superstition inventait quelque chose.

C’est pour n’avoir pas vu que le magnétisme avait été la médecine primitive, qu’on a traité de fables les guérisons qui s’opéraient dans les temples des dieux.

N’allait-on pas dans celui de Sérapis recouvrer le sommeil ? n'allait-on pas dans le temple d’Esculape (1) chercher la guérison? n’y éprouvuil-on pas des crises, des convulsions, et divers autres symptômes, même sans avoir été touché? n’en sortait-on pas, très souvent, soulagé ou guéri? Cependant on n’y prenait pas de remèdes.

On pourrait citer un grand nombre de ces faits. L'histoire en est remplie.

Pline le jeune rapporte que de son temps on s’occupait beaucoup de leurs recherches.

Apollonius de Thyane, fameux par ses prétendus miracles, se servait de talismans. Ces talismans avaient la réputation de guérir de l’épilepsie.

Périclès, suivant Plutarque, portait un amulette; Ga-

( i ) •* Esculape fui le dieu de la médecine et cfttoit principalement adoré en Epidaure, ville de lu Grèce, laquelle, à cause du temple de ce dieu, fut en grande estime, ainsi qu’cscril Salin : car, qui cherchoit remède à quelques maladies, alîoit dormir en iceluy, et entendoit en songe ce qui lui convenoit faire pour guérir. •

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lien (1) lui-même, le prince de lu médecine, guérit, dit-on, des épileptiques en leur attachant au cou des racines de péone. Les cures qu’il opéra par des applications magnétiques le Hrent passer pour magicien, et le contraignirent de sortir de Rome.

Un respect de reconnaissance pour ces Bgures muettes, à cause de la vertu qu’on leur supposait, les érigea peu à peu en divinités tutélaires; et la superstition, toujours inconséquente parce qu’elle marche dans les ténèbres, étendit la vertu de toutes ces choses à des objets ridicules, et on les condamna comme dangereux. C’est ainsi qu'au rapport de Spartien, on punissait ceux qui en portaient au cou (2).

Le concile de Laodicée, tenu dans le iv* siècle, défendit aussi l’usage des amulettes, sous peine d’excommunication. Cette défense, étendue aux anneaux, fut répétée par les conciles de Rome, en 712, de Milan, en 1565, et de Tours, en 1583.

Par quel préjugé la médecine a-t-elle été longtemps pratiquée par divination, par incantation, par imposition des mains? Ou menait le pauvre à la porte du temple; le riche était introduit sous les parvis, sans doute, pour y être traité avec plus de soin.

(i) Galien avouait qu’il devait une grande partie de son expérience aux lumières qui lui étaient venues en songe.

(■) A celte époque, les malheureux magnétiseurs, guérisseurs ou sorciers, comme on le voudra, couraient de grands risques s’ils n’avaient pas la prudence de cacher leurs facultés.

Animien Marcellin nous apprend : « Que rem perçue Valens ht mourir » une vieille femme qui avait coutume, en pronouçant quelques mots » innocents, de guérir les fièvres intermittentes. Ou l'avait mandée, à la

■ connaissance même de Valens, pour guérir la propre fille de cet em-

■ pereur. Cette femme simple rendit effectivement la santé à cette fille; • et, pour récompense, l’empereur la fit mettre à mort, comme coupable w et criminelle. •

Précieuses lumières de l’esprit! s'écrie Atnmien Marcellin, vous que le ciel accorde à ceux qu'il aime, quels abus n auriez-vous pas prévenus si vous eussiez; pu pénétrer dans ces temps ténébreux!

L’habitude de masser s’est conservée dnns l’Inde ; l’habileté des brahmes a soulager et même à guérir les malades par attouchement, parait avérée, soit (|u’ils agissent par tradition et sans principes, soit que les Européens, ce qui est aussi vraisemblable, n’aient pas eu l'adresse ou le discernement de leur dérober une science importante.

L’Inde, créatrice de nos institutions et de nos arts, qui a vu toutes les nations tributaires de ses opinions et de ses idées, parait être le berceau de ces mystères savants et sacrés. Ne comptait-elle pas des initiés à Memphis, à Héliopolis, à Eleusis, et dans I’ile de Samothrace. On ne pouvait y admettre que les hommes célèbres par leurs lumières, les médecins renommés et les poêles fameux, doués pour l’ordinaire d'une sensibilité extrême. La franc-maçonnerie moderne a conservé de ces mystères et le secret et les épreuves, et quelques-uns des signes; (nuis la chose s’est perdue, les signes sont restés.

« Loin de n offrir qu’un recueil d’inepties et de mensont> ges, les pages les plus merveilleuses de l'histoire nous » ouvrent les archives d’une politique savante et tiiysté- » rieuse dont, en tous les temps, quelques hommes savants » se sont servis pour régir le genre humain, pour le con- » duire à l’infortune ou au bonheur, à la grandeur ou à la » bassesse, à l’esclavage ou à la liberté (1). »

(i) Ne rejetons pas la sagesse des anciens sans l'entendre; enveloppée dans des paraboles et des allégories que l'homme extérieur prend pour des faits passés, elle renferme des vérités qui ne passent pas. Un jour on méditera leurs écrits et l’on .suivra leurs maximes; et alors :

« Le sage qui écoutera en sera plus sage, il entendra la parabole et l’in- » terprétation du sens caché; il comprendra les paroles des sages, leurs n énigmes et leurs dits obscurs; parce que celui qui est instruit en la paît rôle et en la connais.tance du souffle animant et spirituel de vie (rouit vera les biens et le souverain bonheur. » (Pbov.)

« Car ceux qui trouvent ces choses et leurs révélations ont la vie et la » santé de toute chair; Us maladies fuient loin d’eux. » (Prov.)

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Quelle science n'a pas souffert de la rouille de plusieurs siècles ?

Qui ne connaît la faculté accordée par les historiens à plusieurs rois, de guérir les malades en les touchunt. En 1060, les rois d’Europe s'attribuèrent ce pouvoir. Edouard le Confesseur, roi d’Angleterre, obtint ce don curatif, suivant les historiens, à cause de sa piété; et c’est depuis ce prince qu’on a nommé en Angleterre le vice scrofuleux, le mal du roi. Son contemporain. Philippe I", roi de France, ne resta pas longtemps sans annoncer qu’il avait lui-méme ce pouvoir ; et ce n’est que depuis lui, qu’on a accordé aux rois de France la faculté de guérir les écrouelles en les touchant.

Raoul de Presle, avocat, confesseur, historien et poète de Charles V, parle de sou application à guérir les humeurs froides , et Etienne de Conti, qui a fait une histoire de France, rapporte les cérémonies observées par Charles VI, avant de procéder à l’attouchement des malades.

LouisXt U chercha ù opérer de pareilles guérisons; et l’on conualt le mot du duc d’Epernon, qui, apprenant le pouvoir exorbitant donné par le roi à Richelieu, lorsque ce dernier fut nommé généralissime contre les Espagnols, s’écria : « Quoi! Louis ne s’est donc réservé que le pouvoir de guérir les écrouelles? » Ses successeurs ont conservé l’usage de toucher les scrofuleux dans la cérémonie de leur sacre, et Ixtuis XVI s’y est conformé : après l’application de la inain de ce prince sur chaque malade, on leur a dit encore, en 177 5, la formule ancienne : « Le roi te touche, Dieu te guérisse. »

La même faculté fut accordée par les Allemands aux comtes de Ilusprug ; et Boyle assure qu’un médecin de son temps lui avait confié que, pour guérir la même maladie, il avait employé plusieurs fois le même moyen.

Mais, Messieurs, nous trouvons partout des hommes qui s’attribuent le même pouvoir. Plutarque nous apprend que

Pyrrhus et l’empereur Vespasien guérissaient les malades en les touchant. Il dit du premier: « Il n'y avait pas d’homme si pauvre et si abject qu’il ne soulageât lorsqu'il en était prié. »

Dans les siècles derniers, nous savons qu'il existait une foule de thaumaturges, dont les plus célèbres, Valentin, Greterek et Gassener, guérirent un grand nombre de malades, et ces guérisons sont attestées par une infinité de médecins.

Toutes ces guérisons, je ne crains pas de le dire, n'ont eu d’autres causes que le magnétisme animal.

Pour peu que l’on recherche les traces du magnétisme, on s’aperçoit bientôtque toutes les religions y ont puisé des moyens pour se constituer. Les miracles, les révélations, les vues à distance, appartiennent au magnétisme. — La médecine elle-même n'a pas d’autre origine. — C’est dans Ie3 inscriptions somnambuliques et magnétiques, exposées et attachées aux murs des temples anciens, que les descendants d’Esculape, ainsi qu’Hippocrnte lui-même, puisèrent une partie des principes et des recettes qui constituèrent d'abord l'art de la médecine.

Aux époques reculées , quelques associations avaient seules le dépôt sacré des lumières et des connaissances; elles n’étaient transmises que sous le sceau du secret. Les savants disaient alors : « Le sage étudiera la sagesse des » anciens et s’exercera dans les prophéties. — L’homme » prudent et sage ne divulguera point le secret de la » science. » Tandis que la science est un bien qui appartient à tous les hommes. Ce n’est que depuis quelques siècles que les philosophes ont pu rechercher les lois de la nature et écrire librement le résultat de leurs observations surtout ce qui semblait appartenir à un pouvoir occulte, et les répandre dans le monde savant.

Sans nous occuper davantage de ces recherches trop np-

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profondies, nous allons vous signaler ici quelques-uns des premiers observateurs qui rassemblèrent, en corps de doctrine, les opinions qui dominaient de leur temps sur les causes des elFets magnétiques que l’on crut reconnaître dans les corps organisés, et vous serez couduits tout à l'heure à penser que Mesmer n’a rien découvert de nouveau; que toutes les idées par lui émises étaient répandues depuis plusieurs siècles, et qu’il n’a fait que les rassembler et les mettre en corps de doctrine. Nous ne lui en devons pas moins beaucoup de reconnaissance pour avoir rappelé les esprits vers l'étude des forces occultes, mais il est naturel et juste de rappeler que nombre de philosophes ont les mêmes droits.

Le magnétisme animal, d’après la définition de Mesmer, est <■ la propriété du corps animé qui le rend sus- » ceptible de l'influence des corps célestes et de l’action » réciproque de ceux qui l’environnent, propriété maui- ■ festée par son analogie avec l'aimant (1). »

Les premières traces du magnétisme, définies par Mesmer. se trouvent dans les écrits de Paracelse, médecin chimiste, qui naquit en Souabe, en l'an 1500.

« Paracelse avait lu le Traité de Gilbert sur l'aimant, dont les phénomènes ont toujours été l'écueil de la philosophie; il eu étaiL imbu. Il crut apercevoir dans les êtres animés une vertu secrète, analogue à celle de ce minéral, une qualité attractive qu’ils tiraient des astres, et qu’il nomme magnale. «

Quelques exemples de sympathie, d’antipathie, parmi

(i) Cette proposition fausse était bien propre à arrêter les progrès du magnétisme : l'action des corps célestes, inventée sans doute pour cacher la simplicité de l'acte magnétique, n'est pour rieu dans le pouvoir que uous pouvons exercer; les effets de cette artion ont peu d'analogie avec l'aimant; enfin l'action réciproque d'un individu sur un autre ne peut avoir lieu d’une manière sensible que lorsqu'ils savent quelles sont les conditions nécessaires a son développement.

les animaux ; le mouvement de certaines planètes, qui semble suivre le cours du soleil ; l'action de certains remèdes plutôt sur certaines parties que sur d’autres, fortifiaient cette opinion. Dès lors, on ne vit plus que magnétisme ou attraction dans la nature. C'est dans la connaissance de ces sortes de phénomènes que consistait toute lu physique du temps : on commençait par des expériences sur l'aimant, on finissait par l'examen des différentes espèces de magnétisme.

On soupçonna dans l’aimant naturel ou artificiel des propriétés applicables aux maladies; et des cures obtenues de cette manière parurent si merveilleuses, si faciles k faire, que chacun chercha it les pratiquer, k les expliquer, les uns les regardant comme un effet de la sympathie, d’autres comme un don de Dieu, d’autres enfiu comme le résultat d’une vertu particulière.

« Paracelse pose comme fondement de toutes les sciences » occultes la prière par laquelle nous demandons et il nous » est accordé, nous cherchons et nous trouvons, nous frnp- » pons et il nous est ouvert.

» A la foi rien n'est impossible.

» L’imagination, qui, si elle s’enflamme dans notre esprit, » s’accorde facilement avec lu foi.

» La foi, dit-il dans un autre endroit, surpasse la lumière u naturelle, et, en conséquence, la force et lu puissance de » toutes les créatures.

» ëii outre, dit-il, l’imugination est confirmée et reçoit » tout son développement de la foi. Elle reçoit tout son » développement pour qu’elle vienne à l’acte; car tout » doute brise louvrage et le laisse imparfait dans le sein » de la nature. La foi fortifie donc l'imagination ; la foi » termine la volonté; celui qui croit en la nature obtient de » la nature suivant l’étendue de sa foi. »

Léon Suavus, auteur des Commentaires sur Paracelse,

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qui ont paru en 1567 .avait étudié lui-même le magnétisme. Au livre 1", page 236, il s’exprime ainsi :

« Tous les phénomènes de la volonté ne sont pas in- » croyables à ces sages, qui comprennent parfaitement les » vertus et la noblesse de l'esprit humain; elle n’est arrêtée » que par la simple interposition du corps : dans tout le » reste, elle est censée égale aux anges.

» Nous passons sous silence les fascinations et les difFé- » rents modes par lesquels l’esprit produit à l’extérieur des » effets bien étonnants.

» Rien ne coopère davantage à produire ces merveilleux • effets que l’imagination de celui qui a la plus grande con- » fiance dans l’objet vers lequel il est porté, soit qu’il soit » réel, soit qu’il ne soit qu’en idée. »

Les premiers partisans de la doctrine magnétique, après Paracelse, furent, parmi les gens peu instruits, un nommé Rumelius Pharamond, le chevalier Digby ; et, parmi les hommes plus éclairés, Crollius, Bartholin et Anman, qui proposèrent leur doute sur quelques points. La plupart de ces idées étaient passées en France, où elles eurent pour partisans Loysel, Dolé, Gaffarel, etc.

Au commencement du xtv' siècle, Arnaud de Villeneuve, doué d’un esprit vaste et pénétrant, mais d’une imagination trop ardente, versé dans la connaissance des auteurs arabes, y puisa la doctrine magnétique, et l’employa dans les traitements des maladies : les signes dont il se servit passèrent bientôt pour magiques. Médecin de Montpellier, il fut déchiré dans les écrits de ses confrères, et condamné par la Sorbonne. Aigri par le malheur, sur la fin de ses jours, affaissé sous le poids des peines d’esprit, son imagination s’alluma et ne lui présenta que des objets à redouter; il crut, comme J. -J. Rousseau, être devenu le but de la haine de tous les hommes.

Bientôt après, parut Pierre Potnponnce, si célèbre par son esprit et surtout par les chagrins que ses idées métaphysiques lui attirèrent. Son ouvrage sur les enchantements : De incantationum occulta pot esta le, fit le plus grand bruit. Il y témoigne qu’il ne croit pas à la magie, mais il assure que la vertu qu’ont certains hommes de quérir les maux est inhérente en eux, et qu'ils peuvent opérer des cures par attouchement, sans sortiléqes et sans miracles.

Il ne manque, comme vous le voyez, que le nom de magnétisme à ce système. Il raconte qu’il n’est pas incroyable que « la santé puisse être produite à l'extérieur par lame » qui l’imagine ainsi qu’elle le désire. »

— Il trouve aussi : « que son opinion n’est pas la même » que celle des Arabes : suivant Avicenne, lame n’agit que » par sa seule connaissance et son seul empire; selon lui, » au contraire, l’âme n'agitqu'enaltiranl, et par les vapeurs » qu’elle envoie aux malades. » Il est dans l’esprit de l’homme, dit-il, une certaine vertu de changer, d’attirer, d’empêcher et de lier les hommes et les choses à ce qu’il désire, car tout lui obéit lorsqu’il est porté à un grand excès de passion ou de vertu, mais en tant qu'il surpasse ceux qu'il entend lier.

Corneille Agrippa, qui naquit à Cologne en I486, poussa très loin les effets de la foi et de l’imagination; mais il parie très raisonnablement, lorsqu'il dit : « Les passions de l’âme » qui suivent la fantaisie, lorsqu’elles sont très véhémentes, » non-seulement peuvent changer le corps propre, mais » peuvent agir sur le corps d’autrui, et même peuvent aussi » donner ou guérir certaiue maladie d’esprit ou de corps; * car les passions de l’âme sont la cause principale de notre » tempérament. D’où il suit que lame fortement élevée et » enflammée par une imagination véhémente, envoie la » santé ou la maladie, non-seulement dans son propre » corps, mais même dans les corps étrangers. »

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Agrippa tire des faits observés par lui une conséquence morale pour la conduite de la vie : « Il y a des hommes,

» dit-il, qui agissent sur vous par leur seule affection, par v la seule habitude qui les environne. En conséquence, les » philosophes vous ordonnent de fuir la-communication des » hommes méchants et malheureux ; car leur âme, pleine de » rayons nuisibles, infecte ceux qui les approchent d'une » contagion de malheur, Par la raison contraire, il conseille « la société des geus heureux, a

Plus tard encore, Nicolas de Lucques avait écrit sur le magnétisme du sang, Laurent Strause sur la sympathie magnétique, et Pierre Borel, médecin du roi, associé à l’Académie des science, avait soutenu toute sa vie la même doctrine. Dans une dissertation qu’il publia sur les cures sympathiques, il admit non-seulement l’influence du fluide général sur l'économie animale, mais encore celle de la volonté.

Ces doctrines avaient jeté de profondes racines en Allemagne.

Dès l’an 1608,Goglénius, professeur de médecine à Marbourg, avait fait paraître sur les cures magnétiques un traité assez long, dans lequel il essaie de prouver que ces sortes de guérisons s'opèrent d'une manière très naturelle, qu’il cherche même à expliquer.

En 1627, Van Helmont, disciple de Paracelse, publia son Traité de la cure magnétique des plaies, ouvrage dans lequel il venge son maître desattaques dirigées contre sa doctrine par plusieurs pères jésuites.

L’inquisition, étonnée des profondes connaissances de Van Helmont dans la médecine, le regarda comme un magicien et le fit arrêter. Échappé de ses prisons, il alla comme Descartes, dont il fut le contemporain, chercher la paix et la liberté en Hollande. C’est là qu’il publia chez lesEIzevirs son ouvrage intitulé : Des effets du magnétisme sur le corps

de l'homme. (I y développa des idées fortes et neuves.

« Le magnétisme, dit Van Helmont, a gï t partout; il n'a rien de nouveau que le nom, il u’est un paradoxe que pour ceux qui se moquent de tout et qui attribuent au pouvoir de Satan ce qu’ils ne peuvent expliquer.

» En supposant, dit-il, qu'une sorcière opère des maléfices, ce n’est point par l’opération du diable, qui ne saurait lui communiquer une puissance qu’il n’a pas ; c’est par une faculté propre à l’homme, inhérente à la nature humaine, et dont nous pouvons faire un bon ou mauvais usage, comme de. toutes les autres facultés dont nous sommes doués. »

Suivant Van Helmont , » l’ârae est douée d’une force plastique qui, lorsqu’elle a produit une idée, la revêt d’une substance, lui imprime une forme et peut l’envoyer au loin etladiriger par la volonté : cette force, infinie dans le Créateur, est limitée dans les créatures, et peut conséquemment être plus ou moins arrêtée par les obstacles. Les idées ainsi revêtues d’une substance agissent physiquement sur les étresvivants par l’intermède du principe vital; elles agissent plus ou moins, selon l’énergie de la volonté qui les envoie, et leur action peut être arrêtée par la résistance de celui qui les reçoit. »

Quelques savants du temps de Van Helmont croyaient que la puissance sympathique émanait des astres. Van Helmont soutenait le contraire.

« J’en vois la source, disait-il, dans un sujet plus rapproché de nous. Ce sont les idées qui dirigent, et ces idées sont produites par la charité oti par une volonté bienveillante.

» Aussi, dans l’action sympathique, je mets ces astres de notre intelligence (l'attention et la charité) bien au-dessus des astres des cieux. Les idées excitées par le désir de faire du bien s’entendent au loin; elles sont dirigées sur l’ob-

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jet que la volonté leur désigne à quelque distance qu'il soit. »

11 est impossible d’avoir des idées plus justes sur lu nature de l'agent magnétique ; il est fâcheux que ces vérités soient accolées à des choses peu vraisemblables. Van Helmont fut soutenu dans la lutte qui survint par Robert F/ud, écossais, auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie.

Suivant Robert Flud, l’homme a ses pôles comme la terre; pour que son magnétisme ait lieu, il faut que le corps soit dans une position convenable. Après avoir examiné sur ce point l’opinion des auteurs, surtout celles de Platon, de Pythagore, d’Aristote et d’Empédocle, il conclut qu’outre l’action des pôles dans l’homme, qu’d admet comme démontrée, il existe deux principes qui agissent continuellement sur lui.

Lorsque deux personnes s'approchent, dit-il, et que les rayons qu’elles envoient, ou leur émanation, se trouvent repoussés, réfléchis, répercutés de la circonférence au centre, l'antipathie existe, et le magnétisme est négatif. Si, au contraire, il y a abstraction de part et d’autre et émission du centre à la circonférence, le magnétisme est positif.

Il admet plusieurs sortes de magnétisme; et les recherches auxquelles il se livre pour donner des preuves de scs assertious sont extrêmement curieuses.

Robert Flud, dans l’origine des choses, n’admet qu’un principe ou élément primitif d’où dérivent tous les autres, qui n'en sont que des modifications ou des métamorphoses. Cette idée, d’une grande l>eauté, est développée dans toute son étendue. Il considère l'âme comme une portion de ce principe qu'il nomme universel ou catholique.

Il définit le magnétisme en deux mots : le consentement des esprits. Ce sentiment entre deux corps animés, lorsqu’il est amical de part et d’autre, s'appelle sympathie. Il prend les noms d'antipathie, d 'horreur des dissemblables lorsqu’il

est désagréable : d’où résulte la distinction du magnétisme en sympathéisme et en antipalhéisme.

Robert Boy le, fondateur de la Société royale de Londres, mathématicien profond, physicien éclairé, entrevit l’action et la réaction que les individus pouvaient exercer entre eux, et il admit un fluide général qui les produisait.

Dans son traité, justement estimé, sur les effluences corporelles, en prouvant leur admirable subtilité, il établit leur pouvoir et leur influence.

Les mêmes recherches avaient été faites par l’Espagnol Ithazar Gracian : l’attraction qu’il semble avoir recon- "tane est appelée par lui, avec assez de justesse, la parenté naturelle des esprits et des cœurs. Il entrevit ce flux et ce reflux permanent du principe vital et des humeurs corporelles dans l'homme, sans lequel le mouvement de la vie s’arrête, ef il expliquait ces effets de la sympathie et de l’antipathie qui deviennent plus naturels et moins merveilleux d’après son explication. L'atmosphère particulière à chaque individu, dit-il, retient du fluide général l'attraction et la répulsion qui lui sont propres. Dans les croisements divers de ces atmosphères individuelles, telles émanations sont plus attractives entre deux êtres, et telles autres plus répulsives, etc. Cette doctrine ne s'éloigne guère de celle de l’ancien rabbin Abraham Benhannas. a L’aimant, disait-il, attire le fer; le fer est partout : tout est donc soumis au magnétisme. Ce n’est qu’une modification du principe général qui unit ou divise les hommes et fait naître entre eux la sympathie, l’antipathie et les passions. »

Le père Kircher, qui rend compte de l’ouvrage de Robert Flud <\ la fin du sien, dit : « que cette œuvre ne peut être sortie que de l’école du diable. »

Cependant, dans son ouvrage, le père Kircher donna beaucoup plus d’extension que tous les autres à tous les

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exemples de sympathie et d’antipathie connus, ainsi qu’à tous les genres d’affinités qu'on observe dans la nature et qui lui parurent autant d’espèces de magnétismes. Il en distingue plusieurs genres : le magnétisme des corps métalliques, celui du soleil, delà mer; celui des animaux, ou magnétisme animal, qu’il nomme zoo-magnélismos.

Kircher abondait tellement dans son sens, que toute la nature lui parut magnétique.

Un autre auteur, Jean-Baptiste Porta, dont la maison fut le rendez-vous de tous ceux qui cultivaient les lettres, et qui fonda à Naples l’Académie des secrets ( dei secreti), parce que, pour y être admis, il fallait apporter un secret ou une découverte, adopta en partie les idées de Kircher, et publia un livre sur la philosophie corpusculaire, qui contient plusieurs recettes magnétiques et un Traité de magie naturelle. Les cures opérées par Porta parurent si extraordinaires à la cour de Rome, qu’y soupçonnant de la magie, elle lui fit défendre de guérir.

Codés et Porta, abusant du magnétisme, et y réunissant mal à propos l’étude de l’astrologie judiciaire, se mêlèrent de prédire l’avenir. Le hasard fit deviner au premier le genre de sa mort et annoncer à Caponi, son assassin, qu’avant la nuit il commettrait un crime dont, en effet, il fut la victime. Le second prédit au Génois Spinola ses succès, s’il " voulait suivre la carrière des armes, prédiction que ce dernier remplit.

Wirdig, professeur de médecine à Rostoch, se persuada qu’il y avait dans la nature et dans les corps plus de vie, plus de mouvement, plus de magnétisme, plus d’intelligencc qu’on n’en avait admis. Doué de beaucoup de génie, il anima tout; il étendit le système de Képler. Celui qu’il créa parut sous le titre de Médecine nouvelle des esprits ; il l’adressa à la Société royale de Londres, et il fut imprimé en 167Î.

* Selon Wirdig, l’influence magnétique a lieu non-seulement entre les corps célestes et les corps terrestres, mais cette influence est réciproque; le monde entier, dit-il, est soumis à la puissance du magnétisme. I. a vie se conserve par le magnétisme, tout périt par le magnétisme.

On trouve dans Wirdig un ordre, un plan, un enchaînement d'idées, une marche, une liaison. C’est un autre Prométhée qui dérobe le feu du ciel et le communique à tous les êtres; tout s'anime par le feu de son génie, les astres, les Ëgj&ments, l’homme, la terre, les plantes, les eaux, les minéraux, sont, jusqu’aux ténèbres, se trouve doué d’une sorte fViijtellïpenec et d’activité. Ou aime à voir, dans le développemém et le détail, comment ces esprits régisseurs de l’univers circulent, se meuvent, se choquent, s'évitent, donnent lieu par leur rencontre à de nouveaux corps, retournent à leur source ou forment des masses, en dessinent les formes, en épanouissent les couleurs, et les détruisent enfin par leur combat, pour se reproduire eux-mêmes sous d’autres formes, sans jamais périr.

Stahl, à qui la chimie doit tant île lustre et de gloire, trouva dans les anciens la doctrine du magnétisme et en fit des applications nouvelles et heureuses. Sa Vraie théorie médicale , imprimée en 17 08, annonça le génie étendu avec lequel il savait lier tontes les parties de son art. On y trouve des pensées profondes qui sont toutes fondées sur l’existence d'un principe vital qui circule dans tous les êtres, qui les modifie, qui entretient leur jeu, qui a dans l’homme une sorte de flux et de reflux comme tous les courants, et dont l’absence produit en lui des obstructions, des paralysies, des épilepsies, des mouvements convulsifs et la mort.

Maxwell, médecin écossais, qui vint avant Stahl, avait eu les mêmes idées; il fit un corps de doctrine de toutes ses observations, les réduisit en principes, et s’occupa de

COURS DE MAGNÉTISME

perfectionner !a médecine magnétique qu’il se flatte d’avoir tirée le premier du chaos.

Son ouvrage parut à Francfort. Ferdinand Snntanelli le réduisit en aphorismes.

Au milieu de beaucoup de choses, inintelligibles pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'étude des phénomènes occultes, on y rencontre parfois des idées ingénieuses servant à expliquer l'action qu’un individu exerce sur un autre, et quelquefois sur sa propre organisation.

« Il s'émane, dit-il, de tout corps, des rayons corporels qui sont autant de véhicules par lesquels lame transmet son action, en leur communiquant son énergie et sa puissance pour agir; et ses rayons non-seulement sont corporels, «nais ils sont même composés de diverses matières.

» Lorsque l’esprit, intimement uni aux qualités d’un corps, communique avec un autre corps, il se forme, par un flux et reflux mutuel des esprits de l’un à l’autre corps, une sorte de sympathie et d’union qu’il n’est pas aussi facile de dissoudre que celle qui est l’ouvrage de l'imagination.

» Le remède universel n’est autre chose><jue l’esprit vital renforcé dans un sujet convenable. Selon l’intention première de la nature, aucun sujet ne reçoit que l’esprit vital nécessaire pour sa conservation selon son espèce; il est cependant possible que la nalui'e, par le travail d'un philosophe, produise des choses supérieures à leur principe.

» Voulez-vous opérer des prodiges, retranchez de la corporéité des êtres, procurez au coi-ps une plus grande somme d’esprit, tirez l'esprit de son assoupissement. Si vous ne faites quelques-unes de ces choses, si vous ne savez lier l’idée qui prépare une régénération, vous ne ferez jamais rien de grand. »

Nous ue parlerons pas ici d’une foule d’autres auteurs

qui soutinrent les mêmes doctrines. Les plus grands philosophes en étaient imbus et croyaient à l'action qu’un individu peut exercer sur un autre; il est même probable que celte action n été la première médecine.

« Avant Hippocrate, dit Denarius mcdicus, il s’est trouvé plusieurs hommes habiles qui n’ont point fait usage de la médecine corporelle, mais bien uniquement des facultés de l’àme.

» Ainsi ils connaissent deux puissances pour guérir les maladies et pour faire des choses extraordinaires : l’une agit directement sur le corps et qui réside dans les propriétés de certaines plantes, de certains minéraux, etc.; l’autre qui agit par la seule volonté, le seul regard, la seule imagination, je le veux, je l’ordonne, sans autre secours. »

Nous arrivons à Mesmer. Vous connaissez déjà l’histoire de ce médecin; je ne dois vous tracer ici que son système : vous allez reconnaître qu’il offre plus d’un point de ressemblance avec ceux que je vous ai cités.

Voici l’exposé de sa doctrine en vingt-sept propositions :

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